Avant de vous parler de l'oeuvre "La marche de Radetzky"(1932) en elle-même, petit aparté sur la collection telle que je l'ai eue entre les mains : Editions du Seuil, collection Points.
Certes le livre est épais, certes une collection de poche doit tenir dans une... grande poche mais tout de même, 350 pages imprimées en caractères 8 points, croyez-moi les presbytes ont intérêt à avoir des lunettes affutées !
"Marginal aussi face au roman figé dans les années 1930 dans les personnages fortement individualisés de Thomas ou de Heinrich Mann."
Justement. Je me permets de rebondir sur cette remarque tirée d'un article sur Joseph Roth dans l'encyclopédie Universalis.
Dès les premières vingt pages, il est difficile de ne pas se rappeler "Les Buddenbrooks" de Thomas Mann (pour ceux qui l'ont lu, les autres vous avez raté quelque chose !). La société autrichienne évoquée au travers de trois générations, une fresque familiale qui déploie ses ailes sur tout un pan de l'histoire de l'Europe que l'on peut situer du milieu du XIX ème siècle jusqu'à la guerre 14-18 (période qui couvre la vie de l'empereur François-Joseph de Habsbourg).
L'inconvénient majeur qui guette le lecteur de "La marche de Radetzky" est l'insomnie !
Le scénario est le suivant : vous vous mettez tranquillement au lit vers 23h30 avec "La marche de Radetzky" sous le coude ; 01h00, votre cher&tendre s'est endormi depuis longtemps tandis que vous, les yeux ronds comme des billes, vous êtes plongé dans l'univers des "von Trotta", incapable de refermer ce livre et de vous extraire de cette monarchie habsbourgeoise. Autre variante que je n'ai pas testée, mais vous êtes prévenu : le "loupage " de station de métro ou de bus.
L'écriture de Moses Joseph Roth n'a rien d'une écriture dépassée, elle est définitivement très moderne ; elle alterne des phrases longues et reposantes avec des phrases minimalistes, claquantes à souhait.
Pour beaucoup, Joseph Roth est un écrivain dont le génie surpassait celui de Stefan Zweig. Modeste lectrice autant éblouie par le talent de l'un que le talent de l'autre, je n'ai pas saisi cette nuance entre les deux écrivains. D'ailleurs ce type de classification me semble souvent idiote. A noter qu'à plusieurs reprises, Zweig aidera financièrement et moralement un Joseph Roth quelque peu au bout du rouleau.
Si les personnages sont moins marqués que peuvent l'être ceux de Thomas Mann, ils n'en demeurent pas moins étoffés par leur silence.
C'est parce qu'ils ne se déversent pas et demeurent énigmatiques qu'ils restent collés à la mémoire. Prenez le baron François von Trotta : jamais homme n'a été aussi imposant dans la parcimonie de ses propos. Ce sont aux détails que Roth nous livre au compte-goutte que ce personnage doit sa force et sa puissance. J'admire la prouesse de l'écrivain qui construit et nous livre un splendide personnage dans une économie pesée de la moindre de ses pensées ; car à aucun moment, Roth ne nous offre ses pensées, non, son talent est de nous les suggérer.
Et cela fonctionne merveilleusement ; nous, lecteurs, sommes capables de faire vivre le baron von Trotta avec les éléments que Roth nous fournit. C'est en participant à son élaboration que ce personnage s'incruste si fortement en nous.
Deux thèmes sont principalement mis en exergue (qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre, quoique...) : l'écroulement d'un monde ainsi que ses valeurs et l'importance du père.
Etonnamment vous ne trouverez ici aucune image féminine forte... c'est un roman d'hommes.
Les mères disparaissent sans laisser de trace et les amantes sont tout juste bonnes à donner du plaisir. Fugace, le plaisir. Presque hygiénique.
C'est assez rare pour être souligné, la dynastie des trois von Trotta est un système patriarcal pur et dur. La sensibilité et l'amour filial ne sont donc pas l'apanage des femmes ; c'est un message que, voulu ou non, Joseph Roth a su admirablement faire passer.
Je vous le dis dès maintenant, ce roman est triste. Oui je sais, je n'aurais peut-être pas dû mais c'est un fait et cela se sent au fur et à mesure de la lecture, Joseph Roth ne prend pas de gants et ne nous enrobe pas dans la mièvrerie des bons sentiments. Il raconte des vies, telles qu'elles se déroulées ; de vraies vies avec de vrais personnages même s'ils n'ont existé que dans son imagination.
C'est un roman bouleversant, un chef d'oeuvre... un vrai "incontournable".
*** |
4 commentaires à lire:
Bonsoir à vous et bravo pour votre blog!
mardi, 21 avril, 2009@Audrey : Bonsoir à vous et merci :)))
mardi, 21 avril, 2009Alors, deux choses à dire : ("à moi, Comte deux mots") d'abord, ce billet qui est (en plus d'être sacrément bien torché) une découverte. Je dis miam. Je vais noter et tenter l'expérience !
mardi, 21 avril, 2009Et ensuite, je viens ENFIN de comprendre pourquoi je voyais ton blog tout en long illisible etc. C'était à cause de l'abominable Firefox, parce qu'avec Explorer, je vois tout comme il faut bien :-)
Voilà mes nouvelles du front :-)
@Pagesapages : "Bon alors ça c'est réglé, murmura t'elle en rayant une ligne sur son bloc-note" :)
mercredi, 22 avril, 2009Je n'ai jamais rien compris entre exporer et firefox puisque je n'utilise que explorer (vendu avec l'ordi !).
Si tu tentes en effet l'expérience, penses à venir me donner tes impressions :)
Enregistrer un commentaire
Ouvert à tous, anonymes ou pas.