Autant vous le dire tout de suite vous n'aurez pas de critique sur "Les noces dans la maison" de Bohumil Hrabal.Pourtant Dieu m'est témoin, et si ce n'est Dieu, au moins mon mari, que j'ai durement essayé, lutté, peiné puis abdiqué.
D'ailleurs vous allez voir, même ma hargne habituelle s'est envolée !
Ne pouvant pas vous laisser en plan avec 5 phrases en guise d'explications, je vais développer (autant que faire ce peut) :
Hrabal n'est pas n'importe qui! Il est né en 1914 en Moravie et est décédé il y a dix ans.
Après avoir exercé plusieurs métiers, le succès lié à la publication de ses nouvelles (1963) lui permet de se consacrer entièrement et uniquement à la littérature. Il est désormais considéré comme un des plus grands auteurs tchèques et possédait la stature d'un "nobelisable". Un grand écrivain et sûrement un grand monsieur.
J'aime bien les écrivains hors souche, ceux qui viennent d'horizons sociaux lointains, ceux qui ont peiné, qui ont désespéré un jour d'être publiés. Ceux qui se sont élevés seuls dans la littérature. Les méritants, les besogneux, ceux qui empilent des milliers de pages dans leurs tiroirs, ceux qui coûte que coûte allongent des lignes tant qu'ils sont vivants.
Hrabal étaient l'un dans d'entre eux.
"Les noces dans la maisons" auraient du me plaire. J'aime le genre humain qui part au combat, armé de feuilles et d'encre (plus prosaïquement, une machine à écrire pour Bohumil) pour dénoncer un système de normalisation, d'uniformisation, un système politique d'apprauvissement intellectuel.
Hrabal étaient aussi de ceux là.
Bref, prédisposée comme personne, cette lecture aurait du être un grand moment, un régal.
Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! (ben oui, au bout de 40 ligne je m'endormais !)
N'ai-je donc tant "veillé" que pour cette infamie ? (que Pierrot me pardonne la modif).
C'est dur un livre qui résiste, qui ne se donne pas, qui se refuse malgré votre insistance. D'abord, c'est une somme d'argent déboursée qui n'apporte aucun retour sur investissement. Ensuite c'est le sentiment diffus de ne pas comprendre le propos de l'auteur, voire de ne pas comprendre le génie de l'auteur. D'où un questionnement sans fin qui débute souvent par : "attends, c'est moi ou... ?"
Plus l'auteur est reconnu, plus le "c'est moi ?" s'accentue et le "ou ?" tend à s'effacer.
Alors on se force ! On insiste ! On ferraille ! Crochet du droit, on s'effondre, on s'endort, et on recommence. Souvent vaincu, les yeux usés par des lignes horizontales qui vues de loin ne sont plus que d'interminables brochettes de mots empalés les uns sur les autres, on abdique médusé : non, rien à l'horizon n'est venu éclaircir cette énigme littéraire.
"Les noces dans la maison" sont réputées être le chef-d'oeuvre mondial de Hrabal. Rien de moins.
J'ai tendance à penser que la traduction est franchement médiocre. Ne lisant pas le tchèque et ce livre n'ayant pas eu l'honneur de disposer de plusieurs traductions, je ne peux que "supposer".
Je m'appuie pour cela sur la lecture de passages tout à fait prodigieux étayés de très belles phrases.
A l'inverse, d'autres sont totalement affligeants, redondants, pénibles. Une écriture presque enfantine, des redites bétifiantes...
Le mystère demeure... qui des deux, le traducteur ou l'écrivain, s'est fourvoyé dans un style d'une ondulation quasi écoeurante ? Impossible de vous dire si la fin annihile mes remarques car sur les 602 pages que compte le roman, je n'ai pu en lire que 210. Si parmi vous certains peuvent éclairer ma lanterne, une petite lueur ne serait pas de refus !
Hrabal a écrit entre autres livres (plus d'une quinzaine) "Vends maison où je ne veux plus vivre" qui est un recueil de nouvelles. Le titre me plait énormément.
Affaire à suivre... Je n'ai pas dit mon dernier mot, car de Hrabal ou de moi, lequel de nous a loupé le coche ? J'ai tout de même fortement tendance à penser que c'est moi...
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26 commentaires à lire:
Qui diable est Bohumil Hrabal ?
vendredi, 14 septembre, 2007Quand m'arrive ce genre de mésaventure, je ne me dis jamais que c'est de ma faute (vanité ?) : après tout, il est possible de ne pas être sensible à ce que les autres appellent "chef-d'oeuvre" et inversement, il m'arrive tellement souvent de défendre des livres que personne ne connaît que j'ai développé une espèce d'assurance tranquille face à ce genre de situation... (et cet auteur, contrairement à toi, n'a rien pour me plaire a priori, ça en fait un de moins à rajouter dans le carnet rose...)
dimanche, 23 septembre, 2007@Fashion : Ta modestie reste et demeure un modèle de référence !
dimanche, 23 septembre, 2007Je vais donc désormais devoir assumer cette phrase "Hrabal écrit comme un plouc !"
Ce qui du même coup implique que je critique comme une reine.
C'est hyper bon pour mon EGO ça !
;-)
Je ne connais pas cet auteur... et a priori ton post ne me donne pas envie de tenter l'aventure, ma PAL est trop haute pour prendre autant de risques.... mais j'aime bcp ta façon de décrire tes tentatives pleines de bonne volonté, puis ton abandon...
dimanche, 23 septembre, 2007En général, je me force à terminer même si je n'aime pas. Mais c'est parfois un tel calvaire quil vaudrait mieux je que reste sur un opinion moyenne...
Je ne connais pas vraiment pas cet auteur pourtant j'ai eu ma grande période "littérature tchèque" et surtout "Milan Kundera" que je ne lis plus depuis qu'il écrit en français, mais il va falloir que je me force un peu pour lire ses derniers livres... Je crois que c'est lui qui disait que les écrivains qui sont restés en Tchécoslovaquie et qui ont continuer à écrire et à publier étaient d'accord avec le pouvoir en place sinon ils étaient en prison comme Vaclav Havel...Kundera lui a été destitué de sa nationalité c'est un "vrai dissident" qui mériterait vraiment le nobel de littérature. Ton article est très intéressant car il montre bien tout ce qui se joue autour d'un livre quand il n'est pas pris pour un banal objet qui passe un moment, et quelle déception quand il ne remplit pas les attentes de notre imaginaire et de notre intellect qui sont eux déjà prêts pour l'aventure.
dimanche, 23 septembre, 2007Je vais donc emprunter un exemplaire à la médiathèque et j'essaierais par curiosité !!
j'ai fini de me poser des questions sur ma relation aux livres, je prends, je tente de lire, j'accroches ou pas je repose, j'abandonne je reprends. c'est sensé etre un chef d'oeuvre et alors, je trouve des livres nuls qui sont censés être géniaux et inversemment. Un livre et un lecteur c'est une histoire d'amour, et l'homme que je suis n'aime pas forcement les mêmes femmes que son voisin...de plus l'art n'est pas objectif et les blogs peremettent en plus de libérer la parole sur une pensée unique en matière de lecture
dimanche, 23 septembre, 2007@Nina : J'aimerais beaucoup en effet que tu me donnes ton avis. Surtout si en plus tu es plutôt habituée à l'univers des auteurs tchèques.
dimanche, 23 septembre, 2007Hrabal ne s'est en effet jamais revendiqué comme "dissident".
@Bartllebooth : Oui c'est une histoire de rencontre mais comme le dit si bien Nina, j'en attendais beaucoup. Trop certainement.
dimanche, 23 septembre, 2007"Mon imaginaire était prêt pour une aventure" dans laquelle je n'ai trouvé aucun plaisir.
J'ai lu naguère "une trop bruyante solitude", court roman dont il me reste le souvenir d'une lecture plutôt plaisante... mais du livre en lui-même, rien - hormis une plaisanterie scato placée comme une bouse au milieu du livre.
dimanche, 23 septembre, 2007Bon sens 1, Hrabal 0.
D'accord avec Bartlebooth.
lundi, 24 septembre, 2007Ca arrive aussi que certains livres fêtés en leur temps par le public (car alors novateurs), soient ensuite dépassés par les livres des générations suivantes... Mais moi non plus, Hrabal, connaissais pas du tout.
Sinon, bien, le sous-titre en vanille ! ;-)
Y aurait-il des rendez-vous manqués avec les livres comme avec les personnes? Ceux qu'on aime au premier regard, ceux qu'on a rencontré trop tôt ou trop tard, et peut-être aussi, ceux qu'on a aimé et qu'on n'aimera plus...
lundi, 24 septembre, 2007Je suis de l'avis de Linaloca quant au "timing" raté de certaines lectures. Je suis pour ma part persuadée que Marcel m'attend et que dans quelques années nous vivrons une folle histoire d'amour, de la même manière que j'ai d'abord détesté Stendhal (je sais c'est un sacrilège et je n'en suis pas fière) avant de le vénérer... Cela étant, il y a aussi des bouquins que l'on n'aimera jamais et c'est effectivement comme les gens...
lundi, 24 septembre, 2007@Fashion : Etonnant ce que tu me dis là sur Marcel. Proust je suppose. Je refusais de lire ses livres, pensant que c'était méga hyper casse pied.
lundi, 24 septembre, 2007J'étais jeune.
Et puis, la vie m'a éloignée de mon univers. J'ai attéri dans un pays où personne ne communiquait avec moi. Mais plus fort encore je me suis retrouvée avec Marcel ! Je l'ai dé-vo-ré ! Et j'ai adoré. Il peignait si bien la nostalgie du temps passé, du temps perdu... Ca collait pile poil ! Voilà sûrement ma plus belle rencontre parce que la plus improbable :)
@Linaloca : Tu sais dire de jolies choses dis donc !!! Tu devrais écrire ! ;)
lundi, 24 septembre, 2007@Secondflore : Bon ça, ça veut dire que c'est pas la peine que je m'évertue à lire un autre Hrabal !
lundi, 24 septembre, 2007D'ailleurs, j'ai un livre rouge qui m'attend !
@Sophie K : Il est clair que je prendrai plus de plaisir à lire des contes africains... ;)
lundi, 24 septembre, 2007J'attends.
j'ai d'abord détesté Stendhal (je sais c'est un sacrilège et je n'en suis pas fière.
lundi, 24 septembre, 2007Moi aussi mais cela dure toujours. Je ne nie pas que c’est bien, je n’aime pas c’est tout
J'ai le souvenir d'avoir lu mon premier Kundera (La valse des adieux) dans une vieille version empruntée à une bibliothèque et qui datait du temps où l'auteur était encore en Tchécoslovaquie (il ne l'avait donc pas validée, je ne sais pas s'il parlait même le français). J'avais trouvé ça complètement sans intérêt. Et puis j'ai lu que Kundera lui-même, quand il a pu écrire en franças avait repris les traductions de tous ses romans qui surfaient sur le n'importe quoi. Tout ce que j'ai lu après, soit traduit par l'auteur, soit écrit directement en fraçais (me semble-t-il) avait une autre valeur. Comme quoi traduttore, traditore...
lundi, 24 septembre, 2007A relire en tchèque, à mon avis!
:-))
@Béa : En tchèque... lol !
mardi, 25 septembre, 2007Et Dai Sijie en chinois ?
;)
Rien à voir mais j'ai lu le blog it express (ultra-flattée! ;-)
mercredi, 26 septembre, 2007Sinon, qu'est-ce que tu crois, je lis le tchèque dans le texte, et couramment encore! (il me faut un peu de vin blanc...!)
@Béatrice : C'est dingue j'en étais sure ! J'me suis dit "Clair que Béa lit couramment le tchèque, elle !"
jeudi, 27 septembre, 2007;)
Je ne connais pas la littérature tchèque mais pour parler un peu d'auteurs de l'est qui ont subit les interdits et la solitude:
vendredi, 28 septembre, 2007"Moscou-sur-vodka" de Vénédict Erofeiev une oeuvre samizdat "déjantée" (il paraît qu'il faut désormais oublier Bukowski, un enfant de choeur)
"Récits de la Kolyma" de Varlam Chalamov, 1500 pages de goulag sibérien en récits courts.
"Ecrits autobiographiques" de Boulgakov, pas cher, bon retour sur investissement.
Pardon d'être abrupt mais cette phrase "D'abord, c'est une somme d'argent déboursée qui n'apporte aucun retour sur investissement" m'a choqué!
@Anonymous : Bienvenue ! Merci pour cette jolie liste d'écrivains que je ne connaissais pas.
vendredi, 28 septembre, 2007Quant au coût d'un livre, n'achetant pas des livres de poche, on parle d'une vingtaine d'euros à chaque fois. Il est légitime d'en attendre quelque chose, à savoir principalement du plaisir.
Je suis en droit d'exiger de l'écriture, de la belle, de la vraie. Non ?
Merci. C'est l'affirmation comptable de ton rapport à la lecture qui m'a choqué , surtout précédé d'un "d'abord" qui en faisait le premier ou le principal argument. Je suis d'accord les livres coûtent cher et peuvent représenter un sacrifice très concret sur le budget. Par contre je ne suis pas d'accord avec l'idée qu'il faille attendre principalement du plaisir d'un livre. Plus complètement, même si on attend forcément quelque chose d'un livre, je crois qu'il faut s'attendre à découvrir radicalement autre chose. A mon avis la quatrième de couverture, la couverture ou même les bribes d'informations sur un auteur participent d'une même logique qui n'attend que d'être dépassée par la lecture. On inscrit d'abord l'auteur dans le reconnaissable, l'attendu et la lecture va probablement bouleverser ce rapport. Et je crois que le plaisir n'est pas forcément au rendez-vous. Si je le lis pour le plaisir, a-t-il écrit pour le plaisir? Un des auteurs que je te propose, Chalamov, n'en apporte peut être aucun et pourtant c'est par l'écriture que son oeuvre n'est pas seulement un témoignage sur les goulag mais une oeuvre littéraire. Quand à l'écriture de Erofeiv elle n'amène d'abord aucune beauté et si le récit déclenche souvent le rire il provoque aussi un vrai malaise.
vendredi, 28 septembre, 2007J'ai réagit à chaud sur un petit point "le retour sur investissement" que j'ai extrait de ton texte mais j'aime bien la complexité de ton post qui expose un dilemne qui se pose probablement à tout lecteur à une époque où la littérature , qu'on le veuille ou non, est emprisonné dans la forme du bien de consommation. Je me rappelle, écoutant les déclarations d'autorité d'une grande partie de la presse, avoir fait des efforts innombrables pour garder intact et parfaite l'admiration que j'avais pour Marguerite Duras alors que la grandiloquence imbécile de certains de ces derniers livres me crevaient les yeux (c'est le cas de le dire).
Cette "affirmation comptable" était de la pure provoc'.
dimanche, 30 septembre, 2007Du second degré diraient certains... ;))
C'est le moment de faire un nouvel essai! Tu ne peux pas rater ça (moi j'aime bien Hrabal)
dimanche, 11 novembre, 2012http://www.lecture-ecriture.com/evenements.php
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