J'ai décidé de vous faire un cadeau !J'ai bien réfléchi avant de vous parler de "De l'inconvénient d'être né" d'Emil Cioran (1911 - 1995).
Tellement réfléchi que la seule conclusion qui s'est finalement imposée fut : Pourquoi paraphraser Cioran ? Quel besoin de surajouter quand on ne pourra faire que moins bien ?
Rien à ajouter... Sauf peut-être que les "Petites phrases pour traverser la vie en cas de tempête… et par beau temps aussi" de Christine Orban est à "L'inconvénient d'être né " ce que la margarine est au beurre. (Pour info la margarine augmente le risque de maladies cardio-vasculaires de façon significative contrairement à ce que l'on pense... Vous me suivez ?)
Et s'il vous venait à l'esprit de garder au fond de votre sac, un livre de pensées bien senties, ne faites pas l'erreur de choisir le mauvais.
Quelques sites proposent (me direz vous) des choix d'extraits de ce livre. Oui mais... Ceux qui vont suivre sont les miens et ça change tout ! Ca change quoi ? C'est ma sensiblité que je découvre en triant avec parcimonie les extraits qui me me touchent, souvent pour des raisons très différentes.
Allez, trêve de bavardage, place au génie :
"On peut supporter n'importe quelle vérité, si destructrice soit-elle, à condition qu'elle tienne lieu de tout, qu'elle compte autant de vitalité que l'espoir auquel elle s'est substituée."
"Ce que je sais à soixante, je le savais aussi bien à vingt. Quarante ans d'un long, d'un superflu travail de vérification."
"On ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu'on n'oserait confier à personne."
"La valeur intrinsèque d'un livre ne dépend pas de l'importance du sujet (sans quoi les théologiens l'emporteraient, et de loin), mais de la manière d'aborder l'accidentel et l'insignifiant, de maîtriser l'infime. L'essentiel n'a jamais exigé le moindre talent."
"Être objectif, c'est traiter l'autre comme on traite un objet, un macchabée, c'est se comporter à son égard en croque-mort."
"Il est dit dans le Zohar, "Dès que l'homme a paru aussitôt ont paru les fleurs." Je croirais plutôt qu'elles étaient là bien avant lui, et que sa venue les plongea toutes dans une stupéfaction dont elles ne sont pas encore revenues."
"Gogol, dans l'espoir d'une "régénération", se rendant à Nazareth et s'y ennuyant comme "dans une gare en Russie", c'est bien ce qui nous arrive à tous quand nous cherchons au-dehors ce qui ne peut exister qu'en nous."
"Je sens que je suis libre mais je sais que je ne le suis pas."
"Lorsqu'on nous rapporte un jugement défavorable sur nous, au lieu de nous fâcher, nous devrions songer à tout le mal que nous avons dit des autres, et trouver que c'est justice si on en dit également de nous. L'ironie veut qu'il n'y ait personne de plus vulnérable, de plus susceptible, de moins disposé à reconnaître ses propres défauts, que le médisant. Il suffit de lui citer une réserve infime qu'on a faite à son sujet, pour qu'il perde contenance, se déchaîne et se noie dans sa bile."
"Le plus grand service qu'on puisse rendre à un auteur est de lui interdire de travailler pendant un certain temps. Des tyrannies de courtes durées seraient nécessaires, qui s'emploieraient à suspendre toute activité intellectuelle. La liberté d'expession sans interruption aucune expose les talents à un péril mortel, elle les oblige à se dépenser au-delà de leurs ressources et les empêche de stocker des sensations et des expériences. La liberté sans limite est un attentat contre l'esprit."
"La pitié de soi est moins stérile qu'on ne croit. Dès que quelqu'un en ressent le moindre accès, il prend une pose de penseur, et, merveille des merveilles, il arrive à penser."
"En permettant l'homme, la nature a commis beaucoup plus qu'une erreur de calcul : un attentat contre elle-même."
"Malgré ses cheveux blancs, elle faisait encore le trottoir. Je la rencontrais souvent, au Quartier, vers trois heures du matin, et n'aimais pas rentrer sans l'entendre raconter quelques exploits ou quelques anecdotes. Les anecdotes comme les exploits, je les ai oublié. Mais je n'ai pas oublié la promptitude avec laquelle, une nuit où je m'étais mis à tempêter contre tous ces pouilleux qui dormaient, elle enchaîna, l'index dressé vers le ciel : "Et que dites-vous du pouilleux d'en haut ?"
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PS : J'avais omis de vous renvoyer (pour ceux que cela intéresserait) à la petite comparaison que j'avais osée lors du post sur Pierre Drieu La Rochelle entre ce-dernier et Emil Cioran :)
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26 commentaires à lire:
Oh, oh! Tout à fait délectable. J'ai honte de n'avoir jamais ouvert un bouquin de Cioran (c'est un peu comme la "Recherche", on hoche la tête d'un air entendu), mais tu me donnes, bien évidemment envie de le faire.
mardi, 26 juin, 2007Moi non plus jamais ouvert mais beaucoup entendu parler... J'adore la phrase sur les écrivains (écrire pour dire des choses qu'on ne confierait à personne), qui cerne très bien le problème de la littérature contemporaine française : je me fiche des voisins de palier de nos amis les écrivaillons...
mardi, 26 juin, 2007Mmmh j'adore, je découvre... je te suis pour la suite; les yeux fermés!!!
mardi, 26 juin, 2007A bientôt
@Béa : La honte n'existe pas sur ce blog tu le sais bien :) Je suis une fan de Cioran ce qui est paradoxalement incompréhensible puisque je suis une optimiste pathologique. Encore une passion que je ne m'explique pas.
mercredi, 27 juin, 2007@Fashion : J'ai volontairement choisi de présenter ce livre là car c'est à mon sens la meilleure porte pour entrer dans l'univers de Cioran sans en repartir en courant :)
mercredi, 27 juin, 2007@Jenny : La confiance absolue ? Ca m'plait bien comme idée :)
mercredi, 27 juin, 2007Je n'avais jamais osé ouvrir un livre de Cioran. Les choses risquent de changer.
mercredi, 27 juin, 2007Merci.
J'aime beaucoup ces citations et suis complètement d'accord avec ce qu'il dit sur l'écriture : n'écrire ce que l'on ne pourrait dire à personne. A condition bien sûr que l'écriture ne soit pas un exutoire à la Angot, bien sûr.
samedi, 30 juin, 2007Je me sens trop pouilleuse pour commenter....
samedi, 30 juin, 2007Ben moi, je me sens ignare aussi, mais bravo, tes citations sont fort bien choisies et donnent vraiment envie (de penser, et de lire Cioran en commençant par ce livre (j'ai failli écrire "ce libre" à la place de " ce livre", tu vois ? Ha ha ha !))
samedi, 30 juin, 2007Bien joué ! :-)
Comme Anne-Sophie, je me sens surtout accroché par la citation à propos de l'écriture. Mais en lisant "On ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu'on n'oserait confier à personne", je ne pense pas aux écrivains auto-fictionnaires dont le principe de fonctionnement est de se lâcher sur le papier. Au contraire, la phrase de Cioran sonne plus, à mon sens, comme le premier commandement de tout écrivain qui veut faire quelques efforts. En somme, ce qu'il nous dit c'est : "Ecrivains, réflechissez avant d'écrire ! Si ce que vous voulez mettre en mots n'est qu'un ramassis des états d'âmes que vous dévidez habituellement devant votre meilleur ami, votre psychanaliste ou votre coiffeuse, remettez immédiatement le capuchon sur votre stylo-plume et allez faire du jardinage. Sinon, si les idées, les phrases, les intrigues qui vous montent à la tête vous semblent si fortes, si originales, si troublantes, si révolutionnaires (tant qu'on y est) que vous ne voyez personne à qui vous pourriez les raconter sans passer pour un illuminé, alors, allez-y : votre livre apportera réellement quelque chose à la littérature".
lundi, 02 juillet, 2007Evidemment, ils sont rares ceux qui sont capables de suivre ce précepte. Mais entre les grands auteurs qui peuvent s'y conformer, et les scribouillards nombrilistes, il reste heureusement de la place pour les travailleurs honnêtes.
@Seb : Absolument d'accord avec ton interprêtation. Je pense qu'en effet c'est ce que Cioran voulait dire.
lundi, 02 juillet, 2007@Sophie.K : "Ignare" est souvent mon second prénom donc je comprends :)))
lundi, 02 juillet, 2007@Cat : Cioran mérite en effet un petit coup d'oeil :)))
lundi, 02 juillet, 2007@Olga : Tu m'as bien fait rire :) Excellente répartie !
lundi, 02 juillet, 2007Il est où le concours, il est où ? :))
lundi, 02 juillet, 2007Ouahhhh!!!! attends, j'imprime la page, et je relis tout!!
mardi, 03 juillet, 2007La première est incroyable, c'est juste ce que j'avais besoin de lire (et euh ... j'ai lu aussi les autres, hein, pas seulement la première)
En conclusion: vive le beurre!
Dis chère bon sens, rien à voir mais qu'est-il arrivé au blog de Wamanda ?
mardi, 03 juillet, 2007@Fashion : Il arrive le concours, il arrive... hé hé hé hé (sardonique).
mardi, 03 juillet, 2007Je voulais te poser la même question l'autre fois concernant le blog de wamanda qui a visiblement sauté... Etrange...
@Anne : Sur la vérité ? Tu dois balancer un truc à quelqu'un ? Relis donc bien le précepte de Maître Cioran avant... :)
mardi, 03 juillet, 2007Yep, je chauffe la salle : "le concours, le concours, le concours!" :))) (et les résultats du bac ?)
mardi, 03 juillet, 2007comment comment ?
lundi, 28 janvier, 2008on parle de Cioran?
ah non, j'avais cru ...dommage .
@Polixène : Bienvenue ! J'avais abordé le sujet dans un post sur P. Drieu La Rochelle, j'avais peur que cela soit redondant. De plus, j'avoue manquer d'arguments pour parler d'E. Cioran parce que j'adore inconditionnellement et le paraphraser est proprement indiqne ; une explication fouillée de ses réflexions me semble non seulement inutile mais surtout mutilante. Et the last but not least, je n'ai pas du tout le savoir suffisant pour parler de Cioran sous un angle universitaire :)
mardi, 29 janvier, 2008Cioran est d'une clarté, d'une lucidité, d'un réalisme sans pitié. Ses mots font mal mais semblent exercer un pouvoir d'attraction.
dimanche, 04 janvier, 2009C'est beau, mais noir et douloureux.
Je dis Monsieur CIORAN ...
vendredi, 29 janvier, 2010@ El Ultimo Bastardo : Je constate qu'il y a beaucoup de fans de Monsieur Cioran :)
vendredi, 29 janvier, 2010Enregistrer un commentaire
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