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Quand le réprouvé devient l'élu

mercredi 28 juillet 2010

C'est de façon très soudaine que j'ai découvert mes dons divinatoires.
Non pas dans le Temple de Delphes mais dans un TGV.
En lisant "Le Réprouvé" de Mikaël Hirsch.
(Je renvoie les agnostiques à l'article que j'avais écrit en novembre 2007, lors de la sortie du premier roman de M. Hirsch, "Omicron".)
En effet, à cette occasion j'avais écrit ceci : " Ce qui d'une certaine façon démontre clairement les immenses capacités d'écriture de Mikaël Hirsch et devrait donner suite à de très beaux romans, une fois la fécondité canalisée et le style épuré de quelques lourdeurs stylistiques qui à mon sens n'apporte pas grand chose."

Si j'avais placé un pari sur cet oracle, j'aurais gagné. Sans conteste.

Désormais, c'est fait, le second roman de M. Hirsch est totalement abouti, l'écriture majestueuse et élégante, le voyage littéraire tient ses promesses.

Le choix d'un livre lors d'un long trajet est toujours une prise de risque. C'est une espèce de "tout ou rien" qui ne laisse aucune issue... sauf à prendre par précaution un second livre, ce que j'ai fait étant bien plus téméraire que courageuse.
Et le verdict tombe seul, lorsque le premier choix se révèle jubilatoire et que le trajet devient subitement plus court.
C'est estomaquée que j'ai tourné la dernière page de ce roman, intriguée que j'étais de comprendre comment Mikaël Hirsch avait réussi aussi rapidement cet exploit : se débarrasser des scories  inhérentes à toute production littéraire originelle.
Diable ! Il y a des gens qui apprennent vite. Très vite.

Nous sommes en 1954 et Gérard Cohen a 24 ans. Fils d'un des fondateurs des Éditions Gallimard, il évolue dans un monde fermé aux profanes. Un monde de papier, d'encre et de prix littéraires. Un monde où la folie côtoie la rigueur du retour sur investissement. Alors que Gérard se coltine un Paul Léautaud (dont on se demande s'il ne finira pas en ectoplasme) et un Céline paranoïaque, le tout-Paris attend que tombe le Goncourt. Cette année là ce sera Simone de Beauvoir de l'écurie Gallimard, autant dire que pour les comptes de la maison c'est une sacrée nouvelle. Pas si inattendue peut-être...
Rescapé des grandes rafles antisémites, Gérard n'est même plus juif quand la guerre se termine car il est "demi-juif" : c'est un juif pour les goïs et un goï pour les juifs.
Gérard tournoie dans ce Paris renaissant mais aussi dans sa tête. Il se cherche et ne se trouve pas.

Avec "Le Réprouvé" le voyage n'est pas géographique (quoique... ) il est temporel. Le Paris des années 50 est là, sous nos yeux : son jazz, ses élites, ses prostituées, son pouls et son souffle de ville libérée qui veut oublier.
Aussi sûrement que Jules Verne voyait le Paris du XX ème siècle en 1863, Mikaël Hirsch voit le Paris des années d'après-guerre en 2010.
Facile me direz-vous, il a existé. Je vous répondrais que le voir est une chose mais le faire voir en est une autre : là on parle de talent littéraire, de talent de conteur. N'est-ce pas ce que nous recherchons tous dans un roman ? Le voyage... Voyager par des mots, des mots qui cognent dans notre cerveau et déclenchent des sensations, des émotions... N'est-ce pas cela la réussite d'un roman ? Personnellement je crois que si.
C'est même peut-être la seule chose que je demande in fine à un livre : évade-moi.

Cependant, il y a évasion et évasion. Il y a les escapades dont il ne restera rien au retour et les émigrations qui laisseront un appel au retour. C'est cela qui explique que certains auteurs rallient de vrais fans autour d'eux, des "retournés" qui ne rêvent que de s'enfuir à nouveau.
"Le Réprouvé", lui, marque un sillon dans le petit monde de la littérature, sillon que piétineront des centaines, des milliers, des millions (je le lui souhaite) de fans.

Je reste ébaubie par la splendide écriture qui se déploie tout le long des pages mais aussi par les réflexions très éclairées qui charpentent ce nouveau roman. C'est du bel ouvrage, c'est une belle œuvre littéraire.

Moi qui parle souvent de prix et enrage de perdre mes euros dans des livres totalement insignifiants, les 14 € de celui-ci, croyez-moi sur parole, valent leur pesant de lignes superbes.

Assurément Mikaël Hirsch est entré en littérature par la grande porte...


***

Le Réprouvé de Mikaël Hirsch - Sortie le 19 août 2010
Éditions : L'Éditeur
185 pages
www.mikaelhirsch.com

2 commentaires à lire:

Kiki a dit…

Après lecture de ta note, je l'attends avec encore plus d'impatience! :)

samedi, 31 juillet, 2010
Bon sens ne saurait mentir a dit…

@Kiki : Ça faisait bien longtemps Mam'zelle :) Ravie de te revoir :)
Je pense que tu ne seras pas déçue.
En même temps, plus on dit du bien d'un livre, plus l'attente est haute... C'était un risque à courir :)

dimanche, 01 août, 2010

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