Petite chronique bien étrange penserez-vous en lisant mon blog aujourd'hui car "Un nuage comme tapis", petit livre de 120 pages (à 6,51 €) traite de différents passages du Pentateuque. Le Pentateuque regroupe les cinq premiers livres de la Bible. Il est aussi appelé Torah au sens stricto sensu puisque par extension, la Torah désigne par ailleurs la loi orale (Mishnah, Talmud, Midrash...). Les cinq livres du Pentateuque sont dénommés la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome.
Bon voilà pour le cours express de religion et textes fondateurs.
Erri de Luca, auteur moult fois récompensé en France est italien. Il se dit non-croyant et cela donne beaucoup de saveur à son livre. Une certaine partialité aussi.
Cela dit, ce non-croyant consacre tout de même une heure par jour à la lecture de la Bible. Si ce n'est dans un but théologique, il est fort à parier que ce "livre" fascine Erri de Luca qui pour le décripter au plus près, a appris en autodidacte l'hébreu.
C'est sa description, sa vision qu'il offre avec modestie et talent. Beaucoup de talent. Il soulève de belles réflexions et ne peut pas laisser indifférent. Il s'est penché sur quatorze récits bibliques qu'il nous restitue sous sa lumière. Chacune de ses méditations approfondit la symbolique révélée par ces textes. Il trace de nombreuses passerelles entre l'ancien testament, le nouveau et notre statut d'homme inséré dans un monde moderne. Ce livre s'ouvre sur des introspections religieuses et se ferme sous des réflexions philosophiques. Chaque fin de chapitre se clôt sur nos sociétés telles qu'elles sont désormais, aveugles et amnésiques aux enseignements des anciens avec une sollicitude promte à engendrer de multiples questionnements.
Babel et l'intérêt d'une unicité, Jacob et la force des mots, Ruben et les relations mères-enfants, Joseph et la rationnalité ascétique de notre siècle, Josué et l'apaisante uniformité des êtres humains, Samson et l'abandon du divin, Moïse, Jésus et l'amorce du socialisme, Jonas et la volonté de protester. En prime, une réflexion sur les origines de chacun d'entre nous ainsi que sur JL Borges, qui vers la fin de sa vie, conjecturait d'un possible lien avec le peuple de l'Ecriture. Une très belle écriture, extrêmement bien traduite, donne de la pronfondeur aux réflexions d'Erri de Luca. Ses phrases sont racées, subtiles et le talent de l'écrivain est éclatant.
Ce petit livre nous pose, repose et permet presque de mettre notre âme en lévitation. Que l'on soit croyant ou non. Là est la prouesse.
Entre deux bons romans, cet intermède agile et délicat trouve aisément sa place.
Offrez-vous cet espace pour souffler.
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31 commentaires à lire:
je serais la première à laisser un commentaire ? Quelle joie pour un retour en ligne !
dimanche, 02 septembre, 2007J'ai entendu parler d'Erri de Luca, en bcp de bien. Ton post me donne encore plus envie de le lire !
Je réouvre mon blog, même si je ne suis pas sure d'avoir bcp de temps, mais le désir de partager est encore présent, donc me voici à nouveau.
@Wamanda : Et ben quel honneur !!! Tu redémarres en grandes pompes !
dimanche, 02 septembre, 2007;)
Je relis régulièrement les livres d'Erri de luca. Pourtant je relis peu, parce que les années sont courtes et les librairies bien remplies.
dimanche, 02 septembre, 2007Mais le talent du bonhomme, la modestie, oui, la justesse des mots, rien en trop, rien ne manque....
@Olga : Un grand monsieur de la plume... Je suis bien d'accord :)
dimanche, 02 septembre, 2007Eh bien, quel billet ! J'en suis presque intimidé tant ma connaissance de la Bible est sommaire (et pourtant, j'ai usé pas mal de fonds de pantalon sur des bancs d'église...). En tout cas, je note la réf, pour une prochaine occasion que j'aurai de lire au calme !
dimanche, 02 septembre, 2007La fascination d'Erri de Luca pour la Bible est fort compréhensible : il reste LE livre. Si l'on met de côté son rôle de référence religieuse (on en parlera ailleurs, si tu veux), on peut encore le lire comme un livre d'histoire, une épopée, une suite de contes.
dimanche, 02 septembre, 2007Ceci étant dit, et sans vouloir jouer les maîtres d'école, le "sens stricto sensu" risque de nous engager dans une voie à double sens un peu périlleuse (pour celui qui vient à contresens de Bon_Sens, bien sûr). Quant à décrypter, je crois que ça s'écrit décrypter.
Tiens, intéressant bouquin (je n'ai lu que des romans de Erri de Luca). Quand j'enseigne en collège aux petits 6ème, la Bible est au programme et je suis devenue au fil des années assez incollable sur l'Ancien Testament (ce que des années de fréquentation de l'Eglise ne m'avait pas apporté). Ce que tu cites m'interpelle suffisamment pour que j'aille dénicher cet ouvrage (de toute façon, ma chère Bon Sens, maintenant que tu m'as fait acheter un bouquin de Drieu, c'est fichu, je plonge systématiquement...:)))
dimanche, 02 septembre, 2007@fashion victim : Vraiment, vraiment, je conseille ce petit livre. D'abord pour les raisons mentionnées dans mon post (entre autres et surtout pour le foisonnement de réflexions très intéressantes)mais aussi parce que, vraiment, ce livre surprend.
lundi, 03 septembre, 2007C'est drôle que tu aies plus plongée pour Drieu qu'un autre ! J'ai du mettre le paquet !
@Seb : Bon c'est officiel : tu es nommé relecteur !
lundi, 03 septembre, 2007:)
La prochaine fois, je me la bouclerai !
lundi, 03 septembre, 2007En fait, pour être honnête, mon propre blog est bourré de fautes. J'ai juste eu un très court instant d'intelligence en lisant ton billet. Promis. J'en ai parfois des plus longs, des moments comme ça, quand j'écris mes romans, par exemple, mais après, ça retombe vite, tu peux me croire. Je suis un peu le Rantanplan de la littérature, pour être franc. Et je mange un plein sac de croquettes et trois boîtes de pâtée par jour. A la fin du mois, ça fera un sacré trou dans ton budget.
Alors, tu m'embauches toujours ?
D'ailleurs, j'ai moi-même écrit dans mon premier commentaire : "La Bible, il reste...".
lundi, 03 septembre, 2007Bon, mais c'est pas vraiment ma faute : y'avait justement un Dalton qui passait à ce moment là.
C'est le deuxième bouquin que tu me fais acheter, après Faber (toujours pas ouvert, mais il a pris l'air, la poétesse du mardi, c'est bibi:)). J'étais un bouquiniste dans le sud et il avait un bouquin de Drieu d'occase dans la Blanche, je me suis dit, tiens, Bon sens en a parlé et voilà, sans que je comprenne ce qui s'était passé, il était en ma possession! Il se passe des choses des fois, assez incroyables...:)))
mardi, 04 septembre, 2007Ah, le joli lapsus que j'ai fait dans mon com' : "j'étais un bouquiniste" au lieu de "j'étais chez un bouquiniste"... Hum, je vais m'allonger chez Sigmund et je reviens...:))
mardi, 04 septembre, 2007@fashion victim : Tu as raison... en lisant ton commentaire, je me suis dit "Ah bon ? Elle était bouquiniste ?" sans penser qu'il y a avait eu gourrance sur la phrase !
mardi, 04 septembre, 2007Pour Drieu de toute façon tu ne pourras que découvrir un style très particulier et de haute voltige.
Pour Faber, tu as tort de le faire traîner. Béatrice l'avait également acheté et de mémoire, elle a été fascinée. (Elle m'avait donné ses commentaires en cours de lecture).
J'adore mon marque page ! Il est actuellement au chaud dans un livre de Bohumil Hrabal (assez spécial)... Voyant mon possible abandon, Janet me fait des clins d'oeil tous les soirs sur la table de nuit.
:)
Méfie-toi de Janet : on commence par un clin d'oeil et on finit dans le lit de Morelli (ou de Ranger) (ou des deux)!
mardi, 04 septembre, 2007A peine rentre-t-on de vacances, et tu nous livres:
mercredi, 05 septembre, 2007- un scoop
- un roman pour se destresser au plus vite!
... mais moi, tu sais, j'attends toujours la photo ... hum... ;)
@Anne : Et oui, j'suis comme ça : hyper généreuse !
mercredi, 05 septembre, 2007Je vais suivre ton conseil. Quoi que des romans... j'en ai à lire à la pelle... Mais s'il est destiné à me détendre, me reposer... Ah ! Quelle joie ! Ca me détend juste à cette idée...
mercredi, 05 septembre, 2007Je ne connais pas du tout cet écrivain et j'ai bien envie de lire ces analyses sur "nos sociétés désormais aveugles et amnésiques" et puis tu as raison entre 2 livres on peut prendre l'habitude de lire quelques passages, donc je vais me l'acheter.Merci et à bientôt
vendredi, 07 septembre, 2007Comm sur ton petit billet en haut à gauche: Toulouse se couvre la tête de cendres! :-))
samedi, 08 septembre, 2007@Béa : Fabien Pelous a dit "Ces argentins, on sait pas les jouer !"... J'ai envie de lui répondre "Ben mon p'tit Fabien va falloir apprendre alors, hein ?"
samedi, 08 septembre, 2007;)
Carlos Gardel reste toulousain tout de même! Les Argentins n'auront pas le tango! ;-)
dimanche, 09 septembre, 2007@Béa : Attends Pat !!! Carlos Gardel se met au tango argentin alors même que ça mère l'abandonne pour aller vivre à Buenos Aires !!!
dimanche, 09 septembre, 2007C'est pas freudien ça ???
:)
Ces occitans sont d'une mauvaise-foi...pffff !
Bonjour ;-)
lundi, 29 septembre, 2008Tu écris "Il se dit non-croyant ", est-ce que cela signifie que tu en doutes?
@sibylline : Oui j'en doute ;) De Luca est à mon sens trop fasciné par "l'histoire religieuse" pour être un non-croyant ordinaire. Je pense qu'il cherche des réponses et quand on cherche des réponses c'est que l'on se pose des questions. Un non-croyant ne se pose pas de questions, il sait qu'il détient les réponses qui lui conviennent, à savoir : je n'y crois pas.
lundi, 29 septembre, 2008De Luca me semble douter (peut-être est-il plus agnostique que non-croyant).
Le doute est déjà une part de croyance, non ?
Mais ceci est mon interprêtation tout à fait personnelle :)
Moi, il me semble que c'est lui qui est le mieux placé pour le savoir. Il dit qu'il est athée, je le crois. Point final. C'est une chose intime. C'est lui qui sait. Je ne vois personne de mieux placé que lui pour le savoir. C'est bizarre d'ailleurs. S'il disait: "Je suis catholique" ou juif ou musulman, personne n'en douterait. ;-))
jeudi, 02 octobre, 2008@sybilline : J'ai juste dit qu'il n'était pas un non-croyant ordinaire.
jeudi, 02 octobre, 2008Il ne dit pas qu'il est athée.
Il dit :
"Je ne peux pas dire que je sois athée. Le mot d'origine grecque est formé du mot « theos », Dieu, et de la lettre « a », alpha, dite privative.
L'athée se prive de Dieu, de l'énorme possibilité de l'admettre non pas tant pour soi que pour les autres. Il s'exclut de l'expérience de vie de bien des hommes. Dieu n'est pas une expérience, il n'est pas démontrable, mais la vie de ceux qui croient, la communauté des croyants, celle-là oui est une expérience. L'athée la croit affectée d'illusion et il se prive ainsi de la relation avec une vaste partie de l'humanité. Je ne suis pas athée. Je suis un homme qui ne croit pas.
Le croyant n'est pas celui qui a cru une fois pour toutes, mais celui qui, obéissant au participe présent du verbe, renouvelle son credo continuellement. Il admet le doute, il expérimente l'équilibre et l'équilibre instable avec la négation tout au long de sa vie. Certes, il y a des jours où le croyant flanche, peu ou prou, car tel est l'enjeu de la plus difficile des vocations humaines.
Je suis un homme qui ne croit pas. Chaque jour je me lève très tôt, je feuillette pour mon usage personnel l'hébreu de l'Ancien Testament qui est mon obstination et mon intimité. Ainsi, j'apprends. Je sens que chaque jour les bouts de vie que je perds sont compensés par un mot qui vient lentement à la rencontre de mon immobilité et me réconforte par un signe d'intelligence. Tous les jours, la tête vide, je suis devant les lettres hébraïques et j’effleure en elles la distance abyssale entre leur sens et celui que je parviens à saisir. Dans tout cela je reste non-croyant, je reste quelqu'un qui lit à la surface des lettres et qui en tente la traduction selon la plus rigide obédience à cette surface révélée."
Dans "Alzaia", toujours aussi bien traduit par Danièle Valin.
Discussion passionnate ;-))
jeudi, 02 octobre, 2008Ok, pour le terme "athée", il dit néanmoins "Dans tout cela je reste non-croyant" (tu le cites toi-même), mais tu ne le crois pas. (ta réponse du 29)
@Sibylline : J'ai dit : "Il se dit non croyant".
vendredi, 03 octobre, 2008Moi j'entends par non-croyant, un homme qui ne partage aucune expérience religieuse. Or De Luca est "psychanalytiquement" intéressant dans sa déclaration de non-croyant.
Il est versé dans une langue, l'hébreu, intimement liée au religieux, intrinsèquement liée au Dieu des hébreux. J'irais jusqu'à dire qu'étudier l'hébreu des Ecritures religieuses EST d'une manière ou d'une autre une expérience religieuse.
Je trouve très clair et en même temps très obscur ceci "Chaque jour je me lève très tôt, je feuillette pour mon usage personnel l'hébreu de l'Ancien Testament qui est mon obstination et mon intimité.".
La religion est aussi du domaine de l'intimité et je conçois bien que lire la Torah (car c'est bien de cet ouvrage dont il s'agit) tous les matins est un acte intime.
Je voudrais souligner au passage, que tous les matins, les juifs pratiquants font une prière appelée "Cha'harite" et qu'à la synagogue chaque matin, on sort la Torah pour lire Dévarim 9. 25-40.
Eux aussi lisent tous les matins, l'hébreu de l'ancien testament... (et c'est bien là que je trouve l'acte de Erri De Luca assez symbolique puisqu'il reproduit un acte très religieux).
L'hébreu n'est pas une langue anodine. Elle est religieuse.
Adam, premier homme, vient de "Adama" qui en hébreu veut dire "terre".
Le prénom Jean, en hébreu Yo hanan, signifie : "Le Seigneur a fait miséricorde" ; Elisabeth correspond à l’hébreu Elishéva, la première partie du nom (Eli) signifiant "Mon Dieu"...
L'hébreu des Ecriture est une ode à Dieu. Chaque mot le souligne, l'appelle.
Du côté de la transmission de cette langue que De Luca affectionne tant, elle doit égalemement sa pérennité aux religieux. L'hébreu des écritures traditionnelles a d’abord été préservé et transmis par ceux qui se spécialisaient dans la lecture de la Loi, des Prophètes et des Psaumes pour instruire le peuple.
Boire de l'hébreu ancien au petit déjeuner ne me semble pas à moi une expérience dénuée de religiosité quand on connait la puissance et la mystique qui sont contenues dans la Torah (mystique qui donnera ensuite au XIII siècle un livre comme le "Zohar", texte kabbalistique fondamental issu des textes ésotériques de la Torah).
Vraiment, je persiste et signe, à mon sens, Erri de Luca est loin d'être un non-croyant ordinaire, à moins que de nombreux non-croyants (au même moment que les religieux dans les synagogues) lisent la Torah au réveil...
Ce qui du coup me ferait perdre mon... latin !
;)
"[...] Ainsi, j'apprends. Je sens que chaque jour les bouts de vie que je perds sont compensés par un mot qui vient lentement à la rencontre de mon immobilité et me réconforte par un signe d'intelligence."
vendredi, 03 octobre, 2008Ma pensée profonde (ça m'arrive...): Le choix des mots "apprends", "compensés", "rencontre", "réconforte", "signe d'intelligence" ne sont pas anodins et ne peuvent que laisser perplexe quant à sa non-croyance. A ... croire... qu'il le regrette et fait tout pour corriger ça. C'est à se demander si c'est une faute...
Bon... je retourne à mes calculs !
@Anonyme : C'est en effet proprement un vocabulaire qui donne à nouveau matière à réflexion : apprendre - compenser - rencontrer - réconforter...
vendredi, 03 octobre, 2008C'est en effet peut-être ça sa démarche "mais pourquoi suis-je non croyant ?"...
Je ne vois qu'une solution : que Monsieur de Luca vienne en personne nous répondre !
(I believe I can fly...)
PS : Merci de pallier à mes lacunes :)))))
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