![]() Je suis franchement heureuse de vous présenter une petite merveille de livre fabriquée par un splendide écrivain. Les américains clament sans cesse "Que Dieu bénisse l'Amérique" moi je clame "Que Dieu bénisse José Saramago" qui va tranquillement sur 86 ans. Le pitch de son tout dernier livre "Les intermittences de la mort" publié au Seuil, est simple : "Au 12 coups de minuit célébrant une nouvelle année, la mort décide brutalement de ne plus frapper les habitants d'un pays. Il y a des malades, des agonisants, des comateux mais aucun décès." Et voilà, le départ est lancé sur une idée tout à fait prodigieuse que José Saramago va explorer avec une rare intelligence et de vraies réflexions. Bizarrement, et sans que je ne le sache avant la lecture de ce livre, José Saramago vient grossir les rangs de ces écrivains autodidactes qui me fascinent tant. Je dis "bizarrement" car c'est dans ces rangs là que je découvre le plus de beauté pour la langue, le plus d'originalité et le plus de poésie. A croire qu'il est nécessaire pour écrire beau d'écrire affranchi. Il abandonne le lycée et suit une formation de serrurier qu'il n'aura pas grand loisir de mettre à profit car le voilà exerçant divers métiers le plus souvent dans des maisons d'édition : son sésame. Pourtant, les choses ne se déroulent pas comme dans un conte de fée car après son premier roman Terre du péché en 1947, le second sera refusé partout ! Il lui faudra attendre 1966 avant que ne soit publié Os Poemas possiveis, un recueil de poèmes. C'est en 1976 seulement, il est alors âgé de 58 ans que José Saragamo entre vraiment en littérature. En 1992, il ose accoupler Jésus et Marie-Madeleine dans l’Évangile selon Jésus-Christ ce qui lui vaut les foudres du gouvernement portugais et le fait s'installer dans les Iles Canaries. Ca ne l'empêchera pas de dédier son prix Nobel de la littérature obtenu en décembre 1998 à son pays, le Portugal. Altermondialiste convaincu, communiste, homme farouchement à gauche, José Saramago crie haut et fort ses convictions à travers le monde. Convictions que je ne partage pas du tout et me heurtent par certains aspects de ses divers discours, mais l'objet de mon post ne repose pas du tout sur l'engagement politique et citoyen de Mr Saramago, donc no comment. En revanche, j'ai à dire sur son travail d'écrivain, sur sa créativité stylistique et esthétique, son apport dans ce que l'on nomme un récit. Visuellement tout d'abord : Ce livre ne comporte aucun paragraphe. Les dialogues ne s'habillent d'aucun guillement, juste une majuscule et une virgule. Ce qui, géométriquement parlant, équilibre chaque page de rectangles faits de lettres. En feuilletant ce roman, vous ne verrez donc que des lignes, calibrées et alignées sans espace. C'est une grotte, un sanctuaire qui ne laisse entrer que les courageux, ceux qui ont envie de percer le mystère Saramago. Les noms propres ont perdu leur majuscule ! Elle reste désormais présente uniquement après le point et pour signaler dans le dialogue, un changement d'interlocuteur. Nous ne sommes pas ici dans la lecture passive, celle qui se sirote sans engagement. José Saramago oblige le lecteur au bouleversement des codes "classiques" de lecture et pour le récompenser de cette gymnastique lui offre un splendide cadeau : une vraie leçon de littérature. Ce livre est tout simplement éblouissant. La traduction atteint ici la perfection et quand un livre est aussi magistralement traduit, il est impératif de féliciter le traducteur. Ici, il est question d'une traductrice, Geneviève Leibrich, qui offre à l'écriture et la pensée de l'auteur un écrin de cristal. José Saramago, va exploiter sur le thème de la Mort, deux histoires, entremélées certes, mais deux histoires tout de même grâce à son extraordinaire maîtrise des phrases et du rythme. Je suppose que l'âge avancé de cet auteur explique en partie ses réflexions sur la mort, son intérêt tout d'abord, mais également sa place dans la société et ses intentions puisque pour parler d'elle, J. Saramago utilise l'anthropomorphisme. C'est un livre gai, profond qui amène à une évidence que nous n'aimons pas admettre : la mort ne peut disparaitre sans laisser place au chaos. C'est avec justesse et sans aucune mélancolie que J. Saramago démontre à quel point cette autre face d'une même pièce est fondamentalement indispensable à la vie. La dernière phrase de ce livre, et plus exactement les cinq derniers mots relancent tout le livre et en amèneront plus d'un à repartir du début. Cette construction qui fait de ce livre une boucle est simplement magique en matière de trouvaille littéraire. José Sarmago nous laisse ainsi entendre que rien n'est une fin et que tout recommence toujours. Voilà un écrivain sur qui les membres du Nobel ne se sont pas trompés : un monument de la littérature ! *** Pour aller plus loin avec José Saramago : contacttv.net *** |
Retour sur le jeu Dead to Rights Retribution
Il y a 4 semaines

27 commentaires à lire:
Que dire sinon que ta critique a eu pour effet d'ajouter ce titre à la LAL (avant de pouvoir poser le volume sur la PAL puis dans un mouvement d'une logique implacable, d'en savourer la lecture).
vendredi, 09 mai, 2008Ceci étant, le nom de l'auteur m'était tout à fait inconnu jusqu'alors. Et force m'est d'admettre que je ne sais rien de la littérature portugaise.
Lacunes à combler, fissures à colmater...
@Fantomette : Et bien je suis tout à fait ravie que ce bijou ait atterri dans ta LAL... Il le vaut largement (pour ne pas dire bien).
vendredi, 09 mai, 2008:))
Saramago, c'est l'un des écrivains que je me suis promis et re-promis de lire. C'est juste qu'en ce moment, je n'en ai guère le loisir... Snif, snif et re-snif. Dans la littérature portugaise, il semble y avoir des joyaux, car c'est pas la première fois que j'entends parler d'auteurs de ce pays (en bien). Mais re-manque de temps... Ultra-snif!
vendredi, 09 mai, 2008Pour finir, une question, Dame Bon Sens: Qu'entends-tu par écrivain autodidacte? Quelqu'un qui n'a pas fait d'études littéraires? A mon avis, on est toujours écrivain autodidacte. As-tu déjà entendu parler d'un diplôme pour devenir écrivain?
Moi oui http://www.uni-leipzig.de/dll/ mais c'est assez récent et ça ne concerne qu'une minorité.
Comme Fantômette, je l'ai noté, mais je suis interdite d'achats pour un certain temps (voire un temps certain) : on verra cet été pour un transfert PALesque! :)))
vendredi, 09 mai, 2008@tico : pour faire simple, un écrivain autodidacte est (mais cela n'engage que moi) un écrivain qui n'est pas prof de lettres, pas journaliste, pas de DEA d'une quelconque spécialité littéraire, vierge de tout enseignement professoral et didactique des lettres en général.
samedi, 10 mai, 2008Mais riche de sa curiosité et de son apprentissage personnel au travers des livres des autres et des rencontres.
:)
@fashion : comme le disait le célèbre Dr House : pas de bras, pas de chocolat !
samedi, 10 mai, 2008;)
Je viens de lire tour à tour tes deux derniers billets. Autant l'avant dernier me déprimait il y a encore quelques minutes, autant il conforte maintenant mon enthousiasme à l'idée de lire José Saramango.
samedi, 10 mai, 2008Je partage assez ta fascination pour les autodidactes, en leur adjoignant aussi ceux qui viennent d'autres formations que littéraires comme Céline et notamment des arts plastiques comme Grass ou Pinget. Cette tonalité particulière de leur langue vient peut être de la continuité d'une praxis personnelle de celle-ci, quand les voies universitaires favoriseraient la coupure épistémologique entre le sujet et la langue comme objet. Des écrivains aussi bon que Oé, Coetzee ou Baker me semblent d'abord faire de la langue un objet d'intellection plutôt qu'un moyen d'action.
@theossil : Ah faut faire gaffe ! L'oscillation entre la déprime et l'enthousiasme porte un nom en psychiatrie :))
dimanche, 11 mai, 2008Tu soulèves un débat très intéressant à mes yeux sur la langue en tant qu'objet et plus précisément en tant qu'objet intellectuel. Parce que même chez les autodidactes on pourrait faire cette découpe : ceux qui s'attardent sur la langue et l'exploitent comme objet et ceux qui ne l'utilisent que comme "moyen d'action"...
Et je placerais Saramago à la lisère de ces deux catégories.
:))
Je me fais toujours la réflexion que les écrivains autodidactes sont souvent plus "visuels" que les universitaires, moins abstraits en tout cas. De là à dire qu'ils peuvent être parfois "visionnaires"... ;-)
jeudi, 15 mai, 2008Merci pour cet article, ça donne vraiment envie de découvrir l'homme et son univers de mots.
L'histoire de la Mort qui cesse un jour de faucher me rappelle quelque chose, je me demande si le thème n'avait pas déjà été abordé, mais par qui ? Ma mémoire est une passoire...
Biz, Bon_Sens ! :-)
@Sophie K : J'aime beaucoup ton idée de "plus visuel"... Cela me ramène à mon idée d'émotion "pure" ou comme le disait très bien theossil d'une langue vue autrement que comme un objet.
jeudi, 15 mai, 2008Franchement Sophie tu as peut être une mauvaise mémoire mais quel talent pour éclaircir les lanternes avec simplicité !!!
(Hahahahaha ! Merci ! Si tu voyais le mal que j'ai, chaque matin, à allumer la mienne, de lanterne, tu rigolerais bien !
vendredi, 16 mai, 2008Rebiz !)
ah bah, j'ai bien fait de passer, je viens de le terminer, et comme toi j'ai aimé (et je pense aussi que la traduction est excellente, brillante) ! je ne connaissais cet auteur que de nom, et je suis bien heureuse de l'avoir - enfin -découvert
mardi, 20 mai, 2008Saramago est un de ces auteurs qu'on aime au premier roman, tout de suite. C'est un coup de foudre constant :-)
mercredi, 21 mai, 2008Voilà quelques années que j'ai lu celui-là, et en relisant ton commentaire, je ressens exactement la même qu'il y a deux ans :-)
@amanda : J'ai effectivement été soufflée par la traductrice. C'est plutôt rare.
mercredi, 21 mai, 2008Lire le même livre en même temps, c'est drôle le hasard.
:))
@Jo ann : Ravie de t'avoir fait le coup du "emotionnal revival" :)))
mercredi, 21 mai, 2008Si vous avez aimé ce Saramago, lisez les autres car c'est le plus mauvais...
mardi, 27 mai, 2008La traduction est géniale ? Mince, vous lisez le portugais ? Quelle chance !
Pour ceux qui ne connaissent pas du tout la littérature portugaise, il faudrait au moins lire Lobo Antunes et surtout Pessoa...
Je viens de commencer "L'aveuglement" et cette note n'y est pas pour rien...
jeudi, 29 mai, 2008Une belle claque, tout en douceur, merci !
Apparemment, vous n'êtes pas obsédé de la fréquence de publication, mais je ne suis pas non plus obsédé de la fréquence de visite. En tout cas, quand je passe et quand il y a du nouveau, c'est pour constater que c'est agréable à lire.
mardi, 03 juin, 2008@Bartleby : Bien sûr que je lis le portugais ! ;=)
samedi, 07 juin, 2008J'ai dit que la traductrice était géniale parce que cela saute aux yeux... qu'il y a un gros travail de traduction pour suivre la langue de Saramago si bien...
@secondflore : Waouuuu ! Et bien merci et excellente lecture ! Faudra revenir parler de ce livre alors ! :)
samedi, 07 juin, 2008@Georges F : Merci :)
samedi, 07 juin, 2008A ma décharge, j'ai internet quand il fait beau... et encore (merci Livebox) ; j'ai un joli virus (trojan-32) qui interrompt mes connexions à loisir et pour clôturer, les touches "m" et "l" de mon ordi ont fondu !
Que du bonheur !!!
A bientôt Georges :)
Et voilà, c'est fait...
vendredi, 20 juin, 2008(quoique je n'en parle guère, au fond)
Et je glisserai là, caché dans un billet aujourd'hui balayé par l'actualité, le petit délice qu'a constitué la lecture de vos échanges avec miss Pille.
En bon spectateur-voyeur moyen, j'aurais presque envie d'une suite... Mais soyons sages, et reprenons notre cours normal (ou inventons-en d'autres)
Merci ! ;)
@secondflore : Mais tu rêves ! C'est vrai que les recoins sont nombreux ici pour se cacher, mais j'ai l'oeil sagace !
mercredi, 25 juin, 2008"Les plaisanteries les plus courtes sont souvent les meilleures" et "le mieux est l'ennemi du bien" donc "point trop n'en faut"... :)
Acheté en poche il y a peu :-) As-tu lu "L'aveuglement" ? Et "Tous les noms" ? Egalement très bon...
mercredi, 25 février, 2009Dans le genre autodidacte époustouflant : Machado de Assis, écrivain du 19e, brésilien, dont les oeuvres sont disponibles chez Métailié.
@bookomaton : merci pour ce conseil de lecture... je suis allée jeter un oeil... "Ce que les hommes appellent amour" semble me plaire... Ai je raison ?
jeudi, 26 février, 2009Les autodidactes sont ma faiblesse littéraire.
Non je n'ai pas lu ces deux autres livres de Saramago.
:)
"Dom Casmurro et les yeux de ressac", excellent !!! Lu "Quincas Borbas" il y a peu, je me suis vraiment bien amusée. Machado de Assis a une manière bien à lui de faire mouche en trois mots, une liberté de ton, un humour et une modernité qui font qu'il est toujours plus que lisible aujourd'hui. Bref, un métisse autodidacte qui a réussi à faire son trou dans le Brésil du 19e et surtout dans les lettres, ça force le respect ;-)
jeudi, 26 février, 2009@bookomaton : merci ! tu vois j'étais partie sur un tout autre titre... rien ne vaut les conseils de ceux qui ont lu avant nous :)
vendredi, 27 février, 2009Je vais me procurer ce livre !
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