Ils ont écrit pour nous !

One Shot

No brain... No pain

Nos amis les ricains

Un cabinet des curiosités nommé Twitter

mardi 1 janvier 2013


Twitter, c'est comme un grand hall de gare. On y entre sans connaitre grand monde (pour les quidam comme moi) et avec un peu de chance, dans la foule, on repère des gens avec qui on "pourrait" éventuellement discuter.
C'est un peu le système du : je connais quelqu'un qui connait quelqu'un qui lui-même connait untel, et ainsi de suite...
Vous lancez une réflexion, et le téléphone Maure (expression 2013, politiquement correcte) se charge de balader votre géniale fulgurance intellectuelle.

Evidemment plus vous connaissez de "quelqu'un qui connait quelqu'un qui connait quelqu'un qui connait untel", plus votre pensée (le plus souvent d'une profondeur socratique) fait du chemin.

Tout a commencé, en 2005/2006, pas très loin de là où je vis actuellement, à San Francisco.
Deux types, Noah Glass et Evan Williams étaient partis sur l'idée du micro-blogging : un petit outil pour raconter à la minute, ce qu'on fait, ce qu'on pense, là, maintenant, à l'instant T. L'idée étant que, installé sur son téléphone, l'outil pouvait permettre d'être très réactif, partout où on se trouve. C'était le principe d'un sms, sans l'envoi multiple, puisque tous les gens qui suivent un quidam qui écrit, peuvent lire le-dit sms (d'où la limitation des tweets à 140 caractères). (L'histoire est en réalité un peu plus complexe que ça, voir l'article, mais Noah Glass étant le vrai leader spirituel de Twitter, pas besoin que je m'étende).

Ayant la vue basse (mais pas l'air con !) je n'aurais pas mis $1 là-dessus. Une plateforme pour écrire minute par minute ce que l'on fait : qui cela pouvait-il donc intéresser ?

En 2009, des documents internes à Twitter ont été dérobés et publiés, et on peut vite se rendre compte que le succès est arrivé vite, si vite, que les stratégies commerciales de la Start-Up n'étaient pas encore très claires dans la tête de tout le monde, sauf à être The pulse of the Planet. Ce qui était déjà un bel objectif, très américain finalement : think bigger !

Ils savaient au moins 2 choses : ils voulaient 1 milliard d'abonnés pour 2013, embaucher 5000 personnes et s'interrogeaient très sérieusement sur l'idée de rentabiliser Twitter en moneyant des comptes commerciaux (Charging more to fewer users is a good model.”).

En juin 2012, les abonnées à Twitter étaient 517 millions. C'est beaucoup, mais c'est moitié moins que ce que la compagnie avait en tête lorsqu'elle élaborait ses modèles de rentabilité. Et ce n'est pas 5000 personnes qui travaillent pour Twitter mais seulement 175 (Source) en 2012.


Bref ceci étant dit, le phénomène Twitter est extraordinairement amusant à contempler.


Au départ, il y avait les suiveurs et les suivis (en VO les followers et les following.)

Les mots français étant (peut-être) un tantinet effrayants d'un point de vue psychopathologique, ils ont été re-traduits par "abonnés" et "abonnements". Termes beaucoup moins drôles comme s'il était difficile d'assumer que l'on est un "suiveur" ou que l'on est "suivi", ce qui reste un état de fait même si on change d'appellation.

K. Marx n'avait pas vu le coup venir ! La population twitteuse ne se distingue plus selon diverses catégories sociales mais selon 3 catégories, facilement identifiables : Les suiveurs qui sont suivis (ou inversement, les suivis qui sont suiveurs), les suiveurs et les suivis. Vous me suivez ?

Catégorie A : Vous êtes suivis par des gens avides de lire vos réflexions (ils sont donc vos followers) et vous même, vous suivez d'autres personnes (vous êtes donc également un follower et ils sont vos following).
Vous êtes un suiveur suivi (ou encore un suivi suiveur).

Catégorie B : Vous suivez des gens, mais personne ne vous suit vous. Ce qui est actuellement mon cas.
Vous êtes seul un suiveur.

Catégorie C : Vous êtes suivi par une foule de personnes mais vous ne suivez pas grand monde.
Vous êtes égocentré suivi.

Ceux qui ne sont pas très créatifs ont la possibilité de "retweeter" ce que les autres racontent. C'est une manière de dire : untel a dit ça, faites passer. Option qui actuellement me convient bien. Je ne suis donc pas seulement une suiveuse mais aussi une répéteuse (et non repéteuse !).
Mais si vous m'avez bien suivi, cela n'a pas grand intérêt puisque personne ne me suit.

Si on veut être plus pointilleux, on peut également distinguer les suiveurs/suivis selon leur morphologie.


Il y a le twitter obèse. Son compte pèse lourd.
Justin Bieber par exemple : 32 millions de suiveurs... Et lui même suit plus de 123 000 personnes.
Il a dépassé les 20 000 tweets !
Sachant que ce jeune homme ne comprend que l'anglais, autant dire que lui écrire un tweet autrement qu'en anglais, n'a aucun intérêt. Il ne retweet d'ailleurs que des tweets anglais (logique puisqu'il ne comprend pas les autres) et en dehors de tweets purement promotionnels, il est tout à fait capable d'écrire des tweet qui ne servent à rien et sont totalement insipides.
Il appartient à la catégorie A.



Il y a le twitter élitiste, appartenant à la catégorie C, qui ne s'use pas trop les doigts pour twitter à tout vent.
Exemple, Tom Hanks n'a que 462 tweeds à son compteur. Il ne suit que 24 personnes alors que plus de 5 millions de personnes le suivent.
Elitiste mais plus gourmande, on a Oprah Winfrey avec plus de 5500 tweet ; elle comptabilise plus de 15 millions de suiveurs mais ne s'essouffle qu'à suivre... 88 personnes !
On y trouve également Gary Sinise qui tente d'équilibrer au mieux ses suiveurs et ses suivis.
"Au mieux" évidemment car quand on a 309 000 personnes qui vous suivent comme dans son cas, difficile de suivre à son tour autant de personnes. Sauf à suivre tous ceux qui vous suivent. Gary s'est donc "abonné" à 738 personnes et affiche plus de 3000 tweets. A noter qu'il fait parti des rares Happy Few à être suivis par Mr Hanks.



A retenir, le cas Bruno Mars. Plus de 14 millions de suiveurs alors que lui-même ne suit que 78 personnes ! 2300 et quelques tweets. En comparaison, Demi Moore dont on ne parle finalement plus que pour dire qu'elle tweet à fond, rame avec 5 millions de suiveurs.
A ce propos, le rendement de suiveurs de Bruno Mars laisse songeur : le 31 mars 2011, il comptabilise 1 million de followers / le 12 juin 2011 : 2 millions / le 25 septembre : 3 millions / le 16 octobre 2011 : 4 millions / le 14 novembre 2012 : 5 millions / le 21 décembre 2011 : 6 millions / le 10 février 2012 : 7 millions / le 31 mars 2012 : 8 millions / le 6 mai 2012 : 9 millions / le 12 juin 2012 : 10 millions.
Une remarquable précision horlogère ! Presque chaque mois Bruno Mars gagne 1 million de followers sans que rien ne perturbe le mécanisme. Surprenant...

Voir l'article du Petit Web sur cette technique transversale à Twitter qui veut que l'on puisse tout simplement "acheter" des followers. 50 000 followers coûtent 149 dollars. Article d'ailleurs très drôle puisque l'idée de base pour tester cette triche a été de créer un compte twitter proposant d'acheter des kebab... sur Mars !



Le twitter anorexique ou inconnu.
Moi par exemple. Je suis ou I follow moins de 20 personnes, je ne suis suivie par personne et j'ai peu de tweets au compteur.
Je n'ai pas non plus ni les moyens, ni l'envie d'acheter 50 000 robots followers. A quoi donc cela me servirait-il ?
A être connue !
Car je gagne à être connue parait-il. Ou alors n'est-ce qu'une formule ironico/drôlatique que j'ai prise pour argent comptant... Bref, l'idée est que plus on a de followers, plus on compte. Et commercialement, ça compte ou plutôt ça chiffre. Si je recherche des sponsors (ou du boulot), être très populaire va beaucoup m'aider. Si personne n'a jamais entendu parler de moi, même pas ma propre mère (puisqu'elle ne me suit pas sur twitter, et pour cause, elle n'a pas internet) alors je n'obtiendrai sûrement pas les fonds que je recherche.
Parce que ces "chers" followers représentent un indice de popularité et donc de rentabilité.
Quoique les faux "followers" brouillent un peu les pistes. Adèle, la chanteuse, a moins de "suiveurs" que Bruno Mars alors qu'elle vend beaucoup plus.
Idem pour Marc Lévy qui n'a que 11 632 suiveurs, ce qui est peu au vu du nombre de livres qu'il vend.

Dans le choix des personnes que certains décident de suivre, il y a parfois un intrus une surprise.
Serge Joncour est abonné au compte de... Nikos Aliagas ! Qui lui même est abonné à plus de 40 000 comptes twitter et comptabilise plus de 45 000 tweets ! 

Ces twitters portent désormais un nom : les twitaholic ! Personne ne dit comment ça se soigne.

Une certaine Patty, twitaholic s'il en est, enregistre près de 568 000 tweets ! Pour 14 518 followers que je plains du fond du coeur !


Je cite Serge Joncour dans le Huffington Post : "On est loin du 19e siècle lorsque les gens reconnaissaient Victor Hugo dans la rue. Aujourd’hui il y a un véritable appauvrissement des conditions à mettre en œuvre pour devenir célèbre". Et moi je lui réponds : CQFD.

En dehors d'une soif avide de reconnaissance détectée par Andy Warhol, il y a de cela plusieurs années,  ou d'une nécessité à entretenir un lien avec The World ou même du plaisir à échanger avec des gens que l'on n'aurait aucune occasion de rencontrer for real, en dehors d'une multitude de raisons, il n'en demeure pas moins que c'est une mine d'or pour s'informer sur autrui. 
Quand on tweet que l'on est en vacances, que l'on envoie des photos, on dit dans le même temps : "il se peut que n'étant pas chez moi, ce soit le moment, amis cambrioleurs, de venir y faire un tour."


Il semblerait que la Stasi qui était quand même assez douée dans le domaine de la collecte d'infos soit largement dépassée par des outils qui ne nécessitent aucun personnel sur le terrain. Car il n'est plus besoin de "recruter" pour en savoir un paquet sur untel ou untel. Il suffit juste de le ou la voir se prendre  d'affection pour les réseaux sociaux. La Stasi avait besoin, quant à elle, de 91 000 employés officiels et de plus de 173 000 informateurs pour surveiller Monsieur et Madame Toutlemonde (soit à peu près 1 informateur pour 60 citoyens, compte tenu de la population en Allemagne de l'Est). De nos jours, il suffit d'observer leur profil sur Facebook, leur photos sur Instagram et leur pensées sur Twitter. Big Brother n'a même pas besoin de s'intéresser à nous, nous nous offrons littéralement à lui. Effrayant... de facilité.

Les jeunes sont évidemment les moins bien protégés. Ils sont bavards. Et, parce qu'ils sont jeunes, ils imaginent que chaque minute de leur existence permet à la Terre de rester en orbite autour du soleil et de tourner.

Cela permet surtout aux futurs recruteurs de pénétrer leur vie intime, de les voir comme ils n'auraient jamais du être vus, de savoir des choses que seuls les agents de la Stasi étaient en mesure d'apprendre. 
Car je suppose que ce que nous pensons être des profils "verrouillés" ne doivent pas être trop redoutables à "perforer" pour des petits génies informaticiens. 

Pour en revenir à mes moutons blue birds, la première polémique de Twitter ( un tweetclash en langage twitter) pour 2013 aura été (pour le microcosme parisien) celle de Valérie Damidot (@damidotvalerie en langage twitter) qui hurlait de rage contre une société de voitures de luxe avec chauffeur (www.uber.com) qui a "outrageusement" multiplié les prix de ses courses le soir du 31 décembre (146 € pour 6 kilomètres). Là encore, Twitter nous apprend des tas de choses. Tout d'abord, Valérie Damidot parle couramment le Maure ! Ca, c'est quand même l'info la plus importante ! 
L'info subsidiaire, c'est que de "pauvres" gens utilisent une compagnie de chauffeurs privés dans des voitures sans compteur (et sans compter). Moi j'dis juste que c'est un problème de riches, et si ces gens sont pauvres, alors c'est un problème de pauvres qui se croient riches.

Car sur Twitter, on se clash, on se pique des scoop, on fait basculer des élections et tout cela en 140 caractères ! A défaut d'être zen, on est au moins très synthétique, ce qui parait-il est un signe d'intelligence. De là à insinuer que Twitter nous rend moins moins cons que ce que nous étions avant de s'y inscrire... Pas impossible qu'un jour cet argument nous soit avancé.


Pour ceux que je n'ai pas perdu en cours de lecture, je pourrais rester des heures à jacasser avec vous et observer le monde de Twitter mais j'ai du pain sur la planche ! Je vous rappelle que j'ai un compte Twitteur à faire tourner car je n'ai aucun follower ce qui est passablement violent pour mon Ego, même si quoique je fasse, qui que je sois, je serai toujours la "suiveuse" de quelqu'un.


***

PS : Avant de cliquer pour refermer ce post, rien ne vous interdit de tweeter cet excellent post !






5 commentaires à lire:

In Cold Blog a dit…

« Tom Hanks n'a que 462 tweeds à son compteur » : t'es sûre que ce n'est plutôt dans son dressing ? :-) (j'adore !!!!)

mercredi, 02 janvier, 2013
Bon sens ne saurait mentir a dit…

 Incoldblog : Quel oeil de lynx ! Mon ordi a décidé de transformer tous les mots "tweets" en "tweeds". J'ai bien chassé les intrus mais un a échappé à ma vigilance !
:)

mercredi, 02 janvier, 2013
Sébastien Haton a dit…

Oui, c'est un excellent article que vous avez écrit là...
Et je vous prie de croire en la sincérité d'un non-suiveur non-suivi, qui n'a jamais rédigé le moindre touitte et qui n'a lu, contraint et forcé, que ceux qui sont ignominieusement devenus des "informations" par l'intermédiaire de "journalistes" fainéants :-))
Bonne année !
s.h.

dimanche, 28 avril, 2013
Bon sens ne saurait mentir a dit…

seb haton : j'avoue qu'après un engouement bloguesque, le soufflé est retombé concernant Twitter.

vendredi, 19 juillet, 2013
Unknown a dit…

Every time we choose to buy a product we always long to buy a genuine one same is the case when paying for buying twitter followers we should always negotiate with the seller that we want to buy real twitter followers. It is necessary to use the term real or active twitter followers or else the desired number is usually filled by Id’s that are not active and serve any purpose but are their just to fulfill the follower count. So one should always be very particular about mentioning their demand before the deal is made.

lundi, 22 février, 2016

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