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No brain... No pain

Nos amis les ricains

Souvent l'Histoire varie, bien fol qui s'y fie !

mercredi 11 novembre 2009

Cela fait un moment que je voulais vous faire partager la joie et le délice de la lecture du Hors-Série du Point Historia N°1267 : 100 idées reçues (et fausses) en Histoire.

C'est une lecture qui redresse la culture et la replace dans une bonne verticale. Un dépoussiérage complet, un nettoyage de savoir. Je ne vais pas vous livrer les 100 articles du magazine mais tenter de vous donner envie d'en savoir plus et pourquoi pas, d'avoir la grande classe lors de futurs dîners ! (J'ai fait un échantillonnage afin qu'il soit toujours possible dans glisser un au détour d'une conversation. Merci qui ?)

C'est parti !


Jésus étant né à Bethléem, de Judée,
au temps du roi Hérode…
Matthieu 2,1
Tout comme Matthieu,l'évangile de Luc (1,5) situe la naissance de Jésus sous le règne d'Hérode le Grand. Or Hérode est décédé en l'an 4 avant la dite naissance de Jésus...
De plus l'Évangile selon Saint Luc précise que "Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux." Coucher dans son champs en plein hiver (même en Judée) est plutôt incongru !
On peut donc supposer que Jésus avait bien plus de 33 ans lorsqu'il a été crucifié (tête en haut, tête en bas - crux commissa ou crux immissa - cela aussi reste à définir) et qu'il est né au printemps...


Nos ancêtres les gaulois ne sont pas devenus un peuple civilisé grâce à Jules César (après les spaghetti et les pizza, c'est toujours ça dont nous ne serons pas redevables à nos amis italiens !).
Ils pratiquaient déjà la salaison des aliments pour les conserver ; ils avaient mis au point l'ancêtre de la moissonneuse alors que les Romains se servaient encore de la faucille (non, on ne se moque pas !).
Ils ont inventé le tonneau, plus commode pour transporter et conserver le vin que l'amphore. Ils excellaient dans l'artisanat. Ils étaient maîtres dans l'orfèvrerie et la production d'outils en fer. Ils étaient (relativement) propres et avaient inventé le savon à base de cendres et de suif (plus spécifiquement utilisé pour les cheveux). Ils s'intéressaient au calcul, la géométrie, l'astronomie...
Tout ceux qui n'étaient pas grecs ou romains étaient alors considérés comme des barbares... d'où cette odieuse réputation que nous trimbalons depuis des siècles !


Ils n'avaient pas non plus peur que " le ciel leur tombe sur la tête"...
Cette idée que les gaulois étaient de fameux abrutis (logique quand on n'est pas dit civilisé) veut tout simplement dire qu'ils n'avaient peur de rien, excepté que le ciel leur tombe sur la tête... Ceci n'étant pas plus probable pour un gaulois que pour un français de 2009, il fallait donc entendre qu'ils étaient tout simplement intrépides, téméraires et ne craignaient rien ni personne.



Les vandales n'étaient pas plus vandales que les autres peuples germaniques qui envahirent l'Empire romain !
Ils ont conquis beaucoup de territoires mais après être défaits par l'armée Byzantine, ils se sont repliés en Kabylie où ils se fondèrent dans la population.
Seulement voilà, Voltaire va utiliser le mot "vandale" dans un sens péjoratif puis l'abbé Grégoire va sceller le sort de ce mot en donnant à "vandalisme" le sens qu'on lui connaît aujourd'hui.
L'histoire des Vandales était pliée et c'en était fini de leur réputation à jamais...


Nos ancêtres pensaient que la Terre était plate.
Et bien non. Anaximandre de Milet (philosophe grec présocratique - 600 ans avant JC) supposait déjà qu'elle était cylindrique !
Parménide d'Élée (également philosophe grec, également présocratique ayant vécu entre le V et le VI ème siècle avant JC) affirmera qu'elle est sphérique ; Platon et Artistote, comme la plupart des grands philosophes grecs, adopteront également cette représentation sphérique de la Terre.
Seulement voilà... l'empire romain s'effondre et les sciences entrent dans la pénombre pour un long moment : les penseurs chrétiens refusant d'adhérer à des théories "païennes", vont revenir à une représentation de la planète en forme de crêpe !


"Si quelqu’un désire être évêque, il désire une oeuvre excellente. Mais il faut que l’évêque soit irréprochable, mari d’une seule femme, qu’il gouverne bien sa propre famille, élevant convenablement ses enfants, car si quelqu’un ne sait pas conduire sa propre famille, comment pourra-t’il gouverner l’Eglise de Dieu ?" (Epître de Paul à Timothée, chapitre 3, versets 1 à 5).
Jusqu'au XI ème siècle, le clergé au complet pouvait se marier. Trente-neuf papes furent mariés et eurent des enfants. Certains ont même succédé à leur père ! Mais suite à plusieurs décrets, le pape Grégoire VII fait interdire l'accès aux églises pour les prêtres mariés ou vivants en concubinage. Motif : le clergé doit se vouer entièrement à sa tâche, sans liens familiaux qui permettraient la fondation de castes qui pourraient détourner les biens de l'Église. Ceci en parfaite contradiction avec l'épître de saint Paul. Mais on n'était pas à une contradiction près...


"C'est en 1452 qu'apparaît le premier ouvrage imprimé à l'aide de caractères mobile en métal : l'imprimerie est née sous les doigts de Johannes Gutenberg." Ça, c'est ce que l'on a appris mais en réalité, Gutenberg n'a rien inventé du tout ! Dès 1234, les caractères mobiles en métal apparaissent en Corée ! Le plus ancien livre imprimé à l'aide de cette technique date de 1377. Le roi coréen Htai-Tjong promulgue un décret en 1403 imposant la fabrication de caractères en cuivre afin de "répandre la connaissance des lois et des livres".
Le plus drôle c'est que Marco Polo, alors en Chine à la fin du 13 ème siècle, s'émerveille sur des billets de banque imprimés sans même s'interroger sur leur mode de fabrication : les européens ne montrent pas encore beaucoup d'intérêt pour cette "révolution" mais quand ils s'emballeront, ils décréteront leur cette fantastique découverte.


Il y a quelques semaines, j'entendais à la radio un journaliste déclarer qu'avant le XIX ème siècle, les gens n'étaient pas préoccupés par la propreté et les odeurs.
Ah, ah, ah... Gaussons-nous car même les journalistes se prennent les pieds dans les idées fausses de l'Histoire de France ! L'hygiène existe déjà au Moyen-Âge et les hommes et femmes de cette époque utilisent l'eau par plaisir. Les stations thermales vont se développer et se laver régulièrement est recommandé et encouragé. La plupart des quartiers des villes ont leurs étuves publiques. En 1292, Paris en comptait 27. Pour se laver on utilise le savon ou la saponaire (plante qui fait mousser l'eau).
Sans étonnement (car cela devient presqu'une habitude) c'est l'Église qui mettra un frein à l'essor de ces bains : elle voit d'un très mauvais oeil cet intérêt du corps.
Les médecins eux aussi s'alarment : l'eau est désormais considérée comme vecteur de maladies et d'épidémies.
Peu à peu, les étuves disparaissent et il faudra attendre le mouvement hygiéniste au XIX ème siècle pour que l'eau revienne en odeur de sainteté si je puis dire.


Antoine-Augustin Parmentier n'a pas du tout importé la pomme de terre en France aux alentours de 1771 !
Là, j'avoue, ça m'a foutu un coup ! Depuis le temps que je sautais sur l'occasion du hachis parmentier pour placer mon savoir sur le Monsieur !
La pomme de terre était cultivée en France deux cent ans avant que Monsieur Parmentier daigne s'y intéresser. On la retrouve nommée et étudiée dans de nombreuses études au XVIII ème siècle et peu à peu, elle gagnera toutes les provinces du royaume. Certes, on l'accuse de donner la fièvre (après l'avoir accusée de donner la lèpre) mais elle permet tout de même de lutter contre la disette.
Mr Parmentier sera, si je peux dire, le Séguéla de la pomme de terre ! En 1771 il promeut la pomme de terre avec un tel talent qu'un an plus tard, la Faculté de Médecine déclare sa consommation sans danger. Par la suite, toujours fécond en matière de promotion de la pomme de terre, il fera servir au roi Louis XVI et à son épouse un dîner uniquement à base de pommes de terre. Le roi enchanté le félicitera ainsi : "La France vous remerciera un jour d'avoir inventé le pain des pauvres."
Malheureusement la pomme de terre ne réussira pas à sauver la tête de ce monarque.


"Aux armes citoyens... formez vos bataillons..."
La Marseillaise pose souvent le même débat : pourquoi garder un hymne si guerrier ? aux paroles si violentes ?
Peut-être parce que l'on ignore qu'avant de s'appeler La Marseillaise, cet hymne s'intitulait : Chant de guerre pour l'armée du Rhin à Strasbourg.
Là, tout devient beaucoup plus clair : l'explication même de la violence de ce chant est dans le titre !
En avril 1792, Joseph Rouget de Lisle, capitaine du génie jurassien et musicien autodidacte (ça nous apprendra !) compose ce chant pour les notables de la ville de Strasbourg. L'annonce de la déclaration de guerre à l'empereur d'Autriche fait résonner les couplets dans toute la ville.
Au gré des voyageurs, le chant arrive à Marseille où il sera chanté pour accueillir les fédérés montpelliérains. Il devient alors : Chant de guerre des armées aux frontières.
Le titre change quelque peu mais demeure ce qu'il est depuis le commencement : un chant de guerre.
En juillet 1792, le voilà à Paris tout en restant assimilé aux fédérés marseillais ; il devient donc très vite : La Marseillaise.
Il semblerait que l'Éducation Nationale soucieuse d'éradiquer la violence de certains établissements ait planché sur l'idée d'unir les élèves autour de "symboles" unificateurs comme chanter La Marseillaise en classe par exemple...
Assagir des "sauvageons" en leur faisant scander un chant de guerre (et non un chant révolutionnaire), raciste de surcroît... je vous laisse goûter le paradoxe.


Trois ans avant la création de ce magnifique hymne à la guerre, la Bastille était assiégée. Mais qui sait exactement combien de prisonniers sont sorti libres après la prise de la Bastille ce fameux 14 juillet 1789 ?
Sept ! Vous avez bien lu : sept prisonniers étaient enfermés dans la prison de la Bastille ! Et même pas politiques : quatre faussaires, un aristocrate libertin et deux aliénés ! Manifestement on est loin du compte quand Michelet décrit la Bastille comme le symbole de "l'arbitraire capricieux du despotisme fantasque". C'eut été mais ce n'était plus lorsque la foule pénètra dans cet édifice. Stupides les révolutionnaires ? Pas vraiment. Nul n'ignorait que la Bastille n'était plus une place forte ni une prison politique. En revanche, ils ont une idée très précise de ce qu'ils cherchent lorsqu'ils pénètrent dans la Bastille : des armes ! de la poudre !
Dommage pour l'idée très héroïque que l'on s'en faisait mais ce jour là, il n'était pas question de libérer les "embastillés" et faire montre d'humanisme...


En 1894 lorsque Le capitaine Alfred Dreyfus est accusé de haute trahison, sa culpabilité ne fait aucun doute. Ni pour les partisans conservateurs de droite... ni pour les partisans de gauche !
Georges Clemenceau, radical de gauche, parle de "l'âme abjecte" de l'officier Dreyfus. Jean Jaurès trouve la sentence de déportation au bagne "trop clémente". Jules Guesde ne trouve pas la défense de Dreyfus prioritaire.
La "gauche" si sensible aux valeurs humanistes n'a rien à faire d'un officier bourgeois ni même de la véracité de sa culpabilité.
C'est dans "Le Figaro", journal conservateur de droite que la défense du capitaine va naître et s'organiser ! Émile Zola et Auguste Scheurer-Kestner vont élaborer trois articles qui paraîtront dans Le Figaro, destinés à alerter l'opinion sur les dessous de l'affaire.
Cependant Le Figaro n'ira pas au bout, craignant de perdre une partie de son lectorat et c'est dans L'Aurore, journal républicain socialiste pour lequel travaille Georges Clemenceau que paraîtra "J'accuse..." titre d'ailleurs trouvé par ce dernier.


Les époux Rosenberg... Il serait étonnant que ce nom ne vous dise rien mais pour ceux qui ne connaissent pas cette énorme affaire des années 50, je récapitule : New-York, 1950, les USA sont plongés dans une période anti-communiste répressive et implacable, c'est la "chasse aux sorcières" du sénateur Mac Carthy. Toute personne soupçonnée de sympathies communistes est considérée comme anti-américaine et risque les pires représailles : cette période (1950-1956) est appelée terreur rouge et l'épuration, massive, touche absolument tous les milieux.
Julius et Ethel Rosenberg, new-yorkais communistes, ainsi que Morton Sobell sont arrêtés par le FBI. (Concernant Morton Sobell, ce fut rocambolesque puisque qu'il s'est tout simplement fait enlevé au Mexique où il était parti se cacher puis a été livré au FBI !)
On accuse Julius d'avoir organisé la livraison d'informations à l'URSS sur les projets des usines atomiques de Los Alamos ; d'être le cerveau de ces activités d'espionnage.
Le couple est condamné à mort alors qu'il nie farouchement son implication. Ils nieront jusqu'au bout leur culpabilité alors même que des aveux leur offriraient la prison à vie au lieu de la chaise électrique. L'affaire s'emballe, les communistes lancent une énorme campagne mondiale pour sauver le couple, campagne qui réunira entre autres personnalités, Albert Einstein, Frida Kahlo, François Mauriac, Aragon, Picasso, Yves Montand, Hervé Bazin, Jean Dutourd, Jacques Prévert, Jean Cocteau, Colette, Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Raymond Queneau, jusqu'au pape Pie XII.
Rien n'y fera, le couple sera exécuté le 19 juin 1953 et deviendra le symbole de l'erreur judiciaire. Morton Sobell fera 19 ans de prison à Alcatraz.
Mais... en 1995, la CIA annonce la déclassification des messages archivés depuis 1939 et Ô surprise, la culpabilité des époux Rosenberg devient évidente. On y apprend que ce n'est pas vraiment des documents concernant les essais atomiques qu'ils ont transmis à l'URSS mais plutôt des secrets sur les radars et les sonars. En 1999, un ancien espion soviétique, Alexandre Feklissov, alors âgé de 85 ans, fait paraître ses mémoires et confirme avoir reçu des renseignements des époux Rosenberg (Confessions d’un agent soviétique).
Pavel Soudoplatov, agent secret soviétique, soutient également dans ses mémoires que les Rosenberg "ne furent jamais rien d’autre que des messagers sans envergure et n’appartinrent jamais à nos principaux réseaux, mais leur arrestation subséquente eut des répercussions sur tout le globe."
Les polémiques demeurent mais il est quasiment certain aujourd'hui qu'Ethel n'a participé en rien à la transmission des secrets vers l'Est. Son seul tort est d'avoir été au courant des activités d'espionnage de son mari. Mais dénonce-t-on son mari ?
Il y a peu, en septembre 2008, Morton Sobell, âgé de 91 ans, a déclaré au New-York Times avoir effectivement espionné pour le compte de l'Union Soviétique et confirmé que Julius Rosenberg faisait de même.
A leur tour, les deux fils de Julius et Ethel Rosenberg ont tristement conclu que leur père était un espion. (NY Times du 17 sept 2008).
N'en demeure pas moins que tous ceux qui ont cru à l'innocence de Julius l'ont fait car il paraît totalement impossible de ne pas dire la vérité pour sauver sa peau ; il paraît incroyable de ne pas lâcher le morceau, au moins pour sauver celle qu'on aime. Devant les cris d'innocence de Julius, qui pouvait imaginer qu'il choisirait d'aller droit à la mort en emmenant Ethel avec lui plutôt que d'avouer son terrible secret... Julius a toujours magnifiquement nié avoir transmis quoique ce soit or il mentait. L'âme humaine est vraiment fascinante !

***

Pour ceux qui ne pensent pas trouver l'occasion de glisser un de ces sujets dans une conversation, j'ai planché et trouvé un lien à partir d'une conversation toute bête sur la musique !
Après l'exécution de Julius et Ethel Rosenberg, les deux enfants du couple furent adoptés par Abel et Anne Meeropol. Il se trouve qu'Abel Meeropol était instituteur mais aussi... parolier sous le nom de Lewis Allan.
On lui doit une de mes chansons favorites : Strange Fruit de Billie Holiday.
Vous avez compris ? Après hop, vous bifurquez sur l'affaire Rosenberg ! Tant bien que mal vous essayez de rebondir entre "communisme" et "Dreyfus", puis de prisonnier à Bastille. Là, vous vous arrangez pour caser "La Marseillaise". De là, petite réflexion sur les grandes périodes de rationnement durant les guerres et voilà ma pomme de terre !
Pour la question hygiéniste, on la case avant un repas, au moment de se laver les mains.
Bon... pour le reste, à vous de bosser et de trouver les bonnes pistes...


Grande classe je vous dis !


***

2 commentaires à lire:

Euterpe a dit…

Génial ! En plus j'ajouterais que le grec Erasthostène avait même déjà calculé la circonférence de la Terre et ne s'était pas trompé de beaucoup !

mardi, 15 juin, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Euterpe : c'est prochainement ta fête !
Excellent ajout !
Si les grecs de cette époque voyaient leur Grèce actuelle... Ils n'en croiraient pas leurs yeux !

jeudi, 17 juin, 2010

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