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Un cabinet des curiosités nommé Twitter

mardi 1 janvier 2013


Twitter, c'est comme un grand hall de gare. On y entre sans connaitre grand monde (pour les quidam comme moi) et avec un peu de chance, dans la foule, on repère des gens avec qui on "pourrait" éventuellement discuter.
C'est un peu le système du : je connais quelqu'un qui connait quelqu'un qui lui-même connait untel, et ainsi de suite...
Vous lancez une réflexion, et le téléphone Maure (expression 2013, politiquement correcte) se charge de balader votre géniale fulgurance intellectuelle.

Evidemment plus vous connaissez de "quelqu'un qui connait quelqu'un qui connait quelqu'un qui connait untel", plus votre pensée (le plus souvent d'une profondeur socratique) fait du chemin.

Tout a commencé, en 2005/2006, pas très loin de là où je vis actuellement, à San Francisco.
Deux types, Noah Glass et Evan Williams étaient partis sur l'idée du micro-blogging : un petit outil pour raconter à la minute, ce qu'on fait, ce qu'on pense, là, maintenant, à l'instant T. L'idée étant que, installé sur son téléphone, l'outil pouvait permettre d'être très réactif, partout où on se trouve. C'était le principe d'un sms, sans l'envoi multiple, puisque tous les gens qui suivent un quidam qui écrit, peuvent lire le-dit sms (d'où la limitation des tweets à 140 caractères). (L'histoire est en réalité un peu plus complexe que ça, voir l'article, mais Noah Glass étant le vrai leader spirituel de Twitter, pas besoin que je m'étende).

Ayant la vue basse (mais pas l'air con !) je n'aurais pas mis $1 là-dessus. Une plateforme pour écrire minute par minute ce que l'on fait : qui cela pouvait-il donc intéresser ?

En 2009, des documents internes à Twitter ont été dérobés et publiés, et on peut vite se rendre compte que le succès est arrivé vite, si vite, que les stratégies commerciales de la Start-Up n'étaient pas encore très claires dans la tête de tout le monde, sauf à être The pulse of the Planet. Ce qui était déjà un bel objectif, très américain finalement : think bigger !

Ils savaient au moins 2 choses : ils voulaient 1 milliard d'abonnés pour 2013, embaucher 5000 personnes et s'interrogeaient très sérieusement sur l'idée de rentabiliser Twitter en moneyant des comptes commerciaux (“Charging more to fewer users is a good model.”).

En juin 2012, les abonnées à Twitter étaient 517 millions. C'est beaucoup, mais c'est moitié moins que ce que la compagnie avait en tête lorsqu'elle élaborait ses modèles de rentabilité. Et ce n'est pas 5000 personnes qui travaillent pour Twitter mais seulement 175 (Source) en 2012.


Bref ceci étant dit, le phénomène Twitter est extraordinairement amusant à contempler.


Au départ, il y avait les suiveurs et les suivis (en VO les followers et les following.)

Les mots français étant (peut-être) un tantinet effrayants d'un point de vue psychopathologique, ils ont été re-traduits par "abonnés" et "abonnements". Termes beaucoup moins drôles comme s'il était difficile d'assumer que l'on est un "suiveur" ou que l'on est "suivi", ce qui reste un état de fait même si on change d'appellation.

K. Marx n'avait pas vu le coup venir ! La population twitteuse ne se distingue plus selon diverses catégories sociales mais selon 3 catégories, facilement identifiables : Les suiveurs qui sont suivis (ou inversement, les suivis qui sont suiveurs), les suiveurs et les suivis. Vous me suivez ?

Catégorie A : Vous êtes suivis par des gens avides de lire vos réflexions (ils sont donc vos followers) et vous même, vous suivez d'autres personnes (vous êtes donc également un follower et ils sont vos following).
Vous êtes un suiveur suivi (ou encore un suivi suiveur).

Catégorie B : Vous suivez des gens, mais personne ne vous suit vous. Ce qui est actuellement mon cas.
Vous êtes seul un suiveur.

Catégorie C : Vous êtes suivi par une foule de personnes mais vous ne suivez pas grand monde.
Vous êtes égocentré suivi.

Ceux qui ne sont pas très créatifs ont la possibilité de "retweeter" ce que les autres racontent. C'est une manière de dire : untel a dit ça, faites passer. Option qui actuellement me convient bien. Je ne suis donc pas seulement une suiveuse mais aussi une répéteuse (et non repéteuse !).
Mais si vous m'avez bien suivi, cela n'a pas grand intérêt puisque personne ne me suit.

Si on veut être plus pointilleux, on peut également distinguer les suiveurs/suivis selon leur morphologie.


Il y a le twitter obèse. Son compte pèse lourd.
Justin Bieber par exemple : 32 millions de suiveurs... Et lui même suit plus de 123 000 personnes.
Il a dépassé les 20 000 tweets !
Sachant que ce jeune homme ne comprend que l'anglais, autant dire que lui écrire un tweet autrement qu'en anglais, n'a aucun intérêt. Il ne retweet d'ailleurs que des tweets anglais (logique puisqu'il ne comprend pas les autres) et en dehors de tweets purement promotionnels, il est tout à fait capable d'écrire des tweet qui ne servent à rien et sont totalement insipides.
Il appartient à la catégorie A.



Il y a le twitter élitiste, appartenant à la catégorie C, qui ne s'use pas trop les doigts pour twitter à tout vent.
Exemple, Tom Hanks n'a que 462 tweeds à son compteur. Il ne suit que 24 personnes alors que plus de 5 millions de personnes le suivent.
Elitiste mais plus gourmande, on a Oprah Winfrey avec plus de 5500 tweet ; elle comptabilise plus de 15 millions de suiveurs mais ne s'essouffle qu'à suivre... 88 personnes !
On y trouve également Gary Sinise qui tente d'équilibrer au mieux ses suiveurs et ses suivis.
"Au mieux" évidemment car quand on a 309 000 personnes qui vous suivent comme dans son cas, difficile de suivre à son tour autant de personnes. Sauf à suivre tous ceux qui vous suivent. Gary s'est donc "abonné" à 738 personnes et affiche plus de 3000 tweets. A noter qu'il fait parti des rares Happy Few à être suivis par Mr Hanks.



A retenir, le cas Bruno Mars. Plus de 14 millions de suiveurs alors que lui-même ne suit que 78 personnes ! 2300 et quelques tweets. En comparaison, Demi Moore dont on ne parle finalement plus que pour dire qu'elle tweet à fond, rame avec 5 millions de suiveurs.
A ce propos, le rendement de suiveurs de Bruno Mars laisse songeur : le 31 mars 2011, il comptabilise 1 million de followers / le 12 juin 2011 : 2 millions / le 25 septembre : 3 millions / le 16 octobre 2011 : 4 millions / le 14 novembre 2012 : 5 millions / le 21 décembre 2011 : 6 millions / le 10 février 2012 : 7 millions / le 31 mars 2012 : 8 millions / le 6 mai 2012 : 9 millions / le 12 juin 2012 : 10 millions.
Une remarquable précision horlogère ! Presque chaque mois Bruno Mars gagne 1 million de followers sans que rien ne perturbe le mécanisme. Surprenant...

Voir l'article du Petit Web sur cette technique transversale à Twitter qui veut que l'on puisse tout simplement "acheter" des followers. 50 000 followers coûtent 149 dollars. Article d'ailleurs très drôle puisque l'idée de base pour tester cette triche a été de créer un compte twitter proposant d'acheter des kebab... sur Mars !



Le twitter anorexique ou inconnu.
Moi par exemple. Je suis ou I follow moins de 20 personnes, je ne suis suivie par personne et j'ai peu de tweets au compteur.
Je n'ai pas non plus ni les moyens, ni l'envie d'acheter 50 000 robots followers. A quoi donc cela me servirait-il ?
A être connue !
Car je gagne à être connue parait-il. Ou alors n'est-ce qu'une formule ironico/drôlatique que j'ai prise pour argent comptant... Bref, l'idée est que plus on a de followers, plus on compte. Et commercialement, ça compte ou plutôt ça chiffre. Si je recherche des sponsors (ou du boulot), être très populaire va beaucoup m'aider. Si personne n'a jamais entendu parler de moi, même pas ma propre mère (puisqu'elle ne me suit pas sur twitter, et pour cause, elle n'a pas internet) alors je n'obtiendrai sûrement pas les fonds que je recherche.
Parce que ces "chers" followers représentent un indice de popularité et donc de rentabilité.
Quoique les faux "followers" brouillent un peu les pistes. Adèle, la chanteuse, a moins de "suiveurs" que Bruno Mars alors qu'elle vend beaucoup plus.
Idem pour Marc Lévy qui n'a que 11 632 suiveurs, ce qui est peu au vu du nombre de livres qu'il vend.

Dans le choix des personnes que certains décident de suivre, il y a parfois un intrus une surprise.
Serge Joncour est abonné au compte de... Nikos Aliagas ! Qui lui même est abonné à plus de 40 000 comptes twitter et comptabilise plus de 45 000 tweets ! 

Ces twitters portent désormais un nom : les twitaholic ! Personne ne dit comment ça se soigne.

Une certaine Patty, twitaholic s'il en est, enregistre près de 568 000 tweets ! Pour 14 518 followers que je plains du fond du coeur !


Je cite Serge Joncour dans le Huffington Post : "On est loin du 19e siècle lorsque les gens reconnaissaient Victor Hugo dans la rue. Aujourd’hui il y a un véritable appauvrissement des conditions à mettre en œuvre pour devenir célèbre". Et moi je lui réponds : CQFD.

En dehors d'une soif avide de reconnaissance détectée par Andy Warhol, il y a de cela plusieurs années,  ou d'une nécessité à entretenir un lien avec The World ou même du plaisir à échanger avec des gens que l'on n'aurait aucune occasion de rencontrer for real, en dehors d'une multitude de raisons, il n'en demeure pas moins que c'est une mine d'or pour s'informer sur autrui. 
Quand on tweet que l'on est en vacances, que l'on envoie des photos, on dit dans le même temps : "il se peut que n'étant pas chez moi, ce soit le moment, amis cambrioleurs, de venir y faire un tour."


Il semblerait que la Stasi qui était quand même assez douée dans le domaine de la collecte d'infos soit largement dépassée par des outils qui ne nécessitent aucun personnel sur le terrain. Car il n'est plus besoin de "recruter" pour en savoir un paquet sur untel ou untel. Il suffit juste de le ou la voir se prendre  d'affection pour les réseaux sociaux. La Stasi avait besoin, quant à elle, de 91 000 employés officiels et de plus de 173 000 informateurs pour surveiller Monsieur et Madame Toutlemonde (soit à peu près 1 informateur pour 60 citoyens, compte tenu de la population en Allemagne de l'Est). De nos jours, il suffit d'observer leur profil sur Facebook, leur photos sur Instagram et leur pensées sur Twitter. Big Brother n'a même pas besoin de s'intéresser à nous, nous nous offrons littéralement à lui. Effrayant... de facilité.

Les jeunes sont évidemment les moins bien protégés. Ils sont bavards. Et, parce qu'ils sont jeunes, ils imaginent que chaque minute de leur existence permet à la Terre de rester en orbite autour du soleil et de tourner.

Cela permet surtout aux futurs recruteurs de pénétrer leur vie intime, de les voir comme ils n'auraient jamais du être vus, de savoir des choses que seuls les agents de la Stasi étaient en mesure d'apprendre. 
Car je suppose que ce que nous pensons être des profils "verrouillés" ne doivent pas être trop redoutables à "perforer" pour des petits génies informaticiens. 

Pour en revenir à mes moutons blue birds, la première polémique de Twitter ( un tweetclash en langage twitter) pour 2013 aura été (pour le microcosme parisien) celle de Valérie Damidot (@damidotvalerie en langage twitter) qui hurlait de rage contre une société de voitures de luxe avec chauffeur (www.uber.com) qui a "outrageusement" multiplié les prix de ses courses le soir du 31 décembre (146 € pour 6 kilomètres). Là encore, Twitter nous apprend des tas de choses. Tout d'abord, Valérie Damidot parle couramment le Maure ! Ca, c'est quand même l'info la plus importante ! 
L'info subsidiaire, c'est que de "pauvres" gens utilisent une compagnie de chauffeurs privés dans des voitures sans compteur (et sans compter). Moi j'dis juste que c'est un problème de riches, et si ces gens sont pauvres, alors c'est un problème de pauvres qui se croient riches.

Car sur Twitter, on se clash, on se pique des scoop, on fait basculer des élections et tout cela en 140 caractères ! A défaut d'être zen, on est au moins très synthétique, ce qui parait-il est un signe d'intelligence. De là à insinuer que Twitter nous rend moins moins cons que ce que nous étions avant de s'y inscrire... Pas impossible qu'un jour cet argument nous soit avancé.


Pour ceux que je n'ai pas perdu en cours de lecture, je pourrais rester des heures à jacasser avec vous et observer le monde de Twitter mais j'ai du pain sur la planche ! Je vous rappelle que j'ai un compte Twitteur à faire tourner car je n'ai aucun follower ce qui est passablement violent pour mon Ego, même si quoique je fasse, qui que je sois, je serai toujours la "suiveuse" de quelqu'un.


***

PS : Avant de cliquer pour refermer ce post, rien ne vous interdit de tweeter cet excellent post !






CONTRE le mariage gay mais POUR la connerie universelle

dimanche 18 novembre 2012




Beaucoup de personnes actuellement argumentent leur position en faveur ou en défaveur du mariage entre deux personnes de même sexe. Il est assez stupéfiant de constater que les arguments avancés en défaveur du mariage "homosexuel" sont d'une pauvreté intellectuelle affligeante. A croire que les "CONTRE" n'ont pas fait fonctionner leur cerveau depuis le collège (s'ils l'ont jamais fait). J'entends des absurdités abyssales qui me rappellent sans cesse Michel Audiard et je peux vous dire que les cons, en ce moment, on les reconnait hyper facilement.

Je trouve que le débat est et doit être présent. Et comme Voltaire, je pourrais dire que "je ne partage pas le même avis que certains mais je pourrais me battre jusqu'à la mort (Oui enfin Voltaire, pas moi !) pour que ceux-là puissent s'exprimer". Sauf que, les justifications des "contre" sont à pleurer d'imbécilité ! J'entends : "Faut un papa et une maman" "Les pauvres enfants, ils vont devenir homosexuels c'est atroce !" "Depuis toujours le monde est fait pour qu'une femme soit avec un homme" "C'est contraire à l'ordre naturel" bla bla bla... 
Je ne vais pas développer mais TOUS ces arguments sont faux. Philosophiquement, psychologiquement, anthropologiquement, historiquement parlant.

La seule chose que l'on puisse affirmer c'est qu'il faut qu'un mâle ensemence une femelle pour qu'il y ait reproduction de l'espèce (humaine ou animale - et j'imagine que cela doit être pareil chez les extraterrestres).
Ce que l'on sait également de façon certaine, c'est qu'un mâle ne peut ensemencer un mâle et idem entre deux femelles. 
Une fois ces deux postulats de base posés, on pourrait ouvrir de très larges discussions. 

Malheureusement, le sujet sexuel (car au fond il y a bien de cela dans les têtes) est surtout un sujet affectif et émotionnel où la raison ne trouve guère sa place mais où la bêtise, elle, se vautre avec délectation.

Pour exemple, Frigide Barjot, fondatrice du Collectif "Pour l'Humanité durable", a mené un collectif baptisé "La Manif pour tous", samedi 17 novembre 2012, invitant à manifester CONTRE et à s'habiller en "bleu, blanc, rose" pour des défilés à Rennes, Metz, Nantes, Dijon, Bordeaux, Lyon, Marseille, Toulouse ou Paris.

Le but ? Dire "non à un bouleversement majeur et dangereux" et donc manifester son opposition à la possibilité de se marier et d'avoir des enfants quand on est homosexuel.

C'est son droit. Mais là où je m'aperçois que le débat est clairement mené par des gens plutôt bas de plafond et sans lumière à tous les étages c'est lorsque je lis les arguments censés appuyer cette opposition : 
Frigide Barjot a déclaré sur LCI : "Nous allons dire simplement que sous prétexte de donner une égalité à des couples qui ne peuvent pas par nature être égaux, parce qu'ils ne peuvent pas malheureusement pour certains avoir des enfants naturellement, on est en train de changer toute la loi du droit commun, tout le code civil en niant la sexuation hommes-femmes et en niant la parenté père-mère-enfant. La parenté biologique ne peut pas être remplacée par une parenté sociale, ce n'est pas possible. L'homme doit rester le père."


Cela paraît fou mais oui, il faut expliquer à Frigide qu'accepter une chose n'implique pas de devoir en nier une autre ! 
Que le mot "sexuation" n'existe pas ailleurs que dans sa bouche.
Et lui apprendre (car visiblement ça ne lui a jamais traversé la cervelle) qu'elle se trompe de cible !

Car si la parenté biologique ne peut pas être remplacée par une parenté sociale (ce qui est d'une profonde débilité et d'une ignorance crasse) et que l'homme doit rester un père, qu'attend-t'elle avec son collectif pour aller manifester tous les samedis (il faudra au moins ça) pour s'opposer aux pères (les fameux biologiques) ou aux mères qui disparaissent de la vie de leurs enfants après une séparation, ne les voient que lorsqu'ils/elles sont disponibles et paient leur pension alimentaire quand ils/elles y pensent ?

Qu'attend-t'elle pour manifester contre les violences faites aux enfants par leur mère et/ou leur père biologiques et hétérosexuels ?

Qu'attend-t'elle pour secouer ces parents biologiques, semble-t'il irremplaçables, afin que son discours et son schéma mental pour une Humanité Durable tiennent la route ?

L'homme doit rester un père ?
Et bien Frigide, vous pouvez déjà commencer à arpenter le bitume, parce que vous allez être très occupée pour les années à venir si tel est votre nouveau combat : il y a un paquet de mâles dans ce pays qu'il va falloir convaincre !
Et pour info, la majorité est hétérosexuelle... 








Les chiffres romains *

vendredi 16 novembre 2012



I / Je me suis offert un nouvel ordinateur ! Un bel ordi tout neuf, un joujou high-tech, dont j'exploite 10% des capacités. Stupide, je sais mais je vous rappelle que la  fut l'objet du péché originel... 

II / J'ai pas mal lu** en définitive mais avec une flemme époustouflante de transmettre. Tout se perd, la transmission en premier lieu. Je comprends bien le fléau. Serait-ce que les "anciennes" des blogs littéraires se sont essoufflées sur le chemin de la blogosphère ? J'y pense depuis un moment et l'adieu de  la si talentueuse tenancière du blog HappyFew a quelque peu confirmé mes soupçons (même s'il me semble qu'elle est repartie renaître de ses cendres sur Geronimo) ainsi que l'évaporation d'Amanda Meyre dont j'ai perdu la trace.
J'avais un petit rythme, je me découvre un rythme sporadique. C'est moche, je sais.

III / Je ne désespère pas d'inverser la tendance. Peut-être qu'ici, dans un lieu à mille lieues (en fait 2013 lieues pour être exacte***), il n'est pas impossible que, noyée sous une langue que le monde entier utilise mais qui n'est pas la mienne, je me vautre à coeur joie dans le maniement assidu de la langue française. Et donc que j'écrive des choses sur ce blog.

IV / Malgré mes nombreux défauts, je tiens à signaler que je lis vos commentaires.
Oui ! Ca vous en bouche un coin, hein ?
Certes, je ne réponds pas toujours, je réponds parfois quelques mois plus tard mais je les lis ! C'est juste que j'oublie d'y répondre.

V / ... Je n'ai pas de V !
Quand je vous disais que j'étais flemmarde... Ou amnésique.



* Ne cherchez pas de rapport entre le titre de ce post et ce post, il n'y en a pas. Juste le signe d'un cruel manque d'inspiration.

** Et je vous recommande chaudement :
"Je m'appelle Asher Lev" et "Le don d'Asher Lev" de Chaim Potok


***

To be or not to be... LIBRES

dimanche 31 octobre 2010

Rubrique "One shot" réservée aux Essais.
Il m'est difficile de commenter un essai : je crains de le paraphraser (sans compter la flemme légendaire qui m'habite).
Je livre donc ici ceux que j'ai lus et aimés (ou pas) sans vraiment m'étendre.
Cependant, toute discussion reste ouverte pour ceux ou celles qui les ont lus ou aimeraient les lire...
On peut en discuter :)


Pour se torturer les méninges tout en riant (bien jaune) je vous recommande chaudement ce "Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens".

Il est ressort une terrible conclusion : la liberté n'existe pas !

Submergés de "pied-dans-la-porte", de "porte-au-nez" d'effet de gel, de piège abscons, d'escalade d'engagement, d'amorçage, de "pied-dans-la-bouche" ou de "pied-dans-la-mémoire" nous sommes incapables de prendre librement une décision !

Pour ma part, j'ai particulièrement vibré au démontage point par point de la technique de manipulation appelée "porte-au-nez", manipulation que je vis quotidiennement.
Elle est tout à fait redoutable, exemple :
Le fiston : " Maman, tu veux bien m'acheter une paire de baskets ab-so-lu-ment  géniales ? Mais bon... elles sont à 300 euros..."
La mère : Mais t'es un grand malade !!! Ça va pas la tête ??? 300 euros ??? JAMAIS ! Jamais de mon vivant, quelqu'un me verra dépenser 300 euros pour une paire de baskets (je suis parfois grandiloquente, je l'avoue).
La mère en off : qui plus est, ne sont même pas pour moi !
(je ne suis pas un modèle de générosité, je l'avoue).
Le fiston : D'accord... d'accord... je comprends (les ados ne comprennent rien mais ceci fait partie de la technique)... j'en ai vu d'autres, elle sont pas mal.... à 120 euros... Tu serais plus d'accord ?
La mère : Ah... c'est déjà mieux... 300 euros... Tu crois que j'ai un arbre à billets ?
Le fiston : Non... pas 300... "juste" 120 euros.
La mère : On va voir..."

Évidemment, c'est tout vu. La "porte-au-nez" a magnifiquement fonctionné et la madre s'est largement faite enfumée manipulée.

Vous n'aurez pas manqué de noter que la technique est très simple :
1/ Une demande exorbitante, totalement impossible à accepter.
2/ Dans la foulée, une demande moindre qui a beaucoup plus de chance de passer que si elle avait été formulée de but en blanc sans amorçage.
C'est une technique qui est très répandue. Dans tous les domaines. Tout le temps.

Toutes les techniques de manipulation sont expliquées, largement décortiquées et accompagnées des plus sérieuses études universitaires. Les auteurs très compatissants, s'étant faits eux-mêmes abusés, ne sont pas avares de conseils pour éviter, autant que faire ce peut, de se faire avoir à nouveau. Ou tout du moins, pour essayer de prendre des décisions sans entrave.
Pas simple...

On peut également acheter ce livre pour tenter de se faire offrir de plus beaux cadeaux, de se faire prêter des choses, donner des choses, etc... Pour devenir à son tour un manipulateur...

***
Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens - Nouvelle Édition
Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois
Éidtions : PUG
286 pages

Comment le peuple juif fut inventé

mercredi 15 septembre 2010

Rubrique "One shot" réservée aux Essais.
Il m'est difficile de commenter un essai : je crains de le paraphraser (sans compter la flemme légendaire qui m'habite).
Je livre donc ici ceux que j'ai lus et aimés (ou pas) sans vraiment m'étendre.
Cependant, toute discussion reste ouverte pour ceux ou celles qui les ont lus ou aimeraient les lire...
On peut en discuter :)


Énorme essai historique et colossale source d'informations, l'essai de Shlomo Sand est époustouflant !
Son analyse du peuple juif correspond finalement à plusieurs thèses de Doctorat mises bout à bout. Le travail de recherche est titanesque : toutes les hypothèses sont passées au crible ainsi que les recherches les plus récentes.
C'est une espèce de méta-histoire du peuple juif truffée de réflexions "politiquement incorrectes" mais humainement fascinantes.
Bref, un essai qui me semble tout à fait incontournable pour toutes celles et ceux que la question intéresse.
Notez l'impertinence du titre :)

COMMENT LE PEUPLE JUIF FUT INVENTÉ
Shlomo Sand
Broché : 446 pages
Éditeur: Fayard

Ring my... Meucci

mardi 31 août 2010

Alexander Graham Bell
 Il est des histoires terribles et celle d'Antonio Meucci l'est assurément.
Pas plus tard que récemment, France 5 diffusait une conférence de Pierre-Henri Gouillon, grand généticien qui commentant une photographie des membres du mouvement eugénique des Etats-Unis, n'hésita pas à signaler que Graham Bell était l'inventeur du téléphone ; "il avait de très bons gènes" souligna malicieusement PH Gouillon.
Sauf que... Graham Bell avait, avant toute chose, les gènes d'un usurpateur !

Tout le monde continue de lui attribuer l'invention du téléphone alors même que les États-Unis ont reconnu en juin 2002 que c'était une erreur ! (Résolution 269 consultable sur le site de la bibliothèque du congrès américain) :
Extraits :
Antonio MEUCCI
"Whereas in March 1876, Alexander Graham Bell, who conducted experiments in the same laboratory where Meucci’s materials had been stored, was granted a patent and was thereafter credited with inventing the telephone ;
Whereas on January 13, 1887, the Government of the United States moved to annul the patent issued to Bell on the grounds of fraud and misrepresentation, a case that the Supreme Court found viable and remanded for trial ;
[...]
Resolved, That it is the sense of the House of Representatives that the life and achievements of Antonio Meucci should be recognized, and his work in the invention of the telephone should be acknowledged."

Qu'importe ! Le nom de Bell reste attaché à cette formidable invention dans l'esprit de tous et même celui des plus grands généticiens !

Pour connaître plus en détails cette rocambolesque histoire (et je m'étonne qu'Hollywood n'ait pas bossé dessus) voir la page consacrée à Antonio Meucci sur Wikipédia que je trouve bien foutue.

Le Coran Jésus et le judaïsme

samedi 10 juillet 2010

Rubrique "One shot" réservée aux Essais.
Il m'est difficile de commenter un essai : je crains de le paraphraser (sans compter la flemme légendaire qui m'habite).
Je livre donc ici ceux que j'ai lus et aimés (ou pas) sans vraiment m'étendre.
Cependant, toute discussion reste ouverte pour ceux ou celles qui les ont lus ou aimeraient les lire...
On peut en discuter :)


Un peu court à mon goût... Ou peut-être qu'un tel sujet mérite de plus larges développements...
L'intervention la plus complète et la plus intéressante étant celle du Cheikh Khaled Bentounès, qui semble ressembler de très près à un sage.

LE CORAN JÉSUS ET LE JUDAÏSME
Gérard Israël, Alain Houziaud, Khaled Bentounès 
Broché: 208 pages  
Editeur : Desclée de Brouwer (17 mars 2004)

    Your manuscript is both good and original...

    samedi 1 mai 2010

    ... but the part that is good is not original, and the part that is original is not good. *
    Une belle altercation s'est déroulée sur la blogosphère début avril.
    Avec la lenteur qui me caractérise, je n'en ai eu vent qu'aujourd'hui !
    Cependant ce type de joute entre blogueur et écrivain n'en est, à mon avis, qu'à ses balbutiements...
    (J'avais moi-même essuyé les foudres d'une certaine LP, mais à sa décharge, je l'admets, j'avais chargé la mule. Mule - oups pardon - Écrivaine qui n'avait pas du tout aimé que je livre mes cogitations à son propos.)


    Rappel des faits !

    lundi 22 mars : Cynthia, blogueuse, discute le livre de Jean Claude Derey "Papoua": ici.

    samedi 3 avril : coup de théatre, l'écrivain visiblement très mécontent de la critique, envoie des emails à la blogueuse : ici.
    Rapide comme l'éclair, Bladelor, le signale sur son blog : ici.
    Un groupe se monte sur facebook : "Comité de soutien à Cynthia contre Jean-Claude Derey" avec la couverture de son livre, barrée d'une énorme croix rouge !

    dimanche 4 avril : Jean-Paul Bertrand qui dirige les Editions Alphée (éditeur de Jean-Claude Derey) prend le clavier à son tour pour tenter d'éteindre l'incendie.
    Mais le pompier à la bourre (un peu comme moi) n'enraye pas grand-chose : une blogueuse s'attaque à la réponse dudit éditeur et la décortique : ici.

    lundi 5 avril, Cynthia (la blogueuse) clôt l'affaire en postant à son tour la réponse de l'éditeur : ici.

    mardi 6 avril, c'est Wrath qui dégaine en soulignant la misogynie ambiante au sein de la blogosphère : ici.

    jeudi 8 avril : Dom la ménagère  en direct d'Afrique a vent de l'affaire via des twitts et décide de boycotter l'écrivain. Elle aussi.
    Bon voilà... Coup de gueule d'un écrivain qui stupidement écrit des insultes à la blogueuse sans imaginer, je suppose, que tout cela allait lui exploser à la tronche ! Pourtant, ceux qui ont vécu des divorces pour faute le savent bien : on n'écrit rien ! On ne laisse jamais de traces ! C'est la règle pour dégommer quelqu'un sans se faire choper !

    Dans le même temps, j'ai parcouru le blog de Cynthia et "la déglingue" n'est pas un fait coutumier chez elle. Elle dit simplement ce qu'elle a pensé de tel ou tel livre. Elle a même adoré "Soie" d'Alessandro Barrico, c'est dire !
    C'est un blog littéraire, bien foutu (ne parlant que de littérature et faisant découvrir des bouquins, c'est pourquoi je l'ai ajouté à ma liste de blog) qui me semble, ma foi, cohérent.

    Alors d'où vient cette colère qu'ont parfois les écrivains quand ils découvrent la critique de leur livre sur un blog ?
    C'est étrange en effet d'imaginer un quart de seconde qu'un livre va plaire à tout le monde ou à défaut de plaire, laissera indifférent.
    Le livre et la lecture par extension sont sources d'émotions. C'est le principe même de l'Art.
    Il faut que cela déclenche quelque chose. Il me semble que le pire pour un écrivain, c'est que son livre ne déclenche tout simplement rien !
    Partant de cette idée, il est puéril de vouloir qu'il ne déclenche que de "bonnes/belles/et au pire neutres" émotions. Il peut déclencher des émotions très diverses et parfois, même, des émotions qu'il n'était pas censé déclencher lorsqu'il était en cours d'écriture. Le dégoût, la lassitude, l'agacement, la colère. Oui, pourquoi pas ?
    La question est donc de se demander si il y a diverses manières d'exprimer ces émotions là ?
    La blogueuse/le blogueur doit-il être précautionneux dans sa façon de rendre ses émotions ? Doit-il garder à l'esprit que l'auteur du livre pourrait parcourir la blogosphère et se sentir tranché en deux par les réflexions désagréables dudit blogueur ?
    Peut-être... Mais l'écrivain, lui, lorsqu'il écrit, prend-il en considération le fait que certains lecteurs puissent être heurtés par ce qu'il écrit ? Il ne me semble pas. Et c'est bien là toute sa liberté d'écriture.
    Alors comment expliquer que la liberté que l'on s'octroie quand on écrit un livre doit, elle, être refusée à ceux qui le lisent ?
    Ou peut-être est-ce lié au fait que critiquer se doit d'être fait sans émotion, froidement, avec une sacro-sainte objectivité ? Mais le critique est-il un être humain capable de mettre à distance ses émotions, de les parquer dans une case cérébrale qui ferme hermétiquement dès que commence le travail de critique ? Peut-on critiquer un tableau, une musique sans aucune émotion ?
    Bien sûr, il y a la jolie phrase de Jean-Paul Bertrand qui essaie d'humaniser son auteur (je vous rappelle que celui-ci a, au préalable, copieusement insulté la blogueuse) : "Mais d'une façon générale l'auteur est un être sensible qui essaye de tout donner à travers sa plume, il se met à chaque fois en danger et se faire éditer c'est chercher implicitement une reconnaissance."
    D'une façon générale l'auteur est un être sensible... Oui mais alors d'une façon très générale, hein ? Faut pas croire ! Y a un ptit coeur qui bat là-dessous. Bon ça encore passe... autant rien dire mais bon... (et allez savoir si Cynthia n'est pas sensible elle aussi !)
    Mais écrire " se faire éditer c'est chercher implicitement une reconnaissance" ! Correction : c'est chercher explicitement une reconnaissance. Et c'est oublier totalement, qu'au bout du chemin on récolte parfois l'inverse ! C'est le jeu ma pov' Lucette ! Soit on s'expose soit pas mais on ne peut pas vouloir le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crèmière.
    "Je puis vous assurer que tous, oui tous, sont d'une très grande fragilité par rapport à leur oeuvre. Ce sont des êtres hyper sensibles qui mettent tellement dans leurs écrits une part d'eux-même, une partie de leur vie."
    Ah bon ? Stephen King aussi ?  Mouais... j'ai des doutes mais bon... admettons.

    Pourtant Jean-Paul Bertrand, très loin d'être un novice dans le milieu (il a revendu les Editions du Rocher qu'il dirigeait pour ensuite créer les éditions Alphée) annonçait clairement dans une interview au Journal du Net en juin 2009 : "Nous avons besoin d'eux [les internautes] pour parler de nos livres. Car aujourd'hui notre problème n'est pas la qualité des livres mais la difficulté à les faire connaître. Or Internet permet un nouveau type de bouche-à-oreille très puissant."

    A qui le dites-vous cher Monsieur ;-)


    Quant à la misogynie, c'est un mal ambiant et séculaire ! Ce n'est pas grand chose, juste l'apanage des faiblards. Qui oserait traiter Mike Tyson de "connard" droit dans les yeux ? Très peu d'hommes... très, très peu... ou peut-être une fille !
    Je ne pense pas que dans les affaires qui agitent la blogosphère, il s'agisse plus de misogynie que de couardise. Je ne pense pas non plus que dans l'affaire Jean Claude Derey le sexe de Cynthia ait eu un impact sur sa colère. Juste sur son vocabulaire. S'il s'était agit d'un blogueur, furieux comme il l'était, Jean-Claude Derey aurait certainement été tout aussi créatif (voire même un "ptite bite" aurait-il pu s'égarer ?).

    L'idée étant, avant toute chose, de décrédibiliser le blogueur/la blogueuse. De lui faire comprendre qu'il/elle n'a pas autorité pour donner son avis au vu et su de tous. En somme qu'il/elle est un crétin et qu'il aurait mieux fait de fermer son ordinateur !

    La blogosphère s'est appropriée la littérature entre autres choses. Tout écrivain va désormais devoir s'y faire. Les éditeurs aussi d'ailleurs. Ils ont du mal... "J'attire votre attention sur le fait que le jury du prix RENAUDOT a sélectionné le dernier ouvrage que j'ai publié "LE QUART D'HEURE COLONIAL" dans sa sélection l'année passée. Ce sont eux des critiques littéraires et des spécialistes." lance Jean-Paul Bertrand.
    Ahhh... ce minuscule petit "eux" ! Petits poils à gratter glissés de ci de là sur le net, les blogs dérangent et intriguent. Comment contenir ce "nouveau type de bouche-à-oreille très puissant" ?

    Car derrière ces écrans, il n'y pas que des "pétasses qui gazouillent" (quoique les gazouillis de pétasses en été, au coin d'une terrasse, ne sont pas faits pour déplaire à tout le monde !), il n'y a pas que des écrivains ratés en mal d'éditeurs, il n'y a pas que des mal-baisé(e)s qui en veulent à la terre entière.
    C'est con mais même derrière les écrans, il y a des blogueurs/ses bien dans leur peau qui ne pensent qu'à partager et discuter bouquins. Bouquins aimés ou mal-aimés, ils/elles en discutent, sans imaginer qu'un coquin planqué quelque part va leur tomber dessus à bras raccourcis, mécontent des émotions négatives qu'ils/elles ont émises à la lecture de son bouquin.
    C'est con mais même derrière les écrans, il y a des blogueurs/ses cérébralement bien connecté(e)s qui n'ont aucune amertume envers le monde des écrivains, juste un avis.
    Et ce qui est encore plus con, c'est qu'ils/elles pourraient presque avoir une influence sur les ventes de livres !

    Lire ici  : Do Twitter and Blogs Really Drive Book Sales ?
    Partout se pose la même question, partout la même crainte : les blogs ou autres réseaux ont-ils la capacité d'influer sur les finances de l'Edition ? Ces gens que l'on ne connait pas, que l'on ne maîtrise pas, ces gens qui ne sont "personne" en tant qu'individu mais potentiellement redoutables en tant que masse, peuvent-ils ou pas faire pencher la balance commerciale ?

    Ne plus maîtriser la vox populi quand elle clame haut et fort son rejet, quand les gazouillis de pétasses résonnent plus fort que les doux chants des sirènes médiatiques, enjôleuses et enjôlées...
    Si ça c'est pas con !


    ***

    * peut-être de Samuel Johnson mais pas sûr du tout ; en même temps, on ne prête qu'aux riches ;-)

    Il n'y a point de génie sans un grain de folie

    mercredi 21 avril 2010

    "Le génie et la folie" de Philippe Brenot paru en 1997 est un bon bouquin !
    Sauf que j'allais vous dire (et même axer ce post là-dessus) que bizarrement l'auteur, psychiatre de son état, n'avait abordé que des génies issus de la littérature, la musique et la peinture. Quid des génies scientifiques ?
    Sauf que... et ça c'est énorme (!) en prenant le bouquin avec moi pour m'installer devant cet ordinateur que m'aperçois-je ??? Qu'en dessous de la photo, il y a un sous-titre : En peinture, musique et littérature.
    Donc... Il fallait lire "Le génie et la folie - En peinture, musique et littérature." !
    Et moi qui ai cherché Einstein, Newton, Descartes partout dans le bouquin !

    Donc pour résumer : j'ai appris qu'étrangement on ne trouve que très peu de dingues dans la musique, peu également dans la peinture et une palanquée de fous sévères en littérature. C'est même la catégorie reine ! Ils se regroupent tous dans le même art ! Ce qui d'ailleurs me fait dire que tous ceux qui ont échoué à devenir de prodigieux écrivains n'ont rien à regretter et  surtout que la raison à leur échec est désormais lumineuse : ils étaient lamentablement mauvais normaux !

    On trouve donc en littérature un paquet de névrosés :
    Nietzsche souffre de fragilité maladive et d'hyperémotivité qu'il surcompense avec "la volonté de puissance et l'exaltation des instincts" : ou comment être un surhomme quand on se sent un soushomme.
    Dostoïevski dépasse sa névrose de culpabilité en mettant en scène la soumission, la haine, la vengeance et le pardon : ou comment se réparer.
    Flaubert s'évade en littérature afin de supporter sa névrose de caractère et son retrait du monde : ou comment voyager sans bouger de chez soi.
    Marcel Proust atteint de névrose phobique et de troubles obsessionnels ressemblait ni plus ni moins à un infirme, passant de longues périodes confiné dans sa tanière tapissée de liège et gouvernant tout de son lit.
    Franz Kafka atteint de dysmorphophobie craignait  de devenir difforme, chauve, et de présenter une déviation de la colonne vertébrale (mais où pouvait-il aller chercher cela ? Quelle imagination ce Franz !). Pour déjouer son futur (et terrifiant) destin morphologique, Franz Kafka s'oblige à des bains d'eau glacée ou des contraintes corporelles...
    Pour ceux qui ont lu Kafka ou entendu parler de "La métamorphose" (1912), cette dysmorphophobie éclaireront les lecteurs qui ont trouvé cette nouvelle bien énigmatique : Grégoire Samsa, simple représentant de commerce s'est éveillé un beau matin "transformé en une véritable vermine". C'est à dire que Samsa est devenu un insecte humain.
    Un insecte a-t-il une colonne vertébrale ? A-t-il des cheveux ? Il ne me semble pas...
    Jean-Jacques Rousseau a, lui, confessé ouvertement son amour de... la fessée !
    "J'avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité, qui m'avait laissé plus de plaisir que de crainte de l'éprouver derechef de la même main".
    Et Jean-Jacques ne s'en tient pas au seul plaisir du masochisme, il le cumule avec celui de l'exhibitionnisme : "J'allais chercher des allées sombres, des réduits cachés où je puisse m'exposer de loin aux personnes du sexe, dans l'état où j'aurais voulu être près d'elles [...] Le sot plaisir que j'avais à l'étaler à leurs yeux ne peut se décrire."
    Je vous rappelle que Jean-Jacques Rousseau est particulièrement célèbre pour ses travaux sur l'Éducation...
    Ce cher Lewis Carroll passera, lui, le plus clair de son temps à séduire des enfants sans, semble-t'il, n'en toucher aucun autrement qu'avec son appareil photo.
    François Villon, délinquant notoire, prend la fuite après un homicide. Malgré une lettre de rémission en 1456, il remet ça et commet à nouveau un vol avec effraction ! Il entre dans la bande des Coquillards (dont le nom signifie escrocs et faussaires) et passe plusieurs années en errance, ne vivant que de larcins. Sa vie compte moult arrestations, incarcérations, condamnations mais à tout voleur, tout honneur : des tas de collèges et de lycées portent son nom !
    Byron donne dans l'inceste. Il couche avec sa demi-soeur et lui fait un mioche. En dehors de cela, il cumule les dettes, l'ivresse et l'agressivité.
    Beaudelaire est un mégalomaniaque au narcissisme blessé.
    Gérard de Nerval est maniaco-dépressif et sa folie aura raison de son génie. Il entendait les voix d'Adam (celle là est plutôt balèze), de Moïse et de Josué. Il s'enfonce dans la maladie et son délire s'enrichit : il descendait de Folobelle de Nerva dont tous les descendants mâles portaient comme lui le tétragramme de Salomon sur la poitrine.
    Antonin Arthaud souffrait également de dissociation schizophrénique et passa 8 années dans un asile.
    Guy de Maupassant n'échappera pas à la schizophrénie. Evolution neurologique de la syphilis ou hérédité familiale, le fait est que notre Guy se sent envahi : "Or un soir, j'ai entendu mon parquet craqué derrière moi [sûr, sûr, sûr que je n'étais pas seul dans ma chambre. [...] Je commence à voir des images folles, des monstres, des cadavres hideux..." (La Lettre d'un fou - 1885)
    Rimbaud dont on a beaucoup parlé ces temps-ci (InColdBlog affiche de belles photos) a été plus malin... Lui s'est senti sombrer. Il a tout arrêté, tout quitté et s'est enfui, loin de sa folie.

    Chez nos amis philosophes on notera le très halluciné et délirant Socrate ainsi que le paranoïaque Auguste Comte qui se proclamait "Grand-Prêtre de la religion de l'Humanité".
    Arthur Schopenhauer se croyait victime d'un complot destiné à étouffer son oeuvre... et se comparait sans complexe à Jésus. Mais ce délire des grandeurs va se durcir et la paranoïa confortablement s'installer : il se met à rédiger ses notes en latin, grec, sanscrit pour éviter toute indiscrétion.
    Camus était un mélancolique et Cocteau, un dépressif. Hemingway un maniaco-dépressif ainsi que Virginia Woolf, tout comme Schiller et Goethe.

    Wilhem Reich, très grand psychiatre et psychanalyste, passionné de philosophie, s'identifiait au... Christ ! (On vous a prévenu... la psychanalyse c'est dan-ge-reux !).

    De même, question sexe, les écrivains géniaux sont à la peine !
    Mis à part des Simenon aux 10 000 femmes ou des Victor Hugo, l'écrivain ne brille pas par ses prouesses d'amant ! Et Marguerite Duras confirme : "Beaucoup d'intellectuels sont des amants maladroits, timides et effrayés, distraits... J'ai remarqué que les écrivains qui font superbement l'amour sont beaucoup moins de grands écrivains que ceux qui le font moins bien et dans la peur." Et TOC !
    Ce qui peut également grandement valoriser les écrivains ratés... Ils peuvent remercier Marguerite qui leur a donné quelques lettres de noblesse, peut-être pas celles qu'ils espéraient mais bon... C'est tout de même ça de pris.

    Beaucoup de génies furent célibataires et nombre de créateurs littéraires furent homosexuels (clairement définis ou cachés) ; ceci pour résister à la tentation interdite, la plus grande, la plus massive de toutes : coucher avec maman ! Philippe Brenot, l'auteur, le dit mieux que moi certes "cette fréquente homosexualité masculine peut se comprendre dans le rapport oedipien à cette mère jocastienne qui focalise toute l'énergie pulsionelle sur sa relation exclusive." Il n'empêche que dans la liste des auteurs qui auraient bien fricoté avec leur mère si l'inceste était moralement possible, nous retrouvons des "fils à maman" avérés et d'autres moins : Proust, Genet, Jouhandeau, Verlaine, Roussel, Wilde, Montaigne, Montherland, Cocteau, Rimbaud, Loti, Gide, Andersen...
    Et dans l'autre camps, celui des femmes écrivaines qui auraient bien été sous la couette avec papa, mais parce que "c'est-carrément-pas-possible", ont vécu peu ou prou une relation homosexuelle, nous avons : George Sand, Colette, Virginia Woolf...

    Si vous désirez entrer plus en profondeur dans la vie des écrivains, des peintres et des musiciens qui font partis du cercle des barrés, barjos, cintrés, timbrés, ou peut-être tout simplement du cercle des êtres extraordinaires, je vous conseille ce bouquin qui se lit facilement et agréablement.
    Si vous êtes atrocement ordinaire, n'espérez plus devenir génial mais ce bouquin pourra néanmoins (lot de consolation) vous montrer à quel point la vie d'un génie n'est pas une vie facile et ça fait du bien !

    Elisabeth Roudinesco : c'est d'la bombe bébé !

    dimanche 18 avril 2010

    Beaucoup ont entendu parlé du dernier livre de Michel Onfray : "le Crépuscule d'une idole. L'affabulation freudienne"
    Livre où papy Freud est rudoyé, malmené, accusé des pires maux pour être finalement évacué par la chasse d'eau des WC. Adieu Sigmund, le glas vient de sonner !
    Sauf que, on peut se demander en tout premier lieu, comment Onfray s'est-il brutalement autoproclamé historien des sciences ?! En effet, il est docteur en Philosophie politique et juridique ! Rien à voir !
    Mais inutile de se poser des tonnes de questions car Madame Roudinesco lui a mis une raclée... mais une raclée, je ne vous dis que ça !!! ... intellectuelle s'entend et c'est bien plus douloureux !
    Elle l'a littéralement pulvérisé ! Il ne restera du bouquin d'Onfray que des confettis ! Le type aurait mieux fait de passer son temps sur un transat à siroter des Piña Colada !
    [Au vu des ventes recensées le 29 avril, je retire cette dernière phrase. M. Onfray a vendu 13 000 livres en une semaine, donc à la réflexion,  ramasser un paquet d'euros avec de fausses vraies révélations, des affirmations truffées d'erreurs, un emberlificotage des dates et une recherche à moindre coût, c'est plutôt futé ! Avis aux futurs chercheurs de trésors, d'autres icônes restent à flinguer : Karl Marx, Albert Einstein, etc... ]

    ( A lire également : le coup de sang de Catherine David. )
    En intégralité sur Bibliobs : Par Elisabeth Roudinesco

    "Dans un brûlot truffé d'erreurs et traversé de rumeurs, à paraître le 21 avril chez Grasset sous le titre « le Crépuscule d'une idole. L'affabulation freudienne », Michel Onfray, qui n'est pas historien et ignore tout des travaux produits depuis quarante ans par les véritables historiens de Freud et de la psychanalyse (des dizaines d'essais dans le monde, dont les principaux sont traduits en français), se présente pourtant comme le premier biographe de Freud capable de décrypter des légendes dorées déjà invalidées depuis des décennies. Se transformant en affabulateur découvrant des vérités occultes qui auraient été dissimulées par la société occidentale - elle-même dominée par la dictature freudienne et par ses milices - il traite les Juifs, inventeurs d'un monothéisme mortifère, de précurseurs des régimes totalitaires, Freud de tyran de toutes les femmes de sa maisonnée et d'abuseur sexuel pervers de sa belle-sœur: homophobe, phallocrate, faussaire, avide d'argent, faisant payer ses séances d'analyse 450 euros.
    Il décrit le savant viennois comme un admirateur de Mussolini, complice du régime hitlérien (par sa théorisation de la pulsion de mort) et fait de la psychanalyse une science fasciste fondée sur l'adéquation du bourreau et de la victime. Tout en se déclarant proudhonien et parfois freudo-marxiste, il réhabilite le discours de l'extrême-droite française (Debray-Ritzen et Bénesteau, notamment) avec lequel il entretient une réelle connivence. De telles positions vont bien au-delà d'un simple débat sur Freud et la psychanalyse. Car à force d'inventer des faits qui n'existent pas et de fabriquer des révélations qui n'en sont pas, l'auteur de ce brûlot hâtif et brouillon favorise la prolifération des rumeurs les plus extravagantes : c'est ainsi que des médias ont déjà annoncé que Freud avait séjourné à Berlin durant l'entre-deux-guerres, qu'il avait été le médecin d'Hitler et de Göring, l'ami personnel de Mussolini et un formidable violeur de femmes.

    Quand on sait que huit millions de personnes en France sont traités par des thérapies qui dérivent de la psychanalyse, on voit bien qu'il y a dans un tel livre et dans les propos tenus par l'auteur une volonté de nuire qui ne pourra, à terme, que soulever l'indignation de tous ceux qui - psychiatres, psychanalystes, psychologues, psychothérapeutes - apportent une aide indispensable à une population saisie autant par la misère économique - les enfants en détresse, les fous, les immigrés, les pauvres - que par une souffrance psychique largement mise en évidence par tous les collectifs de spécialistes.
    [...]
    Négligeant les ouvrages consacrés à Freud depuis quarante ans, Onfray se présente comme un historien sérieux, écrivant la première biographie non autorisée de Freud et laissant croire que ne sont aujourd'hui disponibles que celles d'Ernest Jones et de Peter Gay, parues, la première entre 1953 et 1957, et la deuxième en 1988. Il ne cite ni les travaux des historiens de Vienne (Schorske, Johnston, Le Rider, etc...), ni ceux consacrés à la question de la judéité de Freud (Yerushalmi, Yovel, Derrida, Gay, etc...), ni aucun des essais (des dizaines dans le monde, dont beaucoup sont traduits en français) concernant les différents aspects de la vie de Freud: on connaît aujourd'hui au jour le jour chaque événement de la vie de celui-ci et de celles de ses compagnons, disciples et dissidents. Onfray ne connaît rien à la vie de Josef Breuer, Wilhelm Fliess, Sandor Ferenczi, Otto Rank, Ernest Jones, Alfred Adler, Carl Gustav Jung, Melanie Klein, Marie Bonaparte, Lou Andreas-Salomé, Anna Freud (à propos de laquelle il cite une biographie erronée que plus personne ne lit). Pas un mot sur la question discutée de la sexualité féminine (de Helen Deutsch à Karen Horney en passant par Simone de Beauvoir, Juliet Mitchell, Judith Butler), ni sur l'histoire de la fondation de l'International Psychoanalytical Association (IPA), ni sur la révision des grands cas (à propos desquels il commet de lourdes bévues).
    Quant à l'œuvre de Freud, traduite en 60 langues, Onfray dit en avoir pris connaissance pendant cinq mois (entre juin et décembre 2009) dans la traduction des PUF, celle qui est aujourd'hui la plus critiquée par l'ensemble des spécialistes. Il ne fait aucune référence au grand débat sur les traductions et n'a consulté aucune archive : ni à la Library of Congress (LOc) de Washington, ni au Freud Museum de Londres. Il ignore le monde anglophone, germanophone et latino-américain et ne connaît guère l'histoire de la psychanalyse en France.

    Onfray cite l'ouvrage de Henri Ellenberger, «Histoire de la découverte de l'inconscient» paru en 1970 (en anglais) et traduit pour la première fois en français en 1974 et réédité en 1994. Il souligne qu'il s'agit là de la première grande révision de l'histoire officielle de Freud, ce qui est inexact puisqu'il oublie l'œuvre d'Ola Andersson («Freud avant Freud. La préhistoire de la psychanalyse» (1962), Les empêcheurs de penser en rond, 1997), antérieure à celle d'Ellenberger. En outre, comme il date la parution du livre d'Ellenberger de 1991, il fait donc débuter l'historiographie savante avec vingt ans de retard, tout en soulignant qu'elle est encore occultée aujourd'hui, alors même qu'elle est en pleine expansion et que les archives de la LOc, après les grandes batailles des années 1990, sont en train d'être déclassifiées selon les règles en vigueur.

    Onfray se trompe également sur la date de parution du livre de Frank Sulloway, «Freud biologiste de l'esprit», publié en anglais en 1978 et deux fois édité en français (1981 et 1998, Fayard). Il croit donc qu'aucun travail non hagiographique n'existe à ce jour sur Freud, ce qui lui permet de se présenter comme le premier auteur à redresser des légendes dorées, déjà invalidées depuis trente ans. Il ne fait d'ailleurs aucune différence entre histoire pieuse, histoire officielle, pensée irrationnelle, historiographie fondée sur des légendes noires et des rumeurs (courant dit «révisionniste» ou, en anglais, «destructeur de Freud») et histoire savante. D'où un manichéisme absolu : d'un côté les «bons» anti-freudiens, de l'autre, les «mauvais» adeptes d'une affabulation.

    Ignorant les travaux américains et ne connaissant Freud que par ce qu'il en a lu en français, Onfray se trompe également sur la date de parution de la correspondance non expurgée de Freud avec le médecin berlinois Wilhelm Fliess essentielle pour décrypter les modalités de l'invention de la psychanalyse et les hésitations et errances du premier Freud. Celle-ci est pourtant disponible en anglais, allemand, portugais, espagnol depuis 1986. Elle a été traduite pour la première fois en français en 2006, soit vingt ans plus tard, ce qui fait croire à Onfray qu'elle a été occultée jusqu'à nos jours.
     
    N'étant formé à aucune tradition de recherche universitaire, n'ayant aucune idée de ce qu'est l'internationalisation de la recherche en histoire, Onfray néglige la réalité du travail historiographique qui se fait dans ce domaine depuis des décennies, mais il s'appuie sur ce qu'il considère comme le nec plus ultra de la recherche historique : «Le Livre noir de la psychanalyse» (Les Arènes, 2005), qui réunit une quarantaine de contributions. Si Freud y est traité d'escroc et de menteur, avide d'argent et incestueux par le courant historiographique révisionniste américain, les psychanalystes - français notamment - y sont accusés de complots et de contaminations diverses, les uns parce qu'ils auraient été défavorables à la vente de seringues pour les malades du sida - rumeur inventée de toutes pièces - et les autres parce que, adeptes de Françoise Dolto, morte en 1988, ils auraient favorisé après 2000 l'abaissement de l'autorité à l'école en idéalisant l'«enfant roi». Quant à Jacques Lacan, il est comparé à un gourou de secte, tandis que l'ensemble des associations psychanalytiques sont brocardées pour avoir été à l'origine d'un véritable goulag freudien: au moins dix mille morts en France. Aucune source ne vient étayer cette affirmation insensée.

    Un léger manque d'originalité

    lundi 1 février 2010



    "Un léger passage à vide" de Nicolas Rey (Au Diable Vauvert - janvier 2010) conte sans retenue la vie dissolue d'un dandy parisien accro à la coke et à l'alcool... et évidemment (CQFD) sa descente aux enfers.
    Dandy parisien + coke + alcool = un roman basé sur une image d'Epinal éculée.
    Je passe !

    The catcher has finally been caught

    vendredi 29 janvier 2010


    1 auteur + 1 chef d'oeuvre = J. D. Salinger
    1 auteur + 10 chefs d'oeuvre = M. Levy
    Le dicton du jour, en mémoire de J. D. Salinger est :
    "Le Mieux est l'ennemi du Bien"
    Bonne méditation...

    Souvent l'Histoire varie, bien fol qui s'y fie !

    mercredi 11 novembre 2009

    Cela fait un moment que je voulais vous faire partager la joie et le délice de la lecture du Hors-Série du Point Historia N°1267 : 100 idées reçues (et fausses) en Histoire.

    C'est une lecture qui redresse la culture et la replace dans une bonne verticale. Un dépoussiérage complet, un nettoyage de savoir. Je ne vais pas vous livrer les 100 articles du magazine mais tenter de vous donner envie d'en savoir plus et pourquoi pas, d'avoir la grande classe lors de futurs dîners ! (J'ai fait un échantillonnage afin qu'il soit toujours possible dans glisser un au détour d'une conversation. Merci qui ?)

    C'est parti !


    Jésus étant né à Bethléem, de Judée,
    au temps du roi Hérode…
    Matthieu 2,1
    Tout comme Matthieu,l'évangile de Luc (1,5) situe la naissance de Jésus sous le règne d'Hérode le Grand. Or Hérode est décédé en l'an 4 avant la dite naissance de Jésus...
    De plus l'Évangile selon Saint Luc précise que "Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux." Coucher dans son champs en plein hiver (même en Judée) est plutôt incongru !
    On peut donc supposer que Jésus avait bien plus de 33 ans lorsqu'il a été crucifié (tête en haut, tête en bas - crux commissa ou crux immissa - cela aussi reste à définir) et qu'il est né au printemps...


    Nos ancêtres les gaulois ne sont pas devenus un peuple civilisé grâce à Jules César (après les spaghetti et les pizza, c'est toujours ça dont nous ne serons pas redevables à nos amis italiens !).
    Ils pratiquaient déjà la salaison des aliments pour les conserver ; ils avaient mis au point l'ancêtre de la moissonneuse alors que les Romains se servaient encore de la faucille (non, on ne se moque pas !).
    Ils ont inventé le tonneau, plus commode pour transporter et conserver le vin que l'amphore. Ils excellaient dans l'artisanat. Ils étaient maîtres dans l'orfèvrerie et la production d'outils en fer. Ils étaient (relativement) propres et avaient inventé le savon à base de cendres et de suif (plus spécifiquement utilisé pour les cheveux). Ils s'intéressaient au calcul, la géométrie, l'astronomie...
    Tout ceux qui n'étaient pas grecs ou romains étaient alors considérés comme des barbares... d'où cette odieuse réputation que nous trimbalons depuis des siècles !


    Ils n'avaient pas non plus peur que " le ciel leur tombe sur la tête"...
    Cette idée que les gaulois étaient de fameux abrutis (logique quand on n'est pas dit civilisé) veut tout simplement dire qu'ils n'avaient peur de rien, excepté que le ciel leur tombe sur la tête... Ceci n'étant pas plus probable pour un gaulois que pour un français de 2009, il fallait donc entendre qu'ils étaient tout simplement intrépides, téméraires et ne craignaient rien ni personne.



    Les vandales n'étaient pas plus vandales que les autres peuples germaniques qui envahirent l'Empire romain !
    Ils ont conquis beaucoup de territoires mais après être défaits par l'armée Byzantine, ils se sont repliés en Kabylie où ils se fondèrent dans la population.
    Seulement voilà, Voltaire va utiliser le mot "vandale" dans un sens péjoratif puis l'abbé Grégoire va sceller le sort de ce mot en donnant à "vandalisme" le sens qu'on lui connaît aujourd'hui.
    L'histoire des Vandales était pliée et c'en était fini de leur réputation à jamais...


    Nos ancêtres pensaient que la Terre était plate.
    Et bien non. Anaximandre de Milet (philosophe grec présocratique - 600 ans avant JC) supposait déjà qu'elle était cylindrique !
    Parménide d'Élée (également philosophe grec, également présocratique ayant vécu entre le V et le VI ème siècle avant JC) affirmera qu'elle est sphérique ; Platon et Artistote, comme la plupart des grands philosophes grecs, adopteront également cette représentation sphérique de la Terre.
    Seulement voilà... l'empire romain s'effondre et les sciences entrent dans la pénombre pour un long moment : les penseurs chrétiens refusant d'adhérer à des théories "païennes", vont revenir à une représentation de la planète en forme de crêpe !


    "Si quelqu’un désire être évêque, il désire une oeuvre excellente. Mais il faut que l’évêque soit irréprochable, mari d’une seule femme, qu’il gouverne bien sa propre famille, élevant convenablement ses enfants, car si quelqu’un ne sait pas conduire sa propre famille, comment pourra-t’il gouverner l’Eglise de Dieu ?" (Epître de Paul à Timothée, chapitre 3, versets 1 à 5).
    Jusqu'au XI ème siècle, le clergé au complet pouvait se marier. Trente-neuf papes furent mariés et eurent des enfants. Certains ont même succédé à leur père ! Mais suite à plusieurs décrets, le pape Grégoire VII fait interdire l'accès aux églises pour les prêtres mariés ou vivants en concubinage. Motif : le clergé doit se vouer entièrement à sa tâche, sans liens familiaux qui permettraient la fondation de castes qui pourraient détourner les biens de l'Église. Ceci en parfaite contradiction avec l'épître de saint Paul. Mais on n'était pas à une contradiction près...


    "C'est en 1452 qu'apparaît le premier ouvrage imprimé à l'aide de caractères mobile en métal : l'imprimerie est née sous les doigts de Johannes Gutenberg." Ça, c'est ce que l'on a appris mais en réalité, Gutenberg n'a rien inventé du tout ! Dès 1234, les caractères mobiles en métal apparaissent en Corée ! Le plus ancien livre imprimé à l'aide de cette technique date de 1377. Le roi coréen Htai-Tjong promulgue un décret en 1403 imposant la fabrication de caractères en cuivre afin de "répandre la connaissance des lois et des livres".
    Le plus drôle c'est que Marco Polo, alors en Chine à la fin du 13 ème siècle, s'émerveille sur des billets de banque imprimés sans même s'interroger sur leur mode de fabrication : les européens ne montrent pas encore beaucoup d'intérêt pour cette "révolution" mais quand ils s'emballeront, ils décréteront leur cette fantastique découverte.


    Il y a quelques semaines, j'entendais à la radio un journaliste déclarer qu'avant le XIX ème siècle, les gens n'étaient pas préoccupés par la propreté et les odeurs.
    Ah, ah, ah... Gaussons-nous car même les journalistes se prennent les pieds dans les idées fausses de l'Histoire de France ! L'hygiène existe déjà au Moyen-Âge et les hommes et femmes de cette époque utilisent l'eau par plaisir. Les stations thermales vont se développer et se laver régulièrement est recommandé et encouragé. La plupart des quartiers des villes ont leurs étuves publiques. En 1292, Paris en comptait 27. Pour se laver on utilise le savon ou la saponaire (plante qui fait mousser l'eau).
    Sans étonnement (car cela devient presqu'une habitude) c'est l'Église qui mettra un frein à l'essor de ces bains : elle voit d'un très mauvais oeil cet intérêt du corps.
    Les médecins eux aussi s'alarment : l'eau est désormais considérée comme vecteur de maladies et d'épidémies.
    Peu à peu, les étuves disparaissent et il faudra attendre le mouvement hygiéniste au XIX ème siècle pour que l'eau revienne en odeur de sainteté si je puis dire.


    Antoine-Augustin Parmentier n'a pas du tout importé la pomme de terre en France aux alentours de 1771 !
    Là, j'avoue, ça m'a foutu un coup ! Depuis le temps que je sautais sur l'occasion du hachis parmentier pour placer mon savoir sur le Monsieur !
    La pomme de terre était cultivée en France deux cent ans avant que Monsieur Parmentier daigne s'y intéresser. On la retrouve nommée et étudiée dans de nombreuses études au XVIII ème siècle et peu à peu, elle gagnera toutes les provinces du royaume. Certes, on l'accuse de donner la fièvre (après l'avoir accusée de donner la lèpre) mais elle permet tout de même de lutter contre la disette.
    Mr Parmentier sera, si je peux dire, le Séguéla de la pomme de terre ! En 1771 il promeut la pomme de terre avec un tel talent qu'un an plus tard, la Faculté de Médecine déclare sa consommation sans danger. Par la suite, toujours fécond en matière de promotion de la pomme de terre, il fera servir au roi Louis XVI et à son épouse un dîner uniquement à base de pommes de terre. Le roi enchanté le félicitera ainsi : "La France vous remerciera un jour d'avoir inventé le pain des pauvres."
    Malheureusement la pomme de terre ne réussira pas à sauver la tête de ce monarque.


    "Aux armes citoyens... formez vos bataillons..."
    La Marseillaise pose souvent le même débat : pourquoi garder un hymne si guerrier ? aux paroles si violentes ?
    Peut-être parce que l'on ignore qu'avant de s'appeler La Marseillaise, cet hymne s'intitulait : Chant de guerre pour l'armée du Rhin à Strasbourg.
    Là, tout devient beaucoup plus clair : l'explication même de la violence de ce chant est dans le titre !
    En avril 1792, Joseph Rouget de Lisle, capitaine du génie jurassien et musicien autodidacte (ça nous apprendra !) compose ce chant pour les notables de la ville de Strasbourg. L'annonce de la déclaration de guerre à l'empereur d'Autriche fait résonner les couplets dans toute la ville.
    Au gré des voyageurs, le chant arrive à Marseille où il sera chanté pour accueillir les fédérés montpelliérains. Il devient alors : Chant de guerre des armées aux frontières.
    Le titre change quelque peu mais demeure ce qu'il est depuis le commencement : un chant de guerre.
    En juillet 1792, le voilà à Paris tout en restant assimilé aux fédérés marseillais ; il devient donc très vite : La Marseillaise.
    Il semblerait que l'Éducation Nationale soucieuse d'éradiquer la violence de certains établissements ait planché sur l'idée d'unir les élèves autour de "symboles" unificateurs comme chanter La Marseillaise en classe par exemple...
    Assagir des "sauvageons" en leur faisant scander un chant de guerre (et non un chant révolutionnaire), raciste de surcroît... je vous laisse goûter le paradoxe.


    Trois ans avant la création de ce magnifique hymne à la guerre, la Bastille était assiégée. Mais qui sait exactement combien de prisonniers sont sorti libres après la prise de la Bastille ce fameux 14 juillet 1789 ?
    Sept ! Vous avez bien lu : sept prisonniers étaient enfermés dans la prison de la Bastille ! Et même pas politiques : quatre faussaires, un aristocrate libertin et deux aliénés ! Manifestement on est loin du compte quand Michelet décrit la Bastille comme le symbole de "l'arbitraire capricieux du despotisme fantasque". C'eut été mais ce n'était plus lorsque la foule pénètra dans cet édifice. Stupides les révolutionnaires ? Pas vraiment. Nul n'ignorait que la Bastille n'était plus une place forte ni une prison politique. En revanche, ils ont une idée très précise de ce qu'ils cherchent lorsqu'ils pénètrent dans la Bastille : des armes ! de la poudre !
    Dommage pour l'idée très héroïque que l'on s'en faisait mais ce jour là, il n'était pas question de libérer les "embastillés" et faire montre d'humanisme...


    En 1894 lorsque Le capitaine Alfred Dreyfus est accusé de haute trahison, sa culpabilité ne fait aucun doute. Ni pour les partisans conservateurs de droite... ni pour les partisans de gauche !
    Georges Clemenceau, radical de gauche, parle de "l'âme abjecte" de l'officier Dreyfus. Jean Jaurès trouve la sentence de déportation au bagne "trop clémente". Jules Guesde ne trouve pas la défense de Dreyfus prioritaire.
    La "gauche" si sensible aux valeurs humanistes n'a rien à faire d'un officier bourgeois ni même de la véracité de sa culpabilité.
    C'est dans "Le Figaro", journal conservateur de droite que la défense du capitaine va naître et s'organiser ! Émile Zola et Auguste Scheurer-Kestner vont élaborer trois articles qui paraîtront dans Le Figaro, destinés à alerter l'opinion sur les dessous de l'affaire.
    Cependant Le Figaro n'ira pas au bout, craignant de perdre une partie de son lectorat et c'est dans L'Aurore, journal républicain socialiste pour lequel travaille Georges Clemenceau que paraîtra "J'accuse..." titre d'ailleurs trouvé par ce dernier.


    Les époux Rosenberg... Il serait étonnant que ce nom ne vous dise rien mais pour ceux qui ne connaissent pas cette énorme affaire des années 50, je récapitule : New-York, 1950, les USA sont plongés dans une période anti-communiste répressive et implacable, c'est la "chasse aux sorcières" du sénateur Mac Carthy. Toute personne soupçonnée de sympathies communistes est considérée comme anti-américaine et risque les pires représailles : cette période (1950-1956) est appelée terreur rouge et l'épuration, massive, touche absolument tous les milieux.
    Julius et Ethel Rosenberg, new-yorkais communistes, ainsi que Morton Sobell sont arrêtés par le FBI. (Concernant Morton Sobell, ce fut rocambolesque puisque qu'il s'est tout simplement fait enlevé au Mexique où il était parti se cacher puis a été livré au FBI !)
    On accuse Julius d'avoir organisé la livraison d'informations à l'URSS sur les projets des usines atomiques de Los Alamos ; d'être le cerveau de ces activités d'espionnage.
    Le couple est condamné à mort alors qu'il nie farouchement son implication. Ils nieront jusqu'au bout leur culpabilité alors même que des aveux leur offriraient la prison à vie au lieu de la chaise électrique. L'affaire s'emballe, les communistes lancent une énorme campagne mondiale pour sauver le couple, campagne qui réunira entre autres personnalités, Albert Einstein, Frida Kahlo, François Mauriac, Aragon, Picasso, Yves Montand, Hervé Bazin, Jean Dutourd, Jacques Prévert, Jean Cocteau, Colette, Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Raymond Queneau, jusqu'au pape Pie XII.
    Rien n'y fera, le couple sera exécuté le 19 juin 1953 et deviendra le symbole de l'erreur judiciaire. Morton Sobell fera 19 ans de prison à Alcatraz.
    Mais... en 1995, la CIA annonce la déclassification des messages archivés depuis 1939 et Ô surprise, la culpabilité des époux Rosenberg devient évidente. On y apprend que ce n'est pas vraiment des documents concernant les essais atomiques qu'ils ont transmis à l'URSS mais plutôt des secrets sur les radars et les sonars. En 1999, un ancien espion soviétique, Alexandre Feklissov, alors âgé de 85 ans, fait paraître ses mémoires et confirme avoir reçu des renseignements des époux Rosenberg (Confessions d’un agent soviétique).
    Pavel Soudoplatov, agent secret soviétique, soutient également dans ses mémoires que les Rosenberg "ne furent jamais rien d’autre que des messagers sans envergure et n’appartinrent jamais à nos principaux réseaux, mais leur arrestation subséquente eut des répercussions sur tout le globe."
    Les polémiques demeurent mais il est quasiment certain aujourd'hui qu'Ethel n'a participé en rien à la transmission des secrets vers l'Est. Son seul tort est d'avoir été au courant des activités d'espionnage de son mari. Mais dénonce-t-on son mari ?
    Il y a peu, en septembre 2008, Morton Sobell, âgé de 91 ans, a déclaré au New-York Times avoir effectivement espionné pour le compte de l'Union Soviétique et confirmé que Julius Rosenberg faisait de même.
    A leur tour, les deux fils de Julius et Ethel Rosenberg ont tristement conclu que leur père était un espion. (NY Times du 17 sept 2008).
    N'en demeure pas moins que tous ceux qui ont cru à l'innocence de Julius l'ont fait car il paraît totalement impossible de ne pas dire la vérité pour sauver sa peau ; il paraît incroyable de ne pas lâcher le morceau, au moins pour sauver celle qu'on aime. Devant les cris d'innocence de Julius, qui pouvait imaginer qu'il choisirait d'aller droit à la mort en emmenant Ethel avec lui plutôt que d'avouer son terrible secret... Julius a toujours magnifiquement nié avoir transmis quoique ce soit or il mentait. L'âme humaine est vraiment fascinante !

    ***

    Pour ceux qui ne pensent pas trouver l'occasion de glisser un de ces sujets dans une conversation, j'ai planché et trouvé un lien à partir d'une conversation toute bête sur la musique !
    Après l'exécution de Julius et Ethel Rosenberg, les deux enfants du couple furent adoptés par Abel et Anne Meeropol. Il se trouve qu'Abel Meeropol était instituteur mais aussi... parolier sous le nom de Lewis Allan.
    On lui doit une de mes chansons favorites : Strange Fruit de Billie Holiday.
    Vous avez compris ? Après hop, vous bifurquez sur l'affaire Rosenberg ! Tant bien que mal vous essayez de rebondir entre "communisme" et "Dreyfus", puis de prisonnier à Bastille. Là, vous vous arrangez pour caser "La Marseillaise". De là, petite réflexion sur les grandes périodes de rationnement durant les guerres et voilà ma pomme de terre !
    Pour la question hygiéniste, on la case avant un repas, au moment de se laver les mains.
    Bon... pour le reste, à vous de bosser et de trouver les bonnes pistes...


    Grande classe je vous dis !


    ***
     

    2009 ·Cogito Rebello by TNB