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Gett'incipit

samedi 25 octobre 2008

Incipit est un mot qui me fait marrer.
Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais strictement rien, c'est comme ça.

J'imagine très bien une injure du genre "espèce d'incipit !" pour traiter un mou du bulbe.
Ou plus classe : "eh va donc incipit !"

Mais intituler mon article : "débuts de romans"... c'était pas très glorieux. Alors qu'un magistral : "incipit" ça claque. Non ?
Si, si, ça claque mais ce n'est pas hyper limpide. En effet, j'ai sondé autour de moi et peu de gens savent ce que veut dire incipit.

Donc en grande plèblagogue (vous vous souvenez ? Ah ben si, vous vous souvenez !) (excellent exercice d'articulations mandibulatoires au demeurant) je vous propose deux définitions.

Celle du Littré tout d'abord :

Incipit : "Terme de paléographie. Se dit des premiers mots par lesquels commence un manuscrit."
Qui a dit : "Mais c'est quoi la paléographie ???" Espèce d'incipit !

Paléographie : Science qui traite des écritures anciennes, de leurs origines et de leurs modifications au cours des temps et plus particulièrement de leur déchiffrement.

Figurez-vous, qu'au moyen-âge, les manuscrits débutaient par cette citation latine : Incipit liber qui voulait dire : ici commence le livre.

Usage de précaution qui s'adressait surement aux croisés restés trop longtemps en Terre Sainte et qui systématiquement commencaient leur bouquin par la fin !
Il était donc de bon aloi de leur mettre un espèce de warning "eh, psssst ! incipit liber" et tout le monde commençait gentiment par le début.

Puis celle de F. Bégaudeau :

Incipit : On peut frimer en disant incipit plutôt que "début de roman". On peut surfrimer en rappelant que le latin incipere signifie commencer. C'est après que les ennuis commencent, car où finit l'incipit ? A la deuxième page ? Au bout de combien de lignes ? Comme dit Sébastien : l'incipit on sait quand ça commence, on ne sait jamais quand ça finit.

Je suis donc une méga-surfrimeuse ! Mais ça je le savais déjà.

Nous, enfin JE, déciderons donc que nos incipit se limiteront aux 10 premières lignes maximum.

Car c'est de cela dont il s'agit, nos incipit préférés ! Et ce ne sont pas toujours les incipit de nos romans préférés. Ben non, certains auteurs ont écrit des incipit sensationnels pour ensuite s'emmêler les pinceaux dans un roman pas terrible. A l'inverse, certains romans fabuleux n'ont pas un incipit à se taper le cul par terre. C'est ainsi, souvent écrivain varit, bien fol qui s'y fit. (vous avez vu ce que cela donnait avec Patrick Süskind).

Je commence ! (c'est comme sur les pistes de danse dans les soirées ! c'est celui qui invite qui s'y colle en premier !)

"Descendu de cheval, il allait le long des noisetiers et des églantiers, suivi des deux chevaux que le valet d'écurie tenait par les rênes, allait dans les craquement du silence, torse nu sous le soleil de midi, allait et souriait, étrange et princier, sûr d'une victoire. A deux reprises hier et avant-hier, il avait été lâche et il n'avait pas osé. Aujourd'hui, en ce premier jour de mai, il oserait et elle l'aimerait." (Belle du Seigneur, d'Albert Cohen)

***


"On lui avait cassé les dents. Tout d'abord j'avais cru qu'on les lui avait arrachées. Mais non. Marie-Jo avait raison.
"Alors ? J'avais pas raison ?"
Je me suis relevé. Mon genou m'a fait souffrir.
J'ai soupiré :
"Cette pauvre fille. Quand même, cette pauvre fille. Hier encore, je la voyais courir. Le tour complet du parc. Chaque jour que Dieu faisait. Cette pauvre fille.
- Tu veux dire cette petite pute.
- Je t'en prie. Elle s'appellait Jennifer."
Marie-Jo et moi avons échangé un faible sourire. Ensuite nous sommes allés déjeuner."
(Ca, c'est un baiser, de Philippe Djian)

***

"La première chose dont je me souviens : j'étais sous quelque chose. Ce quelque chose était une table, je voyais un pied de table, je voyais les jambes des gens, et aussi un bout de la nappe qui pendait. Là-dessous il faisait sombre, là-dessous j'aimais bien y être. Ca devait se passer en Allemagne. Je devais avoir entre un et deux ans. C'était en 1922. Sous la table, je me sentais bien. Personne n'avait l'air de savoir que je me trouvais là. Il y avait du soleil sur le tapis et sur les jambes des gens. Le soleil, j'aimais bien. Les jambes des gens n'avaient rien d'intéressant, ce n'était pas comme la nappe qui pendait ; ni non plus comme le pied de table, ni non plus comme le soleil.
Après, il n'y a rien... et après, il y a un arbre de Noël."
(Souvenirs d'un pas grand-chose, de Charles Bukowski)

***

L'incipit de Insula Dulcamara :

"Picolo te reconnaît bien, tu sais, m'a dit Tante Julia. Picolo, c'est le chien. Baveux, chassieux, ignoble, il tremblote sur un coussin. C'est un amour, dit la tante qui se déplace autour de la table dans son épaisse odeur de vaseline."Georges Hyvernaud, La Peau et les os"Thomas s'assit et regarda la mer."Maurice Blanchot, Thomas l'obscurEt un récent :"Mevlido leva la brique une deuxième fois, et Berberoïan, qui détestait qu'un inférieur lui cogne sur la tête, se hâta de reprendre son autocritique." (Antoine Volodine, Songes de Mevlido.)

***

Les incipit de Fashion :

"It is a truth universally acknowledged, that a single man in possession of a good fortune must be in want of a wife." (Jane Austen, Pride and Prejudice.)

"Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d'apprendre au monde qu'après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur. Les miracles de bravoure et de génie dont l'Italie fut témoin en quelques mois réveillèrent un peuple endormi; huit jours encore avant l'arrivée des Français, les Milanais ne voyaient en eux qu'un ramassis de brigands, habitués à fuir toujours devant les troupes de Sa Majesté Impériale et Royale: c'était du moins ce que leur répétait trois fois la semaine un petit journal grand comme la main, imprimé sur du papier sale..." (Stendhal, La chartreuse de Parme.)

***

Les incipit de Sol :

"Ce n'est pas facile de vivre dans un studio à San Jose avec un homme qui apprend à jouer du violon.C'est ce qu'elle dit aux policiers, en leur tendant le révolver vide." (Richard Brautigan, La vengeance de la pelouse.)

"Même la rue paraissait anormale sous ses pieds." (Robert Silverberg, L'Homme programmé.)

"Je me suis encore laissé avoir. Cela fait trois fois cette semaine. Il faut que je fasse plus attention. Tout ça à cause d'une affiche publicitaire." (Stéphane Lavaud, Le journal d'un rêveur.)

***

Les incipit de Pffftt...

"Pourquoi l'archange Gabriel n'a-t-il pas retenu mon bras lorsque je m'apprêtais à trancher la gorge de ce bébé brûlant de fièvre? Pourtant, de toutes mes forces, j'ai cru que jamais ma lame n'oserait effleurer ce cou frêle, à peine plus gros qu'un poignet de mioche. La pluie menaçait d'engloutir la terre entière, ce soir-là. Le ciel fulminait. Longtemps, j'ai attendu que le tonnerre détourne ma main, qu'un éclair me délivre des ténèbres qui me retenaient captif de leurs perditions, moi qui étais persuadé être venu au monde pour plaire et séduire, qui rêvais de conquérir les coeurs par la seule grâce de mon talent." (Yasmina Khadra, A quoi rêvent les loups.)

"Je suis Dina, qui regarde le traîneau et sa charge dévaler la pente. D'abord, il me semble que c'est moi qui y suis attachée Parce que la douleur que je ressens est plus forte que tout ce que j'ai ressenti jusqu'à présent. A travers une réalite limpide comme le verre, mais hors du temps et de l'espace, je reste en contact avec le visage sur le traîneau. Quelques secondes plus tard, il s'écrasera sur une pierre verglacée. L'animal a vraiment réussi à se libérer du traîneau, évitant ainsi d'être entraîné dans la chute! Et si facilement! Ce doit être tard en automne. Tard pour quoi? Il me manque un cheval." (Herborg Wassmo, Le livre de Dina,t.1.)


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10 commentaires à lire:

Insula dulcamara a dit…

Pour lancer le mouvement :
"Picolo te reconnaît bien, tu sais, m'a dit Tante Julia. Picolo, c'est le chien. Baveux, chassieux, ignoble, il tremblote sur un coussin. C'est un amour, dit la tante qui se déplace autour de la table dans son épaisse odeur de vaseline."
Georges Hyvernaud, La Peau et les os
"Thomas s'assit et regarda la mer."
Maurice Blanchot, Thomas l'obscur
Et un récent :
"Mevlido leva la brique une deuxième fois, et Berberoïan, qui détestait qu'un inférieur lui cogne sur la tête, se hâta de reprendre son autocritique."
Antoine Volodine, Songes de Mevlido.

samedi, 25 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Insula Dulcamara : Génial ! Je ne connaissais pas du tout.
:)

samedi, 25 octobre, 2008
Anonyme a dit…

Mes incipit préférés sont ceux-ci :
"It is a truth universally acknowledged, that a single man in possession of a good fortune must be in want of a wife." Jane Austen, "Pride and Prejudice". (Certes, c'est court, mais cette phrase est une entrée en matière géniale.)
et le début de "La chartreuse de Parme", que je ne peux pas recopier (trop long) mais qui est le summum de l'ironie et un magnifique raccourci politique plein de verve. En même temps, c'est un incipit qui ne respecte aucune règle traditionnelle : tant de désinvolture, d'enthousiasme et d'humour, on est dans le chef-d'oeuvre, pour sûr! :))

dimanche, 26 octobre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Fashion : Merci :)))
Je ne connaissais pas celui de Jane Austen et celui de ton idole était coincé loin, très très loin dans mes souvenirs scolaires.

dimanche, 26 octobre, 2008
Anonyme a dit…

Jour'
Pour moi, ça sera Richard brautigan: la vengeance de la pelouse/ l'effet Scarlatti.
Je trouve que c'est une tuerie car l'incipit est une minuscule nouvelle;
"- Ce n'est pas facile de vivre dans un studio à San Jose avec un homme qui apprend à jouer du violon.
C'est ce qu'elle dit aux policiers,en leur tendant le révolver vide."
Et puis il y a Silverberg: L'homme programmé.
Une simple phrase capable d'induire tellement de choses:
" Même la rue paraissait anormale sous ses pieds."
Enfin, mais là je suis totalement partisant
Stephane Lavaud: Le journal d'un rêveur:
" Je me suis encore laissé avoir. Cela fait trois fois cette semaine. Il faut que je fasse plus attention. Tout ça à cause d'une affiche publicitaire."

Et sinon, la forme, ça va?
P.S: L'incipit de Djian est terrible.

lundi, 03 novembre, 2008
Alain Cipit a dit…

Ma collection d'incipit (environ 200 pour l'instant) :

http://1cipit.blogspot.com/

mardi, 04 novembre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Sol : Excellent le Brautigan !
D'ailleurs c'est souvent du côté des nouvelles que l'on trouve des incipit extraordinaires. Peut-être est-ce dû au fait que leurs auteurs ont un don pour la concision. Il y a chez Raymond Carver des incipit totalement géniaux.
Sinon la forme, impecc' ! :)
Je confirme que l'incipit de Djian est particulièrement accrocheur.
:))

mercredi, 05 novembre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Alain Cipit : Monsieur et Madame Cipit ont un fils... :)
J'ai vu votre site, il est assez génial en effet !
J'imagine que ce fût beaucoup de boulot mais en tant que lectrice c'est très sympa :)

mercredi, 05 novembre, 2008
Pffftt...(CV) a dit…

"Pourquoi l'archange Gabriel n'a-t-il pas retenu mon bras lorsque je m'apprêtais à trancher la gorge de ce bébé brûlant de fièvre? Pourtant, de toutes mes forces, j'ai cru que jamais ma lame n'oserait effleurer ce cou frêle, à peine plus gros qu'un poignet de mioche. La pluie menaçait d'engloutir la terre entière, ce soir-là. Le ciel fulminait. Longtemps, j'ai attendu que le tonnerre détourne ma main, qu'un éclair me délivre des ténèbres qui me retenaient captif de leurs perditions, moi qui étais persuadé être venu au monde pour plaire et séduire, qui rêvais de conquérir les coeurs par la seule grâce de mon talent."
Yasmina Khadra, A quoi rêvent les loups.

"Je suis Dina, qui regarde le traîneau et sa charge dévaler la pente.
D'abord, il me semble que c'est moi qui y suis attachée Parce que la douleur que je ressens est plus forte que tout ce que j'ai ressenti jusqu'à présent.
A travers une réalite limpide comme le verre, mais hors du temps et de l'espace, je reste en contact avec le visage sur le traîneau.
Quelques secondes plus tard, il s'écrasera sur une pierre verglacée.
L'animal a vraiment réussi à se libérer du traîneau, évitant ainsi d'être entraîné dans la chute! Et si facilement!
Ce doit être tard en automne. Tard pour quoi?
Il me manque un cheval."
Herborg Wassmo, Le livre de Dina,t.1.

jeudi, 13 novembre, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Pffftt... : Merci pour ces deux incipit :) Ils sont tous les deux très forts.

jeudi, 13 novembre, 2008

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