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One Shot

No brain... No pain

Nos amis les ricains

Jorge Luis Borges, aveugle mais pas trop.

lundi 7 mai 2007

Borges aurait sans aucun doute aimé la rage que déploie sa veuve pour contrôler son oeuvre. Parce qu'une femme qui devient tigresse, seule contre tous, c'est exaltant, non ?
Monsieur Passouline trouve totalement absurde et scandaleux sa main mise et son choix financier pour rééditer les oeuvres complètes de feu son époux. Une polémique a fait rage sur son blog quant à savoir si Maria Kodama (Mme Borges) avait le droit moral, raison ou pas de stopper la réédition des oeuvres complètes de son époux aux éditions La Pléiade.

Arguments lancés pour diaboliser cette veuve : 40 ans de moins que Borges - séductrice - manipulatrice - légataire universelle de l'oeuvre de Borges.
Etonnant que tout ce petit monde ait à ce point pris Borges pour un crétin, affaibli et diminué...
Je pense qu'il aurait hurlé à lire ces commentaires qui font de lui un vieillard lobotomisé, articulé par une jeune femme cynique et sans scrupule.
On a la femme qu'on mérite... Voilà ce qu'aurait du méditer la bande de loups hurlants qui rôdent autour de la République des livres.
Pourquoi Borges n'a-t'il pas légué l'ensemble de son oeuvre à une fondation ou une bibliothèque (comme le fit Leibniz à la Bibliothèque Royale de Hanovre) ? Peut-être parce que Borges avait confiance en Maria Kodama, partageait son point de vue sur la façon de gérer ce patrimoine littéraire ? Peut-être que la tête pensante n'était pas celle que l'on suppose et qu'un vieillard même malade est plein de ressources... D'autant que Maria Kodama n'a pas fréquenté Borges durant les dix derniers jours de sa vie mais bien durant ses dix dernières années. Ce qui me semble amplement suffisant pour décider si elle ferait ou ne ferait pas une héritière borgésienne digne de ce nom.
Et tout en n'étant pas fan de Borges, je lui reconnais cette lucidité de pouvoir et de savoir décider de qui saurait gérer son oeuvre après sa mort. Il se trouve qu'après dix années de réflexion, Monsieur Borges a décidé que ce serait Maria Kodama, que cela plaise ou non.
Pauvre Borges, encensé comme écrivain génial puis ramené au rang d'amibe impotante presque dans la même phrase !
Et il faut que ce soit des gens comme moi, n'aimant pas la conception stucturelle et formelle de son écriture pour lui rendre la dignité de ses choix !

Laissons donc tomber ces dicussions vides de sens et surtout de bon sens car dans tout choix amoureux, la conclusion qui s'impose est souvent la plus laconique : "Non mais, de quoi j'me mêle ???"
Jorge Luis Borges n'a écrit aucun roman.
C'est un point à relever car la littérature sud-américaine se caractérise souvent par une production de "gros" romans, riches et colorés.
"Délire laborieux et appauvrissant que de composer de vastes livres, de développer en cinq cents pages une idée que l'on peut très bien exposer oralement en quelques minutes."
Et vlan ! Voilà pour les oeuvres que beaucoup ont mis des années à construire... pardon, à délirer si j'entends bien J.L Borges.
J. L Borges avait une antipathie pour le moins constante pour tout ce qui touchait à notre beau pays. Il n'a jamais aimé Paris à qui il a préféré la snob Genève et notre langue lui inspirait une certaine nausée : "La langue elle-même est à mon avis plutôt laide. Les choses ont tendance à paraître triviales quand elles sont dites en français".
Et oui n'en déplaise à certains, Borges était francophobe !
C'est à cela que nous mesurons notre immense capacité à pardonner puisque Borges est tout de même devenu illustre dans ce pays qui lui déplaisant tant, par l'entremise d'un français (Roger Caillois) à qui il a tout de même reconnu devoir sa célébrité non seulement en France mais également chez lui, en Argentine !
Borges n'a pas toujours été borgesien ! En 1930, il écrit "Evaristo Carriego" et décrit avec force et chaleur la vie d'un poète de tangos des bas-fonds de Buenos Aires.
Mais dès 1936, Borges entre dans sa Babel, décide de placer à un niveau supérieur l'art de raconter : raconter un non-récit ! Le système littéraire borgésien est installé : inventer une planète fictive, commenter un livre qui n'existe pas, citer un écrivain imaginaire, réinventer la conception de l'univers, enlever le sens qu'ont les choses de la vie, leur ôter leur signification, entrer dans une cacophonie intellectuelle sans repères pré-établis.
Cela n'est pas sans rappeler Kafka... précursseur du borgesisme ?
Si Borges tenait tellement à rendre la réalité extérieure impensable était-ce pour nous rappeler qu'elle transcende toujours les représentations que nous pouvons en faire ?
Si oui, alors l'allégorie platonicienne de la caverne est à mon sens moins... obscure.

Cela dit parlons de la seule nouvelle que j'ai hautement appréciée dans le recueil intitulé "Fictions" et qui s'intitule : Le miracle secret
Et oui à force de vouloir m'emmener dans un labyrinthe d'absurdités absconses, je me suis perdue et n'ai retrouvé mon souffle qu'à la lecture de cette nouvelle qui était au préalable insérée dans un recueil intitulé "Artifices" ("Artifices" et "Le jardin aux sentiers qui bifurquent" ont été réunis sous un seul recueil : "Fictions").
Malgré des pages que D. Fernandez qualifie de "tarabiscotage exsange", j'ai trouvé ma pépite !
Et oui, Fictions fut ma roche dure et aride qui ne donne rien sauf ... "le miracle secret".

Le fond : belle imagination, réelle trouvaille pour parler du temps qui passe. Car pour évoquer ce temps qui fuit, Borges va le figer pour mieux le décortiquer.
Difficile de vous en parler sans rien vous dévoiler... Car je répète haut et fort qu'une nouvelle ne doit jamais être dévoilée ; tout est dans la chûte.
Il n'empêche que ce traitement du temps et de l'espace (car il en est aussi question) est assez prodigieux. Dans un genre tout à fait différent mais avec une manipulation spacio-temporelle tout aussi époustouflante, je vous recommande plus que chaudement "L'étrange histoire de Benjamin Button" de Scott Fitzgerald.

La forme : difficilement critiquable. L'écriture est impeccable. Précise sans être sèche. Les termes qui suggèrent une temporalité omniprésente abondent : horloge, infini, éternité, aube, délai, etc, etc... Peut-être trop parfois...

Nous sommes donc à Prague, en 1939, le 19 mars. Les troupes nazis sont entrées quatre jours auparavant et pour la capitale tchécoslovaque six longues années d'occupation, d'oppression, d'assassinats et de souffrances commencent...
Jaromir Hladik est arrêté sur dénonciation : il est juif. Il est aussi et surtout un auteur qui a traduit le sepher yezirah (un des textes centraux de la Kabbale). Il sera donc condamné à mort.

Voilà... Je n'en dirais pas plus.

Je trouve J.L Borges aveugle (ceci n'est pas un jeu de mots) quant à ses critiques défavorables sur la richesse imaginative du roman, sa luxuriance textuelle (élément qui provoque chez beaucoup un réel plaisir) néanmoins je le trouve cohérent. Il est en effet capable de déclencher le même plaisir dans une histoire d'une dizaine de pages et d'y imprégner le même enthousiasme, la même force du souvenir : cette courte histoire vaut sans nul doute un long roman.


22 commentaires à lire:

Anonyme a dit…

J'ai lu "Fictions" il y a très longtemps, et je me souviens juste ne pas avoir aimé (trop abscons,sans histoires). Je vais de ce pas relire cette nouvelle et je reviens en parler...

lundi, 07 mai, 2007
Anonyme a dit…

Oui bon ça va pas être possible : je croyais avoir le bouquin mais ça m'avait tellement pas plu que je l'ai revendu...

lundi, 07 mai, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

¤ Fashion : Yé né soui pas étonnée ! Borges, c'est très ardu. C'est fait pour en même temps. Ainsi une certaine élite intellectuelle peut se targuer "d'adoooorer" ce qui nous rend encore plus stupides de n'avoir rien compris ! Borges n'est pas une lecture démocratique ! Je te recommande donc encore et encore, "L'étrange histoire de Benjamin Button" qui est un bijou. Cette nouvelle est dans le recueil "Les enfants du jazz" de Scott Fitzgerald.
PS : Mais quelle business girl ! Récupérer ses sous sur un livre décevant, chapeau !!!

lundi, 07 mai, 2007
Anonyme a dit…

Je note le titre de Fitzgerald (je suis pas grande fan en règle générale, mais sait-on jamais ?). Oui, je suis comme ça, une vraie femme vénale : je revends régulièrement les livres que je n'ai pas aimés et dont personne ne veut dans mon entourage (parce que je commence d'abord par proposer de donner dans ma grande générosité:)) et puis des fois on ne veut même pas me les racheter chez Djaïbeurt ! rhalala, le vie est dure, parfois...

mardi, 08 mai, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Bon sens ne saurait mentir a dit…

¤ Fashion : Je viens d'apprendre que Brad Pitt vient de finir le tournage du film adapté de "L'étrange histoire de Benjamin Button". Je suis scotchée qu'une adaptation ait pu être faite ! En attendant, mon petit doigt me dit que désormais tu vas beaucoup aimer Scott Fitzgerald ;))

mardi, 08 mai, 2007
Anonyme a dit…

:)
Désolée de te décevoir mais je n'aime pas Brad Pitt (quelque chose à voir avec ses petits yeux je pense et le fait qu'il joue souvent mal, à mon sens et puis c'est bien comme ça je le laisse aux copines, je me sens hyper altruiste). Je pense faire un billet sur les sexy actors, d'ailleurs (car il n'y a pas que la littérature dans la vie:))...

mardi, 08 mai, 2007
Anonyme a dit…

Bon sens, je découvre ton Blog grâce à ton post chez moi, et j'aime beaucoup la façon décomplexée (pardon pour ce qualificatif modeux) que tu as de parler d'auteurs encensés par l'élite (en fait d'élite, je crois qu'il s'agit d'ailleurs plutôt de ces "demi-habiles" dont parlait Pascal, la pire espèce, quoi!)

Fashion Victim: ben moi non plus, je suis pas fan de Brad Pitt (il m'a quand même beaucoup fait rire dans son costume d'Achille ... comment ça, c'était pas le but?). En revanche, Léonardo ... (et beaucoup plus maintenant que du temps de Titanic!)

mardi, 08 mai, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

Bienvenue Anne !!! Et merci :)
Oui l'élite aime encenser des écrivains incompréhensibles uniquement pour justifier son appellation et sauvergarder ses privilèges. Car il faut bien le dire, Jules Ferry l'a quelque peu bousculée (mais ça c'est une autre histoire : voir le futur post que je n'ai toujours pas fini d'écrire et que Fashion attend fiévreusement).
Leonardo a encore un visage trop poupin à mon goût !

mardi, 08 mai, 2007
Anonyme a dit…

bon, je ne veux pas mourir idiote, donc je vais le commander, pour me faire ma propre opinion. Et si ça ne me plait pas, je le revendrai début juin, car je fais un vide-grenier (oui, je vais y vendre des livres, ceux que je n'aime pas...).
Même avis sur Brad Pitt, trop lisse pour moi. Hormis Georges Clooney, j'aime bien Sean Pean ou Kevin Spacey...

vendredi, 11 mai, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

¤ Wamanda : Je crois en effet que cela vaut une opinion personnelle.
Si tu veux faire une liste de livres à vendre, je la publierai sur mon blog. Il faudra y donner ton email pour que les gens te contactent (pour les invendus du vide-grenier par exemple :))

vendredi, 11 mai, 2007
Anonyme a dit…

bon sens, merci pour ta proposition. Je vais essayer d'écluser un peu mes "bons à vendre", puis ensuite je chercherai sans doute une association à qui donner ceux qui ne seront pas partis.
D'ailleurs, si quelqu'un connait une assoc qui prend les livres, faites le moi savoir !

samedi, 12 mai, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

Tu peux les déposer dans une maison de retraite près de chez toi. Cela fera toujours des heureux :)

samedi, 12 mai, 2007
Anonyme a dit…

Au sujet de la polémique sur Borgès et sa femme, Pierre Assouline ne lâche pas le morceau ! L'as-tu écouter sur l'Académie des blogs ? Il en fait vraiment une obsession... Et j'avoue ne pas bien comprendre l'intérêt qu'il tire de cette affaire...

samedi, 12 mai, 2007
Anonyme a dit…

J'aterris là via le blog d'Anne.
J'ai beaucoup aimé Fictions quand je l'ai lu et je ne fais pas partie des élites littéraires (ouh la la que non!). Mais j'aime bien sortir de ma case de pion dans laquelle on m'enferme et aller voir ailleurs sur l'échiquier. A ce titre, Fictions a été pour moi un voyage mémorable dans un étrange univers de pensée.

samedi, 12 mai, 2007
Anonyme a dit…

Wamanda, tu peux les donner à Emmaüs, ils prennent aussi les bouquins...
tu as vu bon sens, je suis les ordres, je laisse des commentaires en attendant (impatiemment) le post de lundi! Sir, yes, sir! :)

samedi, 12 mai, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

¤ Bienvenue François ! Et ravie d'avoir un commentaire positif sur Borges ! Je ne suis pas étonnée que beaucoup de personnes aient aimé "Fictions" car le voyage proposé est déroutant. Au même titre, je ne suis pas étonnée que beaucoup aient détesté, car justement ce voyage a les défauts de ses qualités! Il était temps que quelqu'un vienne sur ce blog défendre "Fictions" ;-)

dimanche, 13 mai, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

¤ Anne-Sophie : Oui j'ai écouté les commentaires de P. Assouline justement en préparant mon post sur Borges. Je ne vois pas non plus l'intérêt. La seule hypothèse que j'envisage est que Mr Assouline estime que l'oeuvre de Borges appartient à tous. Et du coup j'en reviens à l'idée que si telle avait été la volonté de Borges alors il aurait légué son oeuvre à une bibliothèque ou un institut. Ce que nous écrivons nous appartient-il vraiment ?

dimanche, 13 mai, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

¤ Fashion : Tu es trop mimi ! Gaaaaaaarde à vous ! Repos...

dimanche, 13 mai, 2007
Anonyme a dit…

bonjour, moi je viens de découvrir ce site interessant! :) et dites moi vous pensez quoi du livre "Voyage au bout de la nuit"?et d' Ipsen? et si vous avez de nouveaux auteurs à me faire connaitre je serai ravie! mais de nouveaux auteurs trés vivants!!:)

dimanche, 09 septembre, 2007
Anonyme a dit…

désolée "Ipsen" est un auteur dont on m' a parlait mais je ne le connais pas et je ne suis meme pas sur que ce soit le bon nom! je suis trop bete! je veux juste découvrir, je ne suis pas si stupide, seulement un peu jeune...

dimanche, 09 septembre, 2007
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Mao : bienvenue ! La jeunesse est acceptée sur ce blog bien qu'elle me provoque des crises de jalousie :)
Je n'ai pas lu "Voyage au bout de la nuit" pourmoult raisons totalement irrationnelles.
Je lis en effet beaucoup d'auteurs morts, mais depuis que je tiens ce blog cette propension a largement diminué ;)

lundi, 10 septembre, 2007

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