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Nos amis les ricains

François Bégaudeau : un diable chez les bigots

samedi 18 octobre 2008


Forcément, après avoir lu l'essai de François Bégaudeau, je suis allée faire un tour sur le web pour récolter les impressions ici et là qu'avait laissé ce livre.

Quelle ne fut pas ma surprise quand j'ai surpris Pierre Assouline en flagrant délit de "sale gueule" !

Oubliant toute réserve et tout bon sens, le célébrissime tenancier du non moins célèbre blog "La république des Livres" lâche :

"Il y a comme ça des gens qui vous tapent sur les nerfs avant même qu’ils aient ouvert la bouche. Disons que c’est épidermique."

J'en reste sidérée ! Un jugement à l'emporte-pièce stupide dans sa forme et dans le fond. Avec de telles remarques vides de toute réflexion sont nés les à-priori les plus dangereux de nos sociétés. Qu'un individu lambda (au hasard, moi) lance ce genre d'ineptie et tout le monde s'en fout. Logique et opportun. Seulement quand un type de la qualité de Pierre Assouline (en tant qu'écrivain), très médiatique de surcroît, balance ça sur son blog, c'est non seulement une grave erreur mais c'est surtout irréfléchi.

Le côté heureux c'est de constater que tout érudit qu'il est, il peut être aussi stupide et primaire que n'importe lequel d'entre nous. Ouf ! Il y a une justice en ce monde !

Visiblement déconnecté de son cerveau le temps de cet article, P. Assouline s'enfonce en concluant :

"Si j’avais eu un professeur de Lettres comme François Bégaudeau, je me serais inscrit au télé-enseignement. Pour 21 euros, Brèves de blog en dit bien davantage, bien mieux et en plus drôle sur la littérature et les écrivains. Enfin, ce que j’en dis…" (P. Assouline La République des Livres)


Et bien moi j'en dis, après avoir lu les commentaires des piliers du bar tenu par Assouline, qu' il ferait mieux de ne pas vanter son "Brèves de blog"... ! Côté marketing, il devrait prendre quelques cours car ce racolage de base laisse songeur, autant dire : "Le livre de Bégaudeau est totalement nul alors que le mien... Faites attention à ne pas vous tromper de poche quand vous y glisserez vos 21 euros, la mienne serait plus judicieuse."

"Brèves de blog" sorti le mois dernier est en fait une compilation de 600 réactions ou commentaires ayant fait suite aux billets d'humeur qu'Assouline publie sur son blog.

Son éditeur Les Arênes décrit ainsi l'ouvrage :
"Le journaliste-écrivain raconte cette expérience singulière : être l’hôte – et parfois la cible – de milliers d’anonymes qui rivalisent d’érudition, de mots d’esprit et de réparties, souvent avec humour, parfois avec violence. "

Et concernant les réactions des fameux "intervenautes" d'Assouline au bouquin de F. Bégaudeau, je cherche "l'érudition, les mots d'esprits"...
Je cherche en vain car je ne trouve rien !
Morceaux choisis :
"ya de quoi flipper. Tiens le niveau de ce genre d’énergumène n’est pas sans rappeler la condescendance et le mépris de cathos de la cfdt pour le public, dont, en violation de la laïcité et avec la bénédiction de la cour d’ignorants aux commandes, ils ne cessent de grignoter les fonds qui lui sont destinés. fine arts "

Cherchez le rapport avec Bégaudeau et son "Antimanuel de littérature"... ? C'est tellement abscons qu'il est tout à fait autorisé de se fendre la poire.

S'ensuit du grand, du très grand n'importe quoi ! Aucun commentaire ne porte sur l'article d'Assouline ! Ca s'insulte, ca raconte des conneries monumentales puis soudain, un internaute ose revenir sur LE sujet :

"Pour revenir deux secondes à Bégaudeau.Dans sa trajectoire de “Entre les murs” (le livre) à son “Antimanuel de littérature”, il me fait penser à l’inénarrable Philippe Meirieu... Rogojine"

Ah oui deux secondes... Parce qu'au-delà, ce serait... comment dire... déplacé ?
Donc deux secondes plus tard, Bégaudeau est retombé dans l'oubli :

"Chère Christiane, désolé de n’avoir pu vous rendre votre salutation plus tôt mais j’étais au téléphone avec un ami énervé par la Bourse. Évidemment, il y a des valeurs, ce qui n’est point mon cas. De quel saut … périlleux parler vous? Le décès de Raymond Macherot? Vous savez, il était temps qu’il s’en aille dans la vallée de Josaphat, à son âge… Bihoreau de Bellerente "


Bref, Bégaudeau aurait mieux fait de s'abstenir d'envoyer son bouquin à Assouline qui, et c'est assez rare pour être souligné, s'est vautré dans des clichés et dans une prestation tout à fait indignes de ce qu'il pratique habituellement.
A la queue leu leu, sa meute de commentateurs, qui à force d'être croisés sont devenus totalement dégénérés, s'est jetée dans le vide.
Y a t'il vraiment de quoi se vanter d'être le guide littéraire d'une génération spontanée de lèche-culs patentés ?

Ces 21 euros dont Pierre Assouline voulait me soulager, je les ai employés à acheter et lire ce fameux "Antimanuel de littérature" publié par Bréal et écrit par François Bégaudeau.
"Autant prévenir tout de suite le lecteur dont cet Antimanuel va absorber le week-end alors qu'il pourrait enquiller six saisons d'Ally McBeal en mangeant des pizzas, on ne va pas aller au plus simple. On va même tenter l'impossible : définir la littérature."

François Bégaudeau l'annonce, le revendique, sa démarche vise à "faire redescendre, au moins symboliquement, la littérature au niveau de la mer, là ou les gens vivent et pensent".

Le projet est ambitieux et courageux. Pourtant, entre un langage très clair et un langage obscur, François Bégaudeau se perd un peu parfois. Certaines pages sont franchement alambiquées pour les néophytes (like me) qui semblent être le coeur de cible de ce bouquin. On sent tout de même de façon prégnante que l'agrégation est passée par là et c'est précisément cette formation de haute voltige qui obscurcit un peu la pédagogie du livre. Ce n'est pas faute de vouloir descendre au niveau de la mer mais les chiens ne font pas des chats et les agrégés ont un peu de mal avec la vulgarisation.

Cependant, François Bégaudeau se donne beaucoup de mal pour nous permettre de digérer tranquillement ses réflexions (d'ailleurs je crois que je suis encore en phase de digestion).

Je ne vais donc pas m'étaler sur ce que je n'ai pas bien compris (je passerais pour une crétine et comment discuter de ce que l'on a pas saisi, hein ?) mais sur ce qui m'a fait rudement plaisir à lire, sur ce que je partage avec François Bégaudeau.

"Comme il peine à attester de son utilité sociale, l'écrivain se rabat sur le profit que lui-même en tire [...] l'écrivain évoque : la nécessité. Notion fétiche depuis que l'ont promue les ravageuses Lettres à un jeune poète de Rilke : Une oeuvre d'art est bonne qui surgit de la nécessité. Notion toujours au top un siècle plus tard."

Et ça c'est véridique. Ecrire doit être aussi indispensable à celui qui prétend être un Ecrivain, que respirer ou se nourrir. Incroyable dogme qui paralyse tout ceux qui en dehors de l'écriture, vivent, rigolent, travaillent, bref existent ! L'image de l'écrivain tourmenté, nourrit à l'encre et aux fibres de papier est toujours bien vivace. A. Nothomb a souvent parlé de ce besoin vital d'écrire.

Il est donc de très mauvais goût de lancer après une parution de livre "Je n'ai pas besoin d'écrire pour exister. Cela reste un plaisir."

"Partant du principe, au reste friable, que l'art sent plus qu'il ne pense, les écrivains ne ratent pas une occasion de (se) convaincre qu'ils possèdent un corps doué de sensibilité afin de gagner leurs galons d'artistes. Ecoutez les nier l'évidence du préalable réflexif nécessaire à la rédaction d'un roman, écoutez-les prétendre avoir suivi plus que guidé leurs personnages, pythies visitées par des puissances occultes ; voyez-les secouer nerveusement la tête pour nier avoir élaboré un plan -tout en admirant les brouillons charpentés de Flaubert, on n'est pas à une contradiction près."

Là forcément je suis interpellée ! Ô joie, Ô grand bonheur ! François Bégaudeau vient prêter sa voix à mes propos et à mes réflexions. Lui le dit autrement. Je n'aurais jamais trouvé la formule de "préalable réflexif" pour désigner le fait de penser son roman avant de l'écrire, d'en dessiner les contours. Formule un chouïa alambiquée pour qui dénonce l'inutilité de certaines formules poétiques dans la littérature.

Quand François Bégaudeau demande : « Quel est l'intérêt d'écrire "les collines s'auréolaient des derniers rayons du soleil couchant" plutôt que "la nuit tombait" ? »

Je lui réponds : Quel intérêt y a t'il à utiliser "préalable réflexif nécessaire" plutôt que "nécessaire réflexion avant la rédaction...".

Mais peu importe, il est évident que François Bégaudeau ne peut échapper lui non plus à sa formation universitaire et que parfois, ça le reprend, il ne va pas au plus simple, non, lui aussi et certainement malgré lui, se prend à faire de jolies phrases !

Derrière cette jolie phrase il y a un vrai ricanement sur l'esprit de la littérature française.

J'avais d'ailleurs déjà bien ricané sur cette idée développée dans le livre d'Aloysius Chabossot.

Et quand il écrit plus tard : " Beaucoup de petits français issus des classes moyennes et supérieures ambitionnent d'écrire sans du tout se demander quel genre de livre. Seul importe qu'ils fassent acte de littérature, parce que ça reste classe, étonnamment classe vu la voie de garage sur laquelle les livres dits littéraires attendent une dépanneuse en forme de lecteur. "

C'est dur, un brin corosif, mais c'est vrai.

François Bégaudeau a de l'humour. Enfin, moi, il me fait marrer : " L'écrivain sera aussi bien aimable de fissurer les combinaisons verbales que la linguistique appelle "syntagmes figés", aussi insécables qu'un couple de mouches en pleine copulation... "

Un syntagme est un ensemble de mots formant une seule unité catégorielle et fonctionnelle, mais dont chaque constituant, parce que dissociable (contrairement au mot composé), conserve sa signification et sa syntaxe propres. (wiképédia).

En fait pour faire clair, un syntagme c'est aussi un cliché débarrassé de son sens péjoratif.

Imaginer les fameux syntagmes figés comme " sourire ravageur - spirale infernale - démenti formel " en couple de mouches copulant, je trouve ça plutôt truculent !

De même quand il balance nonchalamment : " Les gens très cultivés comme Jean Dutourd et moi pensons alors à la scène de Madame Bovary... " Moi, j'me gondole !

Impossible d'accuser François Bégaudeau de salir la Littérature. Au contraire, il la drape dans son plus beau manteau quand il écrit : "Les grands mots semblent cacher de grandes choses, on les contourne pour voir et on ne trouve que des miettes. Diffracter l'Eternel en milliards de petits dieux, écrit Olivier Cadiot dans un nid pour quoi faire. Diffracter les macroénoncés en milliards de petits agencements verbaux. A la vérité, si universels qu'ils aient voulu leurs livres, les écrivains n'ont jamais travaillé au détail. Vous écrivez, ce n'est pas au monde que vous avez à faire, mais au premier mot, puis au deuxième, et à la virgule où la placer ? Pour se tenir à hauteur de la littérature, laisser l'albatros s'envoler vers l'éther éthéré ; rester au sol et se pencher sur les pattes de mouches qui noircissent la feuille, à l'horizontale."

Et lorsqu'il cite Barthes, il voit juste. Il est vrai que la littérature a voulu justifier son existence en transformant sa "valeur d'usage" par une "valeur-travail". Celle-ci conduisant l'écrivain à s'inventer ou se créer une vie d'ascète, une espèce de curé voué à son Dieu, l'Ecriture. Ce qui implique aussi que l'écriture ne soit pas un Art, mais un dur labeur.

Légitimité, voilà le Saint Graal des écrivains.

Et ça n'est même pas moi qui le dis, c'est JMG Le Clézio, excusez du peu ! A la question "Est-ce que ça compte le Nobel ? " il a répondu : "Oui ça compte. Les écrivains sont fragiles. Ils ont besoin d'être légitimés et le Nobel c'est une légitimité."

Quant au Style, grand sphinx de la littérature, François Bégaudeau émet entre autres, une définition : "le style se ramène souvent à une plus-value lexicale."

Et comment ne pas être d'accord quand il écrit que "Beaucoup plus qu'à l'absence d'effet d'écriture apparent, c'est à ce genre de protubérance verbale que l'on reconnait la mauvaise littérature..." ou "La métaphore est le levier principal du style."

Dommage, car j'ai un sacré faible pour les métaphores, les jolies, les audacieuses. Et tant pis si elles "font désespérer de la littérature" un certain Franz Kafka.

D'ailleurs François Bégaudeau finira par l'admettre (même si pour cela il aura mis par terre toutes les autres figures de style comme l'oxymore, le zeugma, la métonymie) "la métaphore semble détenir le plus fort potentiel créateur. Tant qu'elle ne se fige pas".

Puis il affirme "qu'à son premier surgissement, toute métaphore dilate le champs de perception. Puis elle le referme en devenant mécanique". C'est justement cette dilatation qui est savoureuse et toute métaphore qui ne referme rien parce qu'innovante et jamais mécanique sera toujours à mes yeux un vrai régal.

Et justement, dans le genre innovant, François Bégaudeau cite Eric Chevillard à la page 152 et je désespèrais qu'il ne le fasse point ! Merci ! Et bien vu le terme de "écrivain-aventurier" pour ce génie de l'écriture.

Toujours sur le style "le style et son meilleur soldat, la métaphore [...] désignent des textes qui se lovent dans leurs trouvailles, où s'exerce vainement une plume autosatisfaite. Exercices de style : ainsi se nomme la célèbre potacherie de Queneau où la même anecdocte est narrée dans une centaine de registres différents [...] le style est frime. Il glorifie le scribe plus que l'écrit."

J'adhère en partie, même en grande partie et je rêve d'une confrontation sur ce thème entre François Bégaudeau et Richard Millet !!! Ca, ce serait un GRAND moment de littérature ! Surtout après le coup de massue que Bégaudeau lui assène en le citant :

"Emasculés se sentent les écrivains mâles. Si d'aventure ce n'est pas déjà fait, ils contractent une misogynite aiguë qui bien sûr se métastase en racisme. Gros retour du racisme dans l'essayisme français depuis dix ans, avec en tête l'honorable Richard Millet, qui fait la grâce à notre démonstration de lier, dans un même paragraphe de L'Opprobe, le sentiment de déchéance de l'écrivain et celui de l'homme blanc : "L'immigré est aujourd'hui une figure autrement considérable que l'écrivain. Les belles âmes ont travesti en question éthique ce qui relève de l'économique ou du politique ; d'où le déclassement de l'écrivain, son statut de survivant, de mort vivant, même, de personnage principal d'un conte millénaire dont l'histoire reste cependant à faire, ce récit étant peut-être tout ce qui nous échoit."
C'est net, c'est propre, ça lave plus blanc que blanc."

Je n'ai, quant à moi, pas bien saisi le propos de R. Millet qui devient de plus en plus sibyllin !
Comparer le statut d'un immigré à celui d'un écrivain démontre simplement que R. Millet derrière ses phrases hermétiques est un imbécile profond (profond étant le qualificatif le plus approprié eu égard à son intelligence) qui bien évidemment ne connait pas grand chose du statut d'immigré. D'ailleurs de quelle immigration parle-t'il ? On ne le sait pas. "immigré" lui sert de notion fourre-tout.

S'il y a bien une chose que R. Millet rejette comme un "vadre retro mediocritas" c'est l'art de faire concis. Il a tort (à nouveau !) ou peut-être ne peut-il pas.

Parce que la concision, et non le raccourci, c'est très très compliqué. Beaucoup d'appelés et peu d'élus. C'est tellement plus simple de faire long et emberlificoté que court et précis tout en augmentant vertigineusement la densité de la phrase.

"Stocker autant d'énergie que possible dans un espace verbal réduit, de sorte qu'à la lecture la décharge soit froudroyante."

BOUM !


Petit exemple de concision ciselée sur Biffures chroniques :

"De la tête au coccyx et de vous à moi et de la poupe à la proue et du pétasson au linceul, la droite est le plus court chemin. J’ai tout mon temps et j’aime la marche, je vais prendre à gauche"

Voilà ! Je ne sais pas vous, mais moi j'ai ressenti ce "BOUM !". C'est concis et puissamment ample ! De quoi parle-t-elle ? De politique ? De pulsations cardiaques ? De liberté ? D'esprit contradictoire ? Peut-être de tout cela. Tellement d'énergie dans si peu de mots que tout devient possible.
Et attention à l'écueil qui consisterait à confondre concision et minimalisme. La concision n'a rien de minimal dans ce qu'elle expose.

Après le style, le fond. "D'abord on raconte que Flaubert rêva un livre sur rien et qu'à sa suite pas mal de romanciers prétendent que le thème ou l'histoire sont secondaires. C'est évidemment une pose destinée à s'autopromouvoir comme styliste exclusivement requis par la forme, et les mêmes encenseront Si c'est un homme (Primo Levi), dont la force ne tient en rien à son sujet, c'est bien connu. Bref. Nonobstant la maladresse conceptuelle qui les caractérise, nos stylistes signifient ainsi qu'il n'y pas de sujet prémédité, que le récit se construit au fil de l'écriture, etc. Mais tout cela ne va pas sans cliché (le personnage s'impose à moi blabla)..."

Et l'auteur de rappeller que les sujets actuels manquent cruellement d'originalité. Trop écrasés sans doute par l'omnipotence du style. L'histoire même d'un livre reléguée au rang d'accessoire devrait être une abomination pour qui prétend écrire un roman (déf de 1155 : œuvre narrative d'une certaine longueur, écrite d'abord en vers, puis en prose) qui relève avant tout de l'action de narrer (narratio : action de raconter, récit.).


Extraordinaire talent que celui d'écrire un roman en racontant (peut-être) merveilleusement bien une histoire prodigieusement chiante. Narrer pour narrer et rien d'autre que narrer est un acte autocentré et dénué de générosité qui dans un autre domaine s'appelle onanisme.

Et de ceux-là remontent un discours récurrent :"De toute façon ceux-là sont convaincus que la littérature est en voie d'extinction, tous les acteurs du monde contemporain étant à leurs yeux susceptibles de porter le coup fatal. Télévision, téléphone portable, jeu vidéo, blogosphère (oh ! c'est nous ça !), brosse à dent électrique. Faut-il que la littérature se sente mal en point pour que le moindre courant d'air semble devoir l'enrhumer à mort ?"

Chez ces gens là, il n'y a pas d'histoire, il y a (trop) souvent leur histoire. Partie que F. Bégaudeau a finement intitulée : "Mon nombril, ton Histoire".

Oui et pourtant le moi a un potentiel. Reste à l'offrir aux autres, à le transformer en cadeau et ne pas rester les griffes plantées dans un présent destiné à échapper.

Des écrivains égotistes, on secoue un arbre et il en tombe mille. Cela a toujours été. Parmi les plus célèbres tombés au pied de l'arbre littéraire, on relèvera Montaigne, Proust, Chateaubriand, Céline et Christine Angot. Vous cherchez le nom intrus ? Si, si, je peux presque vous voir. Et bien figurez-vous qu'il n'y en a pas ! Ce sont tous des écrivains qui ont constamment fait référence à eux dans leurs écrits. Ils se délectent d'eux-mêmes comme d'autres s'en effraient : "Cette idée d'écrire ma vie me sourit, oui, mais cette effroyable quantité de JE et de MOI ? [...] (Stendhal).
Cependant "les moi de Montaigne, Proust, Chateaubriand et Céline brassent plus larges que les émois amoureux de ces dames ou les petites pleurnicheries des citadins trentenaires." (F. Bégaudeau). Vous savez donc maintenant que je vous ai baratinés et qu'il y avait bien une intruse dans la liste ci-dessus.

François Bégaudeau aborde parfois effleure des tas de sujets relatifs à la littérature et aux écrivains sous plusieurs grandes parties : Qu'est-ce que n'est pas la littérature ? Quand est-ce de la littérature ? Qu'est-ce qu'un écrivain ? La littérature va-t-elle disparaitre ?

S'il faut lui donner une raison d'exister, cet essai a le mérite de décomplexer l'Ecriture tout en lui redorant le blason, ce qui n'est pas rien et n'était pas chose facile.

Ce type d'ouvrage trouve à chaque coin de rue ses détracteurs. Qu'ils soient en meute ou loup solitaire, ils crucifient l'auteur sur le bois dur de leurs convictions, prêts à lui en flanquer plein la figure, la bave aux lèvres ; ils sont plus chauds que la braise pour éjecter de l'élite intellectuelle ce genre de trublion inconvenant mais aucun ne prendra le temps de méditer ceci : "Tout le monde peut être artiste, mais peu s'obstinent. "(Pierre Alféri).

François Begaudeau citait "Si vous m'avez compris c'est que je me suis mal exprimé", je lui retourne l'assertion et me permets ce : Si vous avez été mal compris, serait-ce que vous vous soyez trop bien exprimé ?

Sûrement et cette liberté à un prix.

***

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30 commentaires à lire:

Anonyme a dit…

Citée dans une démonstration aussi brillante et argumentée, je reste coite...

samedi, 18 octobre, 2008
Anonyme a dit…

Bonjour,
ton billet m'a bien intéressé, j'ai également chroniqué l'"Anti-manuel" sur mon blog "La littérature du sous-sol". Je suis nettement moins enthousiaste, même si je te rejoins sur 1) la réaction de rejet trop facile et presque suspecte sur la République des Livres (tu me cites d'ailleurs, le Rogojine qui voulait reparler deux secondes de Bégaudeau, c'était moi:). 2) certaines idées de Bégaudeau sur la stylistique (la concision etc.) ou sur le statut artificiel des écrivains sont stimulantes ... Mais ce ne sont pas des idées nouvelles (et l'opposer à Millet sur ces points ne me paraît pas très juste: Millet _ que je n'apprécie guère par ailleurs _ connaît la force de la "concentration" des mots), et sa démagogie revient sans cesse: il ne "salit" pas la littérature au sens strict, on est d'accord, mais sa façon de comparer chansons ou certains articles sportifs avec la littérature est pour le moins malhonnête.
PS: bonjour à miss Loïs, effectivement grande percuteuse de mots sous l'Eternel :)

dimanche, 19 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Lois : Je suis heureuse que l'article t'ait plu. J'apprécie beaucoup ton talent d'écriture. J'aurais pu choisir aussi le texte sur la petite fille et la marseillaise mais bon... je ne pouvais pas tout mettre :(
Continue ! C'est un régal de venir te lire.
:)

dimanche, 19 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Marco : Bonjour :)
Tu sais, je ne crois pas trop m'avancer en disant qu'à aucun moment F. Bégaudeau a prétendu amener des idées nouvelles avec cet essai. Je crois même qu'il a tenu à recenser toutes les idées en cours, c'est pourquoi on y trouve des écrivains très opposés sur leur vision de la littérature. Ensuite, étant donné que c'est son essai, il a bien sûr apporté son propre point de vue.
Je ne comprends pas bien pourquoi tu trouves ses comparaisons "malhonnêtes". J'y ai vu moi beaucoup d'ironie avec des questions de fond que j'ai trouvées très justes. Je crois qu'il a volontairement épaissit le trait pour déclencher des réactions mais le raisonnement est juste et tient la route. L'idée était quand même "qu'est ce que la littérature ?". Il a tout englobé pour mieux trier ensuite. Je me pose souvent les mêmes questions que lui et j'ai bien du mal à définir en effet la Littérature parce qu'elle se définit sans cesse d'un point de vue subjectif ce qui ne met personne d'accord.
Il savait qu'il ferait hurler les puristes en mélangeant aussi violemment les genres. Il y a beaucoup d'entre-les-lignes dans ce qu'écrit Bégaudeau.
Non ?

dimanche, 19 octobre, 2008
Anonyme a dit…

@ Bon Sens: que les questions qu'il pose soient souvent les bonnes, je suis volontiers d'accord. "Il a tout englobé pour mieux trier après", en effet; sauf que son tri consiste surtout, "entre les lignes" ou directement, à s'en prendre en priorité à la littérature sérieuse ou qui se prend trop au sérieux à son goût, alors qu'il accorde un véritable crédit à des textes d'origines très variées (c'est là la démagogie: tout le monde sera content et décomplexé), notamment des articles de Libération (à deux reprises, dont p.224). Je ne suis absolument pas puriste et le snobisme littéraire me fait horreur, bien sûr la littérature peut se trouver ailleurs que dans les livres imprimés à la NRF (heureusement!). Mais lui il pratique la confusion, mettant de facto sur le même plan traits d'esprit journalistiques et grandes références. Et là je parle de malhonnêteté, parce qu'il sait bien (mais il ne le dit à aucun moment) que Kafka par exemple écrit des choses plus intéressantes _ et plus littéraires, oui _ qu'un journaliste de Libération.

dimanche, 19 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Marco : décidément nous ne tomberons pas d'accord !

La "littérature qui se prend trop au sérieux" ça je sais ce que c'est, mais la "littérature sérieuse", c'est quoi exactement ? Et surtout c'est quoi et pour qui ?
Prenons un exemple : "Le petit Nicolas" de Goscinny est-ce de la littérature sérieuse ?
Je dis oui si je prends en considération qu'écrire comme un petit garçon quand on a 33 ans, c'est une gageure. Si je constate que ce livre a donné à des centaines de milliers d'enfants l'envie de lire (dont moi). C'est suffisant pour moi pour en faire de la littérature sérieuse.
Parce que n'est pas rien d'ouvrir les portes de la littérature à des enfants.
Parce qu'ensuite on peut aussi se demander est-ce que Hubert Selby, c'est de la littérature sérieuse ?
Est-ce Charles Bukowski, c'est de la littérature sérieuse ? Moi je dis oui et je trouverai dix personnes en face pour me dire non.
Quant aux articles de Libé, le chapitre était consacré à "Y a-t-il un humour spécifiquement littéraire ?" et effectivement Bégaudeau cite un journaliste qui a écrit un papier qu'il trouve drôle et le classe donc de fait dans la catégorie "littéraire".
C'est ça la question en fait, est-ce ou n'est-ce pas de la littérature.
Et on en revient à ma première (le commentaire précédent) question "qu'est ce que la littérature ?". Est-ce stricto sensu un livre et de fait un livre de "bonne facture" ou n'est ce que de l'écrit, peu importe le supporte ?
C'est cette mise à plat et au même plan que tu appelles confusion et qui a peut-être agacé. Cet agacement a tout de même une petite d'odeur d'élitisme.
Concernant Kafka, je ne prononcerai pas quant à dire qu'il est de toute évidence supérieur littérairement parlant à tout journaliste de Libé car je ne suis pas une spécialiste mais sachant qu'il a été vu (à tort) comme un peintre du système communiste, je trouve cela assez drôle d'aller l'opposer à un journaliste de Libé.

(c'est pas si drôle en fait mais moi ça m'amuse.)

:)

lundi, 20 octobre, 2008
Anonyme a dit…

@ Bon Sens: en effet nous ne tomberons pas d'accord, c'est cool :)
Concernant la question "qu'est-ce que la littérature?", je crois qu'il y a deux écueils: 1) vouloir croire que c'est un territoire ultra-restreint, avec des normes stylistiques exorbitantes (= les gars qui se la pètent, l'élitisme etc.) 2) par crainte de tomber dans l'élitisme en question, jouer au Grand Relativisme: après tout, ça dépend des goûts et des couleurs, on peut pas dire, DONC on ne peut parler de littérature "sérieuse" (je reconnais que le mot était mal choisi, disons littérature "exigeante" si tu préfères), et donc une blague dans "Libération" (ou le "Fig Mag", peu importe:) se hausse au niveau de l'humour littéraire, pourquoi pas? Mais pas de la littérature! Bukowski, que tu mentionnes, c'est de l'humour vraiment littéraire, ah ça oui. Les frontières entre littérature et non-littérature sont indécises, poreuses, discutables, je suis le premier à le reconnaître: cela ne signifie pas que littérature et non-littérature ne sont pas des réalités profondément distinctes. Sinon, le raisonnement de Bégaudeau consiste à trouver "littéraire" toute vanne un peu originale (et encore! dans l'exemple qu'il donne, c'est léger), il suffit de l'écrire, la bonne vanne, le bon jeu de mots, et hop c'est de la littérature?... A mon avis, c'est intenable. Des critères pour faire vite: littérature exigeante (ou sérieuse, allez je m'enferre:)= création d'un univers, par les mots, apte à bousculer d'une manière ou d'une autre les préjugés des lecteurs. Ce qui exclut par exemple du champ littéraire la série des Harlequin, récits industriels présentant un monde de sentiments connus et toujours identiques. La littérature = une lecture nourrissante (et bien sûr ce ne sont pas les mêmes oeuvres qui nourriront les mêmes lecteurs). La blague de Libé (ou du Fig Mag), aussitôt lue aussitôt oubliée. Tu vois du reste qu'avec cette définition (un peu rapide, certes) je n'exclus pas forcément "Le Petit Nicolas".
Une dernière remarque (excuse moi d'être long): il n'y a rien d'insultant à dire d'un livre qu'il n'entre pas dans la littérature. Personnellement, la majorité des textes que je lis (articles de journaux, manuels, essais, billets de blogs _ avec bien sûr des exceptions) ne sont pas littéraires, et je ne les méprise pas pour autant (et je n'ai pas de complexe, encore heureux!).
Bon bref, je suppose que nous resterons en désaccord, mais peu importe: chacun aura au moins précisé sa pensée; merci pour ton accueil.

lundi, 20 octobre, 2008
Anonyme a dit…

Désolée ma chère Bon Sens, mais je rejoins Assouline sur le côté épidermiquement tête à claques de Bégaudeau. Et ça fait longtemps que ça dure. Il suffit de le voir sur un plateau de télé pour lui dire de reprendre ses billes et aller jouer ailleurs. J'ai regardé son passage chez Picouly vendredi dernier (l'émission est encore visible sur le site de F2), tant de démagogie et d'autosatisfaction, c'est ahurissant!

lundi, 20 octobre, 2008
Anonyme a dit…

Je suis ravie de ces échanges entre Marco et Bon sens. Je ne puis y prendre part, je n'ai pas lu le livre de Bégaudeau en question et mon cursus universitaire est un peu pauvre.

lundi, 20 octobre, 2008
Anonyme a dit…

Salut ma chère Bon Sens !

Belle discussion ! Je ne peux pas dire grand -chose sur Bégaudeau non plus (et je n'ai aucun cursus universitaire non plus). En revanche, on avait nous aussi parlé des interventions des fidèles du blog d'Assouline ici (http://strictement-confidentiel.com/content/view/694/43/)(pardon, c'est pas de la pub, c'est juste pour resituer) ; j'ai acheté "Brèves de blog" pour voir (je ne l'ai pas terminé, hum), et je t'avoue que j'ai fini par piger un truc (enfin !): à l'heure actuelle, en littérature, c'est comme en déco, faut choisir entre le zen (simplicité, "hic et nunc", mais sans tomber dans le vide intersidéral à la Zeller) et le kitsch (phrases dans lesquelles on se noie).
:-)))

mardi, 21 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Marco : Damned ! Je suis presque d'accord avec toi !
;)
Sauf que... (oui quand même) tout en étant très consciente de l'écueil que tu mentionnes sur l'élargissement sans limite du terme "littérature", je pense que mes limites sont plus larges que les tiennes et je crains la limitation qui varie avec les siècles.
Je pense aussi que la querelle des Anciens et des Modernes ne finira pas de sitôt quand on observe les auteurs étudiés à l'école : Boileau, Racine, Fénelon, La Fontaine, La Bruyère. Quid des Modernes comme François Charpentier,Desmarets de Saint-Sorlin, Charles de Saint-Évremond ? Seul Charles Perrault a échappé au gouffre de l'amnésie.

C'est peut-être de cela dont il s'agissait pour Bégaudeau : faire vaciller l'establishment littéraire.

Tout avis est le bienvenu ; ici on débat et ne pas être d'accord est toujours source d'enseignements ! La preuve, je viens de reconnaître que je partageais certains points de ta réflexion (surtout si tu fais entrer "Le petit Nicolas") dans le cercle restreint de la littérature exigeante).
:)

mardi, 21 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Dahlia : Ah ! Ca faisait longtemps ! Je t'ai vu dans la team de ma copine Sophie K... j'ai pas rêvé ?
Tu ne peux pas me dire que que tu es d'accord avec Assouline car si je te suis, c'est pas une histoire de tronche purement et simplement. C'est quand il ouvre la bouche. Et ça je peux le comprendre. D'ailleurs, pas de méprise, je ne défends pas Bégaudeau. Je ne le connais pas. Je l'ai vu avec d'Ormesson et bon... j'ai ni aimé ni détesté. C'est comme le post que j'avais écrit sur Naulleau, je ne défendais pas Weber mais l'idée qu'il défendais.
Je défends le droit de déplaire sur ce que l'on dit ou écrit et non sur sa tronche. Et mille pardons, mais l'aura médiatique d'Assouline n'est pas la nôtre (enfin la tienne parce que moi je n'en ai carrément aucune donc c'est vite vu).
Je crois aussi que c'est l'âge qui me fait m'assagir.
Plus je vieillis et plus j'attends qu'une personne ouvre la bouche avant de la critiquer.

:)

PS : c'est moche la vieillesse !

mardi, 21 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Loïs de Murphy : Le livre de Bégaudeau n'était que le départ d'une réflexion sur la littérature.
Joseph Conrad n'avait quant à lui aucun bagage universitaire et regarde ce qu'il est devenu ;)
Je crois que les auteurs issus de l'école buissonnière littéraire sont plus prodigieux que ceux biberonnés aux cours de fac. Ils sont détachés de toute contrainte et leur écriture est libre de s'inventer.
Moi je veux bien t'échanger mes diplômes contre ton talent d'écrivaine !
;)

mardi, 21 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Sophie K : Oui alors toi idem ! Tu me refiles ton coup de pinceau, j'te refile un diplôme (euh après j'arrête car j'en ai pas non plus 10 !).
T'as pigé ça grâce au "brèves de blog" ???
Je cherche le milieu... Eric Chevillard ?
;)
Je file voir ton lien. :)

mardi, 21 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Sophie K : J'en reviens ! C'est du lourd ! Du très très lourd !
Je n'en reviens pas !
Excellentissime !

mardi, 21 octobre, 2008
Anonyme a dit…

@Bon sens: non, tu n'as pas rêvé, il y a plusieurs articles de mon cru qui sont toujours chez Strictement Confidentiel.

Bon j'ai dû mal m'exprimer, l'anti-manuel de littérature, je l'ai lu à mes moments perdus pendant mes deux semaines de stage en librairie, quand y avait pas de clients, j'en lisais de longs passages. Je n'ai pas trouvé ça drôle ou instructif, enfin je sais pas, j'ai pas accroché. Par contre, je trouve ça bien qu'il nuance en disant chez Picouly "oh mais c'est pas pour les ados ce bouquins, ne nous trompons pas!" encore heureux qu'il le dise, je trouverai ça dommage que des parents achètent ça à leurs gamins. Je crois que le moment où il m'a définitivement gonflé, c'est quand il a dit à La grande librairie que Baudelaire, c'était vachement surfait (c'est tout juste s'il n'a pas ajouté que c'était naze) mais que Rimbaud, ah ça Rimbaud, c'était tout de même autre chose! Comment comparer ce qui n'est même pas comparable, à part que ce sont deux poètes français du XIXème siècle...

mardi, 21 octobre, 2008
Anonyme a dit…

@ Bon Sens : merci pour la mise en lien ! Voui, on s'était bien amusés, terrible... :-)))
Bien sûr qu'il y a un juste milieu (Chevillard, excellent exemple, et des tas d'autres), heureusement !

@ Dahlia : hé oui ! On les agrde au chaud ! D'ailleurs , j'en profite, je t'envoie un bisou ! ;-)

mercredi, 22 octobre, 2008
Anonyme a dit…

*garde, scusi.

mercredi, 22 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Dahlia : Je ne dis pas qu'il ne se la pète pas un peu sur les bords :)
D'ailleurs les ados ne comprendraient rien à son bouquin, il n'est pas assez pédagogue. Cela aurait été une gageure fantastique, mais bon, ça c'est une autre histoire.
Concernant Baudelaire, il avait déjà balancé ce couplet sur sa platitude comparé au génie de Rimbaud, sauf que moi je n'y connais strictement rien ni à l'un ni à l'autre ! Moi c'est Prévert.
:)

mercredi, 22 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Sophie K : tu es toute scusi !

mercredi, 22 octobre, 2008
Anonyme a dit…

Je débarque un peu (et dans le site, et dans la discusssion), mais je me permets quand même d'ajouter quelques grains de sel.
Je suis toujours très sceptique face aux littérateurs qui dénigrent le style. La langue est le matériau qui offre le plus de possibles, pourquoi ne pas en extraire toutes les figures qui émergent, des plus somptueuses aux plus lapidaires ? Les chantres de l'indigence verbale me semblent sinistres. Je préfère l'opulence, même quand elle ronfle un peu. Pourquoi jeter aux orties tous les artifices de la rhétorique sous prétexte que quand c'est raté, ça fait ampoulé ?
Même si certains de ses propos, sur la concision, notamment, sont justes, je le trouve assez démagogue aussi.

mercredi, 22 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Clarinesse : Bienvenue :) Je suis partagée quand on parle de style. J'aime la belle écriture mais il n'en demeure pas moins que l'opulence peut parfois vite devenir un cache-misère. Je suis assez d'accord avec le commentaire de Sophie K sur le choix qui se restreint entre écriture zen et parfois carrément nue à défaut d'être dénudée et écriture kitch où est étalé le Littré sous toutes ses coutures.
Il y a une espèce de dégout à vouloir faire simple et beau.
:)

mercredi, 22 octobre, 2008
Anonyme a dit…

En fait je ne me suis pas étranglé ni rien. Je trouve même ton billet très bon, intéressant, un autre regard tout à fait agréable.

Maintenant, tout de même, en temps qu'intellectuel bavant sur ce genre d'ouvrage ("ce genre" étant une figure de... style, car l'Antimanuel n'appartient à aucun genre, écrit par n'importe quel inconnu il n'aurait sans doute même pas été publié - du moins pas en l'état), en tant que tel donc, je dois quand même émettre une réserve : l'Antimanuel de littérature n'étant pas un roman mais un essai (plutôt décalé dans sa forme, mais essai tout de même)... en tant que tel il doit être replacé dans son contexte et remis en perspective, peu importe qu'il soit agréable à lire (il l'est, et je suis le premier à le reconnaître), la vraie question s'articule autour des buts qu'il poursuit et des idées qu'il défend... or dans son refus de la hiérarchisation, de l'organisation, dans son bordel revendiqué... il les défend toutes et n'en défend aucune, simple gadget sans grand intérêt, là où l'idée de base laissait espérer quelque chose de beaucoup plus efficace.
Car ce qui ne perce pas forcément dans mon article sur ce livre, c'est que fondamentalement je ne suis pas contre l'idée de vulgariser la littérature, ni même de la faire redescendre au niveau de la mer. Pas du tout. J'essaie même de le faire régulièrement moi-même, et dans la vie j'édite des essais qui, précisément, essaient (!) d'avoir un degré de connaissance "universitaire" sans s'encombrer du jargon et des lourdeurs qui vont avec. C'est te dire si l'idée de l'Antimanuel m'apparaissait au départ comme séduisante... et c'est dire si j'ai déchanté en m'apercevant que c'était un n'importe quoi carrément fumiste, Bégaudeau a beau utiliser un mot savant de temps en temps (parfois à contre-sens d'ailleurs) histoire de rappeler que bon, quand même, faut pas déconner... ça n'en demeure pas moins un gloubiboulga très bizarre (il cite même des livres non publiés !), une tambouille qui m'a fait rire... mais pas plus - hélas. Il faillit à la mission première du manuel, fût-il anti, en cela qu'il ne distille aucun savoir, ou alors des savoirs tronqués... ou plutôt justement il les distille au lieu de les développer, et le fait parfois avec une rare malhonnêteté. Pourquoi malhonnêteté ? Parce qu'en mélangeant langage oral limite ado et langage d'agrégé qui se la raconte il embrouille des choses finalement assez simples, pour mieux simplifier plus loin des choses très complexes... etc. Au final j'ai oscillé entre des moments où je me disais "quel intérêt ?" et d'autres où je me demandais ce qu'un néophyte pourrait retenir de ces exposés complètement tordus, alambiqués... pas du tout simples et "vulgarisants", contrairement à ce que Bégaudeau prétend. Par conséquent mon vrai gros point de désaccord avec toi, c'est la chute : Bégaudeau ne s'exprime pas bien du tout ! Ou plutôt : exactement comme le prof de son livre, il maitrise le langage et ne manque pas de le souligner, mais il n'offre aucune clé au lecteur pour le maitriser - contrairement à ce qu'il pense (peut-être sincèrement) il n'est ni plus ni moins élitiste que les intellos qu'il fustige. J'ignore à quel point tu es "néophyte" (je ne t'aurais pas accolé ce terme de prime abord au vu du niveau de ton blog, étripe-moi si tu veux mais tes articles ne projettent pas l'image de la lectrice lambda genre ma mère^^), mais je mets au défie un véritable néophyte de réutiliser correctement une seule notion découverte en lisant Bégaudeau. C'est impossible. A mon petit niveau (minuscule face à une telle "star"), quand j'écris par exemple sur la règle du vrai et du vraisemblable, ou sur plus hardcore : l'intertextualié... tout le monde ou presque a compris à la fin. Pas que je sois un génie, mais je crois avoir un sens de la pédagogie que Bégaudeau (comme beaucoup d'agrégés non-formés au terrain, du reste) n'a absolument pas. Et je fais ce que Bégaudeau ne fait pas alors qu'il prétend honteusement le faire : je vulgarise.
Bref. Il définit lui-même le livre comme "alternatif", libre à lui. Tous les amateurs de rock (Bégaudeau en est un immense) savent que le terme "alternatif" désigne tout autant le génie de Sonic Youth que 10 groupes intellos new-yorkais pensant que parsemer un morceau de sonneries de micro-ondes lui confère une légitimité arty.
Faire redescendre la littérature au niveau de la mer, bonne idée dans l'absolu (même si la formule est bidon, comme ce mot, là, "style"). Reste la manière de le faire, et celle de Bégaudeau est loin de me convaincre, je me suis même demandé s'il avait vraiment envie de le faire (et je maintiens que c'est POSSIBLE et NECESSAIRE) ou si ce n'était pas une pose - une de plus. Car ce que démontre ton intro édifiante sur Assouline, c'est surtout que Bégaudeau paie le prix non de sa liberté (en dépit de son langage djeun's sa pensée est très formatée), mais de son arrogance, qui dérangerait sans doute beaucoup moins s'il se foulait un peu plus (c'est sans doute le pire dans tout ça... je suis convaincu que s'il se foulait il pourrait arriver à des choses intéressantes, je ne serais pas nécessairement d'accord mais au moins il y aurait une véritable position).

Bon, je m'excuse pour le commentaire sans doute un peu embrouillé, je suis très fatigué :-)

Je termine sur une note plus rieuse ; quand tu cites le passage suivant :

"Beaucoup de petits français issus des classes moyennes et supérieures ambitionnent d'écrire sans du tout se demander quel genre de livre. Seul importe qu'ils fassent acte de littérature, parce que ça reste classe, étonnamment classe"

... est-ce que tu essaies de te moquer de Bégaudeau ? Non parce que moi, en le lisant, j'ai ri, convaincu que dans une ultime transgression il avait fait son autoportrait (le pire, c'est qu'il en est capable).

Avant de partir, un exemple, peut-être, de ce que je considère comme une vulgarisation de qualité :

http://art-rock.over-blog.com
/article-13909566.html

... soit donc la notion la plus complexe qui soit, bien expliquée, de manière simple, précise, avec des exemples parlants. Bégaudeau publierait la moitié de ça sur la littérature, je l'embrasserais sur la bouche :-)

mercredi, 22 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@thom :
Je n'ai pas dit non plus que j'avais l'âge d'être ta mère, non mais !
;)
Pour la vulgarisation je crois en effet que c'est raté ; la preuve, je l'ai eu avec mon cher et tendre époux (dont je vénère l'intelligence (mais pas que)) qui en lisant mon article m'a dit "ouh la, ça fait appel à des références que je n'ai pas. Je ne suis pas sûr d'avoir envie de lire ce bouquin". J'avais voulu faire simple mais avec le livre de Bégaudeau, même moi je n'y suis pas arrivée !
Cela n'empêche, j'ai insisté pour qu'il y jette un oeil (suis pas sure d'avoir été convaincante) pour une raison simple : je pense qu'il faut lire Bégaudeau au 3ème degré et n'en garder que que ce qui émerge. Même moi j'ai zappé des trucs. Le passage sur les Wampas par exemple. Cela ne m'a pas du tout parlé et je n'aime pas ce style de musique. Je le soupçonne vraiment d'être plus ironique qu'arrogant et je n'ai pas eu cette sensation de fumisterie. (C'est bizarre...) Je finis par me demander si j'ai bien compris son bouquin, à force !
Sur l'idée que lui aussi utilise un langage élitiste, je suis à 100%d'accord et cela m'a également fait marrer (là du coup il le faisait malgré lui) de constater à quel point parfois il tombait dans ce qu'il fustigeait.
Vous (enfin ceux qui ont été déçus) deviez en attendre beaucoup trop ou autre chose. Moi, je n'en attendais rien et ce fut une agréable surprise de constater que je partageais avec lui bon nombre de réflexions. Il ne me semble pourtant pas être élitiste... (Encore plus bizarre !).
En revanche, je t'accorde un super bon point pour une projection à laquelle je n'avais pas fait gaffe : "Beaucoup de petits français issus des classes moyennes et supérieures ambitionnent d'écrire sans du tout se demander quel genre de livre."...
Sauf que... (eh oui) je pense que Bégaudeau s'est demandé "quel genre de livre" avant d'écrire le sien même si beaucoup de monde semble être en discorde avec ça.
Là dessus, c'est un bon exemple du 2nd degré. Qu'il fasse ce qu'il critique ne retire rien au fait que ce qu'il dit est vrai ! Très vrai ! Trop vrai !
Je ne suis même pas sure qu'il ne soit pas capable (comme tu les dis) de s'autocritiquer en passant, mine de rien.
Je reste quasi certaine qu'il savait tout cela en écrivant cet essai et qu'il s'attendait totalement aux réactions qu'il a suscitées ; du coup je pense qu'il a exagéré encore plus la chose.
Moi je vois ça comme ça. Ce qui subodore que je prends Mr Bégaudeau pour quelqu'un de très malin et intelligent.
En même temps, je préfère me gourrer dans ce sens et prendre un con pour un intelligent que l'inverse :)
PS : Bégaudeau sur la bouche ? Fais gaffe qu'il ne te prenne au mot, tu aurais l'air malin !
PSS : Concernant le lien et l'article "Esthétique et ressenti", je ne suis PAS du tout, mais alors PAS DU TOUT d'accord avec ce que raconte l'auteur ! Ca m'a même fait bondir !
:)

jeudi, 23 octobre, 2008
Anonyme a dit…

Chère maman... :-)

Bon, sur l'article en lien... à la limite peu importe le fond (enfin non, pas peu importe, mais on va pas insérer un second débat dans le débat :-), je voulais surtout attirer sur la forme, extrêmement claire (la preuve, tu as pu bondir).
Concernant Bégaudeau (que je me garderais bien de taxer de crétin, de toute façon c'est peut-être con - voire élitiste - à dire mais aucun crétin n'est jamais devenu agrégé de lettres à ma connaissance), je ne crois pas que ce soit une question de compréhension pure et simple de son Antimanuel... mais plutôt une question de ce qu'il y a autour. Ce que j'appelle contre-productif dans mon article sur le sujet, à savoir qu'au final, apparemment rattrapé par un caractère fantasque, il dessert le propos qu'il entend défendre, parce que le délit de sale gueule d'Assouline, pour n'en être pas moins consternant venant de quelqu'un se prétendant une référence, n'en demeure pas moins (à mon avis) excusable. Disons : inqualifiable du point de vue professionnel, mais très humain, dans le fond. Ce n'est pas par hasard si, pour ne pas être le premier à écrire ce genre de livre, il est le seul à avoir déchainé des haines allant bien au-delà des seules idées. Ceci dit peut-être as-tu raison, peut-être conscient de ce qui va lui arriver joue-t-il avec son image... auquel ça reste quand même assez gonflé de faire de la littérature l'otage de son ego :-/
Maintenant sur le jargon... moui. Involontairement ? J'ai quand même un léger doute. Si tu entendais vulgariser, toi, à titre personnel, tu ne songerais vraiment pas à simplifier ton jargon ? Expliquer ce qu'est un syntagme sans jamais utiliser le mot syntagme (ni aucun mot compliqué) c'est tout à fait possible : les syntagmes sont des groupes de mots imbriqués les uns dans les autres comme des poupées russes... etc. Tu vois : c'est faisables :-)
Enfin bref ! Je suis encore parti pour faire long (tu vas regretter l'époque où je ne commentais pas faute de temps), donc deux choses pour en finir (avec moi :-D) :

- sur la projection, en fait ma boutade ne renvoyait pas à l'Antimanuel, mais à la "bibliographie littérairement littéraire" de Bégaudeau, qui est pour le moins... éparse, et ne présente quasiment aucune cohérence thématique ni stylistique (ni rien, en fait, même si certains livres ne sont pas désagréables au demeurant).

- sur Assouline (j'y reviens)... justement, c'est peut-être dommage que tu ne l'aies pas acheté, son livre, et que tu ne nous en ai pas dit plein de mal après. Autant Bégaudeau peut au second degré être amusant, et est sans doute plus maladroit que dangereux pour la littérature ou quiconque... autant je soupçonne ce "Brèves de blog", publié par le chef de file du mouvement des professionnels anti-blogs, d'abriter quelques arrière-pensées assez détestables vis-à-vis des internautes... c'est à dire de chacun d'entre nous. Bon. J'y reviendrai quand je l'aurais terminé (si j'y arrive sans pleurer, ce qui est mal barré).

Bonne soirée :-)

jeudi, 23 octobre, 2008
Insula dulcamara a dit…

Bonjour à vous, Bon sens ne saurait mentir. Voilà quelque temps que je fréquente votre sympathique weblog, sans avoir eu encore l'occasion de mettre mon grain de sel. Lire votre point de vue (le point de vue de quelqu'un qui se dit "néophyte") me confirme dans l'impression que Bégaudeau rate largement sa mission de vulgarisation. Je doute sincèrement que d'autres néophytes de bonne volonté iront, après avoir lu son livre, dévorer Olivier Cadiot et Pierre Guyotat. Sa vision du style est d'un schématisme effrayant. Reste que la démocratisation de la culture est une tâche bien ardue...

jeudi, 23 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Insula dulcamara : Bonjour à vous également ! Je vous confirme que je ne suis pas très pressée d'aller lire Cadiot ou Guyotat.
Sa vision du style est de mon point de vue ultra provocatrice. Il doit jubiler au vu des réactions. Si il est aussi malin que je le prétends (si ça trouve je suis totalement à côté de la plaque et il est con comme un manche !).
La démocratisation de la culture est loin d'être acquise mais internet va, je l'espère, accélérer le mouvement.
:)

samedi, 25 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@thom : Je me sens capable de dégoter de sombres crétins devenus agrégés... Des crétins, y en a partout ! Statistiquement il est totalement impossible que la catégorie "agrégés de littérature" en soit exempte !
Le livre d'Assouline, il faudrait qu'une âme charitable me l'offre.
La charité s'appuyant sur le pouvoir d'achat, j'ai de gros doutes... :)

samedi, 25 octobre, 2008
Pffftt...(CV) a dit…

Je suis plongée dans l'antitrucdelalitterature depuis hier...moi j'y suis cool, et je prends des trucs pour en oublier d'autres...bref...de mon point de vue perso qui est celui de quelqu'un qui ramène sa fraise dans le coin juste en passant, voui, voui, voui ce monsieur est intelligent, il rit de lui même, provoque (volontairement c certain) des réactions tout azimut, il "vulgarise", ses propos sont futés et parfois insuportables...il me plaîrait donc un baiser de sa bouche...mais que dis-je? Je m'égare total...screugneugneudepétarddezut!

jeudi, 13 novembre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@pffftt... : nous voici donc deux à partager le même avis (toi, t'es pas prof, c'est sûr :) concernant le bouquin. Car concernant le baiser, entre le tien et celui de thom... j'me demande ce que choisirait l'interessé !
:))

jeudi, 13 novembre, 2008

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