Omicron premier roman de Mikaël Hirsh m'a été soufflé par la critique d'Anne-Sophie.Je vous recommande de lire sa critique pour avoir une idée de l'histoire car Anne-Sophie a parfaitement bien résumé - sans omettre les points importants - ce livre extrêmement touffu.
Parce que voilà bien le point crucial de ce livre, c'est qu'il est très difficile à résumer par l'abondance des thèmes développés, par l'ampleur des sujets abordés.
En premier lieu, il me semble que cette abondance soit assez caractéristique des premiers romans. L'auteur veut dire beaucoup de choses et tente de déverser en une seule fois l'ensemble de ses convictions, ses doutes, ses interrogations, sa vision du monde. La peur sans doute de ne pas avoir une seconde chance de le faire... de le faire savoir. C'est du moins l'impression que cette densité de réflexions m'a laissée même si au passage, ces réflexions sont souvent extrêmement intéressantes.
Je vous recommande une très bonne interview d'Anne-Sophie où les questions relatives à l'ampleur des thèmes abordés (qui me taraudaient) ont été posées avec justesse.
Mikaël Hirsch est un écrivain d'une grande générosité quant au partage de la littérature et cette interview est très agréable à lire (après avoir lu son roman, c'est mieux !).
L'écriture est parfaitement soignée, n'ayons pas peur des mots : parfaitement maîtrisée. Certaines phrases sont littéralement somptueuses de simplicité et de justesse.
"Franck, son père, avait couru le monde, et le monde, dans son ingratitude, lui avait ensuite couru après."
En revanche, il en est d'autres bien plus byzantines. L'accumulation de métaphores brouille la fluidité de la lecture et il advient souvent que trop de métaphores tue la métaphore. Je suis d'ordinaire assez gourmande de ce type d'expressions littéraires surtout lorsqu'elle sont inédites mais Mikaël Hirsch flirte parfois avec une certaine overdose d'allégories.
Les dialogues sont tout simplements succulents, admirablement écrits. Là aussi, grosse maîtrise de la chose. Il n'y a rien à redire ce qui est plutôt rare pour un premier livre. C'est un vrai régal.
Contrairement à Anne-Sophie, j'ai préféré la troisième partie du roman. Seulement voilà, elle se mérite car en effet la première partie est lente et j'ai évalué que le rythme s'accèlère aux alentours de la page 98. Soit avant la seconde partie. Il faut donc tenir pour découvrir la suite.
Là où j'ai eu du mal à être convaincue c'est bien par le changement qui s'opère chez Thomas Steren, le héros. Il est certainement vrai que la violence fascine tout autant les êtres introvertis et passifs que les impulsifs irracibles mais j'ai tout simplement eu du mal à croire que Thomas puisse à se point se transformer et se jeter avec délectation dans une réalité qui auparavant ne le concernait pas le moins du monde. Je ne mets pas en doute le travail de Mikaël Hirsch autour de la construction psychologique de ce personnage mais je suis passée à côté. Du coup je ne peux pas vous dire qui est Thomas Steren, j'ai terminé ce roman sans pouvoir le définir réellement. C'est dommage car à ne pouvoir cerner un personnage on a toutes les chances de ne rien en garder non plus.
Pour finir, je pense comme Anne-Sophie que ce roman est très ambitieux et comme souvent dans les premiers romans, trop ambitieux peut-être. Ce qui d'une certaine façon démontre clairement les immenses capacités d'écriture de Mikaël Hirsch et devrait donner suite à de très beaux romans, une fois la fécondité canalisée et le style épuré de quelques lourdeurs stylistiques qui à mon sens n'apporte pas grand chose.
Le mieux est l'ennemi du bien paraît-il...
PS : N'hésitez pas à visiter le blog de Mikaël Hirsch où de très intéressantes réflexions sont développées régulièrement.
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19 commentaires à lire:
Merci beaucoup ma chère Bon_Sens... tu me plebisciterais presque autant que MIkaël Hirsch...
mercredi, 14 novembre, 2007Je ne sais pourquoi mais je suis la seule à préférer la première partie. Nous en avions parlé d"'ailleurs avec l'auteur : simplement parce que le thème de l'écriture, du négriat, m'intéresse particulièrement.
Le blog de M.H. est très intéressant également. Il aborde de nombreux sujets propres à l'écriture - le traitement du temps en particulier.
Eh bien ça donne diablement envie ! (par contre le recours à un agent, c'est à nuancer, je trouve. C'est plus une connaissance amicale qui s'est transformée en coach, d'après ce que j'ai compris. Et puis, avec quoi rémunérer un agent -quand on a que des clopinettes ?...En plus, j'étais persuadée que très peu d'auteurs vivaient de leur plume)
jeudi, 15 novembre, 2007En tout cas, vos billets (celui-ci et celui d'Anne Sophie) donnent vraiment envie de parcourir ce livre, ne serait-ce que pour échanger des impressions avec vous !
Kiki :-)
Ah, je peux enfin déposer un commentaire! Et dire un truc éminemment intéressant of course... :))) Bon, l'interview chez Anne-Sophie ne m'avait pas donné envie à l'époque et je passe mon tour... (quand je disais que c'était hyper intéressant)
vendredi, 16 novembre, 2007"La peur sans doute de ne pas avoir une seconde chance de le faire". Je n'ai pas lu ce livre mais le sentiment (l'angoisse ?) que tu détectes me paraît fin sur le plan psychologique. Il m'est arrivé aussi de ressentir une sorte "d'urgence" derrière les lignes de certains auteurs. Merci pour ton analyse de l'ouvrage, à noter...
samedi, 17 novembre, 2007@Anne-Sophie : J'aime beaucoup son blog en effet. J'ai trouvé que le négriat était évoqué certes mais bon... J'ai surtout cherché à définir Thomas dans cette partie.
samedi, 17 novembre, 2007:)
@Posuto : A lire c'est certain, car la qualité de l'écriture est bien là !
samedi, 17 novembre, 2007@Fashion : On ne peut pas tout lire en effet et vu la tonne de livres en attente sur ton bureau je comprends que des choix s'imposent :)
samedi, 17 novembre, 2007@Jéremie Vandem : C'est simplement mon impression. Mikael a sûrement un autre point de vue. Je m'en rapporte toujours à G. Simenon qui avait une culture colossale et faisait en sorte que son inspecteur Maigret n'en ai pas trop parce que vu son éducation, vu sa vie il n'était pas censé connaître toutes ses choses. Du coup beaucoup de gens (l'intelligentsia littéraire) pensaient qu'il était aussi brut de décoffrage que son personnage.
samedi, 17 novembre, 2007C'est se faire violence que ne pas tout dire.
:)
Merci bon-sens pour cette critique!
lundi, 19 novembre, 2007Moi, j'ai acheté ce livre à cause de la qualité de l'écriture sur le blog de Mikaël Hirsh... je ne l'ai pas encore lu, je suis encore en train de relire Anna Karénine (ce qui est une assez mauvaise idée quand on écrit, c'est trop décourageant :-)
je ne manquerai pas de dire ce que je pense d'Omicron sur mon blog!
Coucou Bon-Sens! cela fait un moment que je ne suis pas venue chez toi, et ça me fait plaisir de retrouver ton style acéré, qui me manquait.
mardi, 20 novembre, 2007Peut-être bien que je vais l'acheter, ce roman!
Au fait, je suis frustrée, car je ne parviens jamais à écouter tes musiques.
mardi, 20 novembre, 2007Peut-être est-ce parce que j'ai un Mac?
@Galadrielle : Ah ben non, merci à toi ! Faut pas lire Tolstoï quand on veut écrire !!! Ni Flaubert, ni un tas de gens totalement effondrants pour qui tente de se lancer en écriture !
mardi, 20 novembre, 2007Ca fout des boules grosses comme la lune !
Lis Marc Lévy, tu vas voir comme ça va te mettre la pêche !!!
Bon plus sérieusement, le livre de Hirsch est excellent en revanche pour son écriture et c'est de l'enseignement, du bon, ça permet de voir comment certains abordent l'écriture en la maîtrisant.
@Anne : Quel hasard ! Je t'ai mis à la boîte deux invit aujourd'hui !
mardi, 20 novembre, 2007Ma musique ne fonctionne pas ?
Damned !!!!
Quoi de mieux qu'un bon Glenn Miller ???
:))
Ton post donne envie. je suis légèrement overbookée en ce moment, d'où mes passages éclairs sur le blogs. Je vois que tu gardes toute ta forme! :-)
mercredi, 21 novembre, 2007Ton article me rend curieuse de lire ce livre, je le note et je vais aller lire l'article d'Anne Sophie.
vendredi, 23 novembre, 2007Coucou !
lundi, 26 novembre, 2007Un peu débordée moi aussi, d'où cette disparition, mais je ne t'oublie pas ! :)
Concernant Hirsh, je souhaite aussi qu'il n'ait pas tout dit dans ce livre, c'est parfois l'inconvénient des premières oeuvres, les idées se bousculent, on hésite à lâcher les pistes (enfin j'imagine).
Si je peux réduire un peu ma PAL, je l'achéterai.
Merci à toi !
(Et plein de bises !) :)))
Je suis très impatiente de lire le billet sur Janet! :)))
mardi, 27 novembre, 2007@Sophie K : Je comprends bien... car tu peux constater au rythme incroyablement lent de mes post que je suis moi même bien débordée :)
mardi, 27 novembre, 2007Ca me fait rudement plaisir de te voir passer ici et me dire "bonjour" (avec une floppée de bises).
:)
@Fashion : Il arrive... lentement mais il arrive :)
mardi, 27 novembre, 2007Je me régale à le lire en attendant !
Merci pour cette rencontre :)
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