Avant d'être un opposant au régime communiste, M. Kundera était un membre actif du Parti communiste tchécoslovaque, un membre très actif... soupçonné d'y être allé de sa petite délation, celle qui aide à rendre un pays plus propre, celle qui montre au Parti combien on a le sens du devoir, combien on est une bonne recrue. Le 14 mars 1950, vers 16 heures, un jeune homme de presque 21 ans, nommé Milan Kundera exclu du Parti Communiste depuis peu, passe le seuil du commissariat du 6e district de Prague. Il vient spontanément déclarer à Jaroslav Rosicky, officier de police, qu'un déserteur à la solde des américains du nom de Miroslav Dvořáček se trouve dans le pays et que plus précisément il se trouvera à la résidence de la cité universitaire Prague VII appelée "la Kolonka" dans la soirée.Munis de ces précieux renseignements, les brigadiers Rosicky et Hanton se feront une joie d'investir la chambre d'étudiante de la très belle Iva Militká, chez qui Miroslav Dvořáček était hébergé, et à qui il avait annoncé qu'il repasserait en début de soirée. Le comité d'accueil sera moins glamour que prévu et Miroslav Dvořáček passera les 14 années suivantes dans des mines d'uranium (un des camps les plus durs appelé « Vojna »), sera condamné à 10 000 couronnes d’amende, sera privé de ses droits civiques pour dix ans et verra tous ses biens saisis. Miroslav Dvořáček Ce procès verbal, établi le 14 mars 1950, sera ensuite englouti sous des millions d'autres, puis enseveli sous des dizaines de kilomètres d'archives empilées. Débuts des années 60, Milan Kundera est un auteur très apprécié en République tchèque. Après sa réintégration en 1956 (ou 1950) au sein du parti communiste(KSČ) Kundera peut conclure ses études de scénario et de réalisation à la Faculté des Arts cinématographiques de Prague. Il est alors un auteur fécond, connu et reconnu par le public comme un des représentants le plus importants de la jeune génération des écrivains staliniens, ceux-ci profitant pleinement des avantages que leur procurait leur adhésion au régime. Les choses se gâtent sérieusement en 1967 au 4e Congrès des écrivains tchèques : ces derniers sont, pour la première fois, en désaccord total avec la ligne de conduite des dirigeants du parti. Milan Kundera devient leur leader. L'invasion soviétique de 1968 met totalement fin à sa belle illusion et le voilà devenu paria : renvoyé de l'Institut Cinématographique de Prague, ses livres sont retirés des librairies, il n'a même plus le droit de publier. En 1975, il quitte la République tchèque pour la France. Le lundi 13 octobre 2008, soit 58 ans après les faits, le magazine Respekt, publie un article qui relate les faits advenus ce 14 mars 1950. Le nom de Milan Kundera est là, inscrit en toutes lettres, son identité parfaitement déclinée. Stupeur ! Milan Kundera était un délateur à la solde du Parti ! Et le monde littéraire s'emballe, atterré. Atterré par quoi ? Certains sont ulcérés car c'est une honte d'accuser ainsi Milan Kundera, d'autres, eux... sont beaucoup moins effarés (surtout ceux qui étaient présent en République tchèque durant ces années sombres). Onze écrivains apportent leur soutien à l'écrivain tchèque tels que John M. Coetzee (Prix Nobel), Jean Daniel, Carlos Fuentes, Gabriel Garcia Marquez (Prix Nobel), Nadine Gordimer (Prix Nobel), Juan Goytisolo, Pierre Mertens, Orhan Pamuk (Prix Nobel), Philip Roth, Salman Rushdie et Jorge Semprun. Onze... c'est bien peu quand on y pense... Ils s'appuient essentiellement sur le témoignage de l'historien Zdeněk Pešat que voici : "J'étais alors en troisième année de la faculté de philosophie de l'Université Charles à Prague et membre du comité du partie communiste de la faculté. Miroslav Dlask s'est adressé à moi en me disant que son amie (et future épouse), Iva, avait rencontré son ancien ami dont elle savait qu'il était passé à l'Ouest et que, certainement, il était maintenant rentré illégalement. Dlask m'a dit qu'il en avait informé la police [...] J'ai supposé que Dlask avait voulu protéger son amie d'une inévitable persécution au cas où ses rapports avec un émigré - voire un provocateur-agent de la police secrète tchèque - seraient décelés. Je n'ai pas réagi à son information et je ne l'ai plus rencontré après mes études." Mais comment le très sérieux journal Respekt en est-il venu à dénicher ce fameux procès verbal n°624/1950 ?
En fait, personne n'a fait de recherches sur Milan Kundera. En 1949, Miroslav Dvořáček et son camarade Miroslav Juppa, deux jeunes militaires tchèques, aviateurs de formation, passent à l'Ouest. Le 13 mars 1950, Miroslav Dvořáček retourne clandestinement en Tchécoslovaquie afin d'y obtenir des renseignements secrets industriels. Là, il retrouve la jeune Iva Militká qui lui offre l'hébergement. Iva ne lui est pas inconnue ; elle était la petite amie de Miroslav Juppa avant qu'il ne déserte. Désormais Iva Militká sort avec un jeune homme du nom de Miroslav Dlask. Aucun des deux n'est dupe quant aux probables activités de Miroslav Dvořáček : il n'est pas le premier à rejoindre l'Allemagne et à collaborer avec les agents secrets de l'Ouest. Miroslav Dlask, contrarié (ou jaloux) que sa fiancée prenne autant de risques pour le jeune Dvořáček, se confie à son ami étudiant... Milan Kundera. La suite, vous la connaissez. Iva Militká, suspecte de délation mais visiblement innocente, est rongée par cette question : qui ? Après l'arrestation de Miroslav Dvořáček, à laquelle elle a de force assisté, Iva annonce à ses parents que son manque de jugement et sa naïveté (elle avait en effet dit à Dlask, son fiancé, qu'il n'était pas prudent de venir la voir ce soir-là, le laissant supposer que Dvořáček viendrait lui rendre visite) avait condamné Dvořáček ; effondrée, elle charge ces derniers d'aller raconter aux parents de Dvořáček ce qui vient de se passer et pourquoi cela s'est passé. Au départ Iva Militká soupçonne sans l'avouer son mari, Miroslav Dlask, car elle même ignore que Milan Kundera puisse avoir été dans la confidence ; mais vers la fin de sa vie, Miroslav Dlask sort de son mutisme et las d'entendre sans cesse la même question "est-ce toi ?" lui avoue que Kundera était au courant de cette dangereuse visite. Kundera est loin maintenant et rien ne dit qu'il ait pris une quelconque part à cette affaire. Mais Iva Militká peut désormais douter d'au moins deux personnes ; peut-être Kundera en a-t'il parlé à quelqu'un d'autre ? Peut-être son mari n'y est-il pour rien... Elle s'en ouvre à Adam Hradilek, l'un de ses lointains cousins, chercheur à l'Institut d'Etudes des Régimes Totalitaires et lui demande, puisque les archives sont désormais accessibles à tous, de faire des recherches. Ce dernier mènera une enquête pointilleuse durant des années, recoupant tous les témoignages, rencontrant le passeur qui avait permis aux deux jeunes aviateurs d'entrer en Tchécoslovaquie le 13 mars 1950, jusqu'à déterrer le fameux procès verbal établi le 14 mars 1950 dans le commissariat du 6e district de Prague. C'est à cet instant, qu'il découvre le nom de Milan Kundera. Le choc est rude en République tchèque, les camps se divisent : L’écrivain Jiri Stransky, 7 ans passés derrière les barreaux dans les années cinquantes, a déclaré : "Lorsque j’étais en prison, Milan Kundera servait, admirait et vénérait le parti communiste. Ivan Klíma, Arnost Lustig et Pavel Kohout ont également été communistes. Pourtant, nous sommes restés de bons amis, surtout parce qu’ils ont défini et déchiffré leur passé. Ils ne voulaient rien cacher… Je n’ai en revanche aucune estime pour Kundera. Tant qu’on ne s’acquittera pas envers notre propre passé et envers le passé de la nation, il nous piégera. Et c’est ce qui est arrivé maintenant." Ludvik Vaculik : "Sans d’autres preuves et d’autres témoignages, je ne peux pas croire que Kundera ait dénoncé. Et même si cela c’était passé comme ça, il ne faut pas oublier qu’on était en 1950, période précédant la plus grande terreur communiste, période où le socialisme était encore attrayant pour beaucoup de gens. Même si Kundera l’avait fait, ça aurait été à une époque où il n’avait pas encore été confronté à la question de savoir ce qui était bon de faire et ce qui ne l’était pas. Informer la police d’Etat plus tard, c’était déjà autre chose – là, le carriérisme ou la haine ont été des motifs moteurs". L’Académie des sciences de la République tchèque témoigne d’un manque de pensée scientifique critique : "L’Académie refuse catégoriquement un tel traitement des faits historiques" et insiste sur la "nécessité de vérifier chaque document écrit par toutes les méthodes scientifiques qui sont à la disposition." Voilà donc les faits. Que peut-on en dire ? 1/ Lorsque la nouvelle de cet article éclate, le 13 octobre, Milan Kundera sort de son abyssal silence pour déclarer à l' agence tchèque CTK. : "Je suis totalement pris au dépourvu par cette chose à laquelle je ne m'attendais pas du tout, de laquelle je ne savais rien hier encore, et qui n'a pas eu lieu. Je ne connaissais pas du tout cet homme." Pris au dépourvu, c'est très difficile à croire... un mois auparavant, le 11 septembre, Adam Hradilek envoie un fax à Milan Kundera où il lui demande un entretien. Celui-ci ne répond pas. Pourtant Adam Hradilek n'est pas sybillin : il demande à l'écrivain de s’expliquer sur une arrestation qui a eu lieu en 1950 dans la résidence où il habitait. Milan Kundera prétendra ne jamais avoir reçu ce fax. Adam Hradilek et le journaliste Petr Třešňák, décident de publier les résultats de cette recherche dans le journal Respekt. Journal qui de fait obtiendra enfin une réaction de Milan Kundera. Qu'il ne connaisse pas cet homme, personne ne le dément. Mais il ne peut pas nier en avoir entendu parler. Ca, Milan Kundera ne le spécifie pas. Comme il ne spécifie pas que Miroslav Dlask et lui étaient des amis très proches de même que la jeune Iva. En 1953 il leur a offert un livre dédicacé de sa main : "En souvenir de Mirek et Iva, Milan". En dehors d'Iva, la seule personne à connaître la présence du jeune aviateur déserteur était Dlask. Dlask qui reconnait s'être ouvert à Kundera. C'est donc une histoire avec seulement 3 protagonistes. Difficile de croire que Milan Kundera apparaisse par magie comme 3ème larron, 58 ans après les faits. En réfutant cette accusation, il accuse clairement Dlask (difficile d'accuser Iva puisque c'est elle qui est à l'origine de cette enquête). 2/ L'authenticité du document est établie. La réputation de l'Institut d'Etudes des Régimes Totalitaires (USTR) est, à ce jour, irréprochable et a conduit de nombreux travaux de recherches qualifiés de "qualité" même si son implication avec le pouvoir politique est décrite comme trop importante. Jiri Reichl, porte parole de L'Institut et Vojtech Ripka, chercheur au Centre d'archives de Prague, sont formels. De plus, ils ajoutent que les recherches faites sur Miroslav Dvořáček n'ont rien d'exceptionnelles. Les historiens passent leur temps à de telles recherches sur des tas de personnes victimes de cette période. La seule chose qui fut exceptionnelle dans tout cela est qu'un des noms inscrits comme délateurs est devenu un écrivain mondialement connu. "L'ouverture des archives de l'époque communiste est désormais complète en République Tchèque. Il s'agit d'une étape importante, qui ne doit pas être négligée. En Autriche par exemple, cette étape est difficile à passer. L’ouverture des archives ne pose aucun problème pour certains, tandis qu’elle embarrasse d’autres. C’est ainsi." Cependant , Vojtech Ripka ajoute aussi : "Nous avons deux indices, mais nous n’avons pas la certitude à cent pour cent. Tant que l’on ne retrouvera pas tous les témoins de l’époque et ceci n’est malheureusement aujourd’hui plus possible, cela restera incomplet." 3/ Le témoignage de Zdeněk Pešat n'est pas d'une probité insoupçonnable et pourtant il va peser lourd dans la controverse. Cet homme, gravement malade, décide à son tour d'accuser un mort qui ne pourra évidemment pas démentir ses dires. En effet, Miroslav Dlask, que Zdenek Pesat et Milan Kundera par son silence chargent allègrement, est décédé dans les années 90. On le sait, les morts ont les épaules larges et peuvent endosser des tas de choses. Seulement voilà, rien dans les archives ne mentionne le passage de Miroslav Dlask au poste de police. Rien n'étaie l'histoire de Pešat. Miroslav Dlask n'a jamais prétendu s'être ouvert de la venue de Miroslav Dvořáček à Zdeněk Pešat mais à Milan Kundera. Pourquoi, aurait-il menti ? A cette époque Dlask et Kundera sont amis. A aucun moment Zdenek Pesat, lui, ne peut se prévaloir d'une telle amitié avec Dlask. Pourquoi ce dernier se serait donc ouvert à une simple connaissance ? Au même titre que l'accusation de Miroslav Dlask peut être lourdement douteuse, la défense de Zdeněk Pešat reste dubitable. 4/ Le nom de Milan Kundera n'apparait qu'une seule et unique fois dans toutes les archives à ce jour étudiées. Ceci explique sûrement pourquoi personne n'a jamais utilisé ce procès verbal pour faire du tort à Milan Kundera auparavant. Personne ne savait qu'un obscur papier enfoui sous des tonnes de dossiers existait. 5/ Une sombre machination... mais avec quel mobile ? Le journal Respekt est au dessus de tout soupçon et sa réputation est prestigieuse. Adam Hradilek, trop jeune, n'a pas vécu les évènements advenus durant cette période. La question n'est donc pas de savoir qui aurait intérêt à salir la réputation de Milan Kundera mais bien pourquoi ? Pourquoi 58 ans après des faits, voudrait-on faire "payer" un homme au-dessus de tout soupçon ? Cela dit, s'il s'agissait d'un complot, les personnes impliquées auraient été nombreuses et particulièrement performantes : fabrication d'un document qui passé entre les mains de spécialistes se révèlerait comme authentique, complicité d'Adam Hradilek, complicité du journal Respekt et de son rédacteur en chef Martin M. Šimečka, sans compter que l'axe central serait Iva Militká, 79 ans aujourd'hui, puisque c'est elle qui a lancé les recherches. Quel motif en commun aurait-eu toutes ces personnes pour déclencher une conspiration contre Kundera, 33 ans après son exil en France ? 6/ Est-il possible que Miroslav Dlask n'ait pas vu d'un très bon oeil l'arrivée de ce bel aviateur dans l'entourage de sa future épouse, Iva Militká ? Elle-même avait, fût un temps, pensé à rejoindre Miroslav Juppa et Miroslav Dvořáček à l'Ouest, avant de rencontrer Dlask et d'en tomber amoureuse. Est-il possible qu'il soit parti au poste de police en se faisant passer pour Milan Kundera ? Car ni la signature de Milan Kundera, ni son numéro de pièce d'identité n'apparaissant sur le procès verbal. Mais si Dlask s'était fait passer pour Kundera et avait dénoncé Dvořáček afin de préserver sa fiancée d'éventuelles mesures de représailles du Parti pour avoir hébergé un déserteur, pourquoi l'aurait-il impliquée dans le procès verbal ? Il risquait gros en déclarant que c'est chez elle que Dvořáček avait laissé ses affaires... La jalousie reste un mobile fort mais l'imposture elle, n'a pas beaucoup de sens, pas en 1950 et à condition que, même en l'absence de signature ou numéro de carte d'identité, l'imposture soit réalisable. 7/ Qu'en est-il du mobile de Milan Kundera ? A l'époque des faits, Milan Kundera vient d'être exclu du Parti Communiste pour cause "d’activités contre l’autorité". En 1949 Milan Kundera a reçu une lettre de son ami Jaroslav Deweter, une lettre dans laquelle Deweter critiquait un apparatchik communiste et la réponse de Kundera était rédigée dans le même esprit. Après que les lettres se soient retrouvées entre les mains de la police secrète, les deux jeunes hommes s’étaient vus exclure du parti communiste et Deweter même des études universitaires. Milan Kundera, en indélicatesse avec le Parti communiste, aurait-il trouvé là une manière de se racheter ? La date de sa réintégration au Parti est très discutée... Le Who's Who tchèque donne 1956 alors que l'auteur Martin Rizek situe lui, sa réintégration en 1950 (Comment devient-on Kundera ? l’Harmattan, Paris, 2001). Les propos de Kundera lui-même restent, par rapport à cette période, très flous et évasifs. Il en reste qu'après cette histoire, Milan Kundera est devenu l'un des protagonistes éminents de la littérature stalinienne officielle, qu'il a pu devenir maître-assistant à la Faculté des arts cinématographiques à Prague, poste où il demeurera jusqu’à son exclusion définitive du Parti au début des années 70. N'oublions pas que cette génération d'auteurs liés au Parti a pu faire, profitant de l’occasion, une carrière fulgurante prenant la place laissée vide par les non-communistes chassés de la vie culturelle. Pouvoir exister est un mobile. Et seul Milan Kundera détenait celui-là. Quant au principal intéressé exilé depuis quarante ans en Suède, Miroslav Dvořáček, en convalescence après une grave attaque cérébrale, il était convaincu que c’était Iva Militká qui l’avait dénoncé. Son épouse, Marketa Dvořáček-Novak, a déclaré à l'AFP que son époux "savait qu'il avait été dénoncé et la question du "par qui" ne faisait aucune différence pour lui." Elle ajoute : "Nous ne sommes pas surpris" que le nom de Kundera soit apparu dans l'article du journal tchèque. "Kundera est un bon écrivain mais je n'ai aucune illusion sur lui en tant qu'être humain. Parmi les célébrités de cette époque beaucoup étaient de fanatiques supporters du régime communiste des années 50. Ils ont changé de ton après 1968 et ont commencé à prêcher la liberté, trainant dans leurs bagages ce qu'ils avaient fait dans les années 50." "Comme j’aimerais révoquer toute l’histoire de ma vie ! Seulement, de quel droit pourrais-je la révoquer, si les erreurs dont elle est née ne furent pas les miennes?" C'est à Milan Kundera que l'on doit cette phrase pleine de sagesse, dans La Plaisanterie (1967). Quelle est la distance entre l'intention et l'action ?
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Retour sur le jeu Dead to Rights Retribution
Il y a 4 semaines




L'invasion soviétique de 1968 met totalement fin à sa belle illusion et le voilà devenu paria : renvoyé de l'Institut Cinématographique de Prague, ses livres sont retirés des librairies, il n'a même plus le droit de publier.
10 commentaires à lire:
Tu nous donnes bien à réfléchir, chère Bon Sens. J'ignorais cette affaire, je m'apprêtais à écrire un post sur La Plaisanterie, justement. C'est sûr que dans ce roman, on a l'impression de lire les phrases d'un farouche opposant au stalinisme. Sauf qu'à l'époque, la critique de ce type est devenue un lieu commun (c'est la préface de l'édition folio qui le dit). Je ne suis qu'à moitié surpris de ce que rapporte ce fameux procès-verbal. Bien des auteurs ont eu un passé trouble et se sont érigés par la suite en pourfendeurs du totalitarisme. Je pense notamment à Günter Grass, à la différence près qu'il n'a jamais nié son enrôlement dans les rouages du national-socialisme (même si son passage chez les SS n'a pas été connu jusqu'à une période très récente... c'est un autre débat). Toute son oeuvre tient à la compréhension de ses erreurs et au combat contre l'oubli des horreurs de l'époque. La délation n'a semble-t-il pas, en revanche, pesé sur le sommeil de Kundera.
dimanche, 16 novembre, 2008@tico : Je suis bien d'accord avec toi : nul n'est à l'abri de faire de mauvais choix, reste à les assumer et à les expliquer si besoin. Cette espèce d'amnésie est sûrement plus économique psychiquement. Croire à cette nouvelle image que l'on s'offre à moindres frais, affaiblit ceux qui un jour ont à s'expliquer.
lundi, 17 novembre, 2008Très instructif ! Merci !
lundi, 17 novembre, 2008".../...la discrétion qui, de toutes les vertus, est la vertu suprême."
(La lenteur, p.47, Folio)
"Quand les choses se passent trop vite, personne ne peut être sûr de rien, de rien du tout, même pas de soi-même."
(La lenteur, p.159, Folio)
Celle-ci m'interpelle aussi :
lundi, 17 novembre, 2008"C'est dans les dossiers des archives de la police que se trouve notre seule immortalité."
(Le livre du rire et de l'oubli)
@el ultimo bastardo : Un très grand merci pour avoir extrait ces phrases des romans de Kundera. En effet après mon article, elles prennent une coloration très nette. MAIS, c'est aussi un biais car de ce type de phrases, selon le contexte, on peut tirer n'importe quoi.
mardi, 18 novembre, 2008Kundera savait, même sans y avoir mis les pieds, que les archives de la police contenait des centaines de milliers de noms. Mais je l'avoue, la phrase est tout de même très troublante.
:)
Je suis abonnée à la mise à jour de flux RSS via Netvibes depuis un bout de temps et je ne dois pas être la seule je pense. Ca te va ? :o)
dimanche, 23 novembre, 2008Lois : Oui ça me va :))))
lundi, 24 novembre, 2008Ca réchauffe une journée de novembre ça !
Pas besoin de m'abonner, je passe tous les jours ;-))
mardi, 25 novembre, 2008@Sibylinne : Je trouve cette réponse ultra mignonne !
mardi, 02 décembre, 2008(j'ai l'impression d'avoir bien du mal à vous laisser un commentaire...)
vendredi, 24 juillet, 2009L'affaire fait toujours polémique aujourd'hui (un article il y a 2 ou 3 mois dans courrier international) à priori.
J'ai beau aduler Milan Kundera, je ne peux pas me prononcer sur son innocence ou non sans rien savoir, du coup je trouve dingue ce soutien des "grands"...
Après, c'est moche de le voir poursuivi de la sorte par les journaleux (ca me rappelle Bertrand Cantat tiens).
Toujours est il que taper sur l'écrivain n'entame pas l'auteur à mes yeux : )
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