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No brain... No pain

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A quel sein se vouer ?

lundi 23 juillet 2007

Un livre poignant est sorti en avril 2007 "Prostitué" de David Von Grafenberg. Poignant car biographique. Jusque là, me direz-vous, rien de très original et ce n'est pas de ce livre dont je veux vous parler. Mais de son éditrice : Anne Carrière. Car le fait même qu'elle soit l'éditrice de cette biographie m'a passablement surprise.
Pourquoi ?


Parce que voici ce que cette même éditrice a déclaré moult fois concernant les apprentis écrivains :

"Le premier conseil que j’aimerais donner aux jeunes auteurs est : arrêtez de confier vos misères à la plume. Les trois quarts des manuscrits que je reçois sont des psychothérapies, non des romans. Et franchement, vos petits problèmes personnels n’intéressent personne. Vous pouvez partir de vous, bien sûr, mais vous devez ensuite vous tourner vers les autres. Les lecteurs doivent se reconnaître dans votre histoire pour s’en émouvoir. Vous n’écrivez pas pour vous sinon vous ne chercheriez pas à vous faire éditer !"

Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Voilà qui illustre bien le conseil. Parce que le livre de David Von Grafenberg est tout sauf romanesque, tout sauf fictionnel. Ce n'est rien d'autre qu'une pure psychothérapie manuscrite. D'ailleurs David Von Grafenberg le reconnait aisément et ceci ne porte pas à jugement ; le bénéfice tiré d'un tel épanchement est certainement bienfaisant pour celui qui l'exhale.

Mais ne sont-ce pas des misères confiées à la plume ? N'est-ce pas là l'histoire, certes abominable, de petits problèmes personnels ? Combien de lecteurs (et je ne parle même pas des lectrices) sont capables de se reconnaître pour s'émouvoir ? Les clients de la Porte Dauphine, sanglés dans leur costume trois pièces le jour, se reconnaitront peut-être mais s'émouvront-ils ?


Bref, rien dans le discours (un brin cassant) d'Anne Carrière ne pouvait présager de cette édition.


Rien ? Bien sûr que non... C'est dans ce qu'elle ne dit pas que l'on trouve les motifs de cette décision.

De fait si vos problèmes personnels concernent le repas dominical gâché par l'enivrement éthylique de votre beau-frère, le caquetage de votre belle-mère, je confirme : tout le monde s'en tamponne.

En revanche, si vous vous êtes fait sodomiser par toute votre famille lors de ce même repas dominical, caquetage et enivrement éthylique seront du plus féroce effet. Votre belle-mère deviendra un monstre cruel et dément (à défaut d'être une vieille bique) et votre beau-frère, un abominable pervers (au lieu d'un poivrot lambda).

Autant vous dire que plus vous êtes jeune, mieux c'est. Mais tout le monde n'a pas l'opportunité d'avoir un pédophile à sa table.

C'est étonnant comme lorsqu'on saupoudre un peu de perversité par ici, un peu de folie par là, bardé de sexe hard à souhait, baignant dans une violence horrifiante, le tout dans un joli plat de porcelaine appelé Réalité, cette jolie mixture devient subitement une biographie digne d'intérêt éditorial.

Oui parce que c'est drôle mais si je vous racontais la même histoire en vous indiquant dès le début que tout ceci n'est jamais arrivé et que ce n'est que pure imagination de ma part, mon petit doigt me dit (au point où nous en sommes ce pourrait être mon majeur) que ça vous tenterait beaucoup moins.

La voilà la belle façon de s'émouvoir. En vivant de l'ignoble, du vrai, du bien dégueu par procuration.

Evidemment si rien de tout cela ne vous est arrivé, si votre vie est mortellement plébéienne n'espérez même pas être publié par... Anne Carrière.



PS : Dans le cas où vous auriez de quoi faire frémir Anne, n'oubliez pas que la psychothérapie éditée est la seule qui ne vous coûte pas un rond et peut même vous en rapporter.

***

34 commentaires à lire:

Anonyme a dit…

Un hebdo titrait récemment: le grand déballage.
Cela relève du même principe que les Loft et Secret Story. Le lecteur devient un voyeur comme le spectateur. Il regarde des choses interdites par le trou de la serrure, il se réjouit du malheur de l'autre et il s'en excite. Jusqu'à présent, on était prié d'assouvir en secret ces tendances perverses. C'est fini: le voyeurisme est complètement légitimé et, d'ailleurs, les gens sont stupéfaits désormais quand on refuse de leur donner des informations personnelles. M'enfin!!!!A la télé les gens racontent leur vie!!! Pourquoi pas vous?
Je crois que ça marche parce qu'au fond, les lecteurs spectateurs savent bien qu'ils ne devraient pas le faire. On ne doit pas regarder par le trou de la serrure. Oh, oui, mais c'est trop cool!
Peut-être le balancier reviendra-t-il dans l'autre sens? Mais faudrait lutter ferme contre la culpabilité judéo-christiano-américaine qui nous a envahis!

lundi, 23 juillet, 2007
Anonyme a dit…

(Seriez-vous en train d'insinuer, Dame Bon sens, que les éditeurs, dont les raisonnements sont des anguilles, peuvent se muer en maquereaux ?)

Plus sérieusement - depuis queques années, l'édition n'est plus la seule psychothérapie de groupe ; il y a les blogs - certains cercles de la blogosphère me font parfois penser à une sorte de psychothérapie collective...

lundi, 23 juillet, 2007
In Cold Blog a dit…

L'"Affaire" JT Leroy aux Etats-Unis est très symptomatique de cette nouvelle "tendance" littéraire il me semble. (http://www.tetu.com/rubrique/infos/infos_detail.php?id_news=10314&date_info=2006-10-06)

lundi, 23 juillet, 2007
Anonyme a dit…

Un grand philosophe français né en 1939 et mort en 1988 avait déjà inventé en 1986 la psychanalyse qui remplit les poches au lieu de les vider : il avait en effet eu l’idée de déballer son sac sur une scène de théâtre plutôt que sur un divan. Et il annonçait clairement ce double objectif (enrichissement personnel + grand nettoyage de l'esprit), dès le début de son spectacle, et remerciait ensuite son public par ces mots empreints d’une délicate tendresse : « Vous savez ce que vous êtes, tous là? Vous êtes des voyeurs. Et des voyeurs qui paient pour voir un exhibitionniste, c'est petit. »
Ainsi, les écrivains et blogueurs actuels n'innovent pas vraiment. Et rares sont ceux qui me font autant sourire que Pierre Desproges. Heureusement, "rares", ça veut dire qu'il y en a quand même ; mais je ne donnerai aucun nom, pour ne pas passer pour un fayot...

mardi, 24 juillet, 2007
Anonyme a dit…

Intéressant comme tout, on est effectivement dans le grand déballage de l'intime, oui. Je reste quand même assez circonspecte (évidemment, je n'ai pas trop envie de lire ce livre, renifler les culottes du monde n'a jamais été mon kif, comme disent les d'jeuns, ha ha !) car je crois que tout dépend du talent du conteur.
Après tout, Nana de Zola déballait déjà, en les dénonçant, les travers de la société en appâtant le lecteur avec la vie d'une prostituée. Mais il faisait oeuvre de fiction, ce n'était pas une autobiographie, ni une auto-fiction .
Là - faisons comme quand on était petits - on dirait que ce serait Nana qui raconterait sa propre histoire. Bon. Soit c'est écrit avec talent, et c'est poignant, soit c'est la litanie d'une victime, certes unique (toutes les victimes le sont, je parle sérieusement) mais sans talent autre que de mettre en lumière ses avanies façon liste de courses, et c'est pathétique parce que , oui, cette victime fait de nous des psys à la gomme et des voyeurs. Le pire: des voyeurs lassés, qui commencent à avoir trop lus d'histoires à vomir.
En même temps, c'est un témoignage sur une époque, et il faut se souvenir que jadis, il n'y a pas si longtemps, la victime (l'esclave, quoi !) ne pouvait dénoncer l'horreur vécue à un monde hypocrite...
Question très difficile, donc !

mardi, 24 juillet, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Béa : Je pense que cette tendance exhibo/voyeur est en chacun de nous dans des proportions très différentes que l'on place le curseur près de la normalité ou près de la pathologie (sur le long continuum des affects). Cela étant, ça ne me gêne pas que les gens expérimentent leurs fantasmes de façon inoffosensive au travers de lectures. Mais la course au plus crade, au plus abject, au plus sensationnel me fait un peu peur... Car à force de "massifier" des comportements déviants ou hors normes, on risque de les banaliser. C'est en cela que les éditeurs m'effraient.
:)

mardi, 24 juillet, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@secondflore : La thérapie ne me dérange pas. Qu'elle soit d'ordre exhibitionniste sur un blog ou un livre, ne me pose aucun problème. Je ne juge pas les gens qui d'une façon ou d'une autre essaie de se guérir. Ca n'est pas à moi de définir si la façon est appropriée et efficace.
En revanche, je pense en effet que les éditeurs sont des fossoyeurs de perversions sexuelles ou autres. Le sang et le sexe les mettent en appétit. Il y a un p'tit côté proxo chez certains éditeurs :)

mardi, 24 juillet, 2007
Anonyme a dit…

Houlà ! Merci pour le tableau, Bon-Sens :-))))
Chuis toute fière et j'ai la banane...
Baisers !

mardi, 24 juillet, 2007
Anonyme a dit…

Houlà ! Dirais-tu d'Anne Carrière que c'est une maquerelle ??? Je ne suis pas certaine qu'elle soit très contente de la comparaison. En revanche, je suis d'accord avec toi, le déballage tel que tu le décris semble malsain. Mais, quelque soit l'histoire, vraie ou non, ne crois-tu pas que ce soit le style, la façon de raconter qui importe ? N'est pas Julien Green qui veut !

mardi, 24 juillet, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Incoldblog : Absolument !
Je n'avais pas pensé à cette histoire qui illustre totalement mon propos. Merci incoldblog !
D'ailleurs sur le lien que tu m'as donné, j'ai relevé cette phrase : "Le style de l'œuvre de JT Leroy avait été unanimement reconnu(e) pour son authenticité et pour la description très crue de la vie quotidienne d'un jeune prostitué.".
Voilà c'est dit : authenticité et description du vécu.
Elle avait bien compris, que si elle inventait une histoire, le succès risquait d'être très modeste. Si elle racontait que c'était du vécu, alors là, le succès serait au rendez-vous.
Anne Carrière a repéré elle, un vrai JT Leroy ! Que du bonheur !Comme quoi mon petit doigt me souffle souvent des choses sensées :))

mardi, 24 juillet, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Anne-Sophie : Il y a une grosse méprise sur le sujet de mon billet.
Le sujet était le paradoxe sur ce que dit Anne Carrière et sur ce qu'elle publie. En cela j'ai relevé le vide qui consistait à dire "Votre vie n'intéresse personne sauf si... vous avez braqué 10 banques en 1 week end, sauf si vous avez bouffé votre petite soeur parce que votre mère vous affamait etc... "
Je n'accuse pas Anne Carrière de surfer sur une vague financière qui se présente à elle. D'ailleurs pour avoir vu David Von Grafenberg, ce type est très émouvant et son écriture plutôt belle. J'imagine qu'elle a été touchée par le personnage. Je ne décris Anne Carrière comme une maquerelle sans coeur. J'ai parlé de "certains éditeurs" ; je ne la visais pas spécialement.
Je dis qu'elle omet de dire, quand elle met en garde les apprentis écrivains sur le peu d'intérêt que présentent leurs problèmes, que si ces derniers sont explosifs, alors ça vaut le coup de les publier.
Et de fait cette surenchère de "vécu pathétique" pose ensuite beaucoup d'autres questions, plus sociétales et psychologiques (mais cela n'était pas forcément le sujet de mon billet).
Voilà ma chère Anne-Sophie :))
T'ai-je remercié pour le Richard Millet ?

mardi, 24 juillet, 2007
Anonyme a dit…

JE LE SAVAIS!!!!! J'essaye pourtant depuis des années d'être une âme torturée digne d'être publiée... rien à faire, mon mari s'accroche et je coule des jours heureux ;-)) Chienne de vie! Pourtant je ne peux m'empêcher de penser que les romans, les histoires ls plus fortes ne naissent pas de l'expérimentation mais de l'imagination. La folle du logis dépasse en puissance d'évocation tous les nombrils réunis! Bon permettez quand même que je file me scarifier un peu le bras : Anne ma soeur Anne ne me vois tu point venir??

mardi, 24 juillet, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Sophie K : Ton tableau est impecc dans mon décor !!!!
Je pense que David Von Grafenberg écrit plutôt bien, voire même bien mieux que certains écrivains confirmés.
Incoldblog a parfaitement illustré le débat en citant l'affaire JT Leroy.
L'imposture pour que la misère ait l'air crédible pour qu'en bout de course les ventes soient énormes.
Le discours ambiant des éditeurs est récurrent :
"Votre vie n'intéresse personne !!! Arrêtez de nous envoyer vos mésaventures quotidiennes, arrêtez de prendre l'écriture pour une thérapie !!!"
C'est ce discours que j'attaque.
Ils sont malhonnêtes et ne disent que la moitié de la vérité.
:))

mardi, 24 juillet, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Linaloca : Dear Lina, ma givrée préférée ! Tu as tout dit. Ton ménage heureux, ton mari aimant... Tout cela ne va pas booster tes ventes !
Les scarifications quotidiennes d'une femme au foyer... avec ustensiles ménagers of course... Ca, ça peut le faire ?!:)

mardi, 24 juillet, 2007
Anonyme a dit…

Article très intéressant! J'avais déjà repéré ce livre, mais rien que le titre m'a éloignée... Ca sentait le racolage et les pleurs dans les chaumières à dix km...
Ca m'énerve aussi beaucoup cette façon de s'adresser aux plus bas instincts de l'homme (ne serait-ce que par le titre), les justifiant par le prétexte de l'art. (je ne suis pas claire, je le sens)

mardi, 24 juillet, 2007
Anonyme a dit…

Ma belle-mère et mon beau-frère ne sont hélas pas sodomites... Quel dommage !

mardi, 24 juillet, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@célinevixen : Si tu es claire Céline... (phrase alambiquée !).
Moi en revanche, j'ai plongé tout le monde dans un gigantesque hors-sujet. Je n'ai pas attaqué l'auteur mais le volte-face de l'éditeur (qui reprend d'ailleurs le discours de tous les éditeurs).
:)

mardi, 24 juillet, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Bartleby : Ton immense future carrière vient de s'éteindre !

mardi, 24 juillet, 2007
Anonyme a dit…

Je comprends parfaitement ce que tu veux dire. Nénmoins, il est des maisons qui veulent vendre des livres de ce type et qui se font des sous comme ça. La pochette est souvent racoleuse et le titre provocateur. POur être franche, ça me fait fuir. Certaines personnes aiment lire les trémoignages, d'ailleurs Anne Carrière dit aimer ce genre de livres (émotion, récit de vie, etc. C'est le paradoxe, mais elle l'assume aussi). Moi, je n'aime pas... mais je comprends que certaines personnes, l'instar de films trash, aiment ça... Te souviens-tu de ces livres qui faisaient fureur auprès des ados : "Moi, Christiane F, 13 ans,droguée, prostituée...". (les points de suspension laissant ente dre bien des choses encore). C'était un carton ! Et bien des jeunes ne lisaient que ce type de livres parce qu'ils s'y "reconnaissaient";en grandissant, ils continuent à lire ce type de récits...

mardi, 24 juillet, 2007
Anonyme a dit…

Deux choses à dire là-dessus.
En ce qui concerne Anne Carrière, elle ne fait que ce que font les chefs d’entreprise du monde entier (et oui même la littérature est une entreprise….), c'est-à-dire retourner leur veste ou naviguer selon le sens du vent. Bon elle se contredit, comme nous tous je crois, à un moment ou à un autre, de toute façon il reste la fameuse phrase « il n y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis » que l’on peut mettre à toutes les sauces….et retomber sur ces pieds grâce à une pirouette qui je le conçoit est parfois inélégante.

Pour ce qui concerne, l’autofiction, le récit, la névrose ou tout ce que vous voulez, nous racontons tous ce qui sort de nous, soit de façon basique avec un récit tout simple ou avec des strates, des déguisements, des caches et des leurres. Le fait est quand même que les éditeurs préfèrent le sensationnel à des névroses toutes simples car l’accroche est plus facile. Cependant si on parle de littérature, la forme est aussi importante que le fond et un récit des plus terribles atrocités sera toujours moins percutant que la vie simple écrite sublimement

mercredi, 25 juillet, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Bartllebooth : Ca faisait longtemps ! Le rocher est-il toujours à sa place ?
Suite à ton commentaire je rebondis sur la réflexion du roman.
Albert Thibaudet, grand critique littéraire du XX ième siècle, formulait ce qui distingue du pseudo-romancier adepte de l'autofiction directe, le romancier créateur de ses personnages de la façon suivante : "le romancier authentique crée ses personnages avec les directions infinies de sa vie possible, le romancier factice les crée avec la ligne unique de sa vie réelle... Le génie du roman fait vivre sur le possible, il ne fait pas revivre le réel."
Gaston Bachelard a également l'a également défini : "Parler, écrire ! Dire, raconter ! Inventer le passé ! Se souvenir la plume à la main, avec un souci avoué, évident de bien écrire, de composer, d'embellir pour être sûr que l'on dépasse l'autobiographie d'un réel advenu et que l'on retrouve l'autobiographie des possibilités perdues, c'est-à-dire les rêves mêmes, les vrais, les rêves réels, les rêves qui furet vécu avec complaisance et lenteur. L'esthétique spécifique de la littérature est là. La littérature est une fonction de suppléance. Elle redonne vie aux occasions manquées".
Pour finir Milan Kundera : "Les personnages de mes romans sont mes porpres possibilités qui ne se sont pas réalisées. C'est ce qui fait que je les aime tous et que tous m'effraient pareillement. Ils ont, les uns et les autres, franchi une frontière que je n'ai fait que contourner. Ce qui m'attire, c'est cette frontière qu'ils ont franchi (la frontière au-delà de laquelle finit mon moi). De l'autre côté commence le mystère qu'interroge le roman. Le roman n'est pas une confession de l'auteur, mais une exploration de ce qu'est la vie humaine dans le piège qu'est devenu le monde".

Conclusion, le roman est une alchimie entre la confession et l'invention. Et je ne suis pas certaine que la forme soit aussi importante que le fond. A mon sens, le fond doit lui être supérieur ce qui n'empêche pas une écriture grandiose.
:)

mercredi, 25 juillet, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Anne-Sophie : Je me rappelle très bien en effet la sortie de ce livre qui est le recueil de deux journalistes Kai Hermann et Horst Rieck, qui au départ ne voulaient pas faire un livre mais simplement collecter des témoignages sur la désoeuvrance des jeunes allemands.
Cela dit tu as relevé le mot qui a déclenché mon post : paradoxe.
C'est bien à la suite de ce paradoxe que j'ai écrit cet article. Parce que ce paradoxe là conduit forcément à la situation que j'ai tenté de décrire : votre vie est publiable si elle est hors norme. Le hic, c'est qu'hors norme en grâce et bonheur, ça n'intéresse personne. Donc reste hors norme gore et douloureux. Ce paradoxe m'agace car il faut appeler un chat, un chat. Et plus on publie du sensationnel, plus on pousse au crime, à savoir de fausses biographies (et je renvoie à nouveau à l'affaire JT Leroy qu'Incoldblog avait très judicieusement pointée).
:)

mercredi, 25 juillet, 2007
Anonyme a dit…

le rocher est toujours en place te j'avais disparu en vacances dans la région du rocher. En ce qui concerne le fond et la forme je suis d'accord le fond est plus important mais c'est un équilibre instable et mouvant qui n'a pas de ligne fixe. cela me rappellle une citation de jim Harrison dans thérie et pratique des rivières il me semble que je vais rechercher ce soir (oui désolé j'écris de mon travail et héla ma bibliothèque est loin de moi) je reviendrai demain mettre cela si je trouve à bientôt

mercredi, 25 juillet, 2007
Anonyme a dit…

Pourquoi le fond serait-il plus important que la forme ? Je ne dis pas qu'il faut que la forme prenne le pas sur le fond (ouh là là, loin de moi de si viles pensées !) : je pense plutôt que tout romancier doit s'appliquer pour que fond et forme soient beaux, riches, consistants (liste non exhaustive). C'est en tout cas ce qui fait un grand roman. Sinon cela veut dire que si l'un ou l'autre des griffonneurs pathétiques actuels (je n'ai pas dit de nom !) réécrit "L'Etranger" avec son propre style ce sera aussi réussi que ce qu'a fait Camus. Dans ce cas-là, on peut aussi en faire un dessin animé japonais.
PS : pour Bon_sens, c'est schön la "désoeuvrance", mais c'est une taille en dessous ou une taille au dessus par rapport à "désoeuvrement ?

jeudi, 26 juillet, 2007
Anonyme a dit…

j'ai retrouvé la citation de J Harrison tirée de Lointains&ghâzals

Mieux vaut un poème qu’une patte de dinde sanguinolente dans votre boite à lettres. Peu des gens vous diront le contraire. Robert Creeley déclara un jour paraphrasant en partie Olson : « la forme n’est jamais davantage qu’une extension du contenu. » . C’est juste et sage. Nous choisissons ce qui nous sied et préférons ne pas porter ce qui nous va pas .n’essayer pas d’enterrer un cheval dans un cercueil humain, même si vous adoriez le cheval, ni de coller quelque merveilleux papillon muet, de jour ou de nuit, dans une caverne humide. Jed déteste ce mot, mais la forme doit être une révélation organique du contenu ; sinon le poème, aussi vivant soit-il , nous donnera une impression de frelaté,de fabriqué- un exercice élégant , un travail de crochet , une pâle broderie.

jeudi, 26 juillet, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Seb : Ah oui, oui !!! Trop drôle ! Ca fait deux fois que j'invente des mots (certaine qu'ils existent) et finalement ce sont des mixes de deux mots...
Voilà une des fabuleuses ratées : la création de mots qui n'existent pas.
J'ai du faire un mix entre "errance" et "désoeuvrement".
J'avais avant un autre mot de ma composition (que je croyais de toute bonne foi être dans le dico) c'était : commansuétude. Un mix de Commisération et mansuétude. Idem ! C'est mon amoureux qui m'a regardé avec une tête bizarre en me disant "T'es sure que ça existe ?"
Je vais en disséminer un peu partout et les plus futés les retrouveront ! Bravo Seb :))

jeudi, 26 juillet, 2007
Anonyme a dit…

Bravo à toi pour ton inventitude !
Avec l'explication (errance + désoeuvrement) le mot que tu as créé devient deux fois plus beau : il l'était sur la forme, il le devient sur le fond.

jeudi, 26 juillet, 2007
Anonyme a dit…

C'est un Ernest von Grafenberg qui a découvert l'existence du fameux "Point G", grand-père, grand-oncle ??? Hors sujet ? Ok, je sors, mais plus sérieusement sur la mythophobie ambiante j'avais pondu une note il y a quelques mois sur la mésaventure JT leroy et consorts, car le phénomène ne se limite pas à ce cas d'espèce et pour aller dans le sens d'Incoldblog

http://mikaelhirsch.typepad.fr/omicron/2006/08/le_palais_des_i.html

jeudi, 26 juillet, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Mikaël : C'est pas commun comme nom Von Granfenberg... Ca doit être la famille... Comme quoi l'héritage intellectuel ne s'est pas passé correctement !

PS : Ben quoi ???

jeudi, 26 juillet, 2007
Anonyme a dit…

Bonjour Bon sens !
Je ne commente pas ton billet, je ne l'ai pas lu !
Je passe juste dire bonjour. Oui, je n'ai plus le temps de surfer en ce moment. Boulot boulot la journée, famille le soir, copains le we, plus un gros rôle dans une pièce. Du coup j'ai fermé mon blog (sur un coup de tête : je ne parlai plus de livre car je n'ai même plus le temps de lire, je passe une bonne partie de mon temps libre à apprendre mes scènes et à répéter).
Bref, j'espère que tu vas bien, et je suis contente de voir que ton blog marche !)
Amicalement, je passe parfois vite, et la prochaine fois je lis ton billet !

samedi, 28 juillet, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@WAMANDA : Merci d'avoir donné de tes nouvelles car je ne te cache pas que je me demandais bien ce qui avait pu t'arriver (fashio-victim aussi d'ailleurs cherchait à comprendre).
Donc il ne t'est arrivé que du bon ! Et tu m'en vois ravie !
Je suis tout à fait d'accord avec toi, un blog demande du temps libre. Tu as des choses passionnantes à faire, il est donc normal que la vie prenne le dessus. Ce devrait tout le temps être comme ça d'ailleurs. Je suis heureuse que tu aies un vrai bon gros rôle à potasser. Tu n'es pas obligée de lire mes billets, juste le fait de passer est déjà très sympathique. Tu me donneras des indications sur ta pièce que je fasse un peu de pub ici :)
A bientôt :)))

samedi, 28 juillet, 2007
Anonyme a dit…

Ouh ben dis voir, ça donne po envie ça ! Après Festen on pensait que y'avait pu rien à filmer ou à écrire, quand même, pi si ... bizarrement ça me renvoie une fois encore à Bretecher (quelle nana !) faisant dire à son Agrippine "elle m'enerve cette pouffa elle est tout le temps en train de t'expliquer qu'elle est plus malheureuse que toi". Bon ben chu contente je viens d'économiser ... le prix de ce livre. Dans quoi vais-je investir ???

dimanche, 29 juillet, 2007
Anonyme a dit…

Le billet est peut-être vieux, mais juste un truc, quand même...je trouve qu'on emploie trop souvent le mot psychothérapie à tort et à travers pour évoquer un témoignage. ce genre de "littérature" :

-n'a pas l'"effet" d'une psychothérapie sur son auteur.
-ne constitue en rien une psychothérapie, au regard du fond comme de la forme.

je comprends bien que le mot en question, utilisé ici, l'est à but d'illustration...mais bon...dans ce cas, énormément de véritables romans peuvent nous amener à effectuer la même comparaison, y compris s'il s'agit d'écrits fictionnels... ;)

mardi, 29 juillet, 2008
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Anonyme : Les billets ne vieillissent que si on les oublie :=)
Je suis plusque d'accord avec toi. Une psychothérapie au sens strict du terme n'a rien à voir avec écrire en se soulageant... Les effets doivent également être différents.

samedi, 09 août, 2008

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