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No brain... No pain

Nos amis les ricains

Internet, une addiction polymorphe

samedi 16 octobre 2010

"Un Américain s'est jeté du haut d'un pont après qu'une vidéo de ses ébats homosexuels a été diffusée sur Internet. Un drame qui alerte sur la question du respect de la vie privée à l'heure des réseaux sociaux."

Je suis souvent surprise par la mauvaise foi l'aveuglement des personnes happées par Internet et plus particulièrement enchaînées par les réseaux sociaux. Par réseaux sociaux, j'entends tout réseau habité, nourri, alimenté, généré par des personnes sociales, donc en vrac les blogs, les sites de rencontres, certains forums, les sites sociaux à proprement parler type Facebook, Netlog, MySpace, Twitter, les réseaux dits d'entraide etc... Bref toute plateforme virtuelle mettant d'une manière ou d'une autre en contact des gens et engendrant un contact récurrent, qu'il reste virtuel ou qu'il devienne réel.

Quand on pose la question autour de soi : Es-tu accroc à Internet ? la question restant très générale (et donc moyennement intrusive), la réponse peut sans complexe varier de "oui" "un peu" à "non".
Parce qu'Internet, c'est aussi la BNF en ligne, tous les quotidiens depuis des dizaines d'années, des musées, des explications à tout, sur tout, partout ! Bref, ca ne génère pas de gêne, voire mieux - je suis curieux, j'aime m'instruire - c'est valorisant.
Valorisant et très utile ! Bon nombre de forum apportent une masse d'informations inaccessibles autrement.

Mais c'est quand Internet ne sert pas à s'instruire, à se documenter ou à se renseigner, que les choses deviennent beaucoup, mais beaucoup, plus compliquées à dévoiler...
Là, on entre dans l'intimité, exit la curiosité intellectuelle.
Parce qu'Internet, c'est aussi mater des films de Q tranquille à l'abri des autres, pouvoir mater du X gay quand on est hétéro (dans l'autre sens c'est moins fréquent !), jouer toute la nuit sur des sites de poker en ligne, exhiber sa vie en balançant des photos de soi, de son mec, de ses gosses, de son  beau jardin, de ses vacances et j'en passe, exhiber celles des autres.
C'est aussi mater celle des autres.
C'est aussi faire des rencontres... 
Attention ! Selon les sites, la recherche est plus ou moins annoncée. Sur les sites de rencontres, on cherche à se faire un plan Q ou l'histoire amoureuse de sa vie, sur les fameux réseaux sociaux, les forums et les blogs, on ne cherche qu'à se faire que des amis ou à en retrouver d'anciens... Paraît-il.
C'est vrai, nos vies tressées de stress (c'est joli ça - à répéter 100 fois sans fourcher) sont chronophages.
Pas le temps de trouver l'amour, pas le temps de trouver des ami(e)s, pas le temps de sortir. Alors, pour un bon nombre d'internetophiles, Internet offre des tas de choses et même des "amis", voire plus si affinités.
"Plus si affinités" car beaucoup sont partis pécher un/une ami(e) sur Internet et ont trouvé au bout de leur ligne : un mec ou une nana ! Dingue !  Même le ou la conjoint(e) ne comprend toujours pas comment il ou elle s'est fait(e) couillonner !
C'est tragique en soi et beaucoup ont du mal à s'en remettre mais vu de l'extérieur c'en est presque drôle.
Je n'ai plus assez de doigts pour compter les couples qui se sont défaits par l'intermédiaire du pianotage intempestif sur Internet. Et rarement "à cause" de sites de rencontres ! C'est bien là où les choses sont étonnantes. 
Force est de constater que le risque majeur avec un site de rencontre, c'est d'être cocu(e) alors que le risque de perdre complètement son ou sa conjointe, émerge de lieux où on ne l'attend pas.

Récemment, très récemment, une de mes amies s'est entendue dire par son mari qu'un break de plusieurs semaines s'imposait. Le fait est, que via son blog familial (blog consistant à raconter par le menu les activités de la famille) cet époux et père de famille a fait connaissance d'une jeune femme. Allez comprendre pourquoi/comment, au bout d'un an cet homme et cette femme ont eu envie (et même certainement très envie) de se connaitre. La suite je vous l'ai donnée.
L'épouse bafouée tombe des nues. Elle n'arrive pas à comprendre comment pendant plus d'un an, elle n'a rien vu ! Elle qui avait accès au même blog, se sentant donc très rassurée, a vu son monde s'écrouler.
Certes, son mari était très assidu sur son blog, certes il allait aussi sur des tas d'autres blogs, certes il y passait beaucoup de temps quotidiennement... Mais pianoter sur son ordinateur tous les jours et ce durant des heures, signifiait-il qu'il s'emmerdait à la maison ? Hein ? Je vous le demande ?!

C'est ainsi qu'entrent dans la maison, sous le pif des conjoints énamourés, de parfait(e)s inconnu(e)s, qui s'installent confortablement dans le canapé du salon et tiennent volontiers un crachoir que partage avec plaisir celui ou celle qui les a invité(e)s. C'est magique Internet ! Alors que l'on est censé être deux dans un salon, on se retrouve à plusieurs. Croyez-moi, certaines filles feraient une drôle de tronche si elles réalisaient, qu'assises à leur côté, une, deux ou trois autres filles papotent joyeusement avec leur mec ! Mais ça, personne n'y fait gaffe. Eh oui, je vous rappelle que les tentateurs et les tentatrices sont supposés rôder dans le milieu professionnel ou dans le milieu très proche (le meilleur ami, la meilleure copine). mais admettez qu'ils/elles font rarement leur déclaration dans notre propre salon, assis à nos côtés.
A mon avis dans quelques années, les points de contact de ses "liaisons dangereuses" vont bien changer...

Reste le cas où au sein d'un réseau social, on fait du réseau point barre. Y faire sa pub, je n'en doute pas un instant. Y faire du prosélytisme, oui également. Mener des campagne d'information ou de désinformation, oui, oui, oui. Mais ces réseaux sont-ils réellement efficaces quand il s'agit d'autres choses que de soulever les gens ou les rallier ??
Peut-on trouver un job au travers de son réseau ? Peut-on lever des fonds au travers de son réseau ? Rencontrer de futurs actionnaires ? Quel impact ces réseaux ont-ils en dehors de la sphère privée ? Je reformule : quel impact ont-ils, que n'auraient pas le téléphone ou les mises en relation par l'intermédiaire de connaissances ?
Personnellement, je n'ai pas trouvé d'arguments qui favoriseraient nettement les réseaux sociaux via Internet - qui ne sont pas forcément virtuels - pour ce qui est du secteur professionnel (en dehors de tout ce qui est pub évidemment). Ceux qui se sont fait virer à cause de leurs débordements sur ces sites ne me contrediront pas.

Outre les changements de vie, dont je parlais plus haut, qu'impliquent les rencontres dues aux hasards du clavier, Internet sait subtilement introduire de la perversité dans notre psyché. Internet nous entraîne lentement mais souvent sûrement sur la pente de perversions qu'on imaginait réservées aux allumés du bocal. Outre les multiples addictions possibles, on devient voyeur, exhibitionniste, sadique, masochiste, manipulateur. Selon le site, selon les fantasmes, selon l'humeur ces perversions émergent à plus ou moins haute dose. Un amoureux transi deviendra un mateur intempestif du profil Facebook de son objet d'amour sans faire trop de bruit. Celui ou celle qui veut à tout prix affirmer à la face du monde qu'il/elle a réussit sa vie, affichera des dizaines, des centaines de photos de son quotidien et de ses vacances ("Regardez comme je suis heureux !).
74% des enfants de moins de 2 ans affichent une présence sur Internet en France (Libération.fr)  ("Il est pas beau mon fils ?"). 
Les sadiques et les masochistes se bousculent sur Meetic. C'est un jeu de chaises musicales géant sauf que sur cette musique là, Durex® et Kleenex® ont dû voir leurs bénéfices augmenter.

Sur les forums d'entraide liés aux problématiques psychologiques ou de vie, les donneurs de conseils et souvent de leçons se ramassent à la pelle. Il faut savoir raconter ses malheurs avec une jolie prose ("attention pas de majuscules sinon on pense que tu hurles !  Pas de langage sms ! Tu pourrais dire bonjour quand tu arrives sur le forum !")
Beaucoup compatissent, d'autres injurient.  On vient chercher un soutien et des fois on se mange des baffes.
Si une belle-mère annonce qu'elle ne peut pas voir en peinture la progéniture de son mari, elle a intérêt à porter un casque. Et pire, si elle trouve que la pension alimentaire versée à l'ex-femme est un peu trop élevée, là elle peut se faire lapider à jets de mots orduriers.
Moralité avant d'aller chercher du réconfort, il vaut mieux s'assurer que l'on est dans la norme victimiste, même si on est dans un monde sans nom et sans étiquette ("Faut pas charrier non plus !")

Et que dire de l'accoutumance ? Cette impression plus-que prégnante qu'une fois l'ordinateur éteint, on va forcément rater quelque chose ! Tous ces gens qui continuent à discuter sans moi ! Toutes ces conversations que je vais rater ! Qu'à cela ne tienne, les réseaux sociaux s'exportent sur les téléphones mobiles ! OUF ! Je suis toujours là ! Je reste en contact, je ne rate rien !

Loin de moi l'idée d'émettre un jugement négatif. Je constate. Je constate d'autant mieux que je suis moi-même plongée dans la force obscure d'Internet. Je m'exhibe au travers de ce blog tout en me cachant, camouflée sous mon anonymat. J'ai également été voyeuse, parfois sadique. J'ai donc expérimenté toutes sortes de perversions sans que cela ne me coûte une seule réflexion désagréable en pleine face ("Dis donc, t'as pas honte ?").
Mais faire partie du système n'interdit pas de se regarder, de s'interroger et même de se moquer de soi. Cela n'interdit pas non plus d'être clairvoyante.

Internet vit, respire, son pouls bat jour et nuit sans qu'une seconde il ne s'arrête. Et si moi je décroche ? 
Mon Dieu, "ils" vont continuer sans moi, "ils" vont m'oublier, je vais disparaitre, m'engloutir dans mon espace à moi, mon espace où personne ne regarde, où personne ne s'expose, où je suis seul(e) avec moi-même... Quelle horreur, je devrai me contenter de ces autres, en chair et en os, ces autres qui ont l'air si normaux, qui osent me cacher leurs travers, ces autres pudiques qui gardent leur intimité et ne la distillent qu'avec parcimonie, ces autres qui se permettent des jugements sur mes faits et gestes, ces autres qui finalement me connaissent trop bien alors même que j'en dis si peu et savent  me fermer la porte de leur vie au nez, ces autres qui cadenassent leurs failles et m'empêchent de m'y introduire. Ces autres qui obligent mes perversions à se dévoiler au risque d'être découvertes... 
Quel cauchemar ! Vite, vite ! Rendez-moi mon masque écran qui me protège si bien et m'emmène là où personne n'imagine que j'irai...


9 commentaires à lire:

Isabelle a dit…

Ah Internet ! Quelle source d'ennuis et de joies à la fois ! Au moment où sort sur les écrans le film consacré à facebook (The social network), Télérama s'interroge sur l'impact des réseaux sociaux et sur la permanence du contenu sur Internet, où comment rester maître de son image virtuelle... Au fond, à travers Internet, c'est toute la société qui se réinterroge, qui réinvente ses modes de fonctionnement et ses valeurs. C'est intéressant et terrifiant tout à la fois.

dimanche, 17 octobre, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Isabelle : Je pense pour ma part, que tout ce qui est offert au Wild Wild Word ne nous appartient plus du tout.
D'où l'idée de ne rien laisser traîner au hasard...
;)

dimanche, 17 octobre, 2010
Sophie K. a dit…

Bien vu, et d'accord, mais tu le sais, hahahaha !
Moi j'ai choisi d'apparaître à visage découvert sur le ouèbe. Mais je peux le faire, j'ai pas de patron ni d'obligations, et paradoxalement, ça me protège un peu plus (on se surveille plus, probablement) bien que j'écrive pas mal de bêtises. :)
En même temps, pas d'Imachin, quand je coupe, je coupe, m'en fous de rater quoi que ce soit. Ceci dit, plus le temps passe, plus on s'habitue au truc, mieux on maîtrise, aussi...

dimanche, 17 octobre, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Sophie K : Exact ! En écrivant ce billet, je me suis souvenue de la conversation que nous avions eu un jour... Donc oui, je savais que tu serais d'accord :)
Je crois en effet que l'anonymat autorise le dérapage et le fait d'être à découvert oblige à se réguler.
Je coupe également Internet sans y penser mais ça n'a pas toujours été le cas.
On maîtrise d'autant mieux que l'on s'est frotté aux inconvénients du web :) Ça s'appelle l'expérience !

dimanche, 17 octobre, 2010
Anonyme a dit…

Bien vu ! Bel article sur le sujet.
Disons qu’avant le WWW, c’était de l’artisanat, avec le Web, c’est de l’industrialisation à outrance.
Entendu sur Inter il y a quelques années : 2 internautes, un homme et une femme, après des échanges, disons « chauds » avaient décidé de se rencontrer, en vrai. Rendez-vous fut pris. Le couple virtuel s’est rencontré. Et c’étaient mari et femme dans la vie réelle. Cela se passait en Jordanie…

Si j’ai un conseil à donner, surtout aux jeunes à la recherche d’un emploi ou qui seront à la poursuite d’un hypothétique emploi, veillez à ne pas trop vous étaler sur le net. Quand vous répondez à une offre d’emploi, c’est ce CV que consultent les DRH en tout premier lieu.

Quant à la conservation des données dans le temps, je suis plus circonspect. Les données informatiques sont conservées sur des supports en perpétuel changement et leur conservation se fait par une course effrénée dont on ne connaît pas la fin. Rien ne nous dit que dans 2 ou 3 décennies, ces données soient encore accessibles, contrairement aux tablettes mésopotamiennes qui malgré leur rusticité sont parvenues jusqu’à nous. Il suffit d’une cyber-attaque pour semer une pagaille irréparable dans tous ces serveurs qui nous surveillent.

J’aime bien l’illustration de cet article : c’est ce symbole que les égyptiens de l’antiquité utilisaient pour représenter la gent féminine :=)) tout un symbole !
Dutronc ne pourrait plus chanter « on nous cache tout, on nous dit rien ! »

vendredi, 22 octobre, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Anonyme : que le web ne conserve pas éternellement les données c'est une chose, mais que certains internautes conservent eux (après un copié/collé) des photos ou autres, ça, ça peut se faire sans problème... isn't it ?

Finalement les psychanalystes n'ont rien inventé alors ! Sacrés égyptiens, ils m'épateront toujours ! Merci pour cette info.
:)

vendredi, 22 octobre, 2010
secondflore a dit…

j'allais commenter, mais un instinct de survie m'a commandé de me déconnecter ;)

mardi, 26 octobre, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@secondflore : excellent instinct ! Darwin aurait apprécié :)

jeudi, 28 octobre, 2010
Ink a dit…

J'avoue, je suis pas mal accro an net. Pas des réseaux sociaux, ni de site de rencontres, mais de blogs que je suis et de quelques forums sur lesquels j'échange pas mal. Je cherche des infos, j'en donne, je partage. Je suis à découvert sur l'un, sous pseudo sur les autres. Je "rencontre" des gens, ça me plaît, il m'est arrivé d'en rencontrer certains dans le monde réel, ce sont devenus des amis.

mercredi, 03 novembre, 2010

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