A vous, écrivains de passage, écrivains en herbe, écrivains du dimanche, écrivains apprentis, écrivains débutants, à vous qui passez par ici, furetant dans les blogs littéraires, à vous qui parfois vous noyez sous de vastes proses grandiloquantes, c'est à vous que je pense quand je poste ici ce billet.
Peu d'entre vous ont sûrement lu Joaquim Maria Machado de Assis, écrivain brésilien, né en 1839.
Obscur Machado de Assis ? Non. Il est considéré comme le plus grand écrivain brésilien et un des plus grands romanciers de langue portugaise.
Mais en France, on en parle très peu.
Commençons par moi ! Jamais entendu parler de ce Joaquim là avant que bookomaton vienne en parler sur ce blog et me conseille sa lecture.
Quel cadeau ! Quelle découverte ! Quelle rencontre ! Quel choc !
Cela faisait bien longtemps qu'un auteur ne m'avait pas séduite ainsi, par surprise, sans crier gare et contre tout attente.
C'est en discutant de José Saramago et ma faiblesses pour les écrivains autodidactes, que bookomaton est venue parler de Machado de Assis. Le rapprochement était en fait très évident pour qui connait les deux (ce qui n'était alors pas mon cas).
Tous deux écrivant en langue portugaise, tous deux autodidactes et tous deux ayant eu un travail dans l'environnement direct de l'écriture. L'un travaillant dans des maisons d'édition, l'autre dans des imprimeries.
C'est avec "Dom Casmurro", publié en1899, que Joaquim Machado de Assis m'a littéralement époustouflée. Le plus incroyable chez lui c'est justement cette date de publication ! Qui peut croire qu'en 1899 un écrivain s'adressait à son lecteur comme on s'adresse à un ami, avec tendresse et facilité ; qu'on découpait un livre en une multitude de chapitres, pas plus épais qu'une page ; chapitres auxquels Machado de Assis donnait toujours un titre révélateur du contenu. Vous l'aurez saisi, la modernité et le sens de l'échange avec le lecteur sont tout à fait saisissants chez un auteur vieux de plus d'un siècle.
Au delà de la construction, l'écriture elle-même est tout à fait splendide ! Simple et riche, d'une finesse absolue, d'une beauté éblouissante tant les phrases sont quasiment parfaites. Vous pouvez les reprendre à l'endroit, à l'envers, c'est tout simplement parfait. C'est exactement ainsi que cela devait être écrit ; j'ai eu beau essayer, impossible de les refaire sans les massacrer.
Vous ai-je parlé de la fluidité ? C'est limpide, aucune sinuosité, les phrases filent sans encombre sur un tracé linéaire. Aucun écueil. Sublime, vous dis-je. Et n'étant généralement pas radine sur les superlatifs, je dirais même sublimissime.
Et que dire de cette histoire qui semble ne réserver que de jolis souvenirs et vient peu à peu vous griffer l'âme, vous emmener bien plus loin que ne l'annonçait le chef de gare.
Prudence donc... on ne ressort pas de cette lecture comme on y est entré.
C'est certain, cette histoire ne laissera personne indifférent et longtemps encore, elle tournera dans les têtes...
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8 commentaires à lire:
Bonjour ! Tu viens de m'offrir l'un des plus vifs plaisirs de ma modeste vie de blogueuse. Je suis absolument ravie de cette rencontre, j'espère que tes prochains rendez-vous avec Machado de Assis seront aussi intenses ! La description que tu fais de Dom Casmurro est très juste. Je lui rajouterais seulement le sens incroyable de la formule de cet écrivain : il avait le chic pour saisir une situation ou une attitude en quelques mots bien sentis. Et sans aucune prétention ! Un ami traducteur rumine depuis des années 5 petits mots qui figurent dans la première page de Dom Casmurro, une formule exemplaire d'économie et d'à-propos dont il n'a pas encore réussi à trouver d'équivalent en français...
mercredi, 28 octobre, 2009Je te laisse donc avec le coeur regonflé à bloc.
Hébé, c'est une belle déclaration d'amour à Machado de Assis...
jeudi, 29 octobre, 2009qui aura au moins eu le mérite de m'alerter sur cet auteur que j'avais zappé chez Bookomaton.
@bookomaton : pour ton ami, cela ne m'étonne pas du tout... J'ai en effet été stupéfaite de la "facilité" avec laquelle il expose un geste, un fait, une tension. C'est totalement magnifique.
jeudi, 29 octobre, 2009J'ai peu parlé de l'histoire dans ce post parce qu'il ne faut rien "déflorer" mais l'histoire est obsédante. C'est contemporain comme jamais (pas plus tard qu'il y a 2 semaines j'ai appris qu'un homme vivait la même chose !).
Je tenais à te remercier chaudement car sans toi j'aurais vraiment loupé un livre essentiel et un auteur prodigieux dont je suis devenue fan !
@incoldblog : oui je trouve aussi... j'ai l'air très accro ! Mais ça faisait un moment que je n'avais pas fait un tel craquage !
jeudi, 29 octobre, 2009Dès les premières pages j'ai compris que c'était une vraie rencontre.
Ne passe pas à côté de ce bouquin !
C'est un diamant !
devant tant d'enthousiasme, il difficile de ne pas être tentée. Vous l'avez lu en portugais?
jeudi, 29 octobre, 2009auguri : non je ne lis pas le portugais :) dommage... mais bon... j'aimerais aussi lire l'allemand pour pouvoir lire Roth en VO... et finalement : je ne lis que le français !
jeudi, 29 octobre, 2009Ceci étant dit, ta question m'a rappelé que je n'ai absolument pas parlé du traducteur ! Je me suis donc demandée pourquoi ! Je pense que bien qu'il faille un grand talent pour traduire au plus près Machado de Assis, c'est tout de même ce dernier qui donne le ton et fait exploser le génie.
Pour le dire autrement, bien traduire Machado de Assis c'est un minimum quand on a une pareille écriture sous les yeux. C'est un devoir.
Il faut se laisser tenter, l'histoire est tellement moderne !
Et finalement tout est moderne dans ce livre !
Merci de ta réponse. je vais donc essayer de me le procurer.
samedi, 31 octobre, 2009Le site Amazone a mis en place un service de livres d'occasion assez bien fait.
samedi, 31 octobre, 2009Actuellement ce livre en édition "broché" donc très agréable à la lecture est à 6 € (frais de port inclus) alors même que le format poche est à 9 € :)
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