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La petite musique de Julio Cortázar

vendredi 22 mai 2009



Splendide Julio Cortázar ! Je ne peux résister à vous le présenter en live et en VO.

Ecrivain argentin (1914-1984), Julio Cortázar sera naturalisé français en 1981 (en même temps que Milan Kundera, par François Mitterand).


Vous pensez ne pas le connaître et vous avez tort. Peut-être avez-vous, sans le savoir, un jour approché l'univers de Cortázar. Blow-up d'Antonioni (tiré de "Las Babas del Diablo"), Le Grand Embouteillage de Comencini et Week-end de Godard sont issus des oeuvres de Julio Cortázar.

De Julio Cortázar, Adolfo Bioy Casares, écrivain argentin comme lui et son contemporain, dira :"Yo creo que es uno de los mejores escritores argentinos y con eso estoy diciendo que es uno de los mejores de la literatura universal. Asombrosamente, este país es un país de buena literatura. Digo asombrosamente porque es un grado anormal de este país, pero debo reconocer que desde los tiempos de Ascasubi o Hernández, siempre fue buena."

Pour ceux qui ont totalement zappé les cours d'espagnol au collège, je vais tenter une traduction approximative (¡disculpe!) : "Je crois que c'est l'un des meilleurs écrivains argentins et par ceci, je veux dire que c'est l'un des meilleurs de la littérature universelle. Étonnement ce pays est un pays de bonne littérature. Je dis étonnement parce que c'est une particularité anormale de ce pays, mais je dois reconnaître que depuis l'époque de Ascasubi ou Hernández, elle a toujours été bonne."


A. Bioy Casares et J. Cortázar écriront presque la même histoire ("la puerta condenada" pour Cortázar et “Un viaje o El mago inmortal” pour Bioy Casares) et Bioy Casares commentera ainsi cette coincidence : "Fue una cosa extrañísima. (...) Creo que Cortázar y yo lo sentimos como una prueba del destino, de que éramos amigos." ("Ce fut une chose très singulière. Je crois que Cortazar et moi l'avons interprêtée comme un signe du destin attestant que nous étions amis.")

Quand on parle de Bioy Casares, on pense en filigrane à Jorge Luis Borges. Également contemporain de Julio Cortázar, Borges considérait Cortázar comme un grand écrivain. En 1946, Julio Cortázar, alors inconnu, lui apporte " Casa tomada" dans l'espoir que Borges lui accorde un intérêt. Deux jours plus tard, Borges lui annonce qu'il publiera "Casa tomada" dans la revue qu'il dirige "Los Anales de Buenos Aires". Cortázar quittera l'Argentine et ne reverra Borges qu'au Musée Del Prado, bien plus tard, par le plus grand des hasards. A Cortázar qui lui rappelait, en le remerciant, la publication de "Casa tomada", Borges rit et lui répondit : "Bueno, no me equivoqué, fui profético." ("Bien, je ne m'étais pas trompé, j'ai été prophétique.")

Alfredo Bryce-Echenique, auteur péruvien : "C’est à Paris que je suis devenu écrivain, en croisant mon maître adoré Julio Cortázar, qui habitait rue Séguier. Je l’ai suivi sans oser lui parler, mais sa présence m’a fasciné. "


Une écriture très épurée, très nette et parfaite dans le mouvement qu'elle veut donner à l'histoire ; parfaite dans l'impression qu'elle veut laisser au lecteur. Ce recueil de nouvelles titré "Les armes secrètes" pourrait être découpé en trois parties.

La première relève du fantastique pur et on y trouve entre autres, "Axolotl", qui a mon avis est un bijou. Cette histoire que l'on pourrait qualifier de totalement "loufoque" est une splendide leçon sur les limites que l'empathie se doit de tenir. Beaucoup d'entre nous ignorent comment déterminer le début et la fin raisonnable de l'empathie qu'il nous arrive d'éprouver envers quelqu'un.

Pour certains, cela peut aller jusqu'à un envahissement quasi total, jusqu'à se perdre définitivement dans l'Autre. C'est en lisant Axolotl, que les empathiques débordants comprendront jusqu'où peut mener l'identification.

Au delà de la dangerosité d'une telle dissolution dans Autrui, Julio Cortázar démontre à quel point la fascination a souvent déjà un pied dans l'obsession.

La seconde partie, rassemble des nouvelles où le fantastique s'introduit dans le réel. C'est le cas en particulier de la nouvelle éponyme "Les armes secrètes". C'est un genre plus difficile à cerner car l'intrusion du fantastique dans le réel est déroutante. Julio Cortázar a une façon bien particulière d'amalgamer les deux si bien que jusqu'au bout on se demande où se trouve la frontière.
Vous l'aurez compris, l'auteur met un point d'honneur a n'en mettre aucune (d'où la confusion pour nous lecteurs) car son propos est justement de démontrer que cette frontière n'est pas discernable.



La troisième et dernière partie est un ensemble de nouvelles où seul le réel intervient et c'est dans celle-ci que vous trouverez "L'homme à l'affût" ou l'histoire d'un saxophoniste de jazz, ressemblant étrangement à Charlie Parker et si ce n'est le cas, l'histoire lui est tout du moins dédiée ( "In memoriam Ch. P.")
Cortázar excelle dans l'élaboration de personnages complexes et perdus. Il y met tant de chair et de sang, tant d'angoisses et d'espoirs, que croire qu'ils n'ont tout simplement jamais existés est très difficile.


A l'issue de ce livre, vous n'aurez plus aucun doute sur le talent éblouissant de cet auteur et les écrivains en herbe auront sûrement trouvé un maître, intimidant certes, mais ne faut-il pas toujours viser plus haut pour atteindre son objectif ?


***

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7 commentaires à lire:

pagesapages a dit…

Alors M'dame, Axolotl, il faut que je te dise :
si je transformais les livres qui m'ont marquée en meuble, tiens, par exemple, eh ben Axolotl serait le pied de la table ou de la chaise. Le truc incontournable et non décoratif, utile, utilisable, indispensable.
Si j'avais choisi de transformer les livres en ustensiles, Axolotl serait un bol, ou une cuillère, un machin que sans, tu peux pas faire.
Elle est pas bientôt finie ma métaphore à 2 euros douze ??? Ah ben si, elle est finie maintenant.
Tout ça pour dire que Julio Cortazar, c'est pas que je love that guy, c'est que je need that guy. :-)

samedi, 23 mai, 2009
LinaLoca a dit…

Haaaaa hija! Cortazar est un des premiers auteurs que j'ai lu en arrivant ici (ici Madrid!) Un régal que tu définis très bien! J'en profite pour passer un petit message, une marotte perso : n'hésitez plus, lisez en vo! On a souvent peur de se lancer mais bizarrement quand le livre est bon, on comprend tout!

mercredi, 27 mai, 2009
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@pagesapages : J'aime beaucoup cette jolie petite phrase : "c'est pas que je love that guy, c'est que je need that guy."
C'est vrai que certains auteurs deviennent essentiel au bien-être... moi quand je crains une situation, c'est toujours le "lettres à Lucilius" de Sénèque que je fourre dans mon sac ! Je me dis que toutes les réponses sont là !

vendredi, 29 mai, 2009
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@LinaLoca : Hola chica !!!
Je te croyais à jamais disparue de la blogosphère !
Finalement j'aurais du le savoir : il fallait que je te cause espagnol !!!

vendredi, 29 mai, 2009
Anonyme a dit…

Est-ce que vous savez si Casa Tomada a été publié dans une traduction française ?

jeudi, 05 janvier, 2012
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@anonyme : "Casa tomada" a été publiée en 1968 par Gallimard(Gîtes) et s'appelait en français "Maison occupée".
Puis à nouveau publiée dans "Nouvelles complètes" chez Gallimard toujours, en 1998 et toujours sous le titre "Maison occupée".
En espèrant que cela vous aide :)

lundi, 09 janvier, 2012
Deep Cleaning Enchanted Hills a dit…

Grreat post thankyou

lundi, 25 juillet, 2022

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