Voilà ! Ma PAL, ma "pile à lire" d'été est quasi prête !Grâce à vous toutes, je saurai quoi lire lorsqu'allongée sur mon transat, les yeux perdus dans le bleu de l'océan indien, la main gauche caressant le sable immaculé d'Anse Louis, petit coin de paradis sur l'île de Mahé aux Seychelles, j'en viendrai subitement à me dire "Bon... regarder la mer, ça va cinq minutes, on fait quoi maintenant ?!"
A mon tour donc de remplir vos valises. Et ce sera avec "Turlupin" de Leo Perutz.
Enfin, un roman exaltant, rond, subtil, riche, touffu, coloré. Un pur nectar.
Tancrède Turlupin, barbier-perruquier au nom mémorable, a cette hauteur qu'on les petites gens destinées à vivre des évènements grandioses : une inaltérable fraîcheur.
Mon dieu, que Perutz était doué. Méchamment doué pour écrire.
Leo Perutz est né à Prague en 1882. Comme Kafka, il était juif, écrivait en allemand et travailla dans la même compagnie d'assurances et à la même période (1907). Mathématicien de formation, il était chargé de modéliser certains évènements futurs afin de calculer l'impact financier des risques liés aux contrats d'assurance. Nous sommes très loin de la chaleureuse écriture qu'il saura coucher sur des pages blanches. Etonnant contre-pied dans l'esprit d'un seul homme. Il fit parti des auteurs les plus lus de l'entre-deux-guerres mais son départ en Palestine en 1938 signe la fin de sa notoriété et plonge son patronyme dans l'oubli et le désintérêt. Qui fut donc cette main secourable, celle qui l'extirpa de la fosse aux oubliés (voir le très très long (!) post dédié) ? Je vous le donne en mille ! Jorge Luis Borges, un de ses plus grand admirateurs ! Car Borges mit le paquet : il préfaça trois de ses livres.
Jean Paulhan (cf post sur P. Drieu La Rochelle) et Roger Caillois, traducteur de Borges (cf post sur Borges) vont prolonger la remontée que Borges avait initiée en attribuant à Leo Perutz le prix Nocture - prix lui même ressucité en 2005 et cela fait deux résurrections utiles :)
Leo Perutz s'éteind en 1957 après avoir écrit 14 romans dont un sous forme de roman-feuilleton dans le journal " Berliner Illustrierten Zeitung " (eh oui, on y revient toujours).
Perutz excelle dans une forme classique du roman d'aventure pur jus, avec un zeste de fantastique. C'est jubilatoire !
"Turlupin" est un roman brillant, alerte et frétillant. Un film qui défile sous nos clignements de paupières. Sur un rythme pétillant, les évènements historiques cheminent tambour battant et Tancrède virvoltant, jongle aux milieux des puissants. Nous sommes en 1642 et Tancrède, orphelin recueilli et élevé par le bon Daniel Turlupin croit, pense, affirme, imagine, devine, assure avoir retrouvé sa mère sous les traits d'une artistocrate : la duchesse de Lavan.
J'ai volontairement aligné plusieurs verbes très différents pour ne pas vous dévoiler l'intrigue. Car de cette rencontre, énormément d'évènements vont découler. Et pas des moindres. Au coeur du règne de Richelieu, Tancrède Turlupin va bousculer nombre de projets qui ne l'attendaient pas au tournant, ni de près ni de loin.
On ne boude pas son plaisir de s'accrocher aux mots choisis, aux phrases soignées et parfaites de Leo Perutz. Et on se dit : "Mais ça à l'air si facile à écrire...!" Et puis non, justement, c'est atrocement difficile de faire simple. Elle est là, la prouesse. Perutz est un conteur avant tout. Il maîtrise l'art du rythme, l'art de narrer une aventure. Ca va vite, les phrases bondissent les unes contre les autres et enchaînent des pas de danse sans déraper. Les pages tournent, les yeux clignent, l'imagination se colore et s'emballe et nous voilà déjà à la fin.
Et zut ! Trop court. On en veut encore.
Une ovation s'élève "Tancrède, Tancrède, Tancrède !"
Mais non, pas de rappel. L'écran s'éteind et la lumière se rallume. Au sortir de la salle, si on prend la petite rue escarpée qui tourne sur la gauche, on distingue au loin, dérobée aux yeux du tout venant, une singulière librairie. La femme qui se tient au seuil n'attendait que nous et les bras tendus, elle nous tend, le sourire jusqu'aux oreilles, la seule boisson capable d'étancher notre soif : "La neige de Saint Pierre" de... Leo Perutz.
***
19 commentaires à lire:
Eh bien, dis donc! Note prise, et fébrilement encore! Je ne connaissais absolument pas cet auteur, mais tu me mets l'eau à la bouche. Chouette, un nouveau roman pour cet été!
dimanche, 10 juin, 2007tiens celui-là je ne l'ai pas encore lu!!!! mais tu dis vrai Perutz est un grand!! ;o)
dimanche, 10 juin, 2007J'ai dans ma PAL un bouquin de lui, "Le cavalier suédois", prêté par une main maternelle qui m'a dit (ma mère, pas sa main) que c'était génialissime. Quand j'aurai fini "Expiation" de MacEwan (excellent roman d'ailleurs), je pense me pencher sur le cas de ce M. Perutz... Et je n'y crois pas : tu pars aux Seychelles pendant les vacances ?
dimanche, 10 juin, 2007J'ai "la neige de Saint Pierre" (qui ferait un très bon film, c'est ce que je m'étais dit à l'époque. Maintenant, je ne crois pas que ce soit la meilleure chose qu'on puisse dire d'un livre.)
dimanche, 10 juin, 2007Mais je vais sûrement replonger pour Tancrède.... je suis une indécrottable curieuse.
@Béa : Quand j'aime, je suis en effet très fébrile et sans demi-mesure. Cela enlève certainement une certaine objectivité à mes cirtiques... :)
lundi, 11 juin, 2007@ Lamousmé : Bienvenue :)
@ Fashion : Non, n'y crois pas:)
Ta mère me plait décidemment beaucoup :)
@ Olga : Si... Perutz écrit comme un réalisateur filme.
Hum que ce titre a l'air alléchant! Je note,je surligne, je souligne...Merci pour cette belle critique!
lundi, 11 juin, 2007A très bientôt!
et je suis curieuse de connaître ta PAL d'été...
Bon sens, si tu ne donnes plus le programme à l'avance, comment veux-tu que je fasse mes devoirs ? :))
lundi, 11 juin, 2007@Fashion : J'sais bien mais je suis ultra dubitative là...
lundi, 11 juin, 2007@Morwenna : Je viens de découvrir ton blog !!! J'ai toujours un train de retard ! Super calé quand même ! J'ai pas tout lu (j'avoue) mais j'ai lu un peu quand même (entre autre la critique de Roy Lewis). Alors à mon tour de te féliciter pour un ton d'une grande fraîcheur et une jolie écriture :)
lundi, 11 juin, 2007Je m'insurge! Je n'ai jamais dit que j'étais agacée, juste une peu angoissée... :))))
lundi, 11 juin, 2007Merci c'est très gentil ^^ A mon tour de déguster ces quelques mots [sincères j'espère] pendant un p'tit moment...
mardi, 12 juin, 2007En tout cas, je partage la détresse de Fashion ;))
@ Morwenna : My name is Bon-sens, Bon-sens sincère.
mercredi, 13 juin, 2007Vous êtes marrantes, comment voulez vous que j'écrive des chroniques et que je vienne m'amuser sur vos blogs !? Je suis une feignasse ! Cela me demande un énorme effort d'écrire... Comme disait Manguel : On lit ce que l'on veut, on écrit ce que l'on peut.
:)))
Cela fait un petit bout de temps que je voulais vous féliciter pour votre blog...J'y viens régulièrement car je désire m'ouvrir au monde de l'art de la littérature!!
mercredi, 13 juin, 2007Félicitations et Bonne continuation.
Je me suis permise de mettre un lien vers votre blog sur un de mes articles...C'était plus fort que moi...
@ Jenny : Bienvenue à toi ! Je suis très heureuse que le tableau de Stan t'ait plu. Tu es bien la première à m'en parler ! A ma grande déception, il n'a pas ébloui grand monde. Si je te dis que j'en ai un (en vrai) acheté il y a des lustres à Drouot.. Je le photographierai pour le mettre en ligne. Il est différent... moins bleu ! :))
mercredi, 13 juin, 2007Bon sens, 2 choses : tu as un vrai tableau chez toi ? Voilà de quoi remplir la rubrique d'Anne. Et moi qui croyais que tu n'aimais pas l'art contemporain...
mercredi, 13 juin, 2007Et deuxièmement, merci d'avoir donné le programme, non pas que j'aie lu cet auteur mais je vais pouvoir me renseigner un peu, du coup l'angoisse tombe :)))
Et par hasard, tu ne saurais pas déparamétrer les sondages blog-it express afin qu'on puisse voter plusieurs fois du même ordi ? (et je sais, ça fait trois choses, mais les mathes te moi, pfff, c'est comme l'informatique et moi, un désastre)
@Fashion : Je n'ai pas 1 tableau mais au moins 5 de peintres + les miens ! J'adore les très grandes toiles, mais je manque de murs... Donc il me faut une grande maison !J'ai effectivement dit à Anne qu'il fallait que je photographie... Mais tu me connais... Bookage, surbookage... Moralité je n'ai rien fait !
jeudi, 14 juin, 2007Millet, je suis dessus ! Pour te faire plaisir ! Parce que j'étais pas hyper motivée à écrire vu que je passe mon temps sur vos blogs :)
J'ai été sur blog-it-express. Normalement sur tous les gadgets de sondage tu ne peux voter qu'une fois sur 1 ordi (au moins durant une journée). Là, il n'y a rien de spécifié sauf une croix à cocher ou décocher (je ne sais pas) concernant "conserver les votes".
Donc je ne sais que te dire... D'ailleurs en votant sur ton sondage je me suis plantée ! Je voulais Gibbs j'ai cliqué Dinozzo !(acte manqué ?)
Je n'ai pas eu le droit de recommencer ! Sauf à aller chez ma voisine et lui demander de me refiler son ordi 2 minutes pour voter à nouveau, ce que je n'ai évidemment pas tenté :)
Bon sens, je ne sais comment et remercier d'avoir pris de ton précieux temps pour t'occuper de mon problème de cyberquiche! Je suis confuse, je pensais que tu avais déjà la réponse... Merci infiniment!
jeudi, 14 juin, 2007Et je ne me sens pas du tout responsable de ton prochain billet : je ne suis pas la seule à l'attendre, même ma mère te lit! (et tu peux me croire, c'est un gage de super qualité), tout ça sans compter sur tes nombreux fans! Quant à Dinozzo, tu m'étonnes que c'est un acte manqué! :))) (et je viens de changer le sondage, maintenant que j'ai retrouvé les codes d'accès, plus rien ne m'arrête, j'ai même réussi à changer les couleurs...)
En allant sur le blog de Jérémie j'ai vu ton commentaire...
dimanche, 17 juin, 2007je suis épatée de trouver enfin un blog de vraies critiques littéraires, je te félicite quel boulot, et tu sors vraiment des sentiers battus. J'ai regardé très vite pas trop le temps ce matin mais je reviendrais vite. Je suis en train de lire "La nuit sous le pont de pierre" de Léo Perutz je le découvre et c'est vraiment excellent. Encore bravo pour ton style. A bientôt.
@Nina : C'est très aimable à toi :) Mais je peux t'assurer (même si cela m'étouffe de le dire) qu'il y a un tas de blogs littéraires plus pointus et calés que le mien.
dimanche, 17 juin, 2007Je crois que c'est l'ambiance ici qui est bonne et donc finalement la qualités de vos commentaires à tous,plus que mes bilets.
Mais savoir bien s'entourer c'est une qualité aussi, hein ?
;)
Enregistrer un commentaire
Ouvert à tous, anonymes ou pas.