Ils ont écrit pour nous !

One Shot

No brain... No pain

Nos amis les ricains

See you later Raymond

mercredi 23 décembre 2009


Il y a les romans. Il y a les essais. Il y a les nouvelles.
La nouvelle repose sur un fragile équilibre
Je vous présente son maître incontesté : Raymond Carver.
(la formule ne m'appartient pas, je répète seulement).

Né en 1938, Raymond Carver est américain.
Il apprend à écrire avec le romancier John Gardner, car chez nos amis américains, la littérature ne découle pas d'une divinité bienveillante mais d'un labeur rigoureux.

Dès le début des années 70, Raymond Carver se met à boire et doit sa rédemption aux AAA en 1977 mais en 1988, il décède d'un cancer du poumon (coincé entre la peste et le choléra, forcément on y laisse sa peau).
Une vie brève, remplie de nouvelles et de poèmes.
Le réalisateur Robert Altman inspiré, adaptera plusieurs des nouvelles de Raymond Carver dans Short Cuts en 1993.

Carver est un artisan. Il bosse sans relâche ses textes, rien ne doit être laissé au hasard : « Dans l'écriture, le désordre et le débraillé me font horreur ! »
Voilà, this is Raymond Carver... Sauf que moi... je n'ai pas accroché des masses !
Et cela me peine d'autant plus que le monsieur était un laborieux.

J'aime bien les laborieux. Ca me rassure. Ils peinent et prouvent ainsi que rien ne s'acquiert en un claquement de doigts contrairement aux génies qui ne savent même pas pourquoi ce qu'ils écrivent est somptueux.
Ceux là m'énervent, rabaissant les pauvres humains que nous sommes au rang zéro dans l'échelle de l'évolution. La jalousie, défaut ou qualité, qu'ils déclenchent chez moi n'est pas bienfaitrice, je les envie, je les maudis, je les bénis souvent aussi.
Raymond, lui, est comme vous et moi, normal et besogneux.
{ petit aparté : pour les besoins rhétoriques et stylistiques de ce post je parle de vous, de moi mais me concernant "besogneuse" n'est pas un qualificatif que j'emploierais. Son antonyme m'allant beaucoup, mais alors beaucoup mieux !}

J'avais donc très envie de trouver les nouvelles de ce monsieur Carver tout à fait superbes, heureuse de pouvoir dire : voilà ! quand on bosse avec acharnement : on arrive à tout.
Le fait est que la bonne volonté et les a-priori avantageux ne font pas tout !

Les vitamines du bonheur réunit cinquante nouvelles dont certaines figurent parmi les "chefs-d'oeuvre de la littérature américaine" et cinquante, ça fait beaucoup quand on n'est pas hyper emballée.
Je peux donc vous l'avouer : je n'ai pas lu les cinquante.
Une bonne vingtaine seulement, piochées totalement dans le désordre au gré des titres.
Cela dit, j'aime beaucoup l'écriture de Carver. Très... américaine. Pas de chi-chi, du lourd, du concret, du upper-cut langagier.

Exemple tiré de la nouvelle Plumes:
"Une fois de loin en loin, il me demande des nouvelles de ma famille.
- Tout le monde va bien, je dis.
Je referme ma gamelle et sors mes cigarettes. Bud hoche la tête et sirote son café. La vérité, c'est que mon gosse a tendance à la fauche. J'en parle à personne. Pas même à sa mère. Surtout pas avec sa mère. D'ailleurs on se parle de moins en moins. On se contente de regarder la télé."

Carver, c'est un style pour le moins minimaliste, truffé d'infimes détails.
En cela, je suis plutôt bonne cliente. Depuis Thomas Mann j'adore les détails et les descriptions . depuis Charles Bukowski j'adore les dialogues cash et sans guirlandes.
Mais l'histoire en elle même... choux blancs ! Rien ! Aucune émotion ou alors vraiment minuscule, fugace et vite oubliée.

"C'est pas grand chose mais ça fait du bien" est typiquement le genre d'histoire qui m'a soulevé une émotion puis... pouf ! Plus rien. Pourtant la charge émotionnelle est présente de bout en bout.
C'est étrange, moi même je ne m'explique pas ce manque d'engouement... Ces petits bouts de vie d'américains moyens qui se révèlent n'être jamais les mauvais bougres qu'on attend parce que la vie c'est pas aussi simple qu'on voudrait le croire, ne m'ont pas transportée.

C'est dommage. J'aurais bien aimé faire partie de cette multitude de gens à travers le monde qui a ressenti tout ce que Raymond Carver voulait transmettre... Une autre fois peut-être, plus tard, lorsque je serai plus vieille, plus mélancolique... Who knows ?

***

5 commentaires à lire:

Pffftt... a dit…

Parfois on passe à côté d'un bouquin parce que ce n'était pas le moment, c'est exactement ça. Moi tout comme toi, j'vais attendre d'être plus vieille pour le relire...qui sait? ;)
En attendant je me suis flinguée les deux yeux à lire les billets que j'avais en retard (c'est ça être abonnée fidèle), texte noir sur fond marron, t'es bien certaine du truc? :)

jeudi, 14 janvier, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

Tu vois, ton commentaire m'a décidée !
J'ai changé le décor :)

mercredi, 27 janvier, 2010
Magda Dhainaut a dit…

Un peu tard mais je viens de découvrir cet article.

Ecrivez une nouvelle. Faites de belles phrases, exploitez à fond chaque idée qui vous vient. La nouvelle une fois achevée, le vrai labeur commence. Elaguez, tranchez, ne gardez que ce qui est indispensable à la compréhension de l'histoire, et encore...
Enfin, remplacez chaque terme un peu grandiloquent, ou fleuri, par son équivalent le plus nu possible. Vous obtenez un concentré, l'essentiel de ce qu'il y avait à dire. La sève n'est plus dans les mots mais dans ce que leur apparente indigence va permettre d'aller chatouiller en nous. Bon, Carver le fait directement, lui. Mais c'est Carver.
Au cas où ça vous aurait échappé : Carver, j'aime !

lundi, 11 octobre, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Magda : Je peux dire que Carver mérite d'être aimé car on sent bien le labeur dans son écriture mais... ce qui est terrible c'est que moi, je n'ai pas vibré. Sauf peut-être, allez, sur une ou deux nouvelles ce qui reste très modeste.
Et ce n'est pas son côté "écriture sèche" qui m'a dérangée. C'est bien le fond. Je ne me l'explique pas vraiment... Ses personnages ne me parlent pas, je ne "compatis" pas, je me suis même ennuyée.
C'est un vrai loupé pour moi.
:)

lundi, 11 octobre, 2010
Sean S a dit…

Thanks for postingg this

mardi, 16 novembre, 2021

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