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Anaïs Nin ou le songe d'une vie

lundi 16 avril 2007


C'est avec une certaine désolation que je dois reconnaître ne pas avoir aimé "Vénus Erotica".
C'est dommage en effet et j'ai fait bien des efforts. Je me suis forcée (il n'y a pas d'autres mots) à lire ce recueil d'historiettes jusqu'à la page 190 alors qu'il en contient 248.
"Je suis tout de même allée jusqu'à la 190 !" ai-je murmuré tel un exploit.
Je le regrette en effet et j'ai même tenté de revenir quelques temps plus tard sur la soixantaine de pages qui restaient mais l'effort à consentir fut au dessus de mes moyens : c'était ennuyeux à mourir... à dormir pardon !
Et pourtant ! D'aucuns sauteront en l'air, se demandant comment est-il possible de s'endormir sur "Vénus Erotica" sans avoir avalé le moindre somnifère (je le jure !).
Ces histoires ont été écrites par Anaïs Nin et Henry Miller à l'instigation d'un mystérieux collectionneur qui rémunérait les deux écrivains 1 dollar la page. L'exigeant collectionneur demandait que l'on insiste sur le sexe, au détriment de toute poésie. Il est dit que cela aurait choqué les convictions d'Anaïs Nin. Ce dont je doute fortement au vu des pages écrites qui ne sont pas avares de détails salaces, les deux écrivains ayant rempli les termes de leur accord au-delà, sans doute, des espérances du commanditaire.
Pour commencer, je ne crois pas un seul instant à cette fable du commanditaire mystérieux.
Je pense que ce ne fut qu'un moyen "marketing" qu'utilisa Anaïs Nin pour justifier puis vendre ses histoirettes sous l'apellation à mon sens usurpée de "nouvelles".
L'éditeur Stock précise quant à lui qu'Henry Miller a contribué à leur écriture. Les diverses biographies d'Anaïs Nin (sur le web) ne le mentionne pas dans cette écriture et n'attribue bien souvent la maternité de ces narrations initialement titrées "Delta of Venus" qu'à Anaïs.
Le flou sur la genèse de ces histoires se fait peu à peu...
Le fait même de préciser qu'Anaïs Nin était "choquée" par l'exigeance crue du commanditaire est en parfaite contradiction avec la lecture des nouvelles. On sent bien au contraire une vraie volonté, un désir quasi jouissif d'exposer au travers des 15 histoires une sexualité affamée, extrême, libérée de tout tabou. Je défie quiconque de trouver la moindre retenue dans les diverses descriptions que fait Anaïs.
L'apellation "nouvelles érotiques" est plutôt amusante, à défaut d'être hypocrite. Anaïs aurait excellé dans les scénarii de films x.

Les intellectuels et universitaires se sont emballés pour Anaïs et ses écrits ce qui a bénéfiquement cautionné son travail.

Il me semble qu'en inventant une sitution financière précaire, ce qui selon ses dires l'obligeait à écrire ces histoires, Anaïs Nin se soit drapée dans l'étoffe d'un mythe ; a-t'elle voulu entrer au panthéon qu'occupait ses illustres amis (DH Lawrence, Miller, Dali, Arthaud,Rank etc...) ?
Ayant quittée l'école encore adolescente, Anaïs Nin était alors devenue mannequin avant d'épouser un riche banquier. Banquier qui par enchantement n'est mentionné nulle part lors de cette fameuse période difficile qu'elle traverse et où elle écrit pour survivre des histoires "érotiques". Mari qui pourtant réapparait pour illustrer les livres plus "conformes" qu'elle écrira plus tard.
Anaïs, séductrice impénitente (mis sur le compte du départ de son père) en viendra même à entretenir une relation sexuelle avec son psychanalyste, le célèbre Otto Ranks.
Bien sûr, le mythe d'Anaïs Nin, muse d'Henry Miller qui pour briller un peu plus laissera colporter quelques temps les rumeurs d'une aventure homosexuelle avec June Miller (la femme d'Henry Miller) ne lassera pas de fasciner nombre d'artistes (Renaud et Romane Serda en ont fait une chanson il y a peu).
Plus connue pour l'édition de son "Journal intime", les journalistes relèveront comme un véritable exploit, le fait de tenir un journal intime de 7 tomes, contenant plus de quinze mille pages. Ce journal intime ne paraîtra qu'en 1966 et lui apportera la gloire (tant recherchée ?).
C'est donc trois ans plus tard, qu'Anaïs fera paraître "Delta of Venus". Dans la foulée d'une gloire fraîchement acquise oserais-je dire.
Dommage qu'à cette époque, ces journalistes émerveillés n'aient pas encore eu entre les mains le très intéressant livre de Noëlle Riley Fitch, universitaire américaine spécialiste de la littérature des années 20-30, qui ne paraitra qu'en 1994.
Je ne l'ai découvert qu'après ma lecture avortée de "Vénus Erotica" donc il n'a pu en aucun cas m'influencer. Il n'a fait que confirmer mes premières impressions sur Anaïs Nin, à savoir une très habile mythomane, toute en grâce et en fragilité.
Noëlle Riley Fitch la décrit comme une artiste complexe et névrosée, dont «la vie ne devenait réelle que lorsqu'elle l'écrivait». Ce qui mérite d'être relevé quand on sait que cette vie est en effet couchée sur plus de quinze mille pages offertes à tous et défendue comme étant le reflet de La réalité.
Anaïs y est délicatement décrite comme une époustouflante menteuse, affabulatrice à la sexualité dans un premier temps frustrée puis compulsive.
Le livre de Noëlle Riley Fitch a été primé aux USA et il n'est pas recommandé aux adorateurs d'Anaïs de le lire sous peine d'apprendre qu'ils ont été manipulés... Car le piège même de l'appelation "journal intime" est de croire ou de vouloir croire que ce qu'il renferme est vrai.
Pourtant rien n'interdit à un écrivain d'affabuler sa vie à défaut de totalement l'inventer sur des centaines, des milliers de pages qui offriront à la postérité ce faux-self (cf Winnicott) conciencieusement sculpté. Simenon, Georges de son prénom, avait lui-même découvert que son ami, André Gide avait quelque peu remanié l'histoire de sa vie dans son "Journal". Mais c'est une autre histoire...

Peut-être vous demandez vous en quoi le fait de ne pas avoir aimé "Vénus Erotica" a-t'il pu m'attrister ?
Et bien parce qu'à lire ce livre, j'ai bizarrement perçu chez Anaïs Nin une détresse opaque, un désir absolu de contrôler les autres tout en recherchant un amour impossible, un amour qui ne satisfait jamais même quand on croit le posséder. Perception qui gâcha peu à peu la lecture de ces histoires et mis un frein au plaisir qu'elle aurait du me procurer.
Anaïs est décédée d'un cancer en 1977.
Je suppose que tous ceux qui l'ont croisée ont eu envie de l'aimer. Cela a-t'il suffit à la rendre heureuse ? Je n'en suis pas sure...

***


10 commentaires à lire:

Anonyme a dit…

J'avoue mon ignorance : jamais lu! Mais ton billet est très intéressant et très documenté!

vendredi, 20 avril, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

Muchas gracias fashonista :)

vendredi, 20 avril, 2007
Anonyme a dit…

Je n'ai jamais lu Anais Nin. Donc pas d'opinion sur la question.
Revenue de vacances passées à lire sur un transat au soleil. Pas trés sportif mais reposant, exaltant, émouvant, frissonant, intriguant, amusant.

lundi, 23 avril, 2007
Anonyme a dit…

Bonjour,
je n'ai lu que son journal, et encore par extrait, mais ce portrait qye tu fais d'elle est vraiment sans complaisance. On sent que tu voudrais lui trouver quelques excusesn mais... Je te propose de lire Miller, tu devrais être moins déçue et peut-être que grâce à Sexus te réconciliera-tu avec Anaïs Nin...

lundi, 23 avril, 2007
Anonyme a dit…

désolée pour les coquilles dont "réconcilieraS"

lundi, 23 avril, 2007
Anonyme a dit…

J'apprécie beaucoup toutes cs infos. Anaïs nin reste pour moi l'auteur de "Vénus Erotica" et "Les petits oiseaux" qui ne m'avaient pas paru exceptionnels. Ni bon, ni mauvais. Mais sa vie est un roman. On peut lui laisser le plaisir de l'affabulation...

dimanche, 03 juin, 2007
Anonyme a dit…

Ok, friends, je viens de finir "ce que je voulais vous dire"de Nin,et attaque son journal..Cette femme est étonnement intelligente et subtile, arrêtez Venus erotica et le reste, et je perle surtout aux femmes, car il y a une vraie réflexion sur le relationnel entre les femmes et les hommes, et une interrogation nourrie et jamais agressive, n'en déplaise aux messieurs, certes, le propos peut dérouter, mais serait peut être enfin un peu constructif que l'on arrête d'écouter les discours des hommes sur les femmes surtout lorsqu'il s'agit de parler de désir..Ils ont quand même une petite tendance à théâtraliser leur phantasmes..et Dieu sait que je n'ai rien contre , bien aux contraires..mais où sont les femmes comme Anaïs qui acceptent de porter la voix de la femme sans la travestir par des propos d'hommes "L'homme généralise à partir de l'expérience et renie la source de ses généralisations. La femme individualise et personnalise, mais en fin de compte l'analyse révèlera que les rationalisations de l'homme sont un déguisement pour ses préjugés personnels, et que l'intuition de la femme n'était que l'influence du personnel dans toute pensée." "Le monde préfère les plaisanteries, les pitreries et le vaudeville" Nïn
Beh....merci Miss Nïn..depuis que je l'ai lu, certains mots me viennent plus aisément pour traduite mes pensées.

mercredi, 08 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Anonyme : Qu'Anaïs Nin ait été très intelligente, je n'en ai pas le moindre doute. Elle portait la voix d'une femme mais n'a pas pu vivre et exister sans les hommes... C'était peut-être cela la douleur de son paradoxe.

samedi, 11 octobre, 2008
Anonyme a dit…

Intelligente, Anaïs Nin? Certes.... Son Journal? Le témoignage de toute une époque... Mais : beaucoup de complaisance envers elle-même, beaucoup trop de poses et d'affèteries... Si Anaïs Nin avait choisi de "parler vrai", son Journal eût été un chef d'oeuvre....
Sidonie

vendredi, 08 juillet, 2011
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Sidonie : une menteuse ne peut parler vrai car se livrer c'est ouvrir grand le gouffre qui l'habite. Beaucoup de menteurs/menteuses se mentent à eux même ce qui, et je suis d'accord avec vous, les empêche d'être "géniaux".
:)

samedi, 09 juillet, 2011

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