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Nos amis les ricains

Amos Oz... Un magicien ?

samedi 23 février 2008

Rien ne va plus sur ce blog ! Non seulement je ne contourne plus l'actualité
littéraire mais pire encore, je suis en plein dedans !
Quitte à m'affranchir de mes propres diktats, je vais même tenter (je dis bien tenter) d'être structurée et vous faire une critique avec un début et une fin, le tout baigné de cohérence synthétique ! (sacrée gageure croyez-moi).

Vous allez voir, pas sûr que vous ne préfériez pas ma joyeuse loghorrée habituelle mais j'ai décidée de tenter le look pro
Donc... Je vais vous parler d'Amos Oz.
Amos Oz est né le 4 mai 1939 à Jérusalem ce qui ne l'empêche pas d'être : Taureau.
C'est drôle, je dis cela en passant, parce que son vrai nom n'est pas Oz mais Klausner. Ce pseudonyme de "Oz", veut dire "force, courage" en hébreu.

Force et taureau, je trouve la relation intéressante mais je ne m'étendrai pas car je vous l'ai dit, ce sera structuré, donc exit les circonvolutions intempestives que d'ordinaire j'affectionne.

Non, non, non... Je vais restée centrée sur mon sujet "Amos Oz". N'empêche que c'est étonnant de s'entourer à ce point d'ancrages solides...
Bon j'arrête. Si juste une dernière chose : est-ce la mort de sa mère, alors qu'il n'a que douze ans, qui "l'oblige" à se sentir fort ?

Première publication, il n'a que 26 ans. Il enchainera livres sur livres et recevra les prix les plus prestigieux d'Israel ainsi que le prix Fémina. Il est traduit en 39 langues ! Ce qui n'est pas rien (pour la petite histoire, Marc Levy lui, est traduit en 32 langues).

Bon donc, vous l'aurez compris : Un ponte de la littérature sur la scène internationale. Un géant.
Extases, compliments, pamoisons... rien de sévère ni de méchant sur Amos Oz. La classe quoi ! Et comme dirait je ne sais plus qui : "La classe internationale"

Ce n'est pas moi qui le dis :

"Quand un grand de la littérature tourne en dérision ses rencontres avec le public, cela donne un livre noir, féroce et jubilatoire." Le western culturel

"Ce récit très enlevé et drôle entremêle farce tragi-comique et réflexion subtile sur les arcanes de la création littéraire. " Bibliosurf.com

"Une petite pépite ce nouveau roman d’Amos Oz qui s’ajoute à la longue liste des autres pépites signées du grand écrivain israélien (et tellement séduisant J )." AdelineBronner

"Mais le dernier roman de l’écrivain israélien Vie et mort en quatre rimes (traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen, 132 pages, 13,50 euros, Gallimard) est si savoureux et si juste dans son observation du phénomène que l’on aurait envie de lui dire “Merci !”. "La république des livres

Ah, ah, ah ! J'vous vois venir ! "Bon_sens ne va pas tarder à tirer à boulets rouges sur l'Auteur."

Justement parlons-en de l'Auteur, le personnage principal de "Vie et mort en 4 rimes".
L'Auteur (il n'a pas de nom) fait la promo de son dernier livre. Il semble être plutôt célèbre et reconnu même si ce SAV de la littérature ressemble plus à une tournée des bénévoles de la soupe populaire qu'autre chose.
Il se plait à imaginer ce que telle ou telle personne qu'il croise, pense, fait, vit. Il lui donne un prénom et un nom. Lui crée un passé.

C'est précisément cette idée qui m'a fait acheter le livre. Qui d'entre nous n'a pas tenté d'imaginer pourquoi telle personne sourit en regardant défiler les longs tunnels sombres du métro ; pourquoi cette autre, semble si triste et abattue.

J'étais partie pour explorer les capacités imaginatives d'un auteur, sa faculté à transcender le réel pour créer de purs personnages de fictions.
En définitive, j'ai plongé dans un univers glauque, souvent sordide où l'Auteur las de rencontres avec ses propres lecteurs, las d'entendre leurs louanges n'est jamais attentif ni présent aux autres mais préfère de loin, les recréer à sa sauce.

Cet Auteur laisse en bouche un désenchantement, une lassitude des autres bien surprenante.

Mais plus surprenant encore sont les commentaires de Pierre Assouline qui écrit à propos de cet Auteur : "Il lui impossible de se concentrer tant il est las de ce barnum sympathique dont il peut déjà anticiper toutes les étapes. Durant les parleries, tout en se laissant aller à une écoute flottante, il observe les uns et les autres, leur prête des intentions, un passé, des projets, une biographie, des fantasmes. Surtout les fantasmes, d’ailleurs. Pour s’occuper, il écrit dans sa tête un roman dont ils sont les protagonistes inconscients. Ce qui lui permet de vider sa bile sans aigreur mais avec beaucoup d’humour. Une salutaire entreprise de dérision à laquelle il ne se soustrait pas, son autodérision étant plus cruelle encore. On l’a rarement lu aussi mordant ; il fallait oser car il est à peu près certain de les retrouver, ces lecteurs ou d’autres, à la sortie de son prochain livre. Il s’en trouvera toujours pour dire qu’il a craché dans la soupe alors qu’il a simplement maudit avec une ironie mordante tout ce et tous ceux qui ont le malheur de l’éloigner du seul endroit qu’un écrivain n’aime pas quitter, son cabinet de travail.
Toujours le même cirque des dédicaces, comment vous ne vous souvenez pas de moi ? vous m’avez pourtant signé un livre il y a huit ans, les mêmes questions qui reviennent, qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’écrire ce roman, et pourquoi ça finit comme ça, et comment vous écrivez, et ça change quelque chose l’ordinateur, est-ce que je peux vous confier mon dernier manuscrit juste pour avoir votre avis merci, et… Prise de tête au seul énoncé de ce cahier des charges. Que de malentendus dans ces échanges ! "


J'avoue être stupéfaite par ce type de discours qui reflète en effet parfaitement l'état d'esprit du personnage d'Amos Oz et qui m'a dérangée quant au fond du livre.

Si les lecteurs barbent et fatiguent comment peut-on simplement être lu et en vivre sans eux ?

Ecrire oui, mais écrire pour qui ? Pour le rossignol qui gazouille sur la branche de l'arbre qui pend devant la fenêtre ouverte de son bureau ? Ecrire et puis quoi ? Ne pas savoir, ne pas vouloir savoir qui nous lit, qui nous aime et même si on nous aime ? C'est un bien étrange raisonnement sauf pour ceux dont les livres se vendent comme des double-cheeseburgers et qui sont assis sur une tonne de royalties.

Ah... Mais voilà que je m'éloigne, que je digresse alors que j'avais promis de m'abstenir !

Mais quelle plume sous tout cela ?
Décevante. Voir même, tenez-vous bien, agaçante.

Et j'ai trouvé sur le web, une autre voix que la mienne pour m'appuyer : Les petits carnets d'Essel (même si ça m'a foutu un coup de voir que je n'étais pas unique).

Elle n'y va pas de main morte : "Le texte d'abord, sans finesse ou subtilité particulière [...] Pour tout imaginaire, il me semble que l'auteur nous a brossé le portrait d'une galerie de stéréotypes. L'entrée en matière m'avait mise en appétit. Ensuite, il n'y a vraiment pas de quoi fouetter un chat."
(Amusant, car justement, il est fortement question d'un chat dans le livre, Joselito).

Sautant allègrement de blog en blog (oui, je suis légère comme une molécule d'eau, et alors ?) j'ai mis les pieds chez cathe pour lire le même discours sauf que je vais suivre son conseil et m'offrir "Une histoire d'amour et de ténèbres", chef d'oeuvre d'Amos Oz, sorti en 2004 qui l'aurait mise à genoux... (sic)
(Je n'ai pas cherché à élucider plus avant cette métaphore).

Et le magazine LIRE la conforte : "Une histoire d'amour et de ténèbres (Gallimard), est un livre magistral, qui appelle les superlatifs et les heures solitaires pour lire et relire le récit d'une enfance aux premiers jours de l'Etat hébreu. "

Où en étais-je...?

Ah oui, un style agaçant ! Figurez-vous, que certains épisodes sont répétés plusieurs fois !!!

La première fois ça fait drôlement bizarre, une impression de déjà-vu qui met en doute vos capacités cognitives : "Je rêve où il l'a déjà dit ça ???"
Et vous ne rêvez pas !

Page 40, l'Auteur se met à fantasmer sur Riki la serveuse et son premier amour, Charlie, le gardien de but, remplaçant des Bnei Yehouda. Il l'appelait Gogog et lui avait offert à Eilat une robe à paillettes... avant de la plaquer pour renouer avec une certaine Lucie, la dauphine de Miss Plage.

Vous relevez les yeux, vous grattez la barbe (les filles se grattent une tempe) et vous dites presque à haute voix : "Mais... Je connais déjà tout cela !"

Et pour cause ! Retour à la page 12 : l'Auteur se prend à imaginer le premier amour de la serveuse Riki qui s'était amourachée à seize ans du gardien de but remplaçant des Bnei Yehouda, un certain Charlie. Il l'avait enlevée dans sa Lancia pour une escapade de trois jours à Eilat : il lui avait même acheté une robe somptueuse, genre costume de scène de chanteuse grecque avec des paillettes argentées mais au bout de deux semaines il l'avait plaquée pour repartir à l'hotel avec la dauphine de Miss Plage.
Je vous l'accorde, la page 40 est plus succinte mais quand même !

Bon me dis-je, c'est un style... Après le nouveau roman (paix à A. R-G), voilà le nouveau-nouveau roman : on répète, on tient serré le lecteur, on lui fait du rabâchage : "T'as bien compris ??? Riki est sorti avec le gardien remplaçant ! Répète après moi pour voir si c'est bien clair !"

Et cela recommence pas plus loin qu'à la page 52 ! Avec Ovadia Hazam qui a vécu comme un roi et patati et patata. Qui s'exhibait en ville avec sa Buick bleue, un vrai aimant à filles cette voiture. Et bien ne cherchez plus d'où vous vient cette sensation de le connaître déjà : il vous a été présenté page 18 toujours avec sa buick bleue.
Autant le dire honnêtement, je n'ai absolument rien compris à cet effet de style !!!

Refaire, avec d'autres mots, un portrait que l'on a déjà brossé 40 pages plus avant, me laisse perplexe.
L'effet flash-back est à mon sens totalement raté. C'est énervant de relire à nouveau la même chose, point barre. Ca doit être un truc très innovant et je dois être trop vieille pour apprécier ce type de nouveauté.

En revanche, j'ai dégoté une métaphore assez savoureuse et je vous l'offre en guise de compensation : "En dépit des années, son esprit est resté pareil à un tuyau de pompier déversant tous azimuts du zèle social à jets continus" (à propos d'un courtisan).

Les personnages quant à eux semblent sortis de la Cour des Miracles !
Riki la serveuse à la hanche gauche plus enflée, plus haute (Amos Oz dit "asymétrique) que la droite. Ses chevilles sont "fortes"... en résumé, elle n'a pas de chevilles mais des poteaux.
Rochale Reznick est plate comme une limande, porte une grosse natte, est presque jolie mais pas attirante. Bref, limite insignifiante.
Ovadia Hazam, baignant dans son urine, perfusé et impotent.
Arnold Bartok, condamné à essuyer, nettoyer et changer les couches de sa mère, Ophélia, une infirme obèse cruelle et sadique.

Mais, mais... et il y a un mais... le dernier tiers du livre est beaucoup mieux. Le rythme, l'histoire, ce que l'Auteur raconte : tout est déjà plus enlevé et plus intéressant. Sauf que je vous l'accorde, le derniers tiers c'est loin du début et surtout c'est court. Trop court pour soutenir l'ensemble de ce livre. Dommage car la scène entre l'Auteur et Rochale est bien troussée et à cet instant il m'a semblé que l'Auteur nous en donnait un peu plus à lire même si la scène avec Ovadia, Charlie, Riki et Lucie me semble elle totalement alambiquée, farfelue et pour tout dire : inutile !

Amos Oz, un magicien ? Il paraît mais ce n'est pas moi qui pourrai vous le confirmer.

***

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14 commentaires à lire:

Anonyme a dit…

Peut-être qu'au fond, il n'aime pas les gens ?
Le dernier tiers est-il beaucoup mieux ou beaucoup moins bof ? (cette deuxième question n'appelle pas de réponse précise, il faut dire que c'est une question imprécise, je suis une spécialiste au fait, j'en ai deux bidons dans la remorque -de questions imprécises-)

vendredi, 22 février, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Posuto : Le dernier tiers est vraiment de l'écriture. "Bof" ne correspond pas à ce livre. Il n'est pas tiède.
:))

samedi, 23 février, 2008
Anonyme a dit…

M... Je voulais le lire...
A partir de demain, je commence une série dur les auteurs israéliens et ce livre me tentait bien...

samedi, 23 février, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Anne-Sophie : Une amie m'a confirmé de vive voix que "Une histoire d'amour et de ténèbres" d'Amos Oz était une merveille et elle a été très étonnée de mon avis sur "Vie et mort en quatre rimes". Donc j'en conclus que pour ta série sur les auteurs israéliens "Une histoire d'amour et de ténèbres" s'impose haut la main :)))

samedi, 23 février, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Anne-Sophie : Je me suis relue et ne me trouve pas claire... Cette amie n'a pas lu "Vie et mort en quatre rimes" et l'idée était qu'elle s'étonnait de mon avis sur Oz en rétorquant que "Une histoire d'amour et de ténèbres" était un vrai bijou et que ces deux livres avaient une écriture et une histoire radicalement différentes.
Je te laisse juge si jamais tu lis les deux (sachant que "vie et mort en quatre rimes" se lit très vite).
Voilà :)

samedi, 23 février, 2008
Anonyme a dit…

Merci, j'avais aussi envie de lire celui-ci quoiqu'il soit très gros. Et je viens de lire un pavé de 1000 pages !!!

samedi, 23 février, 2008
Anonyme a dit…

Je trouve déplorable "les critiques" qui sous principe que l'écrivain est renommé disent que son roman est "sublime" (l'ont-ils lus ??) et certains écrivains deviennent pédants et hautains, ce petit monde vit en vase clos, et je suis bien contente de lire ton article, il me conforte dans l'idée que je me fais de ce milieu d'hypocrites...... j'ai jamais lu cet auteur il va peut-être falloir que je me force un peu car après ton article on a pas trop envie de tenter l'expérience !!

samedi, 23 février, 2008
Anonyme a dit…

Quoi ? Bon sens a lu une NOUVEAUTE ? Que se passe-t-il ? la Terre tournerait-elle à l'envers ? Marc Lévy saurait-il écrire ? Blague à part, je suis toujours un peu effarée de voir ce qui est encensé par nos amis journalistes. Je viens de finir un bouquin encensé par la critique que je n'ai pas du tout aimé mais l'auteur est journaliste... Ceci expliquerait-il cela ? Quant à Oz, jamais lu...et franchement, je ne lirai pas celui-ci!

dimanche, 24 février, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Nina : Pour être honnête jusqu'au bout, il n'est en effet pas nécessaire de tenter l'expérience avec ce bouquin. Je crois que l'on peut aisément s'en passer.
:)

mardi, 26 février, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Fashion : Tu vois... mal m'en a pris sur ce coup là. Je m'en serais bien passée et je n'aurais rien loupé !
Voilà ce qui me fait peur souvent avec les nouveautés : de l'argent jeté par les fenêtres et "cherry on the cake" du temps perdu... Ca c'est terrible !

mardi, 26 février, 2008
Anonyme a dit…

En fait, il apparaît que ce roman a au moins un intérêt : t'avoir permis d'écrire ce billet ! Je me suis bien amusé et, en plus, j'ai gagné du temps, puique cela me fait un livre de moins à lire. J'ai bien retenu que la morale de l'histoire est qu'il faut être infect avec les lecteurs pour avoir du succès et être encensé par la critique. Il me reste peu de temps avant le salon du livre de Paris : Je vais donc aller m'entraîner tout de suite pour devenir un cuistre irréprochable d'ici au 15 mars ! C'est sûrement plus difficile que ça en a l'air. Et c'est là que l'on reconnait le vrai talent !
A ce propos, merci pour la petite page de pub en haut à gauche (et en plus, je suis associé à Aloysius ! On se retrouve entre barbus !)

mardi, 26 février, 2008
Anonyme a dit…

Bonne soirée !

vendredi, 29 février, 2008
Anonyme a dit…

Je n'arrive pas à m'arrêter de rire !

De mémoire de blogueur, ça fait longtemps que je n'ai plus lu un aussi bon texte sur un bouquin (que je n'ai du reste pas lu). Quel bonheur de tomber sur une critique aussi bien écrite et consistante...!

Le post que j'aurais aimé écrire...? ;-)

vendredi, 07 mars, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@thom : merci Thom ! Bien aimable.
Je ne sais quoi dire devant ces compliments...
Donc je ne dis rien, sauf que tu places la barre très haute... va falloir que j'assure pour les autres ! :)

lundi, 10 mars, 2008

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