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No brain... No pain

Nos amis les ricains

Freud et le Pommier

mercredi 24 avril 2013

Quel titre ! Mais Mr Pommier est un habitué des violents coups de pieds dans les hautes sphères de la pensée unique.

Il s'est fait connaître comme l'adversaire acharné du structuralisme en s'en prenant dans sa thèse de doctorat au "Sur Racine" de Roland Barthes.

On lui doit l'édifiant "Roland Barthes, ras le bol !" réédité en 2006 (issu de sa thèse), le "Thérèse d'Avila, très sainte ou cintrée ?" et le "Assez décodé !" pour lequel l'Académie Française lui a décerné le Prix de la Critique (2007), entre autres ouvrages critiques.

N'est redoutable que le dissident qui possède le savoir.

René Pommier est cet homme redoutable : ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, agrégé de lettres et Docteur ès-lettres , il a été durant 22 ans Maître de Conférences à l'université Paris-Sorbonne (Paris IV).

Il a reçu le Prix Alfred Verdaguer décerné par l'Institut de France, pour l'ensemble de son oeuvre.

A 76 ans, René Pommier reste un critique vigoureux et même s'il est d'ores et déjà un monument de la critique rationnelle il n'en demeure pas moins très moderne : son site est très fourni et permet à chacun de lire de nombreux passages de ses livres.

"On dit que le Christ n'a jamais ri une seule fois dans sa vie. C'est que personne n'a jamais pensé à lui dire que sa mère était vierge."

(Beaucoup d'autres encore --> ici)

Vous l'aurez donc compris, Mr Pommier ne pouvait que me plaire ! Il me semble même avoir trouvé mon Maître ès-bon sens.

Il se l'était promis : prendre entre 4 yeux la théorie psychanalytique sur le rêve de Sigmund Freud. Chose promise, choses due : René Pommier n'y est pas allé avec le dos de la cuillère.

Le plus remarquable dans tout cela, c'est qu'il est resté concentré sur une méthode de critique très accessible à tous : une critique du texte à proprement parler. Pas de digressions théoriques compliquées ; pas de rappels à des notions trop subtiles et non accessibles aux profanes de la psychanalyse.
Rien de plus qu'une lecture attentive des propos de Sigmund lors de ses séances de psycho-analysis. Une étude basée sur la cohérence des dialogues entre patient/thérapeute, éclairée par les concepts freudiens.

Et là évidemment, René Pommier a fait mouche... Sigmund Freud passe le plus clair de ses séances à fouler au pied les principes de sa théorie (L'Interprétation du rêve, 1899-1900) ; il se "parjure" en permanence ; il généralise une idée à partir de cas particuliers ; il tord et retord les confessions obtenues pour obtenir une validation de sa théorie, allant même jusqu'à tout simplement les suggérer au patient. Exempt de toute probité scientifique, Freud n'hésite pas à élaguer le discours initial du patient pour n'en garder que ce qui pourra, par la suite, servir sa théorie.

René Pommier remet en perspective, au sein même des rêves racontés par les patients, l'idée première de Freud lorsqu'il se met en quête d'analyser les rêves : le rêve serait l’accomplissement d’un désir, désir forcément sexuel ; plus ce désir a été refoulé par le sujet, plus le rêve présentera l'accomplissement de ce désir sous une forme déguisée. Tellement déguisée qu'il arrive bien souvent que Freud donne à une chose mais également à son contraire le même sens. C'est ce qui s'appelle ne pas s'embarrasser de petites contradictions.

Mais si le rêve cherche à satisfaire le dormeur, comme le prétend Freud voire même à prolonger son sommeil et ainsi sauvegarder cette fonction vitale, comment expliquer les cauchemars ?

Cette question ce n'est pas moi qui la soulève, mais René Pommier homme de bon sens par excellence. Freud n'a pas pris le temps d'y répondre... interrogation trop délicate.

Beaucoup d'idées passent en revue avec cette même méthode simple et efficace. On en ressort ébranlé (pour les pro-freudiens) ou convaincu (pour les anti-freudiens).

Tout cela écrit avec une langue aussi aérée qu'une belle crème chantilly, une floppée de réflexions très acides mais jamais vulgaires, une ribambelle de remarques drôlissimes et jubilatoires, un florilège de mots inusités tels que : balivernes, fariboles, calembredaines, foutaises, aliboron... tous destinés à Mr Freud et ses écrits ; autant dire qu'il est rhabillé pour un moment.

C'est drôle et extrêmement bien écrit, solide et argumenté : tout cela rend cet essai diablement redoutable pour le sphinx de l'orthodoxie qui campe devant la Psychanalyse.
***
"l'homme est probablement un animal porté à croire ; c'est, en tout cas, un animal porté à croire qu'il n'en est pas un."

***

11 commentaires à lire:

Anonyme a dit…

Comment se fait-il que je connaisse pas cet homme ? Vite, allons réparer cet oubli! (J'adore la citation sur le christ:)))

mercredi, 04 février, 2009
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Fashion : livre trucculent je te le confirme. Et surtout (c'est ce qui fait évidemment la force de l'ouvrage) très solide au niveau de la démonstration.
Oui la citation sur Jésus et sa mère vaut son pesant de cacahuètes ; je peux la mettre en numéro 1 dans mon top "les meilleures vannes"...

mercredi, 04 février, 2009
Bon sens ne saurait mentir a dit…

truculent avec un seul "c"...
Je le voyais bien avec 2, tant pis !

mercredi, 04 février, 2009
Anonyme a dit…

Je lirai certainement ses autres bouquins mais en ce qui concerne Freud on le savait déjà tout ça ! Sans parler du fait qu'il avait conservé ses troubles psychosomatiques, qu'il connaissait que dalle aux femmes et ne s'en cachait pas, analysait des gens de son entourage, était limite incestuel avec sa fille etc. :o)

jeudi, 05 février, 2009
Sarpedon a dit…

Je viens de lire quelques-unes des citations de ce monsieur, lesquelles ne sont qu'une longue suite de blasphèmes. Voilà qui est bien injuste pour une religion - le catholicisme - qui a contribué à résoudre bien des problèmes qu'elle a crée préalablement.

Plus sérieusement,et pour en revenir à Freud, il est tout à fait que René Pommier le critique de la même manière qu'il critique les religions. Les croyances de Freud, aussi respectables qu'elles soient, ne sont pas démontrables scientifiquement. Ce qui se passe dans l'inconscient ne peut par définition pas être prouvé.

Tout est donc affaire de foi. Et c'est Moi, ça et mon Surmoi qui le dit.

jeudi, 05 février, 2009
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Loïs de Murphy : Oui et non :)
Oui pour tout ce que tu as dit et on pourrait ajouter "addict" à la cocaïne puis aux cigares ; étrangement proche de Fliess ; déterminé à devenir "quelqu"un" coûte que coûte mais... cela n'impliquait pas du tout qu'il n'ait aucun scrupule quant à la méthodologie scientifique. Il aurait pu avoir les pire défauts de la terre et être intellectuellement honnête vis à vis de sa méthode.
Je savais qu'il suggérait beaucoup, ce qui ferait bondir nos psys actuels, mais de là à tout simplement éliminer certaines parties des "cures par la parole" pour que personne ne puisse malmener sa théorie, je trouve cela... décevant et stupide car comment pérenniser une théorie si on triche sur la façon dont elle a été validée...
:)

vendredi, 06 février, 2009
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Sarpedon : Un blasphème n'est un blasphème que pour le croyant ; sinon cela s'appelle une vanne ;) Et quand on pense que L'Académie Française lui a décerné un prix pour un livre ayant pour titre comme "Thérèse d'Avila, très sainte ou cintrée ?" je trouve cela... é-nor-me !
Pommier, et ça c'est indémontable, justement ne s'attaque pas à la théorie freudienne : trop malin. Car comme tu le soulignes, l'Inconscient, tout le monde en parle et personne ne l'a jamais vu, donc il s'agit ici effectivement de croire en une théorie. Mais là, Pommier s'attaque aux textes et en tire les incohérences, les paradoxes. Il attaque la méthode. Et c'est bien plus vicieux que d'aller se frotter à la théorie en général. Son argumentation n'est qu'issue de ce qu'il lit donc de ce que ce bon vieux Sigmund a voulu laisser à la postérité. Mais ce dernier n'a pas été très vigilant dans ses contradictions, il a donc laissé maintes failles dans son bel édifice. Ces mêmes failles constituent un terrain de jeu intellectuel pour Mr Pommier et de fait, pour nous, lecteurs !
:)

vendredi, 06 février, 2009
Anonyme a dit…

Euh... ce ne serait quand même pas un peu facile, tout ça ? Freud, ça fait toujours vendre et puis tout ça a déjà été dit et re-dit, non ? En revanche, si l'auteur est drôle, alors bon, pourquoi pas... puisque "l'euphorie (...) c'est l'humeur de notre enfance, un âge où nous ignorions le comique, étions incapables d'esprit et n'avions pas besoin de l'humour pour nous sentir heureux dans la vie" (S. Freud) :-D

jeudi, 26 février, 2009
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Fantomette : c'est drôle parce que comme Loïs, tu dis que cela a été dit et redit mais... cela n'a pas aussi souvent que cela été démontré.
Nous avons tous entendu les diverses polémiques que la théorie freudienne déclenche mais il est compliqué et surtout très fastidieux de démontrer les failles de cette théorie de façon honnête et rigoureuse.
C'est surtout cela que R. Pommier a fait. C'est d'aileurs tellement colossal qu'il ne s'en est tenu qu'à une partie du travail de Freud.
Sincèrement, il ne me semble pas avoir lu une telle dissection de la théorie du rêve (sachant que je n'ai pas non plus lu les ouvrages auxquels R. Pommier se réfère et qui ont l'air très construits et solides).
Mais l'humour de l'auteur, il est vrai, est un vrai plus dans cette lecture.
:)

vendredi, 27 février, 2009
Sébastien Haton a dit…

Aaaaah... Que ne touitté-je ! Ce livre le mérite indubitablement ;-))
Mais je suis comme vous : je n'aurais aucun faux-loueur en cas de touittement...
s.h.

dimanche, 28 avril, 2013
Bon sens ne saurait mentir a dit…

seb haton : bon... près de 3 mois pour répondre : je pense battre tous mes records :)

vendredi, 19 juillet, 2013

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