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Nos amis les ricains

Des successions d'émotions

jeudi 4 août 2011

En préambule à la présentation du tout dernier roman de Mikaël Hirsch : "Les successions" je voudrais vous faire part d'une réflexion qui finalement se pose comme une réponse à la question qui est souvent revenue sur ce blog et court sur tous les blogs de littérature : pourquoi un blog littéraire ?
La réponse la plus commune est assurément pour partager une émotion liée à une lecture. Mais souvent, je me suis demandée pourquoi fallait-il, pourquoi est-il nécessaire de partager cette émotion ? Une émotion a comme destin de contenter l'individu d'une manière  assez égocentrique ; la partager donne-t'il plus d'ampleur à cette émotion ? Est-ce l'envie de partager cette émotion ou l'envie de faire savoir que l'on a eu une émotion qui l'emporte ? Sommes-nous dans l'altruisme ou dans le faire-savoir un tantinet exhibitionniste ? Je n'ai en définitive jamais trouvé la réponse.
Mais j'ai trouvé une autre réponse, à une question que je ne m'étais jamais posée. Comment aurais-je pu ?
Un blog littéraire qui permettrait de suivre pas à pas l'éclosion d'un écrivain... Et si cela ne devait-être que ça, ne serait-ce pas déjà formidable ? Ne serait-ce pas l'émotion ultime ?
C'est en tout cas bien grâce à ce blog que j'ai pu découvrir le parcours de Mikaël Hirsch en lisant tour à tour et au gré des publications son premier roman "Omicron" puis le second "Le réprouvé" et enfin le troisième "Les successions" avec une sortie le 25 août 2011 chez L’Éditeur.

L'exercice d'un troisième roman était difficile. Tant pour l'auteur qui avait séduit énormément de lecteurs avec "Le réprouvé" et faisait parti des huit finalistes de la sélection 2010 du Prix Femina que pour moi qui redoutait de ne pas pouvoir revivre un tel plaisir de lecture et par conséquent être moins dithyrambique. Mais que ce soit pour le lecteur qui entrouvre, avec l'appréhension d'être déçu, le dos serré du livre neuf ou pour l'auteur qui redoute les futures critiques, une fois le livre publié : alea jacta est ! (à chacun son rubicon.)

S'il fallait faire très court pour poser le synopsis de ce roman, on pourrait écrire ceci : Pascal Klein, brillant marchand d'art actuel, part à la recherche d'une toile de Chagall qui ornait la chambre se son père lorsqu’il était enfant, avant de disparaître au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Seulement, on passerait totalement à côté du livre... Car il y a plus, bien plus, beaucoup plus.
On court derrière un tableau de Chagall envolé, mais pas que...

Le "démarrage" n'est pas forcément très aisé. La facilité aurait vraisemblablement été un démarrage sous forme de dialogues, ce qui bien souvent emballe le lecteur alors même qu'il est encore sur le quai. Surtout, ne vous laissez pas distraire, vous rateriez le moment où l'histoire s'échappe et vous happe vers l'intérieur, le moment où le grand voyage débute.
On entre tout d'abord dans l'antichambre du livre, un espace, un lieu où les mots font tinter les idées. L'auteur y dépose beaucoup de réflexions (peut-être trop à mon goût) sur nous, notre monde, notre façon de vivre dans ce monde.
C'est ici que l'on perd la notion du temps comme dans ce jeu où un foulard sur les yeux on nous faisait tourner sur nous-même jusqu'à ce que disparaissent la réalité et ses certitudes.
Une fois l'antichambre traversée, c'est l'éblouissement total. Le sublime des mots le dispute à la flamboyance de la narration et l'on découvre Ferdinand.
Ferdinand de Sastres, mécène excentrique ou tout simplement fou, né en 1875 et décédé en 1940, entre dans le roman comme une fulgurance. Et ça voyez-vous, ça n'était pas dans le synopsis !

J'ai très fortement pensé à Stefan Zweig et ses biographie (Trois Maîtres : Balzac, Dickens, Dostoïevski ; Trois poètes de leur vie : Stendhal, Casanova, Tolstoï ; La guérison par l’esprit : Mesmer, Mary Baker-Eddy, Freud et bien sûr Marie-Antoinette) en lisant celle de Mikaël Hirsch sur Ferdinand de Sastres. C'est à mon humble avis du même registre.
Cela m'a d'ailleurs suggéré que les biographies écrites par les écrivains étaient beaucoup plus resplendissantes et romanesques que celles écrites pas les historiens. Il y a dans les premières un vrai flamboiement qui n'existe pas chez les historiens. L'écrivain y met un supplément d'âme qui embrase tout le récit.
Dans "Les successions", lorsque les pages défilent, c'est un feu incandescent qui éclaire une écriture absolument sublime.
Là, c'est avéré, l'auteur a une maîtrise époustouflante de la langue française, une gamme de mots inextinguible au service de histoire, toujours au service de l'histoire (et non des mots empilés les uns sur les autres afin de camoufler la pauvreté d'un style).  Il est bon de le relever car c'est assez saisissant et assez rare d'offrir un tel cadeau lexical aux lecteurs.
Les vies de Pascal Klein et de Ferdinand de Sastres s'entrelacent le long des lignes sur une chorégraphie exemplaire même si, je dois l'avouer, ma préférence va aux hommes du passé que l'auteur raconte souverainement avec une écriture très hypnotique qui vous expédie d'un revers de main en arrière, loin, très loin. C'est du talent et du travail certes mais c'en est presque magique !
Mais pas que...

Il y a du polar dans ce livre car ce tableau disparu, il s'agit bien de remettre la main dessus ! Une fois décroché du mur de la chambre paternelle, il s'est évaporé. Après des trajectoires planétaires ahurissantes et de multiples passages de mains en mains, Pascal Klein pense enfin le tenir. "Pense" car rien n'est moins certain pour une œuvre qui se balade depuis soixante ans dans le plus grand secret. L'auteur n'hésite pas une seconde à nous coiffer d'un Deerstalker à la Sherlock et à nous embarquer avec lui dans cette chasse au trésor pictural.
Mais pas que...

Car bien souvent une quête a ceci d'incroyable qu'elle offre à son investigateur bien d'autres réponses que celles-là mêmes qui étaient initiatrices du projet. Et c'est ainsi que l'auteur nous promène sur des chemins transversaux où "se" trouver devient essentiel.
Mais pas que...

Il arrive un temps où raconter un livre ne veut finalement pas dire grand chose de ce livre. Il arrive un  temps où il faut suspendre l'éloquence, respirer profondément et s'aventurer.

Je vous souhaite une très belle traversée...

***

16 commentaires à lire:

Sidonie a dit…

Je n'ai pas lu le livre et ne peux donc pas en parler.
Ce qui m'interpelle, c'est "pourquoi un blog littéraire", question apparemment récurrente (il y a peu de temps que je me promène dans la forêt des blogs littéraires).
La pensée qui me vient est celle-ci : en 1980, "La Conjuration des imbéciles" de John Kennedy Toole obtenait le prix Pulitzer. La statue du héros du livre, figée pour toujours, se dresse sur un trottoir de la Nouvelle Orléans. Seulement voilà : l'auteur s'était suicidé en 69, à l'âge de 32 ans, parce qu'après de multiples refus d'éditeurs américains, il s'était persuadé qu'il ne serait jamais écrivain. Ce n'est que grâce à l'obstination de sa mère que le livre vit enfin le jour. Si les blogs littéraires avaient existé en 69, Toole aurait-il fini par se suicider? N'y aurait-il pas trouvé une motivation pour continuer à vivre et à écrire? Il me semble que le blog littéraire va bien au-delà du simple partage d'une émotion. Je pense, j'espère, qu'il y a un espoir de diffusion plus vaste (un ersatz de publication), une demande de reconnaissance qui n'a rien d'égocentrique... Imaginons un blogueur qui raconte ses émotions dans le seul but de les faire partager mais qui n'en reçoit aucun retour, aucun commentaire : quel est selon vous son état d'esprit?

mardi, 09 août, 2011
Sidonie a dit…

Encore moi, pardon, mais la question me tient à coeur. Si l'écriture requiert à certains moments un enfermement dans une bulle, elle exige aussi, avant et après, une excitation des neurones, par critiques ou louanges interposées, ou par la seule supposition qu'on est lu. C'est ce qui permet de continuer. C'est ce que permet le blog, partiellement, soit...
Je me rends souvent sur un blog, iconoclaste, magnifiquement écrit et maîtrisé, dont l'auteur déclare : "Ce qui y est écrit n’a de sens que de seulement laisser son auteur vivant". Ce blog existe depuis deux ans. Aucun commentateur (propos au deuxième ou troisième degré trop dérangeants) sauf moi depuis très peu de temps. Cependant, l'auteur n'a jamais cessé d'envoyer des articles régulièrement....

mercredi, 10 août, 2011
Sophie K. a dit…

Hello, chère Bon-Sens ! Je viens de refermer "Les successions", et je partage ton analyse : embarquée dans un très beau voyage, quasi-surréaliste, avec des images aussi fulgurantes que des coups de brosse sur une toile vierge...

mercredi, 31 août, 2011
Sidonie a dit…

Vous en voulez du cogito rebello? Et du drôlement bien écrit? Alors, ne vous gênez pas. http://santiagowichniewski.over-blog.com

samedi, 03 septembre, 2011
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Sophie K : Ravie de te lire Sophie :)
Je vois que le livre séduit... C'est de bonne augure pour l'écrivain:)

dimanche, 04 septembre, 2011
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Sidonie : Je suis allée y faire un tour. En effet certains post sont assez truculents :)
Pour en revenir à Toole, se suicider parce que l'on ne sera jamais écrivain me parait... très égocentrique. Mais mon point de vue sur le suicide et sur "l'impérieuse nécessité d'être écrivain" est très partial.
:)

dimanche, 04 septembre, 2011
Sidonie a dit…

"truculent"? Je dirais : humour très très noir d'un écorché vif, écriture brillante (voir par exemple le bilan du mois de juillet), maîtrise parfaite de la pensée, éclairs de poésie (Les écureuils).... Truculence? Non!

"Juger" un suicide, je ne me le permettrais pas. A 32 ans, on est encore un jeune homme plein d'illusions, on a le droit au désespoir.... "devoir d'être écrivain"? Il l'était, écrivain, il n'a pas brûlé son manuscrit que sa mère, après moultes démarches, a réussi à faire publier. Toole ne s'est pas cru indispensable au monde comme tant d'autres.

Je suis un peu fâchée.

dimanche, 04 septembre, 2011
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Sidonie : Se fâcher c'est bon pour la santé :)
Je ne suis pas aussi émerveillée par l'écriture de Santiago Wichniewski que tu l'es et pas non plus renversée par exemple par son dictionnaire que je trouve très... (comment dire cela sans que tu te fâches à nouveau ?)... neurasthénique ?

Pour Toole, je ne peux pas croire que l'on se supprime, que l'on se raye de ce monde, que l'on mette fin à son existence UNIQUEMENT parce que l'on n'est pas publié... Ca me semble beaucoup trop court comme unique motif.
Et je crois moi, que chacun de nous est indispensable au monde...

mercredi, 07 septembre, 2011
Sidonie a dit…

1) je me fous de ma santé. A 70 ans, on ne pense plus qu'à la liberté de dire ce qu'on a envie de dire.
2) neurasthénique? Est-ce une faute en écriture? Antonin Artaud ne l'était-il pas? Faut-il n'avoir que de la santé à proposer? Tu n'as pas vu l'humour? Ni la poésie? Il faut faire de la place à autre chose que la norme, bon sang! De toute façon, c'était le mot "truculence" que je critiquais... pour une critique.
3) Et Nerval? Et Van Gogh? Et tous les autres? Ton "trop court" me semble étroit. Tu ne me convaincras pas.
Alors voici le site de mon blog : http://egarements.canalblog.com : tu n'aimeras pas du tout. Je m'en fous. Je retourne sur anticratie.

mercredi, 07 septembre, 2011
Anonyme a dit…

Frederick Exley, Le dernier stade de la soif. (A Fan's Notes)

« Car le suicide est le plus éloquent cri du coeur de ceux qui cherchent en vain leur chemin. Le suicide, c'est ce à quoi Hemingway eut recours lorsque le monde devint si flou qu'il ne put plus le coucher sur le papier. Le suicide, c'est la seule solution qui se présente à un homme dont le cancer des intestins est si douloureux que son oeil n'arrive plus à voir le paysage, et que tout se ressemble, et que seul le chemin bien défini des ténèbres semble bienvenu. » (p. 175)

samedi, 10 septembre, 2011
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Sidonie : tu ne peux pas t'emporter parce que je ne me pâme pas devant ce blog ! C'est du fascisme intellectuel ça ;)
Je ne lui trouve pas le talent que tu décris ! Est ce un crime ?
Bon en même temps, je suis sure qu'il s'en fout comme de son premier slip de ce que je pense, alors... quelle importance ?
:)

samedi, 24 septembre, 2011
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Anonyme : Et bien... non je ne suis pas convaincue ! Le suicide comme ultime réponse ? Non... clairement pas convaincue :)

samedi, 24 septembre, 2011
Sidonie a dit…

Il ne s'agit pas d'être pâmée mais de voir. Fascisme intellectuel? Ouh! C'est grave, ça. Il me semble que c'est de la contestation que naît la vie, dans un blog, et non pas du béni-oui-ouisme. Ici, on n'est pas loin de s'endormir pour de bon... Bon, bonsoir.

dimanche, 25 septembre, 2011
Sidonie a dit…

Auriez-vous l'obligeance de me supprimer des membres de votre blog :
1) vous avez travesti ma pensée dans vos réponses,
2) je n'aime pas ce qui est mal écrit : exemple, le "Et pas que" qui me semble un peu léger.
3) je n'aime pas la vulgarité : l'évocation du "slip" me rappelle Pascale Clark qui accueille un invité en lui disant "vous avez l'air tendu comme un string". Niveau de pensée au-dessous de la ceinture.

mercredi, 28 septembre, 2011
Bon sens ne saurait mentir a dit…

Déjà de retour ? Je vous croyais partie vers d'autres horizons...
Ce qui d'ailleurs n'était pas une mauvaise idée. Car là nous ne sommes plus dans la contestation mais dans l'obsession du dernier mot.
PS : je ne peux d'autorité "supprimer" quelqu'un ; c'est la personne qui se retire.

vendredi, 30 septembre, 2011
Sidonie a dit…

Je n'y suis pas parvenue sinon je ne vous l'aurais pas demandé. Oui, je suis partie, de votre pré carré. Vous n'avez pas été honnête.

dimanche, 02 octobre, 2011

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