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Nos amis les ricains

Sénèque, who else ?

lundi 26 mars 2007

Précisons en préambule qu'il s'agit de Sénèque le Jeune et non pas Sénèque le Vieux qui était son père. Je sais, en regardant la statue (voir en bas du post) la différence entre les deux ne nous saute pas aux yeux. Toutes les statues de Sénèque le Jeune le représente vieux (ça complique les choses).
Pour faire plus simple, le Vieux n'était pas philosophe, le Jeune si.
Ce Sénèque là (Lucius Annæus Seneca) devint le tuteur d'un charmant jeune homme : Néron, qui quelques années plus tard intimera à Sénèque l'ordre de se suicider.


Sénèque est issu du sérail stoïcien (vous trouverez derrière ce lien une définition relativement simple du stoïcisme, inutile de vous aventurez plus loin : après on s'embrouille*) et prône la vertu. De nos jours, nous dirions que Sénèque prêchait pour un homme intègre, dont le bon sens viserait le Bien.

Il est difficile de vous "vendre" du Sénèque sans avoir l'air barbante et un chouïa surannée.

Rétrécissons le champs des lecteurs dubitatifs : Vous avez aimé Gibran ? Quoi, vous n'avez pas lu Sénèque ??? Ben, qu'attendez vous ? C'est une suite logique pour qui veut aller plus loin (et ils ne boxent pas dans la même catégorie).


Vous n'avez jamais lu Gibran ? Tant mieux ! Commencez par Sénèque. Un relan de djeunisme m'oblige à ajouter qu'il est pour moi THE boss.


"Lettres à Lucilius" comme l'indique si précisemment le titre, sont des lettres que Sénèque, alors sur le point de quitter la vie publique, se met à écrire à son ami Lucilius. Pour être plus précise (je sais que vous adorrrrez la précision de mes commentaires) il répond à Lucilius car c'est ce dernier qui débute cette correspondance épistolaire. Montaigne dans ses Essais, les citera 198 fois !
La sincérité et la "fraîcheur" des lettres ne sont pas feintes. Cette correspondance fut bien réelle et ce n'est qu'à partir de la lettre 21 que les deux amis décideront de leur publication.

Et pourquoi pas Épicure me direz-vous, hein ? Ah oui, pourquoi pas ? J'ai au moins deux raisons :

1/ Je n'ai pas lu Épicure (c'est déjà une excellente raison... Épicurien ou stoïcien, il fallait bien commencer par quelqu'un).

2/ Parce que la vie de Sénèque est en elle même une oeuvre éblouissante et sa mort un chef d'oeuvre de stoïcisme. Ayant reçu l'ordre de se suicider, Sénèque ne se défile pas. Accordé sur la note qu'il prône dans ses lettres, à savoir la sincérité et fidèle à sa doctrine stoïcienne, il n'omet aucune objection. Pauline, son épouse décide alors de "partir" avec lui. Tacite nous livre les dernières heures du couple dans ses Annales :

"(Un centurion a apporté à Sénèque l'ordre de se tuer ; ses esclaves pleurent) :
Sénèque leur parle d'abord simplement puis, d'un ton plus sévère, les gourmande et les rappelle à la fermeté. [...] "Car, enfin, qui donc ne connaissait pas la cruauté de Néron ? Il ne restait au meurtrier de sa mère et de son frère que d'ordonner aussi la mort de l'homme qui l'avait élevé et instruit." Après ces exhortations[...] il serre sa femme dans ses bras ; [...] il la prie instamment de modérer sa douleur et de ne point se charger d'un chagrin éternel, mais de chercher plutôt dans la contemplation d'une vie donnée tout entière à la vertu d'honorables consolations à la perte d'un mari. Mais Pauline assure qu'elle aussi est décidée à mourir. [...] Alors Sénèque ne s'opposa pas à sa gloire. [...] "Je t'avais montré", dit-il, "les charmes de la vie ; tu préfères l'honneur de la mort ; je ne serai pas jaloux d'un tel exemple. Si, dans un trépas à ce point courageux, nous allons montrer l'un et l'autre la même constance, c'est ta fin qui aura le plus d'éclat." Ensuite du même coup ils s'ouvrent avec le fer les veines du bras... "

Voici 2 sublimes passages tirés des lettres. Chaque lettre est un bijou et si je devais encore reserrer le champs des catégories qualifiantes je dirais que Sénèque appartient à la Haute Joaillerie sans aucun doute.

"Ce qui ne doit se confier qu’à l’amitié, certains hommes le content à tout venant ; toute oreille leur est bonne pour y décharger le secret qui les brûle ; D’autres en revanche redouteraient pour confidents jusqu’à ceux qu’ils chérissent le plus, et, s’il se pouvait, ne se fieraient pas à eux-mêmes : ils refoulent au plus profond de leur âme leurs moindres secrets. Fuyons ces deux excès ; car c’en est un de se livrer à tous, comme de ne se livrer à personne."

"Dans la foule des choses que j’ai lues, je m’empare d’un trait unique. Voici mon butin d’aujourd’hui, c’est chez Épicure que je l’ai trouvé ; car j’ai coutume aussi de mettre le pied dans le camp ennemi, non comme transfuge, mais comme éclaireur : « La belle chose, s’écrie-t-il, que le contentement dans la pauvreté ! » Mais il n’y a plus pauvreté, s’il y a contentement. Ce n’est point d’avoir peu, c’est de désirer plus, qu’on est pauvre. Qu’importe combien cet homme a dans ses coffres, combien dans ses greniers, ce qu’il engraisse de troupeaux, ce qu’il touche d’intérêts, s’il dévore en espoir le bien d’autrui, s’il suppute non ce qu’il a acquis, mais ce qu’il voudrait acquérir !"



Ces lettres sont réunies dans la très belle collection "Les belles lettres" en 5 tomes.

Un peu chères, certes, mais mon grand coeur et mon altruisme notoirement reconnus m'incitent à vous refiler un tuyau : Les lettre de Lucilius sont également consultables gratuitement.





***

* Il y a bien également le livre de Paul Veyne " Sénèque, une introduction" avec une magnifique préface de Lucien Jerphagnon... mais Monsieur Veyne n'est pas extraordinairement limpide à lire (contrairement à Lucien Jerphagnon justement).

***

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5 commentaires à lire:

Anonyme a dit…

Bonjour,
j'aime beaucoup cette philosophie de Sénèque, je fais ce que je dis. Qualité trop rare aujourd'hui pour ne pas le souligner.
En tant que étudiante, j'ai lu quelques lettres à Lucilius. J'en garde un souvenir très vague. En revanche, j'apprécie énormément La Recherche du bonheur où Sénèque philosophe sur les conditions propres à chacun d'être heureux en dehors des contingences. C'est une lecture simple, mais riche en instruction. A lire ou à relire...

mercredi, 28 mars, 2007
Anonyme a dit…

J'avais étudié Sénèque pour l'épreuve de latin du bac et j'en garde un très bon souvenir. Faudrait que je le relise!
En revanche, oserais-je avouer que Gibran me gonfle...?

lundi, 09 juillet, 2007
Anonyme a dit…

La lecture de Sénèque est un régal. Pour ceux qui n'auraient pas le courage de lire les Lettres à Lucilius (5 tomes), De la brièveté de la vie est un bréviaire !
Par contre la comparaison entre Sénèque et Gibran... Gibran, c'est le Coelho du Liban...

mardi, 17 juillet, 2007
Nicolas a dit…

Je suis très amateur de Sénèque, notamment son style fluide et riche. J'ai été beaucoup marqué par son quadruple texte: De la constance du sage-de la tranquillité de l'âme-de la providence- du loisir. Inoubliable!

samedi, 07 novembre, 2009
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Nicolas : après avoir lu le bouquin de Paul Veyne sur Sénèque, il y aurait beaucoup à rajouter à ce post mais bon... on va laisser les choses comme ça :)

lundi, 09 novembre, 2009

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