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Quand JG Ballard veut y croire...

mardi 2 décembre 2008

Le roman "Sauvagerie" de James Graham Ballard, sorti aux éditions Tristam en 2008 est en fait un roman sorti en France dès 1992 sous le titre "Le massacre de Pangbourne" (et en version originale "Running wild").

La critique qu'en avait faite La lettrine m'avait alléchée et aussitôt ce petit roman dans mes mains, aussitôt consommé.

Ma déception est à la hauteur de mes attentes et Anne-Sophie n'y est pour rien.

Il n'est plus ici question de style, quoique la narration au travers des yeux d'un consultant psychiatre adjoint, le docteur Gréville, est un style en soi, puisque tout n'est que descriptions et hypothèses.
Rien de choquant jusque là car JG Ballard maitrise parfaitement l'aménagement du suspens et le déroulement de l'histoire.

Non, là où mon allant littéraire s'est grippé, c'est sur le fond de cette histoire et sur le mobile de ces meurtres : je n'ai pas adhéré à la thèse psychologique que JG Ballard soutient. Et au-delà de mon non-adhésion, je l'ai trouvée totalement farfelue et beaucoup trop fictionnelle. Impossible de croire une seconde à la possible éventualité d'une telle tragédie.

Résumé de l'histoire :
25 juin 1988. Pangbourne Village situé à 48 km à l'ouest de Londres. Résidence très coûteuse et très chic abritant des cadres supérieurs, avocats, banquiers, etc... Trente deux morts. Treize enfants disparus. Un massacre. Un mystère. Le Dr Richard Greville, consultant psychiatre est envoyé pour appuyer la police locale qui ne sait où chercher le ou les assassins, le ou les kidnappeurs. Aucune rançon n'a été réclamée. Le mystère reste entier. A force d'interroger l'entourage des familles, le Dr Greville et l'un des policiers enquêteurs commencent à formuler une hypothèse complètement folle mais de plus en plus confirmée par les preuves.

Cette histoire, JG Ballard l'a imaginée après qu'une réelle tragédie ait eu lieu en août 1987, à Hungerford dans le Berkshire. Le 19 août, un homme de 27 ans, Michael Robert Ryan, armé de deux fusils semi-automatiques et d'un revolver abat seize personnes dont sa mère et en blesse quinze autres. Il met fin au massacre en se suicidant.

Décrit par le milieu scolaire comme un enfant renfrogné, isolé et centré sur lui-même, Michael Robert Ryan était l'enfant unique d'Alfred Henry Ryan, 55 ans et de Dorothy Ryan, 34 ans.

Ce père réputé pour son perfectionnisme et sa rigidité disparait du panorama et ne reste qu'une mère occupée par ses oeuvres au sein de la communauté et par son fils. Cette relation mère-fils sera analysée par la suite comme "malsaine" et Michael Robert Ryan comme un "fils à maman".

Plutôt petit pour son âge Michael Robert Ryan est souvent moqué, voire maltraité par ses camarades. Il ne participe à aucun évènement sportif ou scolaire.

A 16 ans, malgré ses efforts, il n'a pas les capacités intellectuelles pour entrer dans le lycée de son choix et arrête là ses études. C'est donc sa mère qui pourvoiera à ce qu'il ne manque de rien même s'il ne gagne pas sa vie : voiture, essence et son premier revolver...

Michael Robert Ryan se met alors à collectionner les armes qui lui apportent un sentiment de puissance jusque là bien défectueux. Dans le même ordre d'idées et pour pallier à une vie médiocre et insipide, il se met désormais à mentir et à se réinventer un glorieux passé. Il raconte qu'il a servi dans le second régiment de parachutistes des forces armées brittaniques, qu'il a été marié et qu'il a été propriétaire d'un magasin d'armes. Très agressif si quelqu'un venait à douter de ses histoires, sa mère, dans un souci d'apaisement, confirmait régulièrement ses mensonges.

James Graham Ballard, fasciné par la pseudo-normalité des gens policés, des cadres supérieurs "biens sous tout rapport" aime à dévoiler la face cachée d'un monde modéré et hyper-régulé. Une face qui se colore de violence exacerbée et de perversion sexuelle. Le chaos des pulsions, planquées sous un tapis persan trônant au centre d'un salon bourgeois bien entretenu, le fascine. Logique me direz-vous quand on est romancier : l'âme humaine est une jungle luxuriante pour l'imagination des écrivains.

Seulement en voulant complexifier l'histoire de "Hungerford", JG Ballard est arrivé à une impossibilité psychologique, à un non-sens même s'il s'agissait, j'en ai parfaitement conscience, d'extrapoller des thèmes comme l'hyper-vigilance, l'éducation, la régulation des pulsions, l'affirmation de soi, l'identité, la privation de liberté au nom du bien-être.

Pour valider cette dérive psychologique soudaine et terrifiante, JG Ballard a procédé à de très larges raccourcis. Les parents de Pangbourne Village aussi étouffants qu'ils puissent être ne ressemblent en aucun cas à Dorothy Ryan.

Il y a bien un décrochage social avec le réel puisqu'ils vivent en vase clos et refusent que leurs enfants aient des contacts prolongés avec tout ce qui est extérieur à leur lieu de résidence.
Mais cette façon de vivre, inscrite dans une idéologie bien rôdée, n'a pas d'incidence à proprement parler sur la "sociopathie" d'un individu autrement les communautés Amish ou Mormonne seraient des nids à tueurs violents.
Ce décrochage là est peut-être nécessaire mais pas suffisant pour faire d'enfants soumis aux règles de leurs parents de véritables bombes à retardement. Les seules rebellions que pouvaient craindre ces parents hyper-vigilants, étaient la fugue, le piercing, le tatouage, la consommation de drogues ou d'alcool, le sabotage de voies ferrées (!)... pas l'armement lourd et le massacre.
Des parents décrits comme aimants, éclairés, partageant des valeurs libérales et humanistes parfois même à l'excès. Les résultats scolaires démontraient une totale absence de stress familial. Les parents se joignaient à leurs enfants, au détriment de leur propre vie sociale, dans des activités diverses comme des tournois de bridge au sein de la résidence, des soirées en discothèque. Certes, aucune place n'était laissée à l'improvisation, tout était savamment programmé même les discussions en famille qui avaient lieu après le dîner pour débattre des émissions de télé.

J'en conviens facilement, une vie très difficile quand arrive l'âge de l'adolescence. Encore que, des tas de jeunes vivent selon les règles très strictes de leurs parents sans jamais penser ou oser les défier, pour peu que ces règles aient une justification très solide.

Les tueurs de masse ou en série n'éprouvent, eux, aucune empathie pour les autres. C'est un trait caratéristique de la sociopathie. Mais il en est un autre, tout à fait concommitant au précédent, qui est celui d'être dans l'incapacité d'établir des relations avec les autres. C'était d'ailleurs le cas de Michael Robert Ryan.

Ce n'est pas du tout le cas des enfants de Pangbourne. Aucun d'entre eux n'est décrit comme ayant des problèmes relationnels avec ses parents ou ses frères et soeurs ou même avec les autres résidents qu'ils fréquentaient lors de tournois organisés.

Pourtant ce détail qui change tout, est volontairement gommé par l'écrivain : "Mon point de vue est que loin d'être un évènement d'une portée considérable pour les enfants, le meurtre de leurs parents était une question relativement insignifiante. Je pense que ces meurtres eux-mêmes n'ont été que le dernier processus de retrait du monde extérieur qui avait commencé bien des mois, voire des années, auparavant. Comme pour Michael Ryan, le tueur de Hungerford, ou les nombreux exemples américains de tueurs fous qui ouvrent le feu sur les passants, l'identité des victimes n'a pas de sens particulier pour eux." (p. 95).

Bon nombre d'entre eux ne sont pas enfants uniques et n'entretiennent pas avec leurs parents de relation trouble. Ceux-ci ont une vie de couple bien délimitée de celle de leur vie de parents. Il n'y pas confusion des genres. Aucune mère ne semble trop dominante ou trop distante, aucun père ne manifeste de rages alcooliques ou de troubles sadiques. Rien de tout cela. Au contraire. chez JG Ballard, leurs principaux défauts sont d'être "trop aimants", "trop attentionnés", trop "parfaits".

Une perfection tellement irritante qu'elle serait en mesure de déclencher une rageuse envie de tuer chez leurs rejetons.

De plus JG Ballard amalgame deux types de tueur qui ne sont pas miscibles entre eux : le tueur solitaire et le tueur au sein d'un groupe d'autres tueurs. Il part d'un destin d'enfant solitaire et retiré sur lui-même, rejeté par les autres pour le plaquer sur des enfants très introduits dans leur communauté (même si cette communauté est restrictive).

Qu'un des enfants de Pangbourne ait pu ressembler à Michael Robert Ryan, passe encore (Jeremy Maxted étant le plus probable ; fils unique d'un couple de psychiatres au self-control irréprochable, très intrusifs dans la vie de leur enfant, on retrouvera dans sa chambre des magazines d'armement, tout comme chez M. R. Ryan) mais comment aurait-il embrigadé les 12 autres enfants? Car qui dit embrigadement dit idéologie et derrière cette envie commune de tuer et supprimer toute trace d'une vie idyllique, JG Ballard n'y met aucune idéologie revendicatrice mise à part celle de s'affranchir de l'hyper-vigilance ; ce qui ne l'empêche pas de les décrire comme mués par un dessein commun et capables d'accomplir par la suite des meurtres de personnalités, projettant en filligrane des bandes de tueurs comme "la bande à Baader".

Et là encore, cette hypothèse me semble tirée par les cheveux !

Derrière toute action commune de meurtres, il y a forcément une idéologie et à 99%, une idéologie politique. Ce dont, sont très loin les enfants de Pangbourne, âgés de 8 à 17 ans.

De façon simultanée, un an avant le massacre, les enfants de Pangbourne avaient peu à peu délaissé toute activité à l'extérieur de leur maison. Ils s'étaient repliés chez eux, et plus exactement dans leur chambre. JG Ballard écrit que ce repli ne semble pas avoir été planifié.

C'est donc à une génération spontanée de tueurs au projet miraculeusement identique que l'on doit le massacre de 9 pères, 9 mères, un couple sans enfant et 11 membres du personnel travaillant sur place.
Science-fiction ? Anticipation ?... là on est dans la télépathie !

Voilà donc un court roman que je peux difficilement vous recommander (je ne pense d'ailleurs pas vous avoir donner l'envie de le lire !) sauf évidemment si vous aimez les histoires qui ont du plomb dans l'aile.





***


12 commentaires à lire:

Anonyme a dit…

Très bien vu, bravo ! En ce qui concerne les éditions Tristram qui sont à 20km de chez moi, je te recommande si c'est dans tes goûts la retraduction des aventures de Huckelberry Finn par Bernard Hoepffner paru chez eux cette année, et qui respecte la version originale de l'oeuvre, c'est à dire le côté anarchiste du personnage et non plus l'histoire enfantine qu'ont édulcoré ses prédécesseurs d'antan.

mardi, 02 décembre, 2008
Anonyme a dit…

Je suis vraiment désolée que tu 'aies pas aimé... Loïs de Murphy a raison : les traductions de Hoepffner sont excellentes !

jeudi, 11 décembre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Loïs de Murphy : "Les aventures de Huckelberry Finn" je ne connais pas ! Mais le titre va très bien avec mon humeur du moment... Je vais me le procurer :)

samedi, 13 décembre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Anne-Sophie : Non, ne sois pas désolée :=) Ce sont les aléas de la littérature... parfois on accroche, parfois pas.
La forme m'a assez plu d'ailleurs. C'est propre, carré, net et efficace.
:=)

samedi, 13 décembre, 2008
Anonyme a dit…

Je ne pense pas que tu puisses aimer les autres livres de Ballard si celui là t'as paru invraisemblable.
Chacun de ces livres est une sorte de sociologie prospective, certes toujours poussée dans les extrêmes limites mais c'est la loi du genre.

J'ai lu ce livre il y a bien 10 ans, peut etre que l'image que j'en ai est faussé par le temps mais j'ai trouvé l'histoire extrêmement pertinente (malheureusement tu assassines ici tout le suspens, c'est justement en découvrant petit à petit que ce sont les enfants qui se sont rebellés contre cette sorte d'idéal totalitaire des classes moyennes, que le livre prend toute ça force). Une action collective n'a pas besoin d'être mue par une idéologie structurée, cela peut être une réaction à une situation. C'est pour cela que les enfants ne trouve pas d'autres solutions que le massacre collectif. Ils n'ont pas réellement pensés à la suite.

J'ai le souvenir d'avoir moi-même senti clairement une oppression diffuse lorsque j'étais petit, j'imagine assez bien une union de gosses révoltés qui ne savent pas quoi faire ni ou aller si ce n'est d'user de cette violence brute qui représente un peu le tabou ultime de la société dans laquelle ils évoluent.

Pour finir, je dois t'avouer que je trouve ton questionnement bizarre. En quoi la vraisemblance de l'union des gamins est-elle si déterminante pour apprécier ce livre? L'essentiel pour moi est ce que Ballard montre: la contrainte soft de l'idéal des classes moyennes qui peut devenir un enferment insupportable et comment cette société ou toute violence directe est exclue peut produire une violence absurde.

mardi, 30 décembre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@SETIM : Salut :)
Pour le suspense, je trouve pas qu'il soit hyper haletant mais bon... tu n'as pas tort, malheureusement comment parler du livre sans parler de l'histoire et de l'histoire réelle ? Mais bon là dessus, je reconnais que ton argument est valable.
En revanche, une action collective se doit d'être précédée d'une concertation. Ce côté ados télépathes, mués par une même rage, etc... là, j'ai vraiment eu beaucoup, beaucoup de mal à y croire tout simplement. Et la suite n'est pas banale, puisque Ballard leur prédit un destin type "bande à Baader"... donc une violence prête à devenir tout fait récurente et organisée.
La vraisemblance de l'union de ces enfants fait tenir le complot et donc le livre. Or moi je n'y ai pas cru une seconde, d'où mon questionnement ensuite sur la pertinence de tout le reste.
Il ne s'agissait pas du tout de classe moyenne, mais au contraire de l'étouffement des gosses de "riches".
J'ai bien saisi l'argument qui veut qu'une société où la violence directe est exclue peut produire de la violence absurde et c'est pourquoi j'ai rappelé que les sociétés mormonnes ou amish ne produisent pas plus de tueurs en série que les autres si ce n'est moins.
Merci pour ce débat très intéressant :)

mardi, 30 décembre, 2008
Anonyme a dit…

Moi non plus je ne crois pas que toute action collective doit nécessairement être précédée d'une concertation (cette compréhension est d'ailleurs de plus en plus abandonné en sciences humaines, au profit d'un décentrement du sujet). Ballard qui a été marqué par des lectures psychanalytique, crée une fiction où le dispositif psychique de chaque enfant est globalement soumis aux mêmes tensions environnementale (cet environnement est constitué aussi bien de signes, d'objets que de gens).
L'expérience d'un camp de détention en Chine, qu'à vécue Ballard (sans savoir si ses parents avaient survécus), entre la fin de son enfance et le début de son adolescence est aussi au centre de toute son œuvre. Là-bas il a pu constaté que le partage de conditions de vies semblable, générait certaines réactions psychique pour sortir du stress, sans qu'il y ait eut de concertation entre les gens. Il a aussi vu là-bas comment les gens pouvaient devenir fou ou s'enfoncer dans leur songe plutôt que se révolter (mais les révoltes spontanées existent même si elles sont rares).
Peut être que "La forêt de crystal" te plaira plus, c'est une histoire où une sorte de vague qui transforme toute matière vivante en cristal s'étend sur le monde, à partir d'une petite région de la forêt équatoriale. Certains partent , toujours plus loin et disparaissent, tandis que d'autres restent, pour des raisons psychologiques différentes; et que le narrateur s'enfonce dans ses songes.

dimanche, 18 janvier, 2009
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Anonyme : Commentaire très très intéressant et je t'en remercie.
Je conçois en effet que dans une situation de stress intense déclenchée par la peur de mourir principalement ou la peur de perdre ceux qu'on aime ou la peur de souffrir, les réactions psychologiques de "défense" soient plus ou moins communes à chacun d'entre nous et qu'en cela oui, une concertation n'est pas nécessaire.
Mais... mille excuse, cependant il n'est pas possible de comparer la vie des enfants de Pangbourne Village aux situations d'enfants prisonniers de camps (militaires ou réfugiés). Même avec une trouille phénoménale des mesures parentales ultra-sécuritaires et les conséquences qu'elles auront sur nos bambins, je ne peux pas croire qu'elles plongent ceux-ci dans le même état de stress que les enfants dont la vie ou celle de leur proche tient à un fil.

Parallèlement, en m'appuyant sur les études de M Sherif et celles de son épouse (dont la fameuse "The Robbers Cave Experiment"), on s'aperçoit tout de même que pour qu'un groupe se constitue, avec un "leader" et une hiérarchisation (Ballard suggère également qu'il y avait un leader et une espèce de hiérarchisation) il faut que les individus de ce même groupe " interact in group activities with common goals"...
C'est là où j'ai déccroché chez Ballard. Ils n'interagissent pas avant de commettre leurs actes. Et c'est parce qu'il y avait une totale absence d'interaction que j'ai peu à peu fini par me dire que "ça ne collait pas".

Ensuite, si le propos de Ballard était de dire qu'une société dépouillée de toute "agitation" humaine et maintenue sous contrôle est ou sera aussi stressante qu'une société ultra violente où chaque jour de notre vie devient peut-être le dernier, alors je n'adhère pas à ce propos tel quel.

Que ce soit malsain et pathologique de surprotéger des enfants : je n'ai aucun doute là dessus.

Mais entre ma vision du "pathologique" et celle de Ballard, je n'ai pas su y mettre un pont.

Je te confirme que l'idée de "La forêt de crystal" me séduit beaucoup. Je tenterai donc une réconciliation avec Mister Ballard :)

mardi, 20 janvier, 2009
Anonyme a dit…

Merci pour ta réponse.

Bien sûr qu'on ne peut pas aisément comparer la vie dans un camp de détention et celle dans un lotissement. Mais Ballard ne tient pas une thèse sur les camps ou les lotissement, il se ressaisit de son expérience psychique et intellectuelle pour créer une fiction qui développe une autre thèse. Celle-ci concerne le contrôle social.

Je vais essayer de préciser un peu mon avis sur ce roman qui fait écho à d'autres de cet auteur.

On trouve très souvent une invraisemblance dans les fictions de Ballard. Il joue tout le temps d'une tension entre la fiction réaliste et l'expression d'un genre de fantaisie rationnelle.

Dans les enfants de Pangbourne l'accord ne passe pas par le langage articulé car ces enfants se reconnaissent à un autre niveau et en médiatisant différemment le monde (le langage articulé est d'ailleurs est des outils essentiels de leur aliénation). Je pense que quitte à aller contre la vraisemblance et au risque de se planter, Ballard doit l'exclure comme moyen de construction de l'accord entre les enfants.

Ces enfants vivent dans un monde qui est la matérialisation du bonheur: aisance économique et prise en charge rationnelle de tous les stress psychiques, par l'expertise scientifique appliquée (techniques de gestion des ressources humaines, ingénierie sociale, écologie humaine appliquée, développement de soi etc.). Ils ne peuvent faire l'expérience d'aucune incertitude dicible et perde la possibilité de faire savoir comment ils résolvent eux-mêmes les épreuves psychiques. Celle-ci sont prédit et neutralisée avant qu'elles ne soient manifestées individuellement. Ces enfants ne peuvent se saisir publiquement de ces épreuves et les résoudre pour se positionner comme sujet distinct au sein du monde réel. Ils vivent dans un monde où on leur dénie la possibilité d'avoir des expériences contradictoires, incertaine et stressante. Le régime de contrôle sous lequel ils vivent neutralise la survenue de ces expériences désagréable et anxiogène afin de favoriser chez eux un sentiment cristallin de sécurité de soi. Et cette prévention s'exerce de manière attentive, bienveillante, prévenante et raisonnable... Achevant de refermer un piège construit par l'usage du langage raisonnable et par toutes les techniques qui dérivent de l'expertise argumentée.

Ces enfants ont été gérés comme des objets (mais vivants) et le meurtre collectif s'impose à eux comme seule possibilité pour se délivrer sans passer du lotissement à la prison.

La micro société dont parle Ballard est une utopie scientifique réalisée par un collectif de gens riches, cultivées, sensibles, raisonnables qui réalisent une gestion des ressources de leur propre procréation humaine.

Dans cette nouvelle Ballard exploite l'idée d'une domestication et d'une gestion rationnelle des élites éclairées par elle-même. Il la pousse plus explicitement à travers son roman "Super-Cannes", où un psychiatre prend longuement la parole pour expliquer sa méthode.

Enfin comme souvent c'est difficile avec cet auteur de savoir s'il veut tenir une thèse ou harmoniser un genre de démonstration artistique et intellectuel avec certains de ses fantasmes profonds.

mercredi, 21 janvier, 2009
Anonyme a dit…

Ps: je ne veux pas dire du tout qu'il fantasme de créer cette société.

mercredi, 21 janvier, 2009
Anonyme a dit…

Et mille excuses pour les coquilles, les fautes et la ponctuation bancales

mercredi, 21 janvier, 2009
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@theossil : peu m'importe les coquilles, les fautes et les ponctuations bancales ;) car je trouve ta démonstration tout à fait magistrale !
Je comprends bien mieux maintenant ce bouquin !
Je n'accroche toujours pas à sa fiction mais au moins je comprends pourquoi il l'a voulue ainsi.
Merci théossil :)

mercredi, 21 janvier, 2009

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