
La mère idéale n'existe pas.
Freud a un jour muselé une bourgeoise autrichienne qui avait fait des pieds et des mains pour le rencontrer avec une seule question suspendue à ses lèvres : dites-moi comment devenir une bonne mère Herr Professor ? "Inutile de vous poser cette question car quoi que vous fassiez en tant que mère, vous le ferez mal de toute façon !" avait répondu le vieil homme.
 L'histoire ne nous dit pas quelle tête a fait la femme avec cette réponse sous le bras.
Ca c'est ce qu'on nous raconte, à nous les boiteuses pour nous déculpabiliser. Je sais maintenant qu'elle existe et je sais même comment elle s'y prend pour être idéale. C'est de l'info, c'est du lourd, ouvrez vos mirettes et suivez bien : C'est en lisant une petite annonce affichée sur l'un des murs de ma boulangerie que tout s'est brutalement éclairé :
"Recherche personne de confiance pour prendre en charge 2 enfants dès 07h30 (lever, petit déjeuner, habillement et emmener à l'école) puis ensuite les récupérer à 16h30 à la sortie de l'école primaire. Douche, devoirs et dîner jusqu'à 20h00. Sérieuses références exigées - salaire motivant."
A qui les cris de celui qui au bout de 30 minutes n'a enfilé qu'une seule chaussette ? A qui le bol de cornflakes plein à ras bord de lait qui vient de dégouliner de la table au sol ? A qui les noeuds dans les cheveux qui à chaque effleurage déclenche une sirène ? A qui la salle de bains transformée en piscine municipale ? A qui les problèmes de maths où distance et vitesse virent au cauchemar ? A qui les "on pourrait pas avoir des frites ?" après avoir passé 45 minutes dans la cuisine à tenter de préparer un repas équilibré ?
Pas à celle qui rentre à 20h00, perchée sur ses talons Jimmy Choo et moulée dans son tailleur Barbara Bui comme un bras dans un plâtre.

"Bonsoir mes amours... Tout s'est bien passé ? Vous avez passé une bonne journée ? Maman arrive dans un instant vous lire une histoire."-- "Merci Conchita, à demain."
Plaf, la porte se referme sur la famille idéale, une maman zen et sans grief, un papa qui ne tardera pas à s'affaler dans le canapé avec un martini on ze rocks en guise de biberon du soir "Les enfants ça va ? Tout s'est bien passé ?".
 Elle est bien là la mère idéale, là et absente, voilà le secret.
Ses enfants n'ont rien à lui reprocher, elle n'a rien interdit "Ah !? Si Conchita a dit que... alors c'est que."
Elle n'a pas crié, pas frustré, pas contrarié. En retour elle n'est pas énervée, fatiguée, épuisée, elle est d'un calme magistral quand débute l'histoire dans le lit. "Mais qu'ils sont mignons..." murmure t'elle en les contemplant dormir. "C'est quand même extraordinaire d'avoir des enfants... Quelle folie de ne pas en vouloir... Tout ce qu'on loupe, c'est inimaginable. Mais qu'est ce qu'une vie sans enfants ?"
Hein ? Je vous le demande... !
C'est ainsi que comme à chaque début de quoique ce soit porteur de fortes convictions, j'ai établi ma liste de rentrée :
- Quitter la maison avant que les anges ne se réveillent. Pour celles qui n'ont rien à faire dehors à 07h du matin, voici une habitude facile à prendre : repérer un petit café, acheter les journaux et s'improviser journaliste pour une revue de presse hebdomadaire exhaustive. Puis, partir directement bosser. Avantage indirect de la méthode : on devient très vite la référence médias au boulot, celle qui sait tout sur tout ; notre réputation gagne peu à peu tous les étages jusqu'à ce que le big-very-big boss nous fasse demander en personne : "Dites donc Bon Sens, vous connaitriez les dates de "la flûte enchantée" à l'Opéra Bastille ?"
- Rentrer une fois l'ouragan "sortie d'école" passé. Eviter bien évidemment les devoirs (énorme source de stress et de mésentente parents-enfants), les douches (source de discussions sans fin sur l'hygiène et son intérêt à fréquence soutenue), le dîner (très fort potentiel pour déclencher un niveau sonore insoutenable). Si possible, enchaîner après le travail un restaurant avec son chéri pour ne rentrer que vers 23 heures. Là c'est idéal car cela implique un retour quand la maisonnée dort paisiblement mais le budget consenti est plus important (autre avantage : excellent pour la libido du couple - il faudra que je revienne en discuter).
Une fois évités ces multiples pièges disséminés ça et là telles des mines - pour le coup très personnelles - dans la relation parents-enfants, la vie devrait être beaucoup plus simple pour nous. ("Pour nous" car cet article n'est pas censé s'occuper du bien-être des enfants mais de celui des mamans je vous le rappelle).
C'est désormais sous couvert d'anonymat que je suis contrainte de divulguer ma trouvaille car malheureusement la société n'est pas encore prête à adopter cette radicalité salvatrice. J'en veux pour exemple ma copine Pénélope qui n'a rien compris à ma nouvelle méthode. Elle m'a jeté, médusée, "mais pourquoi tu as fait deux enfants ?"
Cela a bien failli foutre en l'air 10 ans d'une belle amitié : Non mais ! De quoi j'me mêle ???
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2 commentaires à lire:
Oscar Wilde a dit un jour que les enfants commençaient par aimer leurs parents puis ensuite ils les détestaient et que parfois ils leur pardonnaient...Un fois adopter la devise "je fais du moins mal possible" tout va déjà pour le mieux ensuite...ce n'est qu' élasticité permanente des décisions...pas de grands principes, ils seraient piétinés en deux jours. Externaliser la tache quotidienne de l'éducation des enfants est révolutionnaire (qoui la lacheté révolutionnaire), un poil capitaliste libérale (sous traiter les soucis pour ne garder que les éventuels bénéfices)....ah oui pourquoi avoir fait les enfants...mais pour tout le reste, de tout ce qui ne se dit pas mais est plutôt du ressenti...
lundi, 29 septembre, 2008@bartllebooth : Tiens ! Contente de te revoir :)
mardi, 30 septembre, 2008"Externaliser la tache quotidienne de l'éducation des enfants est révolutionnaire " Pas d'accord cher ami ! Avant, on externalisait même l'allaitement. On pourrait presque dire que c'est de ne pas l'externaliser qui est révolutionnaire finalement.
Dans les tribus ou autres peuplades (c'est mon côté ethnologue de comptoir) la tâche d'élever un enfant s'est souvent distribuée entre plusieurs pairs et n'incombait pas à la seule mère biologique. Cette notion est récente à l'échelle de l'Histoire humaine, 1 siècle il me semble. C'est peut-être cela qui cause notre désarroi, c'est trop nouveau tout ça !
L'idée d'un capitalisme libéral est plutôt excellente.
:)
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