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Nos amis les ricains

Dialogues avec Satan

samedi 17 janvier 2009



Suite à l'opération "Masse critique" de Babelio, j'ai donc reçu (en plus du livre sur les guitares) (oui, vous noterez que mon immense notoriété m'a fait grimper au rang de "critique de 2 livres gratuits !") ce très joli petit livre : "Dialogues avec Satan" de Jean-Luc Coudray (Editions L'AMOURIER).
Joli ? Oui, j'ai été extrêmement emballée par les dimensions peu communes de cette collection : un rectangle plutôt étroit (20 cm x 10 cm), un papier de grande qualité (vélin palatina 100 gr), une prise en main surprenante et donc intéressante.

Sauf qu'à la lecture, c'est finalement beaucoup moins pratique ! Les pages tournent très difficilement et il faut s'acharner sur la tranche afin que le livre soit un minimum ouvert. Bel objet mais un tantinet récalcitrant à l'offrande.

L'histoire est simple : le héros, homme ordinaire fuyant comme la peste la moindre extravagance sociale et/ou humaine pour ne pas perturber le "confort d'une vie sans risque", reçoit les visites inopinées et récurrentes de Satan, qui installé dans un canapé et dévorant une quantité délirante de nourriture, entreprend de dialoguer sur l'intérêt de l'existence de Dieu et par extension l'intérêt de vouloir rejoindre le Paradis plutôt que l'Enfer.

Ce Diable d'ordinaire fourbe et sournois est ici d'une franchise surprenante et compte bien détricoter maille après maille les croyances que les hommes se sont efforcés de rendre crédibles pour leur propre salut.

Ecrit à la première personne du singulier, l'auteur alterne plutôt bien le "montrer" et le "raconter" avec une prépondérance majeure des dialogues ce qui accélère la vitesse de lecture mais dépouille un peu les propos de leur profondeur.

Nonobstant (classe, hein ?), tout cela m'aurait sûrement bien plu si l'axe de réflexion avait réussi à se dégager d'une vision trop "chrétienne" du Bien et du Mal.

Au-delà de discussions que j'ai trouvé bien souvent très obscures (mais cette opacité est peut-être due, comme je l'ai indiqué ci-dessus, à des réflexions trop dialoguées et à un manque de distance), nos deux héros ne s'envisagent pas dans un monde où le Mal existerait par lui-même, sans Dieu, sans aucune autre justification que celle d'exister. Une existance sans dessein, une composante humaine qui ne se nourrit d'aucun contraire.

D'ailleurs quand l'homme dit à Satan : "Que deviendrez-vous sans Dieu", Satan lui répond "La question vaut aussi pour lui." Et l'homme de lui rétorquer : "Admettez que vous ne ferez jamais disparaitre le Créateur de l'Univers."

Cela m'a coupé la chique ! Quelle réponse parcellaire ! La question ne vaut pour Dieu que dans certaines configurations. Car dans une autre religion, comme la religion juive, la question ne se pose pas dans ces termes.

Dieu existe mais pas Satan. Le devenir du Diable n'a donc aucun lien avec celui de Dieu et j'aurais bien aimé que le représentant de la congrégation humaine lui assène cet argument. Mais visiblement pour Jean-Luc Coudray, Dieu et Diable sont indissociables l'un de l'autre et l'existence de l'un justifie l'existence de l'autre. Ce qui semble être à mes yeux une vue réductrice d'un dialogue avec le Mal que j'aurais aimé plus large, balayant ailleurs que sur les plates-bandes du Bien.

L'idée d'un choix entre deux lieux post-mortem, l'un empreint de béatitude, le Paradis, et l'autre de douleur, l'Enfer, est également une référence religieuse restreinte.

Pour clôre ce billet je vous livre un anthropomorphisme assez singulier et surprenant relevé p.71 :

"Satan renversa d'un mouvement brusque mon guéridon, éparpillant les madeleines grand-mère et les boudoirs grand-maman [...] Satan ramassa les rares boudoirs qui avaient gardé forme humaine. Il m'en proposa un et avala tous les autres."

J'ai bien cherché et la seule forme humaine s'approchant d'un boudoir que j'ai pu visualiser... euh... avec beaucoup d'imagination tout de même...














***



7 commentaires à lire:

Anonyme a dit…

Je ne voudrais pas croiser un boudoir à forme humaine. Ou alors, que ce soit un Pépit*, et je deviendrais cannibale :-) !
Vision large et excellent billet de Cogito Rebello, moi je dis.

samedi, 17 janvier, 2009
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Christine Jeanney : Ah j'aime bien quand tu dis !
Merci :) N'hésites pas à dire encore !
Le pépito diabolique, ça fait 40 ans qu'il fait pleurer les régimes et la bonne conscience :)

samedi, 17 janvier, 2009
Anonyme a dit…

Bonjour je ne t'avais pas lu depuis des mois. J'étais parti fâché en te laissant mes reproches, après que tu eus dialogué avec cette jeune écrivaine qui s'était sentie raillée (pour ma honte je ne me rappelle plus si elle s'appelle Lolita Pille ou Max Mahonney et je redoute un peu de relire ce commentaire).
C'est un vrai plaisir de te lire ton écriture est devenue remarquable.

dimanche, 18 janvier, 2009
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@theossil : Sacré théossil ! Tu te fâches pour une jeune personne dont tu ne te rappelles plus le nom ??? Goujat !
Je ne me souviens pas bien non plus. J'irai voir cela de plus près ;)
"remarquable" ! comme tu y vas ! Je suis très honorée de ce beau compliment :)
Et bien je n'ai plus qu'à souhaiter que mes articles de 2009 ne te fassent pas (à nouveau) fuir !
Welcomme back !

dimanche, 18 janvier, 2009
Manon a dit…

Critique intéressante, débat très vaste en effet sur l'interdépendance Bien/Mal mais le livre n'a pas l'air d'aller bien loin...
Lisons plutôt Olivier Clément qui vient de rendre l'âme et qui fut un grand...
Je flippe d'avoir un look de boudoir maintenant. Je vais aller faire du sport.

dimanche, 18 janvier, 2009
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Magda : c'est drôle parce que d'instinct, comme ça, je n'aurais pas tourné mes yeux vers un théologien orthodoxe... pour parler du Bien et du Mal. Un ouvrage en particulier ?

PS : j'avoue, la forme boudoir c'est assez original. Je ne m'en remets toujours pas et je cherche encore à quoi cela ressemble !

dimanche, 18 janvier, 2009
Miles Cabrera a dit…

Greaat reading your blog post

vendredi, 11 août, 2023

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