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No brain... No pain

Nos amis les ricains

Vade Retro Italo

samedi 13 décembre 2008

Il m'est arrivé une aventure pas croyable : je me suis engueulée avec un livre ! Une espèce de "je-te-déteste-moi-pareil" qui s'est terminée par une bouderie somme toute très infantile mais que j'assume! Revancharde et sournoise, j'ai donc décidé de régler mes comptes ici même, au vu et su du monde entier ! (sachant que le monde de mon blog est, je l'avoue, très restreint).

C'est donc l'histoire d'un livre qui m'a boutée hors de ses pages avec une extrême violence, un extrême dégoût !

Attention, je ne vous parle pas du livre qui vous tombe des mains, de celui qui ennuie, de celui qui endort... Non je vous parle de celui qui vous rejette, qui se complique au fur et à mesure pour vous montrer à quel point vous n'êtes pas prêt(e) à lire ses lignes.

Quand lire devient un calvaire, une mission impossible, un chemin de croix : quand on déteste le bouquin que l'on vient d'acheter ! Quand on en vient à se demander comment les autres ont fait ? Oui comment ? Serais-je la seule, l'unique à avoir autant souffert avec Italo Calvino et son "Si par une nuit d'hiver un voyageur" ?

Au club des théières (excellent blog au demeurant) les compliments fusent.
On se sent alors vraiment, vraiment très seule.

Italo Calvino a une facilité d'écriture assez époustouflante et c'est sans nul doute de la très belle littérature. Mais cette histoire... oh my god, cette histoire... !
Un cauchemar !

Cela commençait mal de toute façon...

"Tu vas commencer le nouveau roman d'Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur. Détends-toi. Concentre-toi. Écarte de toi toute autre pensée. Laisse le monde qui t'entoure s'estomper dans le vague. La porte, il vaut mieux la fermer; de l'autre côté, la télévision est toujours allumée. Dis-le tout de suite aux autres : « Non, je ne veux pas regarder la télévision ! » Parle plus fort s'ils ne t'entendent pas : « Je lis ! Je ne veux pas être dérangé. » Avec tout ce chahut, ils ne t'ont peut-etre pas entendu : dis-le plus fort, crie : « Je commence le nouveau roman d'Italo Calvino ! » Ou, si tu préfères, ne dis rien ; espérons qu'ils te laisseront en paix. Prends la position la plus confortable : assis, étendu, pelotonné, couché. Couché sur le dos, sur un côté, sur le ventre. Dans un fauteuil, un sofa, un fauteuil à bascule, une chaise longue, un pouf. Ou dans un hamac, Si tu en as un. Sur ton lit naturellement, ou dedans. Tu peux aussi te mettre la tête en bas, en position de yoga. En tenant le livre à l'envers, évidemment."

J'ai tout de suite eu un mauvais pressentiment : Calvino me parle comme s'il me connaissait... mais s'il me connaissait, il saurait que je ne suis pas un homme et donc qu'un participe passé agrémenté d'un petit "e" en fin de course aurait été le bienvenu. C'est bête je sais, mais cette insistance à me parler comme si j'étais un bonhomme m'a tout de suite agacée.

A moins que Calvino ait décidé que LE Lecteur était un être assexué. Ce qui de toute façon m'aurait également énervée car je ne crois pas qu'il y ait UN lecteur, comme il existerait LA femme, LA mère etc...

Bon, je vous l'ai dit, ça commençait très mal.
Cela dit, je me suis tout de même pliée à la méthode et me suis confortablement installéE.
Mais même au mieux de ma forme, ça ne passait toujours pas !

L'histoire... justement il y a bien UN lecteur mais il n'y pas UNE histoire... il y a DES histoires.

C'est étrange d'ailleurs qu'Italo Calvino ait voulu à ce point nous rendre, nous tous lecteurs, un et un seul alors que son propos est de démontrer que les livres sont une multitude... Bref, me voilà partie pour l'histoire car au départ j'étais partie en lecture comme on part en voyage avec un départ et une arrivée. Mais au beau milieu du chemin, changement de train, on reprend ses bagages, on descend, on poiraute sur le quai et on repart dans une autre direction : seconde histoire.

Et ainsi de suite, on descend, on remonte, on redescend... il n'est pas inutile d'avoir son petit sac en papier à portée de main. Donc moi, LE lecteur, j'ai tout simplement reposé le livre en me disant, on verra cela demain.

Le lendemain, re-dispersion à tout va, j'en suis au énième début d'histoire, rien ne se termine, tout recommence et la nausée avec. On repose, on (re) verra cela demain.

Troisième jour, beaucoup moins d'entrain, ce livre est en passe de devenir une punition, dernier essai après je lâche.

Trois petits tours et puis s'en vont, j'ai abandonné non sans trouvé que cette frustration imposée était faite pour les masochistes et que je n'avais donc que faire de cet instrument de plaisir pour certains, de torture pour moi.

Avec le recul et lorgnant de côté l'objet qui est resté sur ma table de nuit pour me rappeler qu'il faut toujours rester modeste en littérature et que parfois l'heure n'est pas encore arrivée pour certaines rencontres, je trouve assez ironique de n'avoir pu terminer un livre qui justement parle de ces romans que l'on entame et qui ne finissent pas... Aurais-je parfaitement compris le propos de Calvino (sans l'avoir fait exprès je vous l'accorde) ?

***


Etude de Si par une nuit d'hiver

***


14 commentaires à lire:

Anonyme a dit…

Pour une fois tu parles d'un livre que j'ai déjà lu. Alors je me fais un plaisir de prendre la défense de ce(s) roman(s).
Pour l'histoire du lecteur, je dirai que le propos de Calvino n'est pas de réduire tous les lecteurs à un seul, mais plutôt de transformer ce lien entre monde fictionnel et monde réel également en fiction. Les péripéties de ce lecteur deviennent par trop abracadabrantes pour prétendre refléter un tant soit peu quelqu'un qui lit. Dans tous les romans, ou presque, le héros est un gladiateur, un cordonnier, un chômeur, un soldat (en version masculine ou féminine) ... mais jamais un lecteur. Voilà qui est chose faite, même si c'est pas crédible. L'aventure que vit cette personne est celle de la lecture, qui permet de vivre des choses tout à fait invraisemblables, sans que cela soit gênant. Ainsi, je peux vivre la vie d'un mousquetaire gascon, alors que Louis XIII est mort depuis longtemps et qu'on ne se bat plus au sabre de nos jours.

Il y a longtemps que j'ai lu ce livre, à un moment où je n'avais pas assez de clés pour comprendre un roman pareil. Je me souviens cependant de ce sentiment de déjà-vu dans chacun des débuts de roman. Des thèmes sont repris, déformés, inversés... Plus on avance, plus on s'éloigne de l'histoire initiale ("Si par une nuit d'hiver un voyageur") mais on a tout de même l'impression qu'il y a chaque fois un point commun. La fin du livre nous met un peu sur la voie... peut-être auras-tu envie de la lire quand même.
Je trouve l'histoire de ce livre formidable. C'est à la fois une multitude d'histoires (libre à celui qui les lit de les compléter ou non) et une histoire sur rien, puisqu'on ne parle que d'histoires sans fin. (D'ailleurs, "L'histoire sans fin", où le mot fin trouve une acception différente, est l'autre livre que je connais dont le héros est un lecteur... dans un style très éloigné du sujet qui nous préoccupe, bien sûr).
Si après ce plaidoyer tu n'adores pas l'oeuvre de Calvino, je ne sais plus quoi faire! C'est peut-être le caractère un peu expérimental que j'aime dans ce bouquin et ça ne plaît pas à tout le monde.

mardi, 16 décembre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@tico : D'abord un grand merci pour m'avoir expliqué de façon très claire le propos de Calvino.
Je pense que comme tout livre étrange et interrompu (de façon brutale) je m'essaierai à la relecture (enfin la lecture).
Il me semble en effet qu'il faut des clefs avant de pénétrer cet univers et c'est un peu ce que je reproche au livre car l'accès à la littérature devrait se faire sans un énorme trousseau dans sa poche.
:)

mercredi, 17 décembre, 2008
Anonyme a dit…

Alors, je donne mon avis qui ne vaut que ce qu'il vaut (c'est à dire un avis, mais je l'aime bien, comme c'est le mien, lui et moi on a des affinités). Je n'ai pas aimé le mode de lecture (et d'écriture du coup) de ce livre. Parce que j'ai bien vu le "montreur de marionnettes" derrière les phrases qui me disait "coucou, c'est moi, c'est des mots, c'est pour du semblant", et je me suis dit : mais pour qui me prend-il ce bon monsieur ? Comme si je ne savais pas qu'il y avait un montreur de marionnettes derrière chaque phrases ? J'ai donc l'air si cruche ? Du coup, j'ai posé le livre et basta (un terme qu'Italo devait connaître). Enfin, tout ça pour dire que je suis solidaire avec ton détachement, donc, même si je sens que je suis passée à côté de "quelque chose". Je ne devais pas être la bonne "lecteuse" pour ça sans doute...

mercredi, 17 décembre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@kiki made in Posuto : C'est ça, ce que tu dis sur le "montreur de marionettes", c'est ça qui a du me mettre mal à l'aise. J'avais sans cesse l'impression de décrocher en voyant de trop prêt les ficelles.
Bon et bien ça fait 2 contre 1 (hein Tico ?)
;)

mercredi, 17 décembre, 2008
In Cold Blog a dit…

Ben c'est pas encore grâce à toi que je me mettrai à lire Calvino un jour ;)

vendredi, 19 décembre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@InColdBlog : Je voulais faire un peu ma faux-cul, parce que tout de même il s'agissait de Calvino, mais je n'ai pas pu !
:(

samedi, 20 décembre, 2008
In Cold Blog a dit…

Magda et toi avez une amie en commun.
Si tu ne l'as pas encore lu, son billet est ici : http://cequetulis.wordpress.com/2008/12/21/paris-is-hell/#comment-2561
;)

dimanche, 21 décembre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@InColdBlog : Je me suis jetée dessus et... rien ! Le lien ne fonctionne pas !
:(

dimanche, 21 décembre, 2008
In Cold Blog a dit…

et là ? :
http://cequetulis.wordpress.com/2008/12/21/paris-is-hell/

lundi, 22 décembre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@InColdBlog : Just perfect !!!
Merci d'avoir su tracer le chemin entre Madga et moi car j'ai en effet pris grand plaisir à lire son article... On se sent drôlement moins seule :))

lundi, 22 décembre, 2008
Anonyme a dit…

Bon sens, je suis assez d'accord avec ton analyse du livre de Calvino. J'ai eu beaucoup de mal à entrer dedans, mes étapes de lectures sont un peu les même que les tiennes, sauf que je me suis forcée (ce qui s'appelle forcée) à le finir. Et j'avoue que j'en veux encore à la prof de français par ailleurs géniale qui m'a conseillé de lire ce livre.
Cela dit, si tu veux tenter une expérience de relecture, n'hésite pas : c'est comme ça que j'ai appris à apprécier Gracq et son Balcon en forêt. ( mais au bout de trois tentatives quand même ^^)

mercredi, 31 décembre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Maryel : lol, je vois que nous aurions pu ramer ensembles dans une même galère :)
Je referai une tentative mais quand... quand j'aurais lu assez de livres m'ayant méga emballée histoire d'attaquer le second round avec un mental de winneuse:)
Très bonnes fêtes de fin d'année et surtout, excellente année à venir :)

mercredi, 31 décembre, 2008
Anonyme a dit…

Ouf ! Un livre de moins sur la LAL. Grâce à toi, l'année commence bien...

samedi, 03 janvier, 2009
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Fantomette : Bon... si j'ai fait le bonheur d'une personne... c'est déjà ça :=)

mardi, 06 janvier, 2009

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