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No brain... No pain

Nos amis les ricains

Il n'y a point de génie sans un grain de folie

mercredi 21 avril 2010

"Le génie et la folie" de Philippe Brenot paru en 1997 est un bon bouquin !
Sauf que j'allais vous dire (et même axer ce post là-dessus) que bizarrement l'auteur, psychiatre de son état, n'avait abordé que des génies issus de la littérature, la musique et la peinture. Quid des génies scientifiques ?
Sauf que... et ça c'est énorme (!) en prenant le bouquin avec moi pour m'installer devant cet ordinateur que m'aperçois-je ??? Qu'en dessous de la photo, il y a un sous-titre : En peinture, musique et littérature.
Donc... Il fallait lire "Le génie et la folie - En peinture, musique et littérature." !
Et moi qui ai cherché Einstein, Newton, Descartes partout dans le bouquin !

Donc pour résumer : j'ai appris qu'étrangement on ne trouve que très peu de dingues dans la musique, peu également dans la peinture et une palanquée de fous sévères en littérature. C'est même la catégorie reine ! Ils se regroupent tous dans le même art ! Ce qui d'ailleurs me fait dire que tous ceux qui ont échoué à devenir de prodigieux écrivains n'ont rien à regretter et  surtout que la raison à leur échec est désormais lumineuse : ils étaient lamentablement mauvais normaux !

On trouve donc en littérature un paquet de névrosés :
Nietzsche souffre de fragilité maladive et d'hyperémotivité qu'il surcompense avec "la volonté de puissance et l'exaltation des instincts" : ou comment être un surhomme quand on se sent un soushomme.
Dostoïevski dépasse sa névrose de culpabilité en mettant en scène la soumission, la haine, la vengeance et le pardon : ou comment se réparer.
Flaubert s'évade en littérature afin de supporter sa névrose de caractère et son retrait du monde : ou comment voyager sans bouger de chez soi.
Marcel Proust atteint de névrose phobique et de troubles obsessionnels ressemblait ni plus ni moins à un infirme, passant de longues périodes confiné dans sa tanière tapissée de liège et gouvernant tout de son lit.
Franz Kafka atteint de dysmorphophobie craignait  de devenir difforme, chauve, et de présenter une déviation de la colonne vertébrale (mais où pouvait-il aller chercher cela ? Quelle imagination ce Franz !). Pour déjouer son futur (et terrifiant) destin morphologique, Franz Kafka s'oblige à des bains d'eau glacée ou des contraintes corporelles...
Pour ceux qui ont lu Kafka ou entendu parler de "La métamorphose" (1912), cette dysmorphophobie éclaireront les lecteurs qui ont trouvé cette nouvelle bien énigmatique : Grégoire Samsa, simple représentant de commerce s'est éveillé un beau matin "transformé en une véritable vermine". C'est à dire que Samsa est devenu un insecte humain.
Un insecte a-t-il une colonne vertébrale ? A-t-il des cheveux ? Il ne me semble pas...
Jean-Jacques Rousseau a, lui, confessé ouvertement son amour de... la fessée !
"J'avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité, qui m'avait laissé plus de plaisir que de crainte de l'éprouver derechef de la même main".
Et Jean-Jacques ne s'en tient pas au seul plaisir du masochisme, il le cumule avec celui de l'exhibitionnisme : "J'allais chercher des allées sombres, des réduits cachés où je puisse m'exposer de loin aux personnes du sexe, dans l'état où j'aurais voulu être près d'elles [...] Le sot plaisir que j'avais à l'étaler à leurs yeux ne peut se décrire."
Je vous rappelle que Jean-Jacques Rousseau est particulièrement célèbre pour ses travaux sur l'Éducation...
Ce cher Lewis Carroll passera, lui, le plus clair de son temps à séduire des enfants sans, semble-t'il, n'en toucher aucun autrement qu'avec son appareil photo.
François Villon, délinquant notoire, prend la fuite après un homicide. Malgré une lettre de rémission en 1456, il remet ça et commet à nouveau un vol avec effraction ! Il entre dans la bande des Coquillards (dont le nom signifie escrocs et faussaires) et passe plusieurs années en errance, ne vivant que de larcins. Sa vie compte moult arrestations, incarcérations, condamnations mais à tout voleur, tout honneur : des tas de collèges et de lycées portent son nom !
Byron donne dans l'inceste. Il couche avec sa demi-soeur et lui fait un mioche. En dehors de cela, il cumule les dettes, l'ivresse et l'agressivité.
Beaudelaire est un mégalomaniaque au narcissisme blessé.
Gérard de Nerval est maniaco-dépressif et sa folie aura raison de son génie. Il entendait les voix d'Adam (celle là est plutôt balèze), de Moïse et de Josué. Il s'enfonce dans la maladie et son délire s'enrichit : il descendait de Folobelle de Nerva dont tous les descendants mâles portaient comme lui le tétragramme de Salomon sur la poitrine.
Antonin Arthaud souffrait également de dissociation schizophrénique et passa 8 années dans un asile.
Guy de Maupassant n'échappera pas à la schizophrénie. Evolution neurologique de la syphilis ou hérédité familiale, le fait est que notre Guy se sent envahi : "Or un soir, j'ai entendu mon parquet craqué derrière moi [sûr, sûr, sûr que je n'étais pas seul dans ma chambre. [...] Je commence à voir des images folles, des monstres, des cadavres hideux..." (La Lettre d'un fou - 1885)
Rimbaud dont on a beaucoup parlé ces temps-ci (InColdBlog affiche de belles photos) a été plus malin... Lui s'est senti sombrer. Il a tout arrêté, tout quitté et s'est enfui, loin de sa folie.

Chez nos amis philosophes on notera le très halluciné et délirant Socrate ainsi que le paranoïaque Auguste Comte qui se proclamait "Grand-Prêtre de la religion de l'Humanité".
Arthur Schopenhauer se croyait victime d'un complot destiné à étouffer son oeuvre... et se comparait sans complexe à Jésus. Mais ce délire des grandeurs va se durcir et la paranoïa confortablement s'installer : il se met à rédiger ses notes en latin, grec, sanscrit pour éviter toute indiscrétion.
Camus était un mélancolique et Cocteau, un dépressif. Hemingway un maniaco-dépressif ainsi que Virginia Woolf, tout comme Schiller et Goethe.

Wilhem Reich, très grand psychiatre et psychanalyste, passionné de philosophie, s'identifiait au... Christ ! (On vous a prévenu... la psychanalyse c'est dan-ge-reux !).

De même, question sexe, les écrivains géniaux sont à la peine !
Mis à part des Simenon aux 10 000 femmes ou des Victor Hugo, l'écrivain ne brille pas par ses prouesses d'amant ! Et Marguerite Duras confirme : "Beaucoup d'intellectuels sont des amants maladroits, timides et effrayés, distraits... J'ai remarqué que les écrivains qui font superbement l'amour sont beaucoup moins de grands écrivains que ceux qui le font moins bien et dans la peur." Et TOC !
Ce qui peut également grandement valoriser les écrivains ratés... Ils peuvent remercier Marguerite qui leur a donné quelques lettres de noblesse, peut-être pas celles qu'ils espéraient mais bon... C'est tout de même ça de pris.

Beaucoup de génies furent célibataires et nombre de créateurs littéraires furent homosexuels (clairement définis ou cachés) ; ceci pour résister à la tentation interdite, la plus grande, la plus massive de toutes : coucher avec maman ! Philippe Brenot, l'auteur, le dit mieux que moi certes "cette fréquente homosexualité masculine peut se comprendre dans le rapport oedipien à cette mère jocastienne qui focalise toute l'énergie pulsionelle sur sa relation exclusive." Il n'empêche que dans la liste des auteurs qui auraient bien fricoté avec leur mère si l'inceste était moralement possible, nous retrouvons des "fils à maman" avérés et d'autres moins : Proust, Genet, Jouhandeau, Verlaine, Roussel, Wilde, Montaigne, Montherland, Cocteau, Rimbaud, Loti, Gide, Andersen...
Et dans l'autre camps, celui des femmes écrivaines qui auraient bien été sous la couette avec papa, mais parce que "c'est-carrément-pas-possible", ont vécu peu ou prou une relation homosexuelle, nous avons : George Sand, Colette, Virginia Woolf...

Si vous désirez entrer plus en profondeur dans la vie des écrivains, des peintres et des musiciens qui font partis du cercle des barrés, barjos, cintrés, timbrés, ou peut-être tout simplement du cercle des êtres extraordinaires, je vous conseille ce bouquin qui se lit facilement et agréablement.
Si vous êtes atrocement ordinaire, n'espérez plus devenir génial mais ce bouquin pourra néanmoins (lot de consolation) vous montrer à quel point la vie d'un génie n'est pas une vie facile et ça fait du bien !

6 commentaires à lire:

Auguri a dit…

Je suis pas sûre que se soit pour moi. ça m'a l'air terriblement réducteur. le coup de l'homosexualité qui résulte d'un complexe d'oedipe non résolu m'énerve déjà.

jeudi, 22 avril, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@auguri : ah ben oui mais en même temps l'auteur est psychiatre... et fortement, à l'évidence, imprégné des théories psychanalytiques.

vendredi, 23 avril, 2010
tico a dit…

Deux choses:
Pour le complexe d'Oedipe, c'est facile de le citer à toutes les sauces, mais ça n'a aucun intérêt. C'est très éloigné de ce qu'est vraiment une psychanalyse, et vouloir disséquer la via psychique d'un écrivain du point de vue psychiatrique est extrêmement hasardeux sur le plan méthodologique. Rien ne peut remplacer un examen clinique comprenant un entretien mené par un spécialiste. Ce dernier peut se nourrir également d'autres éléments, mais c'est indispensable de rencontrer la personne.

Par ailleurs, je connais au moins un grand scientifique fou: il s'agit du mathématicien John Nash, sur lequel un film a été tourné ("A Beautiful Mind"). Parmi les philosophes, comment ne pas citer Charles Fourier, dont les théories utopistes prennent par moment des allures de délire paranoïde (les planètes qui copulent, l'océan changé en vaste étendue de limonade, etc.). Les musiciens ne sont pas en reste, avec Robert Schumann, qui souffrait de psychose, Berlioz, versé dans l'abus de substance pour le moins...

Et puis encore une remarque: la syphilis ne donne pas de schizophrénie (qui se caractérise par la conjonction d'un délire, d'une discordance et d'un repli sur soi), mais elle est responsable de ce qu'on appelait la paralysie générale, qui n'a de paralysie que le nom. Il s'agit du stade tertiaire de la maladie, lorsque les deux premiers sont passés inaperçus et il se caractérise par un tableau d'allure démentielle accompagné d'un délire à thématique souvent mégalomaniaque d'un type particulier, car concernant le corps et l'argent (grossièrement: être convaincu d'avoir littéralement les "couilles en or"). La syphilis est heureusement rare, et lorsqu'on en est atteint, le stade primaire (le chancre, sorte d'ulcération génitale) amène quand même assez rapidement à consulter.

dimanche, 25 avril, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@tico : Il faut au moins admettre une chose :
Le complexe d'oedipe est la pierre angulaire de la théorie psychanalytique. Si on retire cette pierre là, on est comme Carl Jung, il faut aller voir ailleurs :)
Je suppose fortement que l'auteur est empreint de la théorie psychanalytique, on ne peut donc pas lui en vouloir de faire allusion au complexe d'Oedipe. Et lui repprocher de la mettre à toutes les sauces est un procès qu'il faut faire à S. Freud plutôt qu'à ses disciples, non ?

Quant aux scientifiques allumés, il doit y en avoir un paquet mais l'auteur ne s'attache qu'à 3 domaines : littérature, musique et peinture. Il discute des musiciens ou peintres, mentalement dérangés mais note que dans les 3 disciplines, c'est la littérature qui en recence le plus.

Pour la syphilis, je n'ai pas du bien saisir ton propos car le stade tertiaire de cette maladie infectieuse se caractérise par des lésions cérébrales. Lésions qui déclenchent une confusion mentale qui peuvent simuler une schizophrénie. Il ne s'agit en effet pas d'une schizophrénie mais les signes lui ressemblent beaucoup.
C'est pourquoi quand une même personne était atteinte à la fois de syphilis et de troubles "psychotiques", faire la part des choses était bien compliqué. On retrouve le même type de débat avec Nietzsche. Je pense que c'est pourquoi l'auteur reste prudent sur les troubles psychiatriques de Guy de Maupassant.
:)

dimanche, 25 avril, 2010
tico a dit…

C'est justement le problème: Mettre le complexe d'Oedipe à toutes les sauces, c'est faire du Freud, point barre. Et encore, c'est celui d'une certaine époque. La psychanalyse est bien plus riche que ça, d'autant qu'elle ne s'est pas arrêtée avec la mort de papy Sigmund. Il y a eu des personnes qui y ont réfléchi et y ont apporté des modifications importantes. Il n'y a qu'à voir Winnicott et ses écrits sur l'espace potentiel, le holding... Les tenants d'une certaine "orthodoxie" (terme bizarre pour une discipline qui devrait être loin, très loin d'un fonctionnement dogmatique) défendent encore des positions centrées autour du complexe d'Oedipe. Si celui-ci tient une certaine place dans les écrits de Freud, il est nullement nécessaire de tout référer à cela. Jacques Lacan, sans renier l'apport de Freud, a pourtant subverti son propos en introduisant la question du langage. Il considère d'ailleurs que les 4 concepts fondamentaux de la psychanalyse sont l'inconscient, la pulsion, le transfert et la répétition. Une psychanalyse ne consiste pas à dire à quelqu'un qu'il/elle désire secrètement sa mère/son père. Pleins de magazines le racontent à qui veut l'entendre. Il s'agit avant tout d'accéder à l'éclairage par l'inconscient d'une histoire singulière. Comme il y a des conceptions différentes de l'inconscient selon les auteurs, chaque analyste privilégiera tel ou tel aspect, mais toujours en fonction des associations libres de l'analysant. C'est le discours de ce dernier qui détermine les sujets abordés au cours des séances. On pourrait parler d'une "science de l'individuel".

En ce qui concerne la syphilis, je suis peut-être pointilleux, mais elle peut provoquer un délire (authentique bien que provoqué par des lésions). C'est effectivement l'un des signes de la schizophrénie, mais il existe de nombreuses maladies susceptibles de se manifester par un délire. Ce qui est spécifique de la schizophrénie, c'est la discordance, à savoir les manifestations d'un clivage dans l'esprit, un peu comme si les différentes parties d'un esprit ne fonctionnaient plus ensemble: on rit en racontant des choses très douloureuse, on prend des positions bizarres parce qu'on veut à la fois entrer et ne pas entrer dans une chambre, on raconte des choses incohérentes sur le plan logique, comme vouloir aller à la rencontre de quelqu'un dont on est pourtant persuadé qu'il veut nous tuer (histoire de vérifier...)
De la part d'un psychiatre, c'est dommage de rester flou sur les termes, parce que ça véhicule des images qui peuvent être blessantes pour les personnes ayant des troubles psychique, ça discrédite tout le domaine de la pathologie mentale. Rien que de parler de folie est d'une consternante imprécision: n'importe quel malade mental est-il fou? Si oui, même ma tant Georgette qui a une dépression? Mon voisin Bruno qui est alcoolique? Mon cousin Romuald qui fume un paquet par jour ("addiction à la nicotine")? Seulement les psychotiques alors? Mais c'est vrai que Justine, ma collègue avec sa névrose phobique, elle a vraiment un grain! Etc.
Dire de quelqu'un qu'il est fou, ça signifie rien du tout. (J'ai envie dire CQFD)
Sans doute que je m'agite pour rien, car le débat est stérile: ça sert à quoi de savoir si Maupassant était schizophrène ou syphilitique? Cela rajoute ou enlève-t-il quelque chose à la valeur de ses textes? Je dis non.

mardi, 27 avril, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@tico : C'est donc moi qui ai mal traduit les propos de l'auteur car en le lisant, je n'ai pas du tout eu l'impression qu'il simplifiait.
D'ailleurs en préambule, il explique pourquoi il utilisera le terme très général de "folie" mais je ne peux pas non plus tout dévoiler !

jeudi, 29 avril, 2010

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