Ils ont écrit pour nous !

One Shot

No brain... No pain

Nos amis les ricains

Your manuscript is both good and original...

samedi 1 mai 2010

... but the part that is good is not original, and the part that is original is not good. *
Une belle altercation s'est déroulée sur la blogosphère début avril.
Avec la lenteur qui me caractérise, je n'en ai eu vent qu'aujourd'hui !
Cependant ce type de joute entre blogueur et écrivain n'en est, à mon avis, qu'à ses balbutiements...
(J'avais moi-même essuyé les foudres d'une certaine LP, mais à sa décharge, je l'admets, j'avais chargé la mule. Mule - oups pardon - Écrivaine qui n'avait pas du tout aimé que je livre mes cogitations à son propos.)


Rappel des faits !

lundi 22 mars : Cynthia, blogueuse, discute le livre de Jean Claude Derey "Papoua": ici.

samedi 3 avril : coup de théatre, l'écrivain visiblement très mécontent de la critique, envoie des emails à la blogueuse : ici.
Rapide comme l'éclair, Bladelor, le signale sur son blog : ici.
Un groupe se monte sur facebook : "Comité de soutien à Cynthia contre Jean-Claude Derey" avec la couverture de son livre, barrée d'une énorme croix rouge !

dimanche 4 avril : Jean-Paul Bertrand qui dirige les Editions Alphée (éditeur de Jean-Claude Derey) prend le clavier à son tour pour tenter d'éteindre l'incendie.
Mais le pompier à la bourre (un peu comme moi) n'enraye pas grand-chose : une blogueuse s'attaque à la réponse dudit éditeur et la décortique : ici.

lundi 5 avril, Cynthia (la blogueuse) clôt l'affaire en postant à son tour la réponse de l'éditeur : ici.

mardi 6 avril, c'est Wrath qui dégaine en soulignant la misogynie ambiante au sein de la blogosphère : ici.

jeudi 8 avril : Dom la ménagère  en direct d'Afrique a vent de l'affaire via des twitts et décide de boycotter l'écrivain. Elle aussi.
Bon voilà... Coup de gueule d'un écrivain qui stupidement écrit des insultes à la blogueuse sans imaginer, je suppose, que tout cela allait lui exploser à la tronche ! Pourtant, ceux qui ont vécu des divorces pour faute le savent bien : on n'écrit rien ! On ne laisse jamais de traces ! C'est la règle pour dégommer quelqu'un sans se faire choper !

Dans le même temps, j'ai parcouru le blog de Cynthia et "la déglingue" n'est pas un fait coutumier chez elle. Elle dit simplement ce qu'elle a pensé de tel ou tel livre. Elle a même adoré "Soie" d'Alessandro Barrico, c'est dire !
C'est un blog littéraire, bien foutu (ne parlant que de littérature et faisant découvrir des bouquins, c'est pourquoi je l'ai ajouté à ma liste de blog) qui me semble, ma foi, cohérent.

Alors d'où vient cette colère qu'ont parfois les écrivains quand ils découvrent la critique de leur livre sur un blog ?
C'est étrange en effet d'imaginer un quart de seconde qu'un livre va plaire à tout le monde ou à défaut de plaire, laissera indifférent.
Le livre et la lecture par extension sont sources d'émotions. C'est le principe même de l'Art.
Il faut que cela déclenche quelque chose. Il me semble que le pire pour un écrivain, c'est que son livre ne déclenche tout simplement rien !
Partant de cette idée, il est puéril de vouloir qu'il ne déclenche que de "bonnes/belles/et au pire neutres" émotions. Il peut déclencher des émotions très diverses et parfois, même, des émotions qu'il n'était pas censé déclencher lorsqu'il était en cours d'écriture. Le dégoût, la lassitude, l'agacement, la colère. Oui, pourquoi pas ?
La question est donc de se demander si il y a diverses manières d'exprimer ces émotions là ?
La blogueuse/le blogueur doit-il être précautionneux dans sa façon de rendre ses émotions ? Doit-il garder à l'esprit que l'auteur du livre pourrait parcourir la blogosphère et se sentir tranché en deux par les réflexions désagréables dudit blogueur ?
Peut-être... Mais l'écrivain, lui, lorsqu'il écrit, prend-il en considération le fait que certains lecteurs puissent être heurtés par ce qu'il écrit ? Il ne me semble pas. Et c'est bien là toute sa liberté d'écriture.
Alors comment expliquer que la liberté que l'on s'octroie quand on écrit un livre doit, elle, être refusée à ceux qui le lisent ?
Ou peut-être est-ce lié au fait que critiquer se doit d'être fait sans émotion, froidement, avec une sacro-sainte objectivité ? Mais le critique est-il un être humain capable de mettre à distance ses émotions, de les parquer dans une case cérébrale qui ferme hermétiquement dès que commence le travail de critique ? Peut-on critiquer un tableau, une musique sans aucune émotion ?
Bien sûr, il y a la jolie phrase de Jean-Paul Bertrand qui essaie d'humaniser son auteur (je vous rappelle que celui-ci a, au préalable, copieusement insulté la blogueuse) : "Mais d'une façon générale l'auteur est un être sensible qui essaye de tout donner à travers sa plume, il se met à chaque fois en danger et se faire éditer c'est chercher implicitement une reconnaissance."
D'une façon générale l'auteur est un être sensible... Oui mais alors d'une façon très générale, hein ? Faut pas croire ! Y a un ptit coeur qui bat là-dessous. Bon ça encore passe... autant rien dire mais bon... (et allez savoir si Cynthia n'est pas sensible elle aussi !)
Mais écrire " se faire éditer c'est chercher implicitement une reconnaissance" ! Correction : c'est chercher explicitement une reconnaissance. Et c'est oublier totalement, qu'au bout du chemin on récolte parfois l'inverse ! C'est le jeu ma pov' Lucette ! Soit on s'expose soit pas mais on ne peut pas vouloir le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crèmière.
"Je puis vous assurer que tous, oui tous, sont d'une très grande fragilité par rapport à leur oeuvre. Ce sont des êtres hyper sensibles qui mettent tellement dans leurs écrits une part d'eux-même, une partie de leur vie."
Ah bon ? Stephen King aussi ?  Mouais... j'ai des doutes mais bon... admettons.

Pourtant Jean-Paul Bertrand, très loin d'être un novice dans le milieu (il a revendu les Editions du Rocher qu'il dirigeait pour ensuite créer les éditions Alphée) annonçait clairement dans une interview au Journal du Net en juin 2009 : "Nous avons besoin d'eux [les internautes] pour parler de nos livres. Car aujourd'hui notre problème n'est pas la qualité des livres mais la difficulté à les faire connaître. Or Internet permet un nouveau type de bouche-à-oreille très puissant."

A qui le dites-vous cher Monsieur ;-)


Quant à la misogynie, c'est un mal ambiant et séculaire ! Ce n'est pas grand chose, juste l'apanage des faiblards. Qui oserait traiter Mike Tyson de "connard" droit dans les yeux ? Très peu d'hommes... très, très peu... ou peut-être une fille !
Je ne pense pas que dans les affaires qui agitent la blogosphère, il s'agisse plus de misogynie que de couardise. Je ne pense pas non plus que dans l'affaire Jean Claude Derey le sexe de Cynthia ait eu un impact sur sa colère. Juste sur son vocabulaire. S'il s'était agit d'un blogueur, furieux comme il l'était, Jean-Claude Derey aurait certainement été tout aussi créatif (voire même un "ptite bite" aurait-il pu s'égarer ?).

L'idée étant, avant toute chose, de décrédibiliser le blogueur/la blogueuse. De lui faire comprendre qu'il/elle n'a pas autorité pour donner son avis au vu et su de tous. En somme qu'il/elle est un crétin et qu'il aurait mieux fait de fermer son ordinateur !

La blogosphère s'est appropriée la littérature entre autres choses. Tout écrivain va désormais devoir s'y faire. Les éditeurs aussi d'ailleurs. Ils ont du mal... "J'attire votre attention sur le fait que le jury du prix RENAUDOT a sélectionné le dernier ouvrage que j'ai publié "LE QUART D'HEURE COLONIAL" dans sa sélection l'année passée. Ce sont eux des critiques littéraires et des spécialistes." lance Jean-Paul Bertrand.
Ahhh... ce minuscule petit "eux" ! Petits poils à gratter glissés de ci de là sur le net, les blogs dérangent et intriguent. Comment contenir ce "nouveau type de bouche-à-oreille très puissant" ?

Car derrière ces écrans, il n'y pas que des "pétasses qui gazouillent" (quoique les gazouillis de pétasses en été, au coin d'une terrasse, ne sont pas faits pour déplaire à tout le monde !), il n'y a pas que des écrivains ratés en mal d'éditeurs, il n'y a pas que des mal-baisé(e)s qui en veulent à la terre entière.
C'est con mais même derrière les écrans, il y a des blogueurs/ses bien dans leur peau qui ne pensent qu'à partager et discuter bouquins. Bouquins aimés ou mal-aimés, ils/elles en discutent, sans imaginer qu'un coquin planqué quelque part va leur tomber dessus à bras raccourcis, mécontent des émotions négatives qu'ils/elles ont émises à la lecture de son bouquin.
C'est con mais même derrière les écrans, il y a des blogueurs/ses cérébralement bien connecté(e)s qui n'ont aucune amertume envers le monde des écrivains, juste un avis.
Et ce qui est encore plus con, c'est qu'ils/elles pourraient presque avoir une influence sur les ventes de livres !

Lire ici  : Do Twitter and Blogs Really Drive Book Sales ?
Partout se pose la même question, partout la même crainte : les blogs ou autres réseaux ont-ils la capacité d'influer sur les finances de l'Edition ? Ces gens que l'on ne connait pas, que l'on ne maîtrise pas, ces gens qui ne sont "personne" en tant qu'individu mais potentiellement redoutables en tant que masse, peuvent-ils ou pas faire pencher la balance commerciale ?

Ne plus maîtriser la vox populi quand elle clame haut et fort son rejet, quand les gazouillis de pétasses résonnent plus fort que les doux chants des sirènes médiatiques, enjôleuses et enjôlées...
Si ça c'est pas con !


***

* peut-être de Samuel Johnson mais pas sûr du tout ; en même temps, on ne prête qu'aux riches ;-)

14 commentaires à lire:

Isabelle a dit…

Génial ton billet !

dimanche, 02 mai, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Isabelle : Merci ;) pas de lien sur ton prénom donc pas de blog ? Quoi ??? Tu n'es pas une pétasse gazouillante ??? Damned !
;-)

dimanche, 02 mai, 2010
In Cold Blog a dit…

En tout cas, ton billet, lui, n'est pas con.
Du Bon Sens à son meilleur niveau !
Tu t'en tires pas mal pour une pétasse gazouillante.
Signé : une p'tite bite :-D

dimanche, 02 mai, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@InColdBlog : Très très drôle ! Excellent ! 4 lignes de commentaires et je me suis bien bidonnée !
(faut dire que la signature est à hurler de rire !)

dimanche, 02 mai, 2010
didouchka a dit…

excellent billet! Je suis particulièrement d'accord avec toi sur le fait qu'un écrivain qui accepte d'être publié doit nécessairement accepter les critiques qui peuvent naître à cette occasion (et pourtant, le billet de Cynthia n'était pas des plus virulents, loin de là! J'ai lu bien pire). La justification de l'éditeur sur la "sensibilité" de l'auteur était très maladroite, sachant que cet être sensible et délicat venait de déverser un tombereau d'insultes juste avant... C'était risible.

lundi, 03 mai, 2010
Isabelle a dit…

Si si, j'en suis une ;-))) J'ai juste zappé le lien en voulant aller trop vite ! J'y remédie !

lundi, 03 mai, 2010
Cynthia a dit…

Merci pour le récap':)
Hé oui, je ne pense pas non plus que mon billet de lecture pourrait être qualifié de virulent. Il n'est pas dans mes habitudes de descendre un livre (je préfère en rester à mes impressions de lecture et non imposer mon avis), encore moins lorsque je n'ai pas réussi à le terminer.
Peut-être se serait-il révélé passionnant à terme mais je n'ai aucune envie de retenter l'expérience pour le savoir (et de toute façon le livre s'en est allé chez une autre blogueuse).

Tes échanges avec LP valent leur pesant de cacahuètes, je suis encore partagée entre le rire et la consternation...

lundi, 03 mai, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@didouchka : l'être humain est un être paradoxal ;)
Il peut à la fois être sensible et vulgaire !
Ou autrement dit : Il ne peut supporter qu'on lui fasse ce que lui fait :)

mardi, 04 mai, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Isabelle : Mais oui, mais oui, je vois ça ! Blog très sympa :)

mardi, 04 mai, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Cynthia : Derey est un idiot impulsif car il aurait tellement gagné à t'écrire pour te demander de lui décrire ce qui t'avait ennuyée ; pour te demander une critique détaillée relevant les points négatifs. Bref, cela aurait été intéressant pour lui de savoir pourquoi son livre t'était tombé des mains. Quand un lecteur aime c'est bien mais quand un lecteur n'aime pas c'est encore plus intéressant.
Quant à LP, c'est à la fois drôle et consternant.
Je n'ai pas été aussi courtoise que toi mais moralité : que l'on soit courtoise ou que l'on ne le soit pas - au vu de ton histoire - cela ne change pas grand chose à l'affaire :)

mardi, 04 mai, 2010
Cynthia a dit…

Oui mais à quoi bon demander des explications à une blogueuse qui n'existe même pas en tant qu'être humain ;)

PS : je t'ai moi aussi ajoutée à ma liste de blogs (même si tu n'as pas aimé "Soie"^^), juste histoire de venir gazouiller évidemment !

mardi, 04 mai, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Cynthia : ok, c'est noté ;-)
"Soie"... je me sens bien seule quand les gens parlent de ce livre... !
:-)

mercredi, 05 mai, 2010
canthilde a dit…

Quand j'ai lu les réactions de l'auteur incriminé au billet de Cynthia, je me suis dit que j'avais échappé par miracle à un lynchage en règle de la part de certains écrivains que j'avais, en toute modestie, descendus. Il y a des canulars littéraires qu'on a envie de dénoncer, des auteurs qu'on déteste, de manière complètement infantile, parce qu'on a détesté leurs personnages. La différence d'une bloggeuse avec une critique professionnelle, c'est qu'elle peut le dire ! Et inutile de se la péter sur le pouvoir des blogs, il n'y a qu'à voir ses stats pour remettre les choses en place. Aucune doute qu'un supplément littéraire dans un quotidien a un impact plus important.

jeudi, 06 mai, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@canthilde : tu sais, quand j'ai commencé ce blog, aucun éditeur n'aurait dit que le "bouche à oreille" sur internet comptait pour quelque chose. Il n'y avait pas encore de "Babelio" etc...
Petit à petit, le canal des blogs gonfle en importance. Il est certain qu'à l'heure actuelle, leur influence est très très modeste. Mais la vraie question c'est se demander qu'en sera-t'il dans 10 ou 15 ans ?

Quant aux écrivains, je reste sur une idée de bon sens (donc une idée de moi ! tiens elle est bonne celle-là !): un con reste un con ! Qu'il ait écrit un bouquin ou pas.
Car si j'étais écrivain et qu'une blogueuse me descendait en flèche au lieu de lui écrire : "Hé la grognasse, t'es qui toi pour dire que mon bouquin est chiant ?" j'écrirais : "Lectrice blogueuse, auriez-vous l'amabilité de me détailler point par point ce qui vous a déplu dans mon livre ? Pourriez-vous être constructive afin que je comprenne mieux votre critique et que cela me rende service."

C'est quand même plus malin ! Non pas pour faire plaisir à la blogueuse (on se fout des ronds de jambe) mais juste pour cerner les réactions négatives et les comprendre.

:-)

jeudi, 06 mai, 2010

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