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Luke la main froide

dimanche 24 octobre 2010

Voilà de quoi réchauffer les cœurs tristes et les dépressifs !
C'est assurément un des romans les plus déjantés que j'ai eu le plaisir de lire... Voilà un pur roman jouissif, jubilatoire... et totalement barré !
Le héros, Luke Rhinehart himself, est psychiatre/psychanalyste et s'ennuie à mourir... Mais mourir, il n'en a visiblement pas l'idée donc la seconde option reste de changer de vie, changer sa vie.
Pour ce faire, Luke a une idée surprenante : jouer chaque décision de sa vie sur un coup de dé. Il s'offre différentes options et le Dé choisira parmi elles.
Luke espère ainsi anéantir, exploser, totalement son Moi officiel et faire apparaître tous ses Moi, les plus petits et les plus muets. Vu de loin, cela ressemble à une création artificielle de la schizophrénie. Vu de près et selon les arguments de Luke, à la différence de la schizophrénie, le sujet ne se laisse pas envahir et dépasser par ses différents Moi : il va consciencieusement les chercher et leur permettre de s'exprimer.

Totalement camouflé sous le personnage de Luke Rhinehart, on découvre George Cockcroft !
Docteur en psychologie, il a un beau jour émis l'idée de vivre selon "la loi du Dé" lors des cours qu'il dispensait à l'université. Les réactions consécutives à cette idée donnèrent naissance à l'idée d'un livre qui deviendra "L'Homme-dé" ou in english "the Dice man".

George Cockroft alias Luke Rhinehart, auteur pour le moins consciencieux, s'est mis à expérimenter la Dice Life, La vie selon le Dé, avant de s'attaquer à son livre.
Évidement le Dé ne choisissant pas toujours comme option à exécuter le fait de s'atteler à l'écriture du livre, la progression de ce dernier fut très lente !
De choix en choix et de dé en dé, George Cockroft se retrouve professeur d'anglais pour hippies à Majorque en Espagne.
En 1971, son livre est publié et Luke Rhinehart se retrouve "leader du culte du Dé" ; il décide de créer un "Centre du Dé" à New-York, centre où serait appliquée la thérapie du Dé, alternative à toutes les autres thérapies existantes en psychologie.

Au départ, Rhinehart était purement et simplement à la recherche du "sens de la vie" et c'est en lui donnant un sens aléatoire, qu'il s'est trouvé.
Seulement, on ne peut s'empêcher de penser que derrière une idée très formelle et très claire sur le fonctionnement de sa méthode, Rhinehart ou Cockroft est passablement givré.
Car passer d'une liberté de choix aliénée par les normes de la société à une liberté de choix aliénée par le hasard du roulement d'un Dé, on en revient à la même chose : le choix a besoin d'un maître.
Que ce maître soit une masse d'individus ou que ce maître ressemble à Newton avec F = ma (F la force agissant sur un objet, m sa masse et a son accélération), il n'en demeure pas moins que le Dé est soumis à son poids, son volume (pour la friction) et à la force de la poussée qui lui est infligée. Bref même le Dé ne peut agir sans règles définies. Il s'agit donc en quelque sorte de brûler une idole pour en ériger une autre...


Quant au livre... Et bien j'ai passé un très bon moment ! En dehors du côté timbré et absurde des péripéties de Luke, en dehors de quelques scènes érotico-pornographiques (je ne sais plus très bien si à ce stade des descriptions nous sommes encore dans de l'érotisme), en dehors de scènes franchement sado-masochistes, j'ai trouvé ce livre très... frais et drôle !
D'abord parce que ce que cela dépasse l'imagination. C'est juste énorme ! Si je ne vous avais pas dit que Luke Rhinehart avait mis en pratique ce qu'il a écrit vous n'auriez tout simplement pas pu l'imaginer.
Dans ce cas précis, il est possible que la fiction ait clairement dépassé la réalité car j'ai un peu de mal à croire que Luke Rhinehart a réellement vécu TOUT ce qu'il a écrit.
Si oui, je le plains même s'il aborde les situations les plus critiques avec une résignation qui force l'admiration (je pense notamment à une scène où Luke s'essaie à la sodomie laissant au Dé le choix de le rendre actif ou passif... c'est franchement drôle... et douloureux !).

Au niveau de l'écriture nous sommes au cœur de l'écriture américaine moderne donc nette et sans bavure. Je trouve l'oscillation, très fréquente, de la 1ère à la 3ème personne particulièrement bien réussie. Cette alternance entre la focalisation interne et externe est judicieuse et aère le récit.

A tous ceux qui voudraient échapper le temps d'une lecture à notre société bien pensante et remarquablement cadenassée dans des clichés et dogmes anciens, je recommande vivement un passage entre les mains de Luke même si au sortir de la Vie selon le Dé, on se prend à réaliser que les dogmes et les règles sociétales représentent finalement une protection que nous n'aurions pas imaginée.
Bien que tentée d'essayer juste une fois, j'ai renoncé au Dé, préférant mes douillettes habitudes et mon pseudo libre arbitre.

***
Luke Rhinehart est toujours en vie et vous pourrez peut-être le rencontrer sur son site ou au moins lui faire part de votre opinion via son email : lukec@taconic.net

Le Dice Man a également son Myspace où on retrouve entre autres amis prestigieux : David Lynch,  Marianne Faithful,  The Cure et  Emmylou Harris.

13 commentaires à lire:

Sophie K. a dit…

Oh dis-donc, laisser sa vie être guidée par un dé, quelle idée (ça rime)... "Un coup de dés jamais n'abolira le hasard", disait Mallarmé (phrase pas évidente à piger, entre nous), et je crois (si je l'ai bien comprise, cette phrase, donc) que ça pourrait parfaitement illustrer ce que tu écris sur Newton. Note : beaucoup de gens se laissent guider par d'autres "dés" : yi-king, voyance, astrologie etc..., c'est un peu le même "non-choix".
(Je suis sûre que ce livre est très amusant, et tu donnes envie de le découvrir en tout cas.)

lundi, 25 octobre, 2010
Sébastien Haton a dit…

Merci pour cette article !
Pour moi qui tire le dé depuis ma tendre enfance, et plus que jamais cette année, ce livre est indispensable !
Le lien vers votre article m'a été transmis par un lecteur de mon blogue qui trouve que ma façon de jouer une partie de mon quotidien aux dés est... un peu étrange :))
Bien à vous,
sébastien haton

mardi, 26 octobre, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Sophie K : Mais oui mais oui... La voyance est un parfait exemple de "non-choix" ! Ce qui est amusant c'est que Rhinehart va au bout du bout en ne remettant JAMAIS en question le choix du dé... C'est là où ça devient dingue car il prie pour que le sort lui soit clément et manque de bol, le sort s'acharne... Et Rhinehart obtempère !

mardi, 26 octobre, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@ Shaton : Vous êtes sérieux ? Vous êtes un authentique homme-dé ???
Wowww !

mardi, 26 octobre, 2010
Sébastien Haton a dit…

Je dois rester modeste : je ne le lance jamais pour les choix réellement importants ;)) Mais comme Rhinehart, je ne remets jamais en cause le tirage si je décide de tirer. En réalité, la méthode est assez amusante voire excitante.
Pour preuve de ce que j'avance, je vous invite à lire sur mon blogue le message suivant, qui date du 14 décembre 2009 :
http://sebastienhaton.blogspot.com/2009/12/le-de-dix-sept-faces.html

Bien à vous,
shaton

mardi, 26 octobre, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Shaton : Étonnant en effet !
Mais le plus étonnant c'est que dans votre billet du mardi 19 octobre 2010 vous ayez décidé de cesser le jet de dé... et cela conforte ce que je pensais : l'écueil du Dé c'est de devenir esclave du "hasard".
Une chaîne que je trouve lourde et encombrante et qui, ce n'est pas non plus à oublier, génère un stress certain.

vendredi, 29 octobre, 2010
Anonyme a dit…

Joli clin d'oeil au film "Cold hand Luke".
"Dieu ne joue pas au dé" avait dit Einstein, il a pu le vérifier depuis longtemps :=))
Les dés sont universels, c'est une conqête de l'humanité. Dans le Mahâbhârata, c'est en jouant aux dés que le chef des Pandava perdit son royaume au profit des cousins Kaurava.

mardi, 02 novembre, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Anonyme : Ils sont nombreux ceux qui préfèrent laisser le Hasard choisir ! J'ignorais totalement ce passage du Mahâbhârata ( महाभारत <- classe, non ?)... ce passage et tous les autres d'ailleurs ! Donc merci pour cette info :) Plus on y pense plus on se rend compte que Luke a été au bout d'un concept qui titille beaucoup de gens.
Bien vu pour mon clin d'œil !

mardi, 02 novembre, 2010
Sébastien Haton a dit…

C'est vrai qu'entre dice man et ice man, il n'y a qu'une lettre de différence ;))
Et pour vous répondre précisément, je ne crois pas avoir abandonné le dé à cause du stress que celui-ci procure, mais simplement pour gérer l'urgence. Un peu comme dans mon enfance, quand j'avais un devoir à faire pour le lendemain, pas question de le mettre en concurrence avec un exercice de maths à rendre trois jours plus tard...
Bref, c'est l'apparition du stress qui crée l'abandon du dé et non l'inverse :))
Bien à vous,
sébastien

mardi, 02 novembre, 2010
Emma Casanove a dit…

Un excellent bouquin, qui nous fait effectivement cogiter sur ce qu'il adviendrait si on laissait le hasard faire. On ne peut pas lire un roman comme celui-ci sans s'interroger...

vendredi, 02 décembre, 2011
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Emma Casanove : je confirme ! Impossible de ne pas se demander si on serait capable de faire la même chose et "d'obéir" aux dés :)

mercredi, 07 décembre, 2011
Anonyme a dit…

Hello !

Sans avoir tiré les dés, je n'ai pu m'en empêcher..!
L'homme dé a bien compris une chose, inutile de croire que l'on est personnellement libre de ses choix. L'homme dé pour reprendre vos terme a érigé sa propre idole. Il l'a donc choisi , nous nous subissons les normes sociale.
Dans le process rapidement, avec un dé a six face nous obtenons une proposition de six actions par lancé de dé. Il est donc nécessaire de généré un bon nombre d'actions. ( Sinon autant prendre une pièce et se la jouer à la Double Face) Cette formulation d'actions est déjà un acte de création (Ref a l'interprétation).
En 1 l'objet dé est utilisé pour divergé. Ce process laisse prétendre qu'il donne sa vie au hasard.. alors que.. le dé est alibi pour assumer ses choix irrationnel ( Ref norme social ), et donc en 2 il utilise le lancer de dé pour converger vers une action. Croire qu'il n'y a pas de maîtrise dans se procédé est faux, car son sentiment de contrôle passe par le fait qu'il a découvert un moyen d'être heureux = de se mettre dans la possibilité d'agir sans pression (Ref Responsabilité amoindri) qui lui donne l'espace pour crée et répondre a sa conception intrinsèque du bonheur!Et pourquoi cela marche? avec l'utilisation du dé il sait sont que son bonheur devient potentielle! (Yeah)


L'homme dé, laisse a pensé qu'il a donné sa vie au hasard, alors qu'il met en place un procédé créatif pour détourner sont choix qu'il a conçue comme trop dépendant de .. sa conscience( qui est remplis de peurs / influences / normes) ( Conscience peut être en différent avec sa source) et vivre une vie de liberté.Vouloir vivre une vie de liberté est le choix originel.. de ce procédé! (Réponse du subconscient? a creuser)
Cette homme a trouvé une réponse entre son besoin de contrôle et de liberté qui semble lui convenir. Très astucieux !!!

C'est en internaute curieux que j'ai découvert votre blog, merci pour votre contribution!!

Alex.e

jeudi, 08 novembre, 2012
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@ Alex.e : Désolé pour le retard. J'ai bien aimé votre analyse. Pas faux pas faux. Mais la scène de sodomie fait quand même réfléchir sur l'obéissance due au dé... ;-)

vendredi, 16 novembre, 2012

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